‹ Electro-dynamisme vitalChapitre 31 sur 77 · DIGRESSION EXPLICATIVE SUR LA THÉORIE DE L’INSTINCT · texte numérisé non relu

DIGRESSION EXPLICATIVE SUR LA THÉORIE DE L’INSTINCT

ni arts, ni industries, l’Homme ne serait plus un homme, ce serait un singe dégrossi.

185. Que les savants renoncent donc à chercher l’explication de la supériorité transcendante de l’Homme dans une distinction factice entre les termes Ame et Instinct. Le bon sens nous dit que le Principe moteur des actes volontaires ne saurait différer de l’Homme à la Brute que dans la mesure de la différence de leurs cerveaux. C’est une vérité que toutes les notions physiologiques attestent, et que seul a pu faire méconnaître le prestige des décisions draconiennes d’une psychologie à priori établie à une époque où une ignorance profonde des lois naturelles laissait le champ libre aux aberrations de la fantaisie.

186. Néanmoins, quand on considère les divers actes de la vie de relation chez les animaux en général , et qu’on les suit pas à pas dans la marche apparente de leur génération respective, on les voit souvent se produire par des voies si différentes et quelquefois si peu convergentes , et même si opposées , qu’on est bien obligé d’admettre l’existence de modifications très-profondes dans l’opération du moteur central qui les fait naître, et même, dans certains cas, l’on ne peut échapper à l’hypothèse de la multiplicité de centres d’impulsion entièrement distincts.

Les Psychologistes sont donc en droit de scinder en catégories la cause primitive qui communique aux Animaux les divers mouvements constituant la manifestation objective de la vie de relation; mais où commence leur erreur, c’est à supposer, en dépit de l’évidence, (pie ces forces vitales motrices de différent mode peuvent se pré-

senler isolées les unes des autres, quand la vérité est qu’elles coexistent dans tous les Etres Animés, et qu’elles les différencient, non par l’absence ou la présence exclusive de telle ou telle d’entre elles, mais par la différence de leur influence relative. C’est ce que j’espère faire comprendre tout à l’heure.

187. Les mouvements coordonnés à tendance déterminée, par lesquels se manifeste la vie de relation, se partagent en deux classes bien tranchées. Les uns sont accomplis en vertu d’une détermination expresse de la volonté : ce sont des Actes conscientiels ; les autres se produisent au contraire sans que notre volonté ni notre attention s’en mêlent, et souvent même sans que nous ayons la conscience de leur accomplissement actuel : ce sont des Actes involontaires et inconscientiels.

188. Les premiers, en raison même de leur caractère distinctif, étant l’objet de notre préoccupation constante, nous sont trop connus pour que j’aie besoin d’en établir l’existence. Les seconds, au contraire, par une conséquence tout aussi naturelle de leurs attributs, passent inaperçus de tous, sauf de quelque observateur en garde contre l’illusion des apparences, et curieux de découvrir un problème obscur là où chacun croyait voir luire

l’évidence même.

Quand, écrivant ceci, toute ma volonté et toute ma conscience absorbées dans l’élaboration de la pensée, je couche les idées sur le papier à mesure qu’elles se dégagent de mon cerveau, il s’en faut bien que tous les mouvements qui accomplissent cette opération mécanique soient dictés à mes doigts par ma volonté, dirigés par mon intelligence et surveillés par mon attention. Si telle était la tâche de mon esprit, il me faudrait cent fois,

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mille fois plus de temps et de peine pour arriver à couvrir ces feuilles de caractères que pour enfanter les idées qu’ils sont chargés de représenter. Que d’opérations intellectuelles l’écriture d’un seul mot ne supposerait-elle pas, à pareil compte ! Il faudrait : 1° juger et décider comment la plume, la main et le reste du corps doivent être disposés pour se prêter convenablement à l’opération proposée; 2" se poser et résoudre la question de savoir quelle est la partie du papier qui doit recevoir le mot à écrire ; 3° se demander et reconnaître quelle est la première lettre de ce mot; 4° l’idée de celte première lettre étant formée, arriver à celle du signe qui la représente ; 5° analyser les différentes parties dont se compose ce caractère, pour pouvoir les tracer successivement et régulièrement; 6° examiner et décider quel est le point sur lequel doit se poser le bec de la plume pour commencer le tracé de la première lettre; 7° se déterminer à tracer cette lettre suivant les voies et moyens préalablement conçus, et transmettre à la main l’impulsion convenable à cet effet, etc.

Le chasseur est engagé dans un fourré à la recherche de la bécasse; soudain, un bruit se fait derrière lui; il se retourne, et il a le temps à peine d’apercevoir, dans la profondeur du taillis, une ombre qui passe et disparaît au jour d’une étroite clairière : mais sitôt entendu , sitôt aperçu , et aussitôt l’explosion de l’arme s’est fait, entendre, et un oiseau vient de tomber mort à cinquante pas. Maintenant, prétendrait-on que l’intelligence de cet homme a passé successivement par toute la série d’idées que suppose la coordination intelligente des divers mouvements constituant l’action compliquée qu’un instant rapide comme l’éclair a pourtant suffi pour concevoir

et exécuter? Interrogeons plutôt cet homme lui-même, et il nous dira que sa volonté 11e s’est occupée que de deux choses, diriger son fusil vers l’oiseau, et presser la détente. Quant aux deux opérations intermédiaires d 'épauler et de coucher en joue , il ne s’en est point embarrassé, et n’a pas eu seulement le temps d’y songer. Son intelligence et sa volonté n’y ont donc été pour rien, ça s’est fait, comme on dit, tout seul : ce sont des actes « inconscientiels ».

Lorsque, obsédé par l’influence de la fatigue et de la nuit, le voyageur s’abandonne, chemin faisant, à l’invasion du sommeil, quelquefois il arrive, et, si je me souviens bien, cela m’est arrivé à moi-même, que le mouvement de ses jambes, pour être moins ferme et moins régulier, 11e s’interrompt pourtant pas, et continue à le porter en avant, tout endormi, au milieu des ténèbres. Qu’est-cc donc qui fait mouvoir les jambes dans ce cas-ci ? Ce n’est pas la volonté du dormeur, car peut-être actuellement son imagination le berce dans le rêve d’un lit moelleux.

189. Bref, d’après les exemples que je viens de citer, et j’aurais pu peut-être en trouver de meilleurs, l’existence, dans l’ordre de laVie de Relation, de mouvements involontaires et inconscientiels, doit être regardée comme un fait familier, comme une vérité patente. Je chercherai tout à l’heure à expliquer le rôle de celte classe particulière de fonctions moliles, et à pénétrer la nature des forces impulsives qui en sont le moteur originel.

190. La catégorie des mouvements « conscienfiels » se partage très-nettement en deux groupes : les uns sont raisonnés et les autres sont spontanés.

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