CHAPITRE Y
LES EX-YOTO
Gomme clans tous les temples grecs, à côté des grandes statu'es et des œuvres d'art de beauté particulière consacrées par de riches dévots, il y avait au temple d’Athéna Cranaia un abondant trésor d’ex-voto plus humbles, qui prouvaient la vénération profonde du peuple pour sa déesse tutélaire, et contribuaient en même temps à l’élégante décoration de l’édifice.
Nous avons eu l’heureuse fortune de retrouver en grand nombre les débris de cette collection, figurines de terre cuite ou de bronze, vases, ustensiles, objets de toute sorte qui semblent, au moment de la ruine du temple, avoir été systématiquement jetés hors du sanctuaire, hors même de l’enceinte sacrée, par des mains profanes et barbares; à moins qu’il ne faille en attribuer l’amoncellement sur le versant de la montagne aux prêtres qui de temps en temps, comme on sait, faisant l’inventaire des richesses de leur temple, se débarrassaient des menues offrandes sans valeur *.
Tous ces débris pieux ont été réunis dans le petit musée de Draklimani, d’où les plus intéressants sont passés à Athènes. C’est de ces derniers seuls que nous avons dressé et publié le catalogue1 2; ils ne représentent qu’une minime partie du trésor
1. Pour les détails delà découverte, et la disposition curieuse des ex-voto dans le sol, autour du temple, voy'. Btill.de Corresp. hellén., 18S7, p.405 et s.
2. Bull, de Corresp. hellén., 1887, p. 418 et s.: 1888, p. 37 et s. — - Ce catalogue est reproduit parmi les pièces justificatives ( Appendice TU).
LE TEMPLE d’aTHÉNA CRANA1A.
dont on peut alors imaginer la richesse à l’époque où le temple était dans tout son éclat.
Nous croyons que notre découverte a une certaine importance. Non que la valeur artistique en soit grande; par malheur presque tous les objets déterrés, les plus grossiers comme les figurines les plus légères et les plus délicates, qui auraient honorablement tenu leur rang dans les vitrines des musées, ont été pour ainsi dire broyés en morceaux, sans doute pour éviter que ces objets sacrés, tout méprisés qu’ils fussent puisqu’on les rejetait, ne fussent recueillis par des mains profanes. Mais toute mutilée qu’elle soit, cette collection a un grand avantage qu’une seule, celle de Myrina. a au même degré ; la provenance en est absolument sûre, ainsi que la destination ; il n’y a pas, parmi plusieurs milliers, un seul fragment qui vienne d’un tombeau, car nous avons trouvé sur le terrain des fouilles une seule sépulture qui contenait simplement, à côté du squelette, une petite lampe grossière en terre cuite. Tous les objets recueillis — il n’y a d'exception que pour quelques objets en fer qui sont manifestement d’un autre usage — sont des ex-voto.
Dès lors nous avons l’occasion de traiter tout d’abord une question générale qui a beaucoup d’intérêt1.
L’étude des figurines de terre cuite et des objets de toute sorte que l’on recueille d'ordinaire mêlés aux terres- cuites, a donné lieu, dans ces dernières années, à de nombreuses théories et à de graves controverses; il ne semble pas néanmoins que la faveur qui s’attache à ce genre de monuments soit près de s’épuiser, ni qu’on ait trouvé de solution définitive à toutes les questions qu’ils soulèvent. Mais il faut bien remarquer que les terres-cuites sur lesquelles se sont surtout expliqués les archéologues sont d’une classe particulière; elles proviennent de deux nécropoles systématiquement explorées et particulièrement étudiées; Tanagraen Béotie, Myrina en Asie-Mineure, ont pour ainsi dire accaparé l’attention, et l’on semble croire maintenant que toutes les terres-cuites conservées dans les musées et les collections privées ont été découvertes dans les tombeaux.
1. Nous rééditons, dans tout ce chapitre, les idées que nous avons soutenues dans un article du Bulletin de Correspondance hellénique, 1887, p. 408 et s. Bien que nous ayons repris toute la question sur de nouvelles bases, nous avons assez souvent reproduit les termes mômes de cet article ; nous signalerons tous ces emprunts eu notes.
LES EX-VOTO
La vérité, c’est que les temples aussi bien que les cimetières ont fourni leur contingent de figurines, mais en nombre bien moins considérable, ce qui s’explique, puisque les temples s’écroulent et que leurs trésors se dispersent comme les pierres de leurs murailles, tandis que la terre conserve pieusement le mystère des tombeaux déposés dans son sein. Mais il n’y en avait pas moins dans les sanctuaires un mobilier religieux, comme dans les tombeaux un mobilier funéraire. De ci, de là, dans les livres des savants, dans les comptes-rendus des fouilles, on cite en passant quelques figurines ou quelques bibelots recueillis sur l’emplacement d’un temple, on les décrit parfois, on en apprécie en quelques mots la valeur artistique; mais il semble que ce sont là des monuments trop rares, trop disséminés et de trop mince prix, pour qu’on en fasse une étude approfondie et d’ensemble.
Le premier, croyons-nous, M. J. Martba a signalé quelques temples autour desquels on a recueilli des terres-cuites; M. Pottier,( à qui rien de ce qui concerne les terres-cuites n’échappe, a augmenté cette liste ; mais c’était là, dans leurs travaux, des points secondaires, et nous croyons utile de reprendre à nouveau cette énumération.