Toute modification dans le travail des fibres
végétatives associées dans une même fonction ne peut se produire autrement que par l’altération des rapports actuellement établis entre leurs points d’émission.
Les Agents hygiéniques tendent à entretenir dans ces rapports une pondération normale; les Agents nosogénétiques tendent à détruire cette pondération, et les Agents thérapeutiques tendent à la rétablir.
125. Les rapports sur lesquels repose cet harmonieux équilibre entre les actions des fibres coopéralrices, sont de quatre sortes : rapports de nature et A' intensité dans les activités développées; rapports de nombre et de situation dans les points d’émission.
126. La nature de l’activité d’une fibre constitue toute la spécificité de celle-ci, comme nous l’avons indiqué tout à l’heure; en elle réside l’essence même de la fonction et la raison d’être absolue de cet organe. Ce mode d’activité propre à chaque colonne névro-électrique est donc un principe primitif et essentiel de l’Être Vivant, et, par conséquent, il est immuable. La pondération de l’électricité nerveuse de la vie végétative ne saurait donc être entamée du côté de la nature spécifique d’aucune de ces colonnes nervales.
Inaccessible aux agents modificateurs par ce premier ordre de rapports, elle n’en est point à l’abri du côté des trois autres. Il est en effet aisé de s’expliquer que l’activité d’jp^ force nerveuse puisse être accrue ou diminuée dans son intensité; l’expérience nous apprend d’ailleurs qu’il en est ainsi. Il n’est pas non plus difficile de concevoir que des points d’émission puissent disparaître par la destruction d’un nerf, ou être écartés de leur première position par quelque effort mécanique d origine externe ou interne.
GG PHYSIOLOGIE ÉLÉMENTAIRE UE l’ ÉLECTRICITÉ NERVEUSE.
127. Ainsi, la pondération de l’électricité nerveuse qui anime les rouages de la vie végétative est susceptible d’être influencée par trois de ses quatre éléments ; mais il est à remarquer que, conformément à l’observation que nous avons faite un peu plus baut, 1 intensité de l’activité névro- électrique donue seule prise aux modifications directes ; et que tous changements apportés dans le nombre et la position relative des points d émission, s’appliquant immédiatement, non pas à l’activité de l’électricité vitale elle-meme , mais à 1 état de ses conducteurs nerveux, les agents qui produisent ces changements doivent, partant, être classés paimi les
Modificateurs Indirects (116).
La théorie de l’action modificatrice du monde extérieur sur l’électricité vitale de la vie végétative se réduit donc à la théorie de cette action exercée sui le degré d’activité des fibres végétatives , et tel est l’objet de l’étude que nous faisons en ce moment. Pour en faire pressentir l’importance , il me suffit de dire que la série tout entière des modifications nosogénétiques , thérapeutiques et hygiéniques que les Agents indirects sont susceptibles de produire, peuvent toutes, sauf des différences purement secondaires, être réalisées par l’action seule des Agents directs.
128. Comme l’intelligence se lasse à force de se soutenir sur les eaux profondes de l’abstraction, nous allons prendre pied sur un exemple , et continuer notre analyse avec l’aide de ce point d’appui. Prenons une portion déterminée du corps, un organe quelconque dont la nutrition nous représente le travail d’un groupe complet de fibres végétatives; choisissons un Os, — comme
nous pourrions choisir un Muscle, une Glande, ou autre chose encore. — Soit donc le Tibia.
La conservation de cette svelte colonne de notre charpente, en d’autres termes, la nutrition normale de celte pièce du Squelette, c’est-à-dire l’entretien parfait de cet état de composition, de structure, de forme et de dimension relative qui constituent l’objet de ce nom, est le produit des actions combinées incessamment exercées sur les molécules du Phosphate de chaux et de la Gélatine par un nombre déterminé de fibres agissant respectivement avec une certaine énergie, et par des points d’émission névro-électrique situés, les uns par rapport aux autres, dans une position fixe et rigoureusement arrêtée. La vie normale du Tibia, sa santé, son développement régulier, dureront autant que ne cesseront point d’être intactes ces diverses conditions d’harmonie préétablies entre les forces nerveuses qui se rapportent à cet organe, et tant que, bien entendu, les matériaux de nutrition que ces forces appellent ne cesseront point de leur arriver dans l’atelier végétatif. Mais ces dispositions essentielles une fois altérées , l’équilibre vital de notre organe est rompu.
Cependant, pour que cette perturbation de l’ordre végétatif ail lieu, faut-il que tous les piliers sur lesquels il repose perdent à la fois leur aplomb? Non, il suffit que la relalijyi^iormale entre les intensités d’activité des différentes fibres coopératrices ait cessé de se maintenir.
129. 11 est de la nature des fibres qui appellent dans un Os 1 élément calcaire d’y appeler des molécules calcaires, et rien que des molécules calcaires; il est de la nature de celles qui y appellent les molécules de gélatine de n’y appeler que de la gélatine, et cette
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nature est nécessairement et immuablement ce qu’elle est, et rien ne pourrait la suppléer par une autre dans la fibre à laquelle elle appartient, pas plus qu’on ne pourrait faire que le nerf de l’Ouïe goûtât et que le nerf de la Vue sentît; et il en est ainsi en vertu de la loi de la Spécificité Fonctionnelle des Nerfs, dont nous nous sommes précédemment occupés. Mais, imperturbables dans la nature de leur activité, ces fibres peuvent etre
stimulées ou paralysées dans l’énergie de leur action. Que toutes les fibres calcifères et gélatinifères qui concourent à la nutrition de la Tête du Tibia voient leur activité s’accroître, tandis que restera la même l’activité de toutes les fibres qui concernent les autres parties de cet os, et un progrès anormal aura lieu sur ce point dans l’ accumulation de la matière osseuse, elles proportions anatomiques du Tibia se trouveront ainsi détruites par l’apparition d’une Exostose, c’est-à-dire par un produit hypertrophique. — L’ Atrophie de cette portion de l’Os résulterait, au contraire, d’un affaiblissement dans l’activité de ces mêmes fibres.
130. Supposons maintenant que l’équilibre nevro électrique, au lieu de se rompre entre les fibres de même nom appartenant à deux parties distinctes d un même Os, cesse d’exister entre ses fibres calciferes et ses fibres gélatinifères en général. Si c’est par un accroissement dans l’activité des premières, la substance calcaire s’accumulera en excès dans la trame, et le Tibia tendra, avec plus ou moins de rapidité , à passer a l’état d’une friable colonne de pierre. Si ce sont au contraire les secondes dont l’activité vienne à s’accroître, la gélatine affluera outre mesure sur les cellules de cet Os, et il se trouvera gonflé et ramolli.
Ces effets anormaux seront doublés si l’augmentation d’activité d’une classe de fibres se complique d’une diminution pareille dans l’activité des fibres de la classe complémentaire.
131. Considérons maintenant que la quantité des fibres qui coopèrent à la nutrition du plus petit organe est innombrable, que les modes d’activité qu’elles représentent sont très-multipliés, et que le niveau d’intensité de leur activité peut varier suivant tous les degrés d’une échelle divisible à l’infini, et nous comprendrons sans peine que la simple excitation en sens positif ou négatif, énergique ou faible , dirigée sur telle ou telle fibre , sur tel ou tel groupe de fibres, peut déterminer une infinité de combinaisons névréleclro-dynamiques artificielles entre les actions qui concourent à la nutrition d’un organe, c’est-à-dire à altérer, sous une infinité de formes, les conditions régulières de sa vie , et le constituer, par conséquent, siège d’une infinité d’affections diverses.