‹ Electro-dynamisme vitalChapitre 28 sur 77 · FORCE NERVEUSE ET FORCE VITALE · texte numérisé non relu

FORCE NERVEUSE ET FORCE VITALE

c’est cette connexion immuable, entre ce mode d’action et celle colonne névrélectrique , qui constitue ce que nous avons nommé la spécificité fonctionnelle de celle-ci. Mais cette spécificité de la colonne névrélectrique lui appartient-elle intrinsèquement, ou d’une manière purement extrinsèque? Autrement dit, la colonne névrélectrique est-elle le principe même de l’action spéciale qui est la base de sa spécificité, ou bien est-elle simplement l’instrument de celte action placé à la disposition de la force originelle qui l’engendre ? L’électricité nerveuse est-elle enfin la Force Vitale elle-même, ou se borne-t-elle à en être simplement le premier organe, l’organe général immédiat?

Ma réponse est une affirmation emphatique du second cas de cette alternative. Quelques rapides considérations vont nous démontrer que la spécificité de la colonne névro-électrique consiste , non en ce que celle-ci possède intrinsèquement un certain mode d’activité vitale déterminé, mais en ce qu’elle est affectée, par une adaptation exclusive et fixe, à l’exercice de cette activité. I)cs considérations d’un autre ordre nous conduiront ensuite à déterminer, et la véritable origine de toutes les actions vitales, et le principe de la diversité des modes spéciaux d’activité dont ces actions sont les produits respectifs , et qui se manifestent par les attributions fond^fmellcs spécifiques attachées aux fibres corresponaantes.

Raisonnons d’abord sur ce qui concerne la sensation ; nous considérerons ensuite la vie végétative.

§ II

Principe de la Force Sensitive et de ses Natures.

L’Électricité nerveuse clés Fibres Sensitives, agent sensible immédiat. — La spécificité de ces fibres leur est extrinsèque; leur position anatomique la constitue. — Division géométrale de l’Ame.

150. Il est facile de se convaincre que les fibres sensitives et les colonnes névro-électriques qu’elles renferment n’ont aucune part essentielle dans le phénomène intime de la sensation, et qu’il y aurait grande méprise à considérer ces colonnes fluides comme constituant le principe sensitif lui-meme, tandis que tout l’office de cette portion de l’électricité nerveuse est d’envelopper le sensorium comme d un bourrelet élastique, comme d’un plastron destiné à amortir la trop grande violence des coups qui lui sont portés du monde extérieur, et qu’un contact immédiat de la grossière matière, s’il pouvait avoir lieu, rendrait horrible. Les colonnes névro-électriques de la sensation sont au principe sensitif ce que sont à elles-mêmes les agents sensibles : ceux-ci impriment un choc a leur masse vibrante, et ce choc, transmis de vibration en vibration, va frapper de son dernier contre-coup le timbre de la sensitivité.

L’électricité nerveuse , dans les fonctions de la sensation, est, rigoureusement parlant, un agent sensible immédiat interposé entre tous les autres agents sensibles et le sensorium.

Que l’on opère chez un homme la section des racines postérieures des nerfs qui se rendent dans le membre inférieur 5 cela fait, que l’on broie scs deux jambes dans

un mortier, et cette opération n’occasionnera pas au patient plus de souffrance que si c’était du bois de campêche qui fût trituré au lieu de scs membres; et cependant, ce même bomme ne pourrait recevoir en même temps un coup d’épingle dans le bras ou à la figure sans en tressaillir de douleur.

Il est inutile de multiplier ici des citations devenues triviales pour tous ceux qui s’occupent de physiologie. Contentons-nous de rappeler, dans son énonciation générale, ce fait concluant qui, depuis longtemps déjà, est une vérité irrévocablement acquise à la science :

151. Toute partie du corps au-dessus de laquelle les nerfs sensitifs qu’elle reçoit viennent à être séparés du cerveau, soit par une solution de continuité, soit même par une simple compression, cesse, dès cet iuslant, d’être le siège d’aucun phénomène de sensation, quelque énergique que soit d’ailleurs l’action excitatrice appliquée sur elle.

152. C’est donc le Sensorium seul qui sent, c’est donc en l’Ame seule qu’existe le principe de la sensitivité. J’ajoute qu’en l’Ame seule est aussi la cause radicale tout entière de la diversité des modes spéciaux de sensation.

En effet-filous avons démontré précédemment que la nature des sensations produites est sans corrélation nécessaire avec la nature des agents sensibles qui les produisent. Or, en faisant voir que l’action de la colonne névro-électrique , considérée dans la production de la sensation, rentre rigoureusement dans la définition des

82 RECHERCHE SUll LA NATURE DU PRINCIPE NÉVRÉLECTROMOTEUR.

actions sensibles, nous établissons suffisamment que la nature de la sensation spéciale ne peut recevoir d’elle l’empreinte de son type, pas plus qu’elle ne la reçoit de l’agent sensible du monde extérieur (146).

153. Donc la diversité des modes spéciaux de la sensation ne repose point sur la diversité des modes spéciaux de la Sensibilité (propriété des agents sensibles, par opposition à Sensi/i’mté) externe (celle des agents sensibles médiats ou extérieurs), ou de la Sensibilité interne (celle de l’électricité névro-sensitive ramenée à la définition des agents sensibles), — mais uniquement sur la diversité des modes spéciaux de la Sensitivité.

En d’autres termes, si nous pouvons voir , entendre , (jouter, sentir, toucher, ce n’est pas nécessairement en vertu d’une puissance inhérente, soit à l’essence de la lumière, des substances sapides, etc., soit à l’essence de l’électricité vitale des nerfs optique, gustatif, etc.; ce n’est pas enfin en vertu de cinq puissances spéciales placées en dehors de la constitution intime de notre Moi sensitif, de notre sensorium , mais c’est entièrement et seulement en vertu de cinq Facultés spéciales et distinctes faisant partie de la constitution intime de notre Moi Sensitif, de notre Sensorium.

Ainsi, à l’Ame seule appartiennent intrinsèquement, et la propriété de sentir, et la propriété de toutes les formes spéciales que la Sensation est susceptible de revêtir.

154. A ceci se présente une légère objection qu’il convient de résoudre en passant. On pourrait argumenter en ces termes : la nature de toute sensation spéciale n’étant due ni aux propriétés des agents sensibles ni aux propriétés des agents de transmission (les colonnes né-

vro-électriques), mais aux seules propriétés du sensorium, comment se fait-il que l’excitation d’une même colonne névro-électrique, d’une même fibre, soit toujours suivie d’un même mode de sensation? Comment, en un mot, la loi que nous venons d’énoncer peut-elle se concilier avec celle de la spécificité névro-fonctionnelle de l’électricité sensitive ? Réponse :

155. Toutes les fibres sensitives sont des roules ouvertes à travers le corps entre le sensorium et le monde extérieur pour servir à la transmission, par le véhicule de l’électricité vitale, des impressions dirigées par le second sur le premier. Toutes les fibres sensitives aboutissent donc au sensorium; mais, comme la terminaison de chacune d’elles constitue un point séparé, elles y aboutissent forcément par autant de points différents.

156. Chaque fibre sensitive met ainsi les agents sensibles en communication avec un point particulier du sensorium, et ce point particulier est le siège d’une Faculté Sensitive particulière.

157. La spécificité fonctionnelle des fibres de la sensation est la conséquence de la corrélation anatomique de chacune de ces fibres avec la faculté sensitive de laquelle elle emprunte ses caractères fonctionnels. Ainsi, le nerf optique a pour spécificité de propager les seules sensations visuelles, non par l’effet d’aucune propriété parliculière^Jfl^bn électricité vitale, mais tout simplement parce qu’il débouche sur la portion du sensorium consacré à la Faculté de la Vue.

158. Maintenant, ce qui rend fixe et invariable la spécificité de chaque fibre, c’est que sa position anatomique, par rapport au sensorium, est immuable, de même que celle de tous les autres organes par rapport

aux organes contigus. Mais s’il était possible que le Neif Acoustique et le Nerf Gustique fissent échange de leur lieu de terminaison au sensorium, que le premier fut mis en rapport avec la Faculté du Goût et le second avec la Faculté de l’Ouïe, eh bien, les rôles, et par conséquent les noms de ces deux nerfs, seraient dès aussitôt intervertis. Le Nerf acoustique transporterait des impressions gustiques , puisqu’il se rendrait au siège du goût, et, partant, deviendrait proprement Nerf gustique , etc.

159. L’analyse vient de nous amener, d’étape en étape, jusque sur ces confins sacrés où, par un contact immédiat entre l’Ame et le Corps , s’établit l’union mystérieuse mais certaine de l’Esprit et de la Matière, dont toute la Nature est le fruit. Or une logique , qu’on tenterait en vain de faire gauchir, nous représente celle union sous la forme mesquinement matérialiste de deux séries de points coïncidentes.

Un lel résultat est capable de heurter les sentiments du Spiritualisme. N’est-il pas impossible, en effet, de concevoir l’âme tout à la fois immatérielle et soumise a une véritable division géomélrole, et presque a une dissection anatomique ? Je réponds, non I cela n’est pas impossible : quelque surprise que cette proposition puisse exciter, je crois qu’il me sera facile d’en donner une démonstration saisissante pour l’intelligence des simples comme pour celle des savants. Je réserve pour un autre endroit de ce livre, où il sera mieux place, ce suje qui, tout capital qu’il est, ne se présente ici qu a litre

d’incident.

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