ANALYSE GÉNÉRALE DES FONCTIONS NERVEUSES
purement le conducteur inerte (21). Ainsi les actions dites « nerveuses » doivent nous représenter, non pas les actions des nerfs eux-mêmes, mais les actions de l’électricité dont ils sont les vaisseaux.
La loi des actions nerveuses doit donc faire l’objet de toutes les recherches expérimentales et la base de toutes les spéculations théoriques destinées à déterminer les propriétés de l’électricité nerveuse. Par suite , toute hypothèse proposée pour expliquer la nature, les propiiétés ou les effets de cet agent doit s’adapter exactement à tous les faits établis que nous présente la physiologie des nerfs, et, faute de ce, les théories les plus ingénieuses ne peuvent être, au mieux aller, que d’attrayantes et d’autant plus funestes illusions. En conséquence, c’est l’anatomie et la physiologie des nerfs à la main que nous allons procéder à la recherche des lois qui déterminent et ordonnent les fonctions de l’électricité nerveuse.
44. L’électricité nerveuse est l’agent général de toutes les opérations de la vie chez l’homme et chez tous les animaux (16 et 33). Ces opérations, et aussi, partant, les attributions de l’électricité qui les effectue, se partagent en deux grands ordres généraux de fonctions :
La Vie de Relation, objet final de l’exisleuce de l’Etre Animé ; et
La Vie Ojj^viique , qui est le foyer alimentaire de cette existence, et son laboratoire sans cesse en activité pour lui forger des matériaux usés aussitôt et aussitôt renouvelés.
45. L’ensemble du système nerveux présente une dichotomie parallèle et corrélative.
Par le Système Cérébro-spinal, l’électricité nerveuse
alimente les fonctions de la Vie de Relation sous l’empire et pour le compte de l’Ame, ce principe dont la présence dans l’organisme réalise l’unité fonctionnelle de toutes ses parties, constitue l’individualité consciente et consentante ( consentiens ) de chaque animal, et, enfin , est ce que chaque homme appelle son « moi ».
L’électricité nerveuse exécute l’œuvre compliquée de la Vie Végétative par le Système Grand sympathique (ou Ganglionnaire ), et sous l’impulsion de forces électromotrices qui résident dans ses ganglions.
46. Envisagées en dehors de la considération de l’ordre vital auquel elles appartiennent respectivement , les fonctions de la vie nous sont offertes, en premier degré d’analyse, dans la série suivante qui est aussi, par conséquent, celle des fonctions primâtes (88) de l’électricité nerveuse :
1° Mouvement Organique Moléculaire , ou Mouvement Végétatif ( Mouvement Nutritif ) ;
2 J Mouvement Volontaire ou Involontaire des Muscles ;
3° Sensation et Pensée.
47. Observons maintenant d’un coup d’œil le jeu de l’électricité nerveuse dans chacune de ces trois branches d’application.
8 Ier.
Mouvement Végétatif.
Composition et Organisation. — Vitalisme et Antivitalisme. — Rôle de l’Électricité Inorganique dans le Travail Organique.
48. Les fonctions de la Vie Végétative s’exercent dans le travail de l’organisation des éléments qui constituent
la base (le la substance corporelle. Mais ces éléments, provenus du monde extérieur, ne peuvent être organisés qu’après avoir subi une première élaboration qui les rende organisables, et cette préparation à 1 organisation, bien qu’elle s’effectue à l’intérieur de notre corps, ne diffère point intrinsèquement du mouvement moléculaire qui s’accomplit dans le régné de la matière inerte , et il serait, par conséquent, tout gratuit de supposer deux forces de nature différente pour expliquer deux opérations semblables. L’électricité inorganique étant le moteur immédiat de toutes les operations moléculaires inorganiques, et les fonctions organiques étant mises en jeu par l’électricité nerveuse , il faut en conclure que les deux électricités, organique et inorganique, agissent en coopération dans le travail de la vie végétative, une à titre d’agent subalterne, l’autre en qualité d’agent ordonnateur.
49. Ainsi, c’est l’Électricité Inorganique qui compose les molécules destinées à devenir éléments intégrants des organes; c’est l’Électricité Nerveuse qui distribue, ordonne, pondère, organise enfin l’agrégation de ces molécules une fois rendues organisables.
50. Certains philosophes, enthousiasmés par des découvertes qui répondaient aux tendances de leur école, se sont flaltésjjr* ramener aux lois du dynamisme inorganique tous les phénomènes de la vie végétative, les rapportant tous à des actions chimiques, endosmiques, capillaires, ou simplement mécaniques, et, par une conséquence outrée, rejetant en même temps, comme une superfétation théorique , l’hypothèse d’un Agent Vital. Cette conception est l’exagération d’une vérité
féconde et réformatrice, et semble ne s’être produite que pour faire contre-poids à l’excès commis en sens opposé par les Vitalistes.
51. Ceux-ci, bien fondés à admettre l’existence, dans les actions organiques , d’une force distincte de celle qui préside aux mouvements moléculaires des corps bruts, ont le tort de vouloir que la Vitalité se prive de la coopération des agents inorganiques, et que, ouvrière intelligente des opérations végétatives, elle laisse là ses fonctions directrices pour exécuter la tâche des ressorts aveugles dont le gouvernement lui a été confié. Dans la vie de relation, la vitalité ne prend-elle pas ses appuis sur toutes les forces de la matière inerte? Pourquoi, dès lors, répugner à admettre qu’elle s’associe également ces forces inférieures sur le théâtre moins élevé de la vie de nutrition?
52. L’argumentation des Anti-vitalistes laisse évidemment de côté une partie essentielle des données de la question ; ils ne tiennent pas compte qu’il y a deux phases dans la formation des Corps Vivants, qui sont la Composition élémentaire , d’abord, et puis la Composition systématique de leurs molécules intégrantes et dissimilaires. Ainsi, par parenthèse, les Physiologistes ont le tort de confondre sans discernement, sous la dénomination vague de «nutrition», deux classes d’opéralions qui se distinguent radicalement par le caractère de leurs produits.
53. On peut comparer la formation des tissus de la nature à la formation de ceux que nous livre l’industrie. Ces derniers représentent deux sources et deux modes de fabrication, deux arts et deux catégories d’ouvriers entièrement distincts. Là, une main, obéissant à une
impulsion monotone et machinale, élabore les éléments bruts de la matière textile et en extrait un fil qui se prolonge indéfiniment sans jamais cesser d’être homogène ; ici, des doigts, dirigés par les calculs ingénieux d’une intelligence réfléchie, saisissent des fils de nuances diverses et choisies, et les entrelacent en une étoffe où les couleurs et les reflets variés se groupent et se combinent en un ravissant tableau. De même , à l’électricité inorganique, la préparation tout entière des éléments de l’économie; à l’électricité nerveuse seule, la mise en œuvre de ces éléments.
54. Il serait certainement fort instructif, mais ici ce serait déborder le principal par l’accessoire, d’exposer en détail la critique comparative des deux doctrines exclusives qui se disputent l’bonneur d’expliquer la grande énigme de la vie. Contentons-nous de signaler le bon côté par lequel , selon nous , chacune d’elles se distingue.
55. Nous crions louange aux Vitalistes pour l’énergie qu ils ont mise à soutenir l’existence d’un principe de la vie organique sans lequel, c’est de toute évidence, il ne se produirait que des phénomènes inorganiques, et qui, loin qu il soit absorbé par les agents de ce dernier 01 dre, ses associés dans l’atelier vital, est mis en relief par cette asso^Son même dont il est le lien nécessaire, dont A est le chef indispensable. Les fonctions du système ganglionnaire ne sont-elles pas là d’ailleurs pour attester la présence, au foyer du mouvement végétatif, d’une force centralisatrice analogue, quoique, à la vérité, d’un degré bien inférieur, à la force d’où parlent et ou convergent tous les essors de la vie animale ?
NERVEUSE
56. Aux Anti-vitalistes , maintenant, la gloire d’avoir rompu les bandelettes de superstition dans lesquelles la Physiologie était emmaillottée comme une momie, d’avoir arraché cette noble science a l’immobile torpeur où elle croupissait depuis des siècles, et de lui avoir communiqué une allure indépendante et ferme. Ils ont démontré que la Physiologie, loin d’être absolument étrangère à la Physique pure, est une résultante systématique de tous les éléments de celle-ci, éléments, ont-ils oublié d’ajouter, réunis harmonieusement entre eux par le principe supérieur de la vitalité. En ramenant aux lois de la matière inerte la théorie des fonctions élémentaires, de la vie végétative, ils ont fait rentrer une partie de l’inconnu dans le connu, ils ont déblayé les avenues de la science des corps vivants de tout un fatras encombrant d’hypothèses ; ils ont découvert le chaînon qui relie, dans l’Unité universelle de la Nature, les deux grandes faces sous lesquelles elle se manifeste tout entière.
Encore une fois, honneur a 1 Ecole An li-vitaliste poui avoir abattu l’idole-borne de l’Agent Vital devant laquelle l’explorateur, saisi d’un respect routinier, s arrêtait comme devant les sacrées et infranchissables Colonnes d’ Hercule de la science ; pour avoir soufflé sur le prestige imposteur de ce Dons gx machina qui occupait la place de toutes les solutions demandées, et transformait ainsi tous les problèmes de la Physiologie on autant de mystères inviolables que les plus hardis craignaient presque se rendre sacrilèges d approfondii.
57. L’analyse du mouvement végétatif nous offre une série progressive de quatre ordres d’opérations dicholomes qui sont :
58. I" V Absorption des éléments étrangers puisés dans le sein du inonde ambiant pour être transformés en éléments organisables; — ■ Y Excrétion, dans ce même grand réservoir commun, des éléments qui ont cessé de faire partie de l’économie.
Celle double opération préliminaire du travail végétatif a ses semblables dans la Physiologie des Corps Bruts, et rien ne l’en distingue foncièrement. Elle se réduit, sous ses deux aspects, à un effet de capillarité et d’endosmose, et les caractères connus de ces deux propriétés inorganiques suffisent entièrement pour rendre compte de tous ses produits.
59. 2° V Organisation élémentaire. Elle consiste tout entière dans la transformation, en éléments organisables, des substances puisées par l’Absorption dans le monde extérieur. — Elle a pour contre-partie la Désorganisation élémentaire , ou décomposition des éléments organiques destinés à cire rejetés au dehors par l’Excrétion.
Celte dichotomie fonctionnelle, qui occupe le deuxième degré dans la progression organique, se réduit à une composition et à une décomposition moléculaires, et rentre absolument dans la loi des actions chimiques.
00. 3° La Circulation. Elle représente, d’un côté, la mise en ranp^ft continuelle de la masse organisable, incessamment renouvelée, avec les forces organisatrices de toutes les différentes portions du corps, pour que ces forces y puisent les éléments spéciaux appropriés à la constitution particulière de chacune de ces parties. La deuxième phase de son rôle, c’est le déblaiement, c est le drainage continu, des éléments désorganisés, pour
36 PHYSIOLOGIE ÉLÉMENTAIRE DE 1,’ ÉLECTRICITÉ NERVEUSE, être livrés successivement à la Décomposition et à 1 Ex-
crétion.
61. Dans le système de l’économie végétative, la Circulation est en quelque sorte la branche commerciale, taudis que les trois autres degrés fonctionnels ont un caractère entièrement industriel, ou de production.
D’après une hypothèse très-digne d’être prise eu considération, — j’en donne l’exposé à la fin de cet article,
]e mouvement circulatoire serait un effet d Éleclio-
mécanique, et aurait son moteur dans l’antagonisme électrique du sang artériel et du sang veineux, antagonisme qui serait constamment renouvelé par la mise en rapport de la circulation pulmonaire avec le grand îéservoir d’électricité de l’atmosphère, par la voie de la respiration. Au point de vue de la théorie commune, l’explication de ce phénomène appartiendrait a l’Hydrodynamique.
62. 4° V Organisation systématique. Opération capitale du travail végétatif, elle a pour objet, non plus l’agrégation des Molécules composantes en Molécules intégrantes, mais des molécules intégrantes en Organes résultants. L’Organisation Élémentaire compose les matériaux organiques, l’Organisation Systématique les dispose. A elle de les choisir et de les séparer, et de les distribuer respectivement aux différents organes dont ils sont, par leur nature, destinés à faire partie, suivant le mode spécial de structure assigné cà chacun d’eux dans le plan général de l’organisme. — La Désorganisation systématique fait pendant à l’Organisation Systématique : celle-là détruit continuellement d’un côté ce que celle-ci reconstruit sans cesse de l’autre.
Ce quatrième et plus haut degré de la progression des fonctions végétatives est l’attribution spéciale et distinctive d’une force qui se manifeste exclusivement dans les corps doués de vie, et qui, par la considération de cette circonstance unique, a été appelée « Principe Vital ». Son activité s’exerce dans l’économie animale au moyen, cela a été déjà dit, du système nerveux Grand-Sympathique, et par l’action intermédiaire de l’agent subtil que nous avons nommé l’Électricité Nerveuse.
G3. Le Mouvement Végétatif peut être défini « Un ensemble d’Actions Inorganiques centralisées, limitées, combinées, dirigées et harmonisées par des Actions Organiques ». Ces dernières, c’est-à-dire les actions qui président à 1’ « organisation » et à la « désorganisation systématiques», sont les seules qui procèdent essentiellement du principe vital, et qui soient le produit direct de l’électricité nerveuse. Les autres sont néanmoins sous la dépendance de cet agent de la vie, bien qu’elles ne reçoivent d’impulsion immédiate que de forces inorganiques, forces libres hors des domaines de la vitalité, mais engagées ici à son service, et placées à ce titre sous sa direction souveraine.
64. Lorsque l’Anatomie entreprend de nous faire connaître la constitution des Corps Organisés, elle se borne à en décrir nJdS éléments intégrants : à une branche de la Chimie, elle laisse la tâche de porter l’analyse dans la composition intime de ces éléments eux-mêmes. Pareillement, c’est dans l’étude des fonctions de l’électricité nerveuse, et non dans l’étude des fonctions des forces subalternes qu’elle emploie comme à titre de manœuvres, que nous devons chercher et chercherons
loules les lois supérieures, loules les lois constitutives et essentielles de la Vie Végétative.
65. Le Grand-Sympathique dirige l’extrémité de ses innombrables fibres élémentaires sur tous les points des divers tissus, et c’est à ces lieux de terminaison que s’effectue l’action organisatrice. Par ce réseau de fils conducteurs, l’électricité vitale se trouve en rapport avec toutes les molécules organiques, et c’est ainsi qu’elle en peut diriger tous les moindres mouvements.