Overbeck, Griech. Plastik 3, II, p. 374, et 438, Àmn
POLYCLÈS ET SA FAMILLE
n’est pas une copie exacte de l’Hermès; il ne porte pas sur le bras gauche le petit Dionysos dont l’attitude gracieuse et l’expression mutine font une partie de l’originalité de l’œuvre de Praxitèle; mais sauf ce détail, et quelques légers changements qu’il entraîne, comme la disposition de la draperie sur le bras et l’épaule, c’est une imitation fidèle, à qui manque, par malheur, pour égaler le modèle, cet éclat rayonnant de jeunesse et de divinité qui le rend à jamais incomparable.
Ce n’est pas ici le lieu d’établir plus précisément un parallèle, qui peut-être, pourtant, ne nous entraînerait pas hors de notre sujet. Car l’imitation nous paraît être un des traits distinctifs de cette école attique où s’emmêlent les noms de Polyclès, de Dionysios, de Timoclès et de Timarchidès. Si l’on passe en revue tous les textes qui mentionnent ces sculpteurs et signalent quelques-unes de leurs œuvres, nous ne voyons pas qu’une seule ait été originale. Dion Chrysostome attribue à Polyclès une statue d’Alcibiade. Rien n’empêche de croire qu’à ce favori des grâces attiques l’artiste ait fait l’honneur d'une statue dont le.jnodèle fût quelque chef-d’œuvre célèbre ; pour la statue d’Amyntas d’Éphèse, vainqueur aux jeux Olympiques, que fit Polyclès disciple de Stadieus, les modèles fameux ne manquaient pas, sortis des mains des grands maîtres classiques, et l’absence de toute description, même sommaire, montre que ni l’attitude ni la facture n’étaient bien personnelles. Aucun détail sur ces athlètes, ces guerriers et ces chasseurs que mentionnent Pline et Pausanias, œuvres de Polyclès ou de ses fils; aucun détail non plus sur les images des divinités sculptées pour Rome, Apollon lyricine (Timarchidès), Junon (Dionysios et Polyclès), Jupiter (Polyclès et Dionysios), Hercule (Polyclès), les Muses (Polyclès), Hermaphrodite (Polyclès).
Deux raisons devaient encourager tous ces artistes dans l’imitation des œuvres fameuses; d’abord l’ignorance et le goût encore rude des Romains qui n’étaient pas à même de bien juger les productions artistiques. Désireux d’orner leurs temples, iis s’adressaient aux Grecs à défaut d’artistes romains, et ces Grecs appelés à un travail forcément rapide devaient trouver tout simple de reproduire des modèles connus. Ensuite les Romains épris des arts helléniques, comme Métellus, devaient eux-mêmes désirer que les statues qu’ils commandaient rappelassent les plus célèbres des statues qu’ils avaient vues et admirées en Grèce, celles dont les auteurs leur avaient été signalés comme les plus
grands et les plus illustres, Gaius Ofellius dut être plus flatté de -ressembler à d'Hermès de Praxitèle qu’il ne l’eût été d’avoir inspiré une œuvre où éclatât l’originalité de Dionysios et de Polyclès.
Reste l’Asclépios d’Élatée. Pausanias nous dit qu’il était imberbe. Ce détail anormal n’indique-t-il pas que les fils de Polyclès avaient reproduit, peut-être à la demande des Élatéens, quelque idole primitive, objet d’antique vénération.
De l’œuvre de Polyclès il ou de Dionysios et Polyclès, dont nous avons retrouvé la signature au temple d’Athéna Granaia, nous ne pouvons rien dire, n’en connaissant pas même le sujet ; mais ce que nous apprend Pausanias de la statue principale du temple, œuvre des fils de Polyclès I, et les fragments que nous avons retrouvés et décrits, donnent beaucoup de force à notre idée. La déesse était préparée au combat; nous savons par la monnaie d’Élatée, et nous avons eu soin de noter combien ce type était banal, et combien peu s’étaient donné de peine les sculpteurs pour renouveler le thème et le rajeunir par l’attitude, l’armure ou le vêtement. Enfin, dernier détail bien typique, Pausanias dit formellement que les bas-reliefs du bouclier étaient copiés sur le bouclier de la Parthénos.
Un autre artiste, dont le nom était déjà connu, avait encore travaillé pour le temple d’Athéna Granaia, Xénocratès, fils d’Ergophilos. Son nom s’est retrouvé sur un piédestal, avec une -épigramme en vers ( Append . I, n° 49).
Pline cite Xénocratès, disciple de Tisicratès ou d’Euthycratès, qui surpassa l’un et l’autre par l’abondance de ses œuvres et composa des traités sur son art h Tisicratès, Euthycratès, Xénocratès, appartiennent tous les trois à l’école de Lysippe; ils excellaient dans les statues de bronze 'fi
Il est très possible qu’il faille identifier le Xénocratès fils d’Ergophilos avec l’artiste cité par Pline. Les caractères de l’inscription permettent de l’attribuer à l’époque de Tisicratès et d’Euthycratès (121° Olympiade) et les mots ov èv
yadxô qui se lisent au premier et au second vers, s’accordent bien avec ce que Ton sait de Xénocratès, disciple de Tisicratès ou
1. Plin., H. N., XXIV, 83. « Xenocrates Tisicratis discipulus, ut alii Euthyeratis, vicit utrosque copia signorum, et de sua arte composait volumina.» Cf. XXXV, 68; Diog. Laert., IV, 15.
2. Plusieurs signatures de Tisicratès ont été conservées; voy. Lœwv.
bise h. * 121, 122, J 22» ; cf 120, 120» ; i78, 493.
XÉN0CRA1 ÈS.
d’Euthycratès. Overbeck, qui a consacré quelques lignes à Xénocratès, lui assigne comme patrie — avec doute, il est vrai, — la ville de Sicyone, probablement parce que.Tisicratès et Euthycratès étaient tous les deux originaires de cette ville l.
M. E. Lœwy admet volontiers cette identification; le Xénocratès d’Élatée est aussi le même, probablement, dont on a trouvé il y a peu d’années la signature dans le sanctuaire d’Amphiaraos à Oropos, l’une sur la base de la statue du Romain Gaius Scribonius Curion 2, l’autre sur la base de la statue d’un personnage inconnu 3 4, et aussi à Pergame Mais Xénocratès paraît dans le second texte d’Oropos avec l’ethnique ’AôtivxToç, ce qui détruirait l’hypothèse d’Overbeck sur la patrie de cet artiste.
On a trouvé à Colonne, en Attique, la signature d’un certain Thémistoclès, fils de Xénocratès5; mais rien ne dit que ce Xénocratès doive être identifié avec celui qui précède 6.