Voy. supra , p. 46 et fig
3. Paragraphe extrait de Bull, de Corresp. hellén., 1887, p. 43.
SITUATION DU TEMPLE
jour, à l’heure même où le soleil brûle à l’entour les rochers dorés, les merles et les fauvettes à tête noire sifflent clans l’ombre des buissons- épais, et les tortues s’attardent à traîner leur écaille indolente sur l’herbe verte et drue. C’est là qu’il est doux, aux heures lourdes, de faire halte au milieu de l’ascension pénible, de se reposer et de rêver, absorbé dans la contemplation du Parnasse bleuissant à l’horizon lointain.
Tournons à gauche, et gagnons en zig-zag, à travers un chaos de rochers, la petite plate-forme où se trouvent encore les ruines signalées par Doclwell, « une église avec des blocs tout autour, et un grand vase brisé en pierre, probablement l’ancien réceptacle d’une fontaine qui jaillissait là du roc. » La vasque de pierre a disparu, et les matériaux qui servaient à la construction de l’église sont disséminés sur la plate-forme ; les pierres sont taillées carrément, d’ordinaire, et semblent antiques; nous n’en avons pourtant trouvé aucune qui portât une inscription ou parût avoir un intérêt quelconque, comme provenant du temple d’Athéna.
Enfin on gravit le dernier escarpement de la montagne au sommet de laquelle on n’aperçoit qu’assez tard le mur du y.x<7Tpo. C’est ainsi que les habitants de Drakhmani et ceux de Zéli, autre village situé à deux heures de là, dans la montagne, nous ont toujours désigné les ruines du temple ; le nom rappelé par M. Lolling , xoccTpo tou Aacou , ne semble plus être en usage.
L’ascension, depuis Éleuta, demande tout près d’une heure et demie, et elle est très pénible quoi qu’en dise Dodwell, sans doute pour se mettre d’accord avec Pausanias. Il nous semble du reste impossible que le sentier aujourd’hui fréquenté par les bergers et les touristes se confonde avec la route suivie par le périégète. Aussi avons-nous plusieurs fois recherché dans les environs du temple des vestiges de route antique. En deux endroits seulement nous avons retrouvé des traces évidentes, la montagne ayant été entamée et aplanie. Il est probable que la route grecque, sortant de la ville d’Élatée dans la direction du Sud-Est, gagnait par une pente douce un plateau très élevé au dessus du lit du grand torrent qui traverse plus bas Eleuta, et dont le niveau correspond à peu près à celui d’une tranchée pratiquée en face, de l’autre côté du ravin, dans la montagne. Cette tranchée conduit sans peine à un petit terre-plein situé juste au dessus de la chapelle ruinée signalée par Dodwell, et de
LE TEMPLE d’âTHÉNA CRANAIA.
là, la route contournait la montagne jusqu’à un petit col d’où l’on aperçoit, pour la première fois le xàarpo; par une série de lacets elle gagnait enfin la porte d’entrée, à l’angle Sud-Ouest du péribole.
Cette porte, à moitié démolie, a son intérêt. Elle était assez étroite ; les angles extérieurs des murs auxquels s’adaptaient les battants, un peu en retrait, sont arrondis. Les montants ont roulé en dehors; l’un, presque entier, porte à une extrémité une entaille où s’adaptait, par une sorte d’ajustage en queue d’aronde, une traverse supérieure i. C’est le type que l’on rencontre le plus souvent dans les acropoles pélasgiques, par exemple a Tirynthe, à l’acropole de Mycènes (porte des Lions et porte du Nord); mais le mode d’assemblage est ici moins primitif; les trois éléments constitutifs de la porte, au lieu d’être maintenus en place parleur propre poids, sont unis par un vrai scellement; c’est là un premier indice que la construction du mur d’enceinte est d'époque moins ancienne que ne le feraient croire l’aspect même et l’appareil des matériaux employés.
Après avoir traversé la porte, on débouche sur un plateau qui s’élève en pente douce. Du mur qui le bordait à droite ('direction Ouest-Est) il reste une, et parfois deux assises de granit gris entremêlé de quelques cubes de pierres poreuses; les pierres et le granit sont taillés assez régulièrement et affectent la forme quadrangulaire; l’appareil est celui qu’on a l’habitude de désigner sous le nom de troisième système pélasgique.
Ce mur a une longueur d’environ cent mètres, et s’arrête brusquement, à angle droit, contre le mur de soutènemen t d’une terrasse dont le niveau est à peu près d’un mètre plus élevé. C’est le mur d’appareil polygonal décrit et dessiné par Dodwell. A l’intérieur du plateau, à gauche, il prend une direction oblique, s’abaisse peu à peu, et, réduit à une seule assise, se perd bientôt sous les buissons. A droite il se relève au contraire dans le prolongement du premier, sur une longueur de trente-deux mètres et demi. C’est cette partie de l’enceinte qui attire les regards de loin, et a valu à l’ensemble du plateau le nom de yJ.cz fo ; la surface extérieure a pris par endroits une belle teinte dorée; des buissons verts ont poussé çà et là dans les interstices des pierres, ce qui contribue encore à donner à l’ensemble un aspect très pittoresque.
1. Les deux alinéas précédents sont empruntés au Bull, de Corresp. hellén., 1887, p. 44.