‹ Élatée; la ville, le temple d'Athéna CranaiaChapitre 42 sur 186 · DESCRIPTION DES RUINES · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DES RUINES

. Rien n’est changé, depuis Dodwell, à l’aspect de la muraille ; mais au lieu des onze assises de pierres qui subsistaient au commencement de notre siècle, il n’en reste plîis que huit. C'est qu’à l’endroit le plus élevé de la construction, où elle était surmontée, d’après le dessin de Dodwell que nous avons reproduit, de trois grosses pierres désagrégées, la poussée des terres a causé un grave éboulement ; on peut par là, comme par un escalier, grimper du pied du mur au sommet.

Les blocs polygonaux, en granit gris, sont de dimensions très variables et de formes très diverses ; ils sont bombés sur leur face apparente, mais sans la régularité qui distingue, dans les murailles d’époque moins ancienne, l’appareil à bossages. Bien que les angles s’emboîtent avec adresse, l’assemblage n’est pas toujours parfait. Les assises, surtout les assises inférieures, particulièrement à l’angle de gauche, sont assez irrégulières, mais on suit pourtant la direction des lignes rarement interrompues formées par les joints horizontaux. Cette muraille rentre donc, par son type général, dans ce que les architectes sont convenus d’appeler le second système polygonal, dont les exemples sont si fréquents dans tous les pays helléniques. Les murs de Mycènes sont les plus célèbres; mais le mur de soutènement du temple d’Athéna, par les proportions plus modestes des blocs qui le composent, ressemble plutôt aux murs de Platée ou de Chéronée, et pour prendre nos points de comparaison dans le seul ouvrage de Blouet, aux murs d’enceinte de Pylos, de Messène, de Samicum et de Phigalie h

Un détail augmente l’intérêt de ce mur; ce sont les trois trous qu’a signalés Dodwell. On ne peut pas admettre, comme cela vient tout d’abord à l’idée, que chacune de ces cavités résulte de l’arrachement accidentel d’une pierre ; il y a dans leur superposition une régularité qui prouve un dessein prémédité ; aussi peut-on affirmer, comme l’indiquait déjà Dodwell, que c’étaient là des passages réservés à l’écoulement des eaux infiltrées dans le sol de la terrasse. 11 semble, à examiner le dessin de Dodwell, qu’il y ait eu, à droite de la première, une seconde ligne parallèle de trous de drainage, mais c’est justement en cette place que le mur a faibli et s’est écroulé.

Nous ne connaissons pas d’autre exemple d’une pareille dis-

1. Blouet, Expédition de Morée, I, pl. 7, fig. ii f; pl. 43, ûg. u ; pl. 54, fig. ni ; pl. 2, fig. ni.

position, et nous devions la décrire avec quelque insistance l. Il semble d’ailleurs que la nécessité s’en imposait. Le mur est fondé directement sur le roc, mais si l’on glisse un regard par l’une des ouvertures, on voit que la terrasse est formée, immédiatement en arrière du mur, par un amoncellement de pierres non dégrossies, jetées sans ordre pêle-mêle avec de la terre de rapport ; plus haut au contraire, au point culminant où nous verrons que s’élevait le temple, le rocher était, dans les temps antiques, à découvert, ou simplement recouvert d’un dallage. Ainsi le rocher allait s’inclinant en pente jusqu’au pied du mur; les eaux de pluie, ne pouvant filtrer perpendiculairement à travers le rocher, suivaient la pente du roc, et, quand les terres étaient saturées, s’amassaient contre le mur dont les joints ne suffisaient pas à leur écoulement. Il était donc de toute importance, pour assurer la résistance du mur qu’elles eussent lentement miné, de leur ménager des sorties à travers cette compacte barrière de granit.

Le mur tourne à angle droit, et prend une direction Sud-Nord. Avant les fouilles il était découvert sur une longueur de vingtcinq mètres environ, puis il disparaissait sous la terre et les buissons, au point culminant du plateau. La pente, de ce côté, est très rapide, et aboutit à un ravin profond. Elle est couverte de rochers et d’arbres qui rendent l’escalade des plus malaisées; on voit en face des montagnes inaccessibles. Parallèlement à cette arête, si l’on tourne à gauche de la porte d’entrée, le plateau est bordé à l’Ouest par un mur formé de pierres antiques entassées à une époque relativement récente ; enfin, le côté Nord, par la nature même du sol, n’avait pas besoin d’être fermé par une muraille, car toute la longueur en est encombrée de rochers pointus, difficilement abordables, qui dominent comme une crête la paroi de la montagne abrupte.

En résumé, le plateau d’Athéna Cranaia, qui se confond avec le téménos, a la figure d’un trapèze borné à l’Est, au Sud, à l’Ouest par des murailles de soutènement ou d’enceinte, au Nord par des rochers.

Nous avons déjà laissé entendre, à propos de la porte du téménos, que tout cet ensemble de constructions ne remonte pas à une très haute antiquité, bien que l’appareil pélasgique de la

1. Nous avons pourtant noté, dans la muraille d’une ville antique entre Nauplie et Épidauré, quelque chose d’analogue (Le Bas, Itinéraire, pl. 32).

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