Paus., X, 1, 3 - il
LA VILLE D’ÈLATÉE.
tout au plus songe-t-on à leur ville, lorsque Pausanias nous dit : STpavo-càa àvTexà9v)TO TOpl T/jV iç dwdSa i;^oly]V. Ces mots, i;ëo/.'/j g; d’w/.îSa, sont justement ceux qu’emploie Strabon pour désigner les défilés qui conduisent directement de Thessalie en Phocide, et l’on peut supposer que le camp thessalien occupait un emplacement très proche d’Élatée.
Cependant une curieuse dédicace à Poséidon, que nous avons trouvée dans les ruines d’une chapelle byzantine (la Panhagia) nous semble se rapporter à cette guerre d’extermination. On nous permettra de rappeler ici le commentaire dont nous avons fait suivre la publication première de l’inscription h
« Au dieu marin, dompteur de chevaux, Poséidon, fils de Cronos, les Élatéens pieux ont consacré ces demi-dieux sauveurs, pour leurs aïeux, pour eux-mêmes, pour leur patrie, leurs parents et leurs épouses. »
Il est rare que les inscriptions de ce genre donnent les renseignements précis qu’on aimerait à y trouver; celle-ci, tout d’abord, ne semble pas échapper à la règle. Quels sont les demidieux sauveurs dont les Élatéens consacrent les statues à Poséidon? Pourquoi les consacrent-ils à ce dieu? Dans quelles circonstances enfin ces demi-dieux ont-ils si bien mérité des ancêtres des Élatéens, des Élatéens eux-mêmes, de leur patrie, de leurs enfants et de leurs femmes? Rien ne le dit, mais on peut supposer avec beaucoup de vraisemblance que c’est justement à propos de la lutte terrible de la Phocide et de la Thessalie. Tous les termes de la dédicace s’expliquent facilement au moyen de cette hypothèse h
Pausanias dit, on se le rappelle, que les Phocidiens sauvés consacrèrent à Delphes les statues de leurs dieux nationaux, r,pwaç twv g-v/wptwv ; cette expression correspond très bien aux mots vqxiQeoù; cwrvipa: de la dédicace élatéenne; le mot eù^afiivri, qui indique des vœux, des prières, des cérémonies religieuses, s’explique très bien par l’oracle et le caractère religieux de la
1. Bull, de Corresp. hellén., 1886, p. 367 et s. Nous avons ici reproduit le commentaire de ce texte, en le complétant, le rendant plus précis, et l’adaptant d’une façon plus directe au chapitre où il vient prendre place. Le texte épigraphique et la transcription se trouvent à la fin du volume ( Append • I, n° 23).
2. Nous avons (Bull, de Corresp. hellén., 1886, p. 367, 368, 370) signalé les difficultés d’ordre épigraphique qui semblent combattre notre supposition ; nous ne croyons pas utile de les répéter ici, non plus que les réponses que nous y avons faites.
ORIGINE ET HISTOIRE d’ÉLATÈE.
guerre conduite parle devin Tellias; les demi-dieux (tijuOeoÙç) ont sauvé (rjwT'^paç) les ancêtres, les enfants, les femmes, la terre même de la patrie, c’est-à-dire que la Pliocide tout entière a échappé par miracle à une ruine complété, et nous ne connaissons pas dans l'histoire de ce pays d’événements où l’existence de la Phocide ait couru un plus grand danger que dans cette guerre sans pitié avec la Thessalie; il semble d’ailleurs que l’insistance à énumérer les aïeux, les enfants, les épouses, s’explique naturellement si l’on songe au sort que faillit subir la partie faible et sans défense de la population phocidienne.
Enfin les deux premiers vers nous fournissent un argument qui a beaucoup de force. C’est à Poséidon que sont consacrées les images des demi-dieux sauveurs; or Phocos, le principal des héros nationaux, le héros éponyme des Phocidiens, était, suivant une tradition rapportée par Pausanias, fils de Poséidon ; il s’établit à Tithora, où il eut un tombeau l. La dédicace à un dieu dont le nom paraît ici dans l’épigraphie phocidienne pour la première fois n’avait de raison d’être que si Phocos était vraiment un des héros représentés, et si Phocos avait joué, dans les événements rappelés par les statues à la mémoire des Élatéens, un rôle prépondérant; tout cela ne semble-t-il pas faire une allusion directe à l’histoire racontée par Pausanias? Si même nous ne craignions de passer pour subtil, nous verrions dans l’épithète d’ùrrco;/i5wv accolée ici au nom du dieu de la mer une allusion à la terreur que causèrent aux Phocidiens le nombre et la valeur des cavaliers ennemis.
Ainsi nous admettrions volontiers que, tandis que la confédération des Phocidiens consacrait à Delphes un riche ex-voto en mémoire de leur guerre heureuse, les Élatéens érigèrent en même temps dans leur propre ville, en souvenir de la même victoire qui les avait arrachés à une perte certaine, les statues de leurs héros nationaux. La base de marbre sur laquelle est gravée la dédicace est de dimensions assez grandes pour avoir pu supporter deux ou trois statues, tout au plus; nous serions d’avis que les Élatéens y avaient dressé l’image de Phocos héros éponyme des Phocidiens, et à côté de lui Élatos, héros éponyme d’Élatée. Peut-être même cette dernière statue est elle celle que Pausanias signale pour l’avoir vue sur l’agora.
Si l’on accorde quelque valeur à notre raisonnement, le texte