IMPRESSIONS PHYSIQUES
Division des Impressions Physiques en Névrhérétiques et Anévrhérétiques.
348. Dans un des précédents chapitres (117), nous avons vu l’ensemble des agents physiques susceptibles de modifier les opérations de la vie végétative se partager en deux grandes catégories radicales d’après la direction de leur action par rapport aux différents principes
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qu’elle affecte dans l’économie. L’action modificatrice des uns ne peut avoir d’application immédiate que sur les produits du travail organique : nous les avons nommés « modificateurs indirects » . Les autres ont reçu la
dénomination de «modificateurs directs » parce que leur influence s’exerce directement sur l’activité des facultés vitales opératrices.
Les premiers agissent sur le système vivant en combinant leurs propriétés avec ses forces inorganiques , qui sont les manœuvres de l’atelier végétatif ; et les effets qu’ils engendrent n’ont aucun besoin , pour se produire , du concours de la vitalité. Ainsi, l’opération par laquelle le corps du baigneur s’impreigne d’eau ne présente aucune différence essentielle avec l’opération de l’imbibition du morceau de sucre que je trempe dans mon café; et l’effet que produit sur mon corps le soleil des tropiques, en l’inondant de sueur, ne diffère pas davantage du phénomène d’exhalation dont me rendent témoin les vapeurs qui s’élèvent de ces lacs dont les eaux s’étendent sous un ciel embrasé. La neutralisation des acides dont l’excès trouble la digestion , par l’envoi dans l’estomac d’une certaine quantité de magnésie , n’est pas autre que celle qui aurait lieu dans une cornue de verre entre le même oxyde et les mêmes acides.
Répétons que le caractère distinctif des modificateurs indirects c’est d’agir immédiatement sur les éléments inorganiques de l’économie, et de les y modifier, comme dans le reste de la Nature , suivant les lois générales de la 1 hysiologie des Corps ffruts, et sans manifester aucune affinité définie en rapport avec l’activité propre d’aucune faculté vitale en particulier.
L action des modificateurs directs s’adresse exclusi-
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vement aux facultés vitales , et n’altère que par elles les produits de leurs activités; elle s’exerce , comme l’action des agents sensibles, en vertu d’une correspondance spéciale entre la nature propre de l’agent et la constitution de l’organe différentiateur de la faculté végétative dont il est le spécifique.
349. De la définition que nous avons donnée tout à l’heure de l’impression physique il résulte qu’il appartient seulement aux modificateurs indirects, aux seuls Spécifiques, de la déterminer. Cependant on ne peut méconnaître que les modificateurs indirects n’impressionnent indirectement les facultés vitales par une réaction inévitable des organes modifiés , de même que les modificateurs directs, qui impressionnent les facultés d’une manière directe, agissent indirectement sur les produits du travail organique. Nous pouvons donc distinguer deux sortes d’impressions physiques relatives à la vie végétative : les impressions directes, qui se font par les excitateurs spécifiques des facultés, et les impressions indirectes, qui sont le résultat consécutif de l’action des modificateurs indirects. Pour caractériser ces deux classes d’impressions et d’agents par une dénomination d’une valeur fixe et absolue , nous appellerons la première celle des Agents et des Impressions névriièrétiques (vEÙpov, nerf; aip£rty.o;, qui fait choix ); 1 autre sera appelée, par opposition à celle-ci, la classe des Agents et des Impressions anévrhérétiques.
§ II-
Analyse comparative des diverses Doctrines Médicales du point de vue de la double distinction des Impressions Physiques.
Définition de la Médecine. — Évolution organogénique de la Science Médicale. — Névrhérétipathie et A névrhérétipathie. — Recherche sur le mode d’action des Agents Névrhérétiques ( Spécifiques ). — Expériences de Reichenbach et de Rudder. — Nécessité d’isoler , dans certains médicaments , les propriétés névrhérétiques ( spécifiques) des propriétés anévrhér étiques ( chimiques , etc.). — Créations spontanées. — La Médecine préventive et curative de la Nature, proposée pour modèle à la Médecine Artificielle.
350. Je crois intéresser le lecteur en jetant un coup d’œil sur les différentes doctrines médicales du point de vue de la distinction que nous venons d’établir entre les agents patbogénéliques divers parmi lesquels elles font leurs choix respectifs. Dans celte analyse à vol d oiseau nous apercevrons peut-être le lien synthétique tant réclamé, et si vainement cherché, par la Médecine, pour réunir ses tronçons épars en un seul corps de science positive.
351. L’objet de la Médecine est la connaissance et l’application des moyens de rétablir la pondération normale des fonctions de la vie quand cette pondération nécessaire a été troublée. Les seuls de ces moyens dont elle ait fait, jusqu’ici, un usage régulier, consistent dans les impressions physiques. Mais, si imparfaitement éclairé sur le principe des causes de la maladie et sur le principe de l’action du remède, n’ayant aucune con-
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naissance précise ni de celle-là ni de celui-ci, comment l’Art de Guérir aurait-il su régler, ccnformément à leur correspondance naturelle, la combinaison de ces deux termes contraires , pour amener leur neutralisation exacte, c’est-à-dire pour guérir sans reste de maladie et sans résidu de médication, c’est-à-dire sans laisser dans l’économie , ou sans y introduire , aucun vieil ou nouveau levain de mort? Faute de posséder le critérium de la distinction établie, par la Prévoyance de la Nature, entre les agents névrhérétiques et les agents anévrhérétiques, l’empirisme les a réunis pêle-mêle dans une confusion funeste. Cependant, notre siècle a vu surgir deux grandes innovations dans la philosophie médicale , comme deux protestations en sens inverse contre la promiscuité homicide de la vieille thérapeutique.
352. Les créations de l’esprit humain semblent suivre la marche des créations de la Nature : elles vont procédant du simple au composé, et leur évolution est un conflit d’éléments antagonistes. Dans l’Embryogénie des Sciences, comme dans celle des Plantes, et des Animaux, les organes apparaissent deux par deux, isolés et opposés, antithèse par antithèse. Mais bientôt au disparate succède la symétrie , la synergie à l’antagonisme , l’harmonie au trouble, à la division, l’unité : alors la période embryonnaire a fait place à l’état parfait.
353. Il en est justement ainsi du développement que suit sous nos yeux le germe de la science tricéphale de la Santé , de la Maladie et de la Guérison. Ses principes, longtemps amalgamés dans le chaos de la médecine ancienne, devaient commencer par rompre le lien de cette aggrégation indigeste pour se reconstituer à part en formules analytiques spéciales, afin de se rapprocher
ensuite et de se réunir méthodiquement en synthèses progressives, pour former un ensemble complet de lois systématiquement coordonnées. La première séparation des éléments du vieux chaos thérapeutique s’est opérée conformément à la dichotomie naturelle que nous avons constatée dans l’ordre des agents aptes à modifier le jeu de l’économie (349).
354. V Homéopathie a fait scission avec l’école de Galien en se rangeant du côté des Spécifiques, et proclamant leur règne absolu et sans partage.
355. VHydropathie, sans rompre avec tant d’éclat, et avec des prétentions moins exclusives, a franchi l’enceinte de l’école par la porte de vis-à-vis, et, en face du camp belliqueux du spécificisme radical, elle est venue arborer le drapeau plus pacifique d’un panacéisme universel.
356. Ces deux grandes hérésies semblent s’opposer théoriquement l’une à l’autre comme une négation mutuelle, et l’église orthodoxe pourrait songer à relever cette contradiction apparente comme un moyen précieux à mettre en jeu contre ses deux rivales, en tournant contre elles leurs propres armes. Elle s’abuserait toutefois : l’Homéopathie et l’Hydropathie sont opposées sans doute , mais elles ne sont pas réciproquement contradictoires : elles sont opposées oui, mais opposées comme les deux bras dans le corps. Ces deux doctrines sont, selon moi, (je sous-entends cette réserve toutes les fois que j’émets une assertion sans l’appuyer sur-le-cbamp d’une preuve satisfaisante, car rien ne me paraît plus impertinent chez un auteur que de trancher en passant des questions en litige, et de prononcer d’autorité une décision, quand il s’agit uniquement de démonstration). Ces deux doctrines, dis-je, sont incomplètes, mais elles
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sont complementaires de la vérité. Sans doute, la médecine classique est complète en ce qu’elle renferme à la fois les principes des deux autres, mais là précisément gît la cause de son infériorité, de son impuissance : elle embrasse l’intégrité des éléments médicaux, mais, quant à la systématisation unitaire de ces éléments, elle en est totalement vide. L’Homéopathie et l’Hydropathie ne représentent, sans doute, que deux fractions, mais ce sont deux fractions de lumière : la Médecine Classique est un tout, mais c’est un tout de ténèbres sillonnées d’éclairs.
357. Envisagée du point de vue de celte analyse, l’Homéopalhie pourrait être rationnellement appelée Névrhérétipathie , car elle est fondée sur l’emploi exclusif des agents névrhérétiques. Les dogmes de celte importante doctrine sont donc contenus dans la théorie de ces agents, et c’est celte théorie dont nous allons tâcher de sonder la profondeur sur quelques points principaux de son immense étendue. L’étude dont il s’agit ici se recommande donc par son objet à l’attention spéciale des Homéopathes.
358. Une question aussi obscure qu’intéressante, c’est celle de savoir par la concordance de quel genre de propriétés s’établit, entre l’Agent Névrhérétique Palhogénétique et l’Organe Différentiateur de la Faculté correspondante , ce rapport électif qui constitue le premier le spécifique de celle-ci.
L’action des spécifiques, dans l’ordre de la sensation, est exercée à l’aide de mécanismes si différents d’un sens à un autre que, par le rapprochement de ces procédés disparates , on ne peut conjecturer entre eux aucun point de ressemblance si ce n’est une action
mécanique sur la fibre, comme étant 1 effet uniforme et essentiel auquel se réduit, et par lequel se consomme, la mise en rapport de tout agent sensible avec la faculté sensitive qui lui correspond. Le mécanisme de la vision et celui de l’audition nous sont assez exactement connus, et nous sommes à même de nous convaincre que l’analogie qu’on peut établir entre eux est aussi éloignée qu’il soit possible de l’imaginer. Quant aux mécanismes de l’olfaction et de la gustation, nous ne connaissons d’une manière bien positive aucun de leurs ressorts intimes , mais, à juger de la différence des procédés fonctionnels par la différence des agents dont ils ont pour office de diriger l’action, il faut naturellement supposer qu’il doit être aussi difficile de comparer entre eux les deux modes de transmission des saveurs aux fibres gustatives, et des odeurs aux fibres olfactives, qu’il l’est de comparer entre eux et le mode d’après lequel la lumière parvient à frapper les fibres de la vue, et le mode suivant lequel les vibrations de l’air arrivent à affecter les fibres de l’ouïe.
Il ne nous est guère permis , comme on voit , de compter sur des inductions tirées de la comparaison des voies et moyens si hétérogènes dont les divers spécifiques sensibles font emploi, pour nous guider dans la profonde obscurité qui couvre la marche d’opération des spécifiques pathogénétiques. Cependant, bien que la manière dont les substances sapides agissent sur les papilles gustatives et la manière dont les substances odorantes traitent les papilles olfactives, nous soient inconnues, il est incontestable que les hypothèses se présentent plus volontiers pour rendre compte de ces deux groupes de phénomènes qu’elles ne feraient si nous étions réduits à construire sur des conjectures la théorie de la vision et la théorie
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de l’audition , à défaut de tout moyen direct d’analyse. Car, dans les deux premiers cas , l’action de l’objet sensible sur la surface sensitive s’opère par un contact immédiat, et l’on peut concevoir, sans un grand effort d’imagination, que, par l’effet d’une différence dans leurs propriétés biochimiques, les différentes substances sapides, appliquées sur la langue, puissent y déterminer la constriclion de papilles gustatives différeutes, suivant la nature du tissu dont celles-ci sont formées respectivement. On pourrait appliquer une supposition semblable à l’explication de l’action spécifique des corps odorants, arrivant, à l’état de gaz, sur les papilles de la surface olfactive. Mais s’il s’agissait de nous rendre compte du mode d’action exercé sur les nerfs optique ou acoustique par des corps placés à une lieue, à cent lieues, à cent millions de lieues de ces organes, et si, en même temps , l’influence des corps lumineux sur la visibilité des objets , ostensiblement manifestée par l’alternance des jours et des nuits, du clair et de l’obscur, n’était pas là pour nous attester que ces corps lumineux sont des foyers d’éjaculation ou d’ébranlement d’une substance particulière qui tombe sur les objets en droite ligne et se réfléchit sur eux sous un angle égal à celui de l’incidence, pour venir frapper la rétine quand l’œil est convenablement disposé pour recevoir ses rayons , certainement l’on serait encore à se creuser la bosse de l’inventivité pour se forger un système quelque peu satisfaisant sur la vision, car je ne puis imaginer comment l’esprit de l’homme pourrait être conduit à concevoir l’idée d’une matière en quelque sorte abstraite, d’une matière à la fois si puissante qu’elle condense l’Univers dans le globe de notre œil , et si subtile qu’elle défie
l’espace et échappe à l’étreinte de tous nos sens. Il ne nous serait guère moins difficile, pour nous expliquer l’audition, d’arriver à la conception d’un fluide vibratile et invisible , tel que celui qui forme notre milieu atmosphérique, si sa présence ne nous était pas prouvée d’avance par les impressions tactiles du souffle , et par des manifestations indirectes d’un caractère visible, telles que le vif mouvement imprimé à une plume légère sur laquelle je verse avec force le produit de mon expiration , telles que l’ascension d’un tourbillon de poussière, différents épisodes de la tempête, le vol des oiseaux, etc.
359. Ces observations ont pour but de montrer que le problème de la transmission de l’action spécifique aux fibres végétatives serait relativement aisé à résoudre si l’on pouvait établir premièrement que le contact immédiat, entre les agents palhogénétiques et les organes, est le mode constant de l’action des premiers sur les seconds. Si l’on pouvait s’assurer d’un pareil point de départ on raisonnerait sur les relations des spécifiques pathogénétiques avec les fibres végétatives comme nous l’avons fait sur les relations des spécifiques sensibles avec les fibres olfactives et gustatives. On supposerait,, par exemple, que ces rapports sont ceux de deux propriétés chimiques dont la première donne au tissu nerveux l’aptitude à subir la vertu conslringente communiquée par la seconde à la substance spécifique.
Mais une telle hypothèse peut difficilement être admise en présence d’un phénomène fort important observé dans l’usage d’un grand nombre d’agents névrhérétiques, et que l’Ecole de Salerne a célébré dans ces deux vers :
Camphora per tiares
Castrat odore mares.
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Il s’agit, en un mot, de savoir comment une drogue, appliquée dans les fosses nasales , peut agir presque instantanément à l’autre extrémité du corps en détruisaut le spasme apliroditique ; comment telle autre drogue, prise dans l’estomac, manifeste son action par l’accélération des mouvements du cœur, tandis que les organes intermédiaires et les autres, quels qu’ils soient, n’accusent aucun changement dans leurs habitudes; comment enfin plusieurs spécifiques vont droit à leur organe d’élection sans s’arrêter à aucun obstacle et sans dévier de leur route, quelle que soit la région du corps sur laquelle le contact immédiat a lieu.
360. La transmission de l’influence névrhérétique est, du reste, trop prompte en général pour qu’il soit permis de l’attribuer à l’absorption. La première supposition qui se présente alors à l’esprit, c’est que les facultés vitales correspondantes aux spécifiques dont il s’agit sont en état de communication nerveuse avec toute l’étendue des diverses surfaces internes et externes du corps par un rayonnement de fibres partant de ces centres vitaux et allant aboutir aux différents points des tuniques muqueuse et cutanée (242). Mais, quoi qu’il en soit à cet égard, des faits inattendus nous apportent aujourd’hui une solution plus positive et plus complète. Des expériences d’un caractère entièrement nouveau, et qui, pour cette raison, ont rencontré moins de juges que de détracteurs, sont venues dévoiler l’existence, dans tous les corps, d’une force qui, suivant leur nature, est susceptible de déterminer à distance, et malgré 1 interposition complète des matières les plus denses et les plus opaques, des effets spéciaux sur l’économie vivante, effets dont le caractère et l’intensité peuvent être exactement déler-
ruinés à l’aide de procédés mécaniques. Celte force , rayonnement d’électricité péotétique à influence pathogène, influence qui varie suivant les substances, et qui, par conséquent, offre un caractère fondamental de spécificité, me semble devoir être regardée comme le principe même du dynamisme électif des agents névrhérétiques, comme le véhicule et la cause efficiente de leur action, car les propriétés que l’expérimentation a constatées dans celle force suffisent pour rendre compte des particularités les plus mystérieuses de la conduite de ces agents. Il s’agit ici d’un fait apportant une solution adéquate à la question ; nous devons le préférer par conséquent à toutes les explications conjecturales que l’imagination pourrait suggérer.
361. L’importante découverte ici mentionnée est le nouveau principe physique qui se dégage de l’ensemble des résultats particuliers obtenus à peu près simultanément en Autriche et en Angleterre par deux voies d’expérimentation toutes différentes, et par deux hommes dont les recherches tendaient vers un but unique sans que, suivant toute apparence, il y eût dans leur tendance commune aucun concert prémédité. Les noms de Rudder et de Reiciienbacii , j’ose le prédire, seront inscrits côte à côte, sur les tables de mémoire, à la suite des noms immortels de Galvani, de Voila, de Franklin, d’OErsledt, de Mesmer.
362. Les phénomènes découverts par le premier ont seuls été l’objet d’une étude pratique de ma part; je vais en donner une description sommaire, ainsi que de l’appareil à l’aide duquel on les obtient. Je n’ai malheureusement pas été à même de tenter les expériences de M. de Reichcnbach, (aule de me trouver en position
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d’en réunir les éléments indispensables, c est-a-dire faute de pouvoir soumettre à l’épreuve de la chambre noire un nombre suffisant de sujets de bonne volonté pour découvrir parmi eux le Tara, avis , c est-a-dire un Sensitif. Du reste, rien n’est plus aisé que de s iniliei à la connaissance du procédé de ces expériences •, 1 auteur nous livre généreusement son secret dans un ouvrage étendu dont il existe deux traductions anglaises, et dont une sorte d’abrégé a été traduit en français sous le titre de Lettres Q cliques.
363. L’instrument original qui a servi aux premières recherches de M. Rudder n’était pas tellement bien conçu qu’il ne laissât planer une grande incertitude sur la véritable cause des effets produits. Le docteur Léqei , médecin à Londres, a imaginé un nouvel appareil qui remédie complètement aux inconvénients du premier, et grâce aux heureuses combinaisons duquel aucune équivoque du côté de l’origine et de la nature des résultats ne saurait venir atténuer l’importance de leui signification.
Qu’on se représente une carafe de verre uni, posée sur un socle de bois ; qu’on se la représente défoncée , et le limbe circulaire de sa base engagé dans une rainure pratiquée à cet effet dans la planche d acajou. I igu rons-nous ensuite le goulot du vase, armé d un tube de cuivre d’environ trois pouces de haut en lorme de collet, la partie inférieure (celle qui touche au ventre de la bouteille) se trouvant munie d’une rondelle de même métal, plate et horizontale, et simulant le bord d un chapeau par rapport au collet, qui en représentai ait la forme, et la partie supérieure offrant simplement la section d’un tube. Prenons une boule du métal susdit, vissons
sur un de ses points, et normalement à sa surface, une tige, toujours du même métal, d’une ligne de diamètre et de quatre pouces de long; à son extrémité libre nous suspendrons finement un brin de chanvre portant à l’autre bout une olive de cire à cacheter, et d’une longueur telle que le pendule ainsi formé effleure le fond de bois de la cloche sans y toucher entièrement.
Ces dispositions prises, introduisons notre pendule dans le goulot de la carafe. Son point d’attache sera maintenu dans une position fixe par la solide adaptation de la houle au collet au moyen d’un ajutage à vis ou à frottement, et il pourra ainsi se mouvoir en liberté, dans l’intérieur du bocal, suivant les impulsions qui lui seront imprimées. Mais ces impulsions, d’où pourra-t-il les recevoir? Étant tenu, par les parois du verre, à l’abri de tout courant d’air, le pendule ne peut être mu par d autre action mécanique que celle qui viendrait agiter le corps tout entier de l’appareil. Or nous avons pris la précaution d’établir notre instrument sur le sol luimême, et dans un lieu parfaitement silencieux et solitaire. Le pendule devra donc se tenir dans un état de stabilité parfaite. En effet, il ne bouge point, et l’on cherche en vain à apercevoir l’oscillation la plus minime. Cependant je pose l’index de ma main droite sur la surface supérieure de la rondelle, et, en même temps, un morceau de soufre est placé dans le creux de ma main gauche. Mes regards sont attachés sur l’olive du pendule pour en surveiller la conduite. Tout est encore parfaitement immobile, mais patience! Un moteur invisible est en train de se frayer passago à travers le cuivre conducteur, il l’enveloppe par degrés dans les spires piogicssives d un tourbillon roulant, et voilà que, sa lige
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de suspension, el puis le fil de chanvre, et puis enfin le pendule tout entier, envahis el entraînés par le courant, l’olive s’ébraule, oscille, et entre enfin avec décision dans un mouvement rotatoire continu, décrivant un cercle parfait dont le diamètre s’élargit d’abord peu à peu jusqu’à ce qu’il atteigne une certaine limite sur laquelle il se maintient avec une précision constante.
364. Les objections se pressent déjà dans la bouche du lecteur : c’est la pression du doigt sur la rondelle qui fait sentir son effort musculaire à tout 1 appareil, dont le parfait équilibre se trouve ainsi imperceptiblement, mais bien réellement, détruit, ce qui suffit pour mettre en branle le pendule , et voilà tout le mystère de ce merveilleux mouvement dévoilé.
On aurait d’abord à répliquer a ces raisons triomphantes que, la possibilité de faire sortir le pendule de son repos par une action mécanique aussi indirecte étant admise, il resterait à expliquer pourquoi, au lieu d’un mouvement désordonné c’est un mouvement légulier qui se produit, et pourquoi ce mouvement est une rotation au lieu d’être une oscillation. Mais voici qui répond péremptoirement : le mouvement rotatoire que nous venons d’observer s’exécutait de gauche à dioite, comme la marche des aiguilles d’une horloge sur le cadran. Si je renouvelle l’expérience cent fois dans les exactes conditions ci-dessus décrites le résultat seia cent fois le même : mouvement de rotation de gauche à droite. Puis , pour m’assurer de la part que la nature du soufre peut avoir dans la production du phénomène, je remplace cette substance par une pièce d’argent, et je me remets à expérimenter comme devant. Le pendule se réveille graduellement et, comme la première lois,
procède à décrire un cercle. Mais , au lieu de le suivre de gauche à droite , c’est de droite à gauche qu’il le parcourt; et il en sera invariablement de même si je passe à cent essais consécutifs. Faisons mieux : pendant que le pendule est à tourner de droite à gauche, que le soufre soit substitué furtivement à l’argent. Aussitôt nous constatons que le mouvement est moins ferme ; peu à peu les orbes se rapprochent de leur centre, et enfin elles y expirent, et un instant d’arrêt a lieu. Cependant un léger balancement de l’olive ne tarde pas à renaître, et, les écarts devenant de plus en plus amples, c’est un cercle nouveau, mais un cercle de gauche à droite, qui est tracé , et qui grandit et grandit jusqu’à ce qu’il atteigne son diamètre maximum et constant. Recommençons
l’expérience avec un morceau de savon pour substance d’épreuve. Celte fois, pas de mouvement rotatoire, mais un mouvement d’oscillation dans la direction fixe du N. E. au S. O. Si au savon nous faisons succéder certaine autre substance, un mouvement rectiligne N. 0.- S. E. succédera pareillement au mouvement de va et vient dans le sens N. E.-S. 0.
365. Certes, l’instrument dont je viens de décrire en gros la construction et le jeu est bien le plus difficile à manier que je connaisse. Ce n’est qu’au bout de quinze jours d’essais infructueux et opiniâlrément renouvelés que je parvins à tirer les effets annoncés du premier appareil que j’eus à ma disposition. Je crois avoir acquis la certitude que l’armature métallique sur laquelle l’on opère a besoin, en quelque sorte, de se former par la pratique à la conductivité spéciale qui est la condition fondamentale de l’expérience. L’appareil sur lequel j expérimentai au début était entièrement vierge, et,
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comme je viens de le dire , il tint' tous mes efforts en échec pendant quinze jours. Mais, ayant eu l’occasion de m’exercer sur un autre qui avait servi aux recherches de M. Léger, le succès était complet au bout de la première minute. On doit d’ailleurs comprendre qu’avec celte facilité dont jouissent certains corps d’agir ainsi sur nous par leur seule approche, leurs actions diverses peuvent se neutraliser par leur concours, et, conséquemment, pour que les résultats que l’on cherche dans de telles expériences aient une signification bien déterminée il faut se placer, pour les exécuter, dans des conditions d’isolement qui ne sont encore qu’imparfailement connues, mais qui décident entièrement de la réussite ou de l’insuccès. Faute d’avoir senti la nécessité, ou d’avoir trouvé les moyens, de réaliser autour de chaque expérimentation une identité parfaite de circonstances actives, bien des expérimentateurs ont constamment échoué à des résultats négatifs ou contradictoires, et finalement ont jeté le manche après la cognée. Je sais toutefois, en Angleterre, plusieurs savants habiles qui sont parvenus, à force de tâtonnements, à découvrir le nœud de ces difficultés énigmatiques , et à le délier en grande partie.
366. Voici quelques-unes des conclusions générales auxquelles ces expérimentateurs sont arrivés par une longue série de résultats concordants :
1° Le mouvement que l’application d’une substance détermine dans le pendule magnétoscope (cette dénomination est consacrée) est toujours le même en nature et en amplitude, quel que soit le volume actuellement employé de cette substance. Ainsi, l’emploi des globules homéopathiques produit un effet entièrement semblable
à celui de la substance elle-même , employée en nature , dont ces globules portent le nom.
2° Un état d’isolement complet réalisé entre le corps de l’expérimentateur et la substance en expérimentation par des substances étrangères ne possédant en elles aucune influence marquée sur le pendule, n’altère point sensiblement les effets obtenus lors du contact immédiat. Par exemple , dans la première expérience que j’ai citée il importerait peu, pour le résultat final, que le soufre fût à nu dans la main ou qu’il y fût placé dans une boîte de bois blanc ou dans un bocal de porcelaine, celui-ci fût-il hermétiquement clos.
367. Il nous est ainsi attesté par des témoignages matériels et, parlant, aussi imposants que les choses nous en puissent donner de leur existence, qu’une influence véritablement spécifique peut être exercée sur l’économie vitale par différents corps actuellement et complètement isolés du sujet. Cette influence, aux termes des définitions établies au début de ce livre, a incontestablement pour véhicule l’électricité péolétique des substances, et, pour principe, le rapport naturel préétabli entre cette électricité et les fonctions vitales qu’elle affecte. Pourquoi refuserions-nous dès lors de rapporter l’action élective des agents pathogénétiques à celle même cause qui en embrasse tous les effets, impénétrables effets que l’on a été réduit à n’expliquer que par des fictions?
Par les rayons de son électricité péolétique, dardés à distance sur notre corps , le soufre vient modifier le mouvement d’une sorte de circulation électrique latente dont les courants multiformes coulent sans interruption
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dans toutes les branches du système nerveux, et dont l’existence nous est révélée par le même instrument, employé d’une façon particulière (voir les écrits du Dr Léger, chez Baillière, Regent St. Londres). N’est-il pas raisonnable de penser que le soufre emploie le même agent pénétrant et subtil pour transmettre son influence médicatrice ou morbide à travers mille organes qu’elle doit épargner jusqu’à celui-là seul marqué d’avance pour la recevoir? Puisque ce fluide peut exercer une action modificatrice sur le jeu de certaines fonctions évidemment nerveuses, mais dont le rôle spécial nous est inconnu, je ne saurais trouver aucun prétexte pour contester à cette force l’aptitude à modifier les fonctions des fibres végétatives. Rien ne nous interdit de supposer qu’elle agit dans ce cas en vertu d’une affinité élective d’induction pour la substance propre des organes différentiateurs, induction dont l’effet immédiat serait la coustriction des fibres respectives, ce qui ramènerait l’excitation des facultés de la vie organique à la théorie générale de l’excitation des sens.
368. Cette assimilation de cause et de procédés entre les effets que constate le Magnétoscope et ceux qui sont dus à l’application des spécifiques palhogénétiques, trouvera une complète justification chez tous ceux qui ont acquis la certitude de la virtualité névrhérélique des médicaments de l’Homéopathie. La puissance médicatrice de ces doses, tellement réduites que la fraction de substance qu’elles représentent, tout à fait inappréciable par aucune analyse matérielle , échappe presque aux évaluations du calcul, est un fait d’expérience qui se présentait, sinon comme une contradiction, du moins comme une exception, à toutes les lois connues de la
Nature. Celte monstruosité bizarre n’en est plus une désormais ; la découverte d’une autre catégorie de phénomènes analogues fait cesser l’isolement de l’Homéopathie; la doctrine d’Hahnemann en reçoit une sanction inattendue, et la Physique Générale s’agrandit d’un ordre nouveau.
La mise en pratique du nouveau dogme médical similia similibus curantur rencontra au début de telles difficultés, et si opiniâtre, en revanche, se montra la foi du novateur, qu’il en vint, en dernier recours, à des essais diamétralement contraires à toutes les notions du bon sens scientifique de son époque ; et c’est cette incroyable entreprise de la réduction indéfinie des doses qui le conduisit, à son insu, à la découverte de cet autre principe naturel non moins important qui, aujourd’hui, serait signalé d’avance à la Médecine par les expériences mécaniques à l’aide desquelles son existence est établie de la façon la plus positive.
369. En effet, si l’action palhogénétique des spécifiques suit, sous un certain rapport, la loi de celle autre action innommée qui se manifeste à nos yeux par la voie détournée des mouvements d’un pendule, le résultat physiologique , dans le premier cas comme dans le second, sera indépendant de la quantité de la substance employée, et un millionième de grain de soufre devra produire, dans un temps donné, une quantité d’effet névrhérétique égale à celle que produirait une once de la même matière.
370. Mais, à la rigueur même de cette hypothèse, serait-il sans importance, pour obtenir l’effet névrhérétique du soufre, de faire option entre les doses maximes et les doses minimes? Non , car il est à considérer que
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les corps ont clés propriétés posotétiques en outre de leurs propriétés péotétiques. A la puissance névrhérétique , qui s’exerce uniquement sur l’activité des nerfs, se joint une longue série de puissances chimiques, capillaires, endosmiques, adhésiques, caloriques, mécaniques, etc., dont l’action est fort différente. Les premières, d’après les considérations que nous venons d’exposer, ont sur l’organisme une influence dont l’étendue ne varie point avec la masse de la substance veclrice; l’action physiologique des autres s’étend, au contraire , en raison du nombre des molécules de la matière dans laquelle elle se développe. Or on conçoit sans peine que le cas puisse être offert où la même substance l'éunirait à des propriétés névrhérétiques bienfaisantes des propriétés chimiques délétères. Pour administrer avec avantage une telle substance comme médicament il serait donc indispensable d’isoler ses propriétés névrhérétiques de ses propriétés chimiques, de rejeter celles-ci, et de n’employer que celles-là.
371. Le moyen d’obtenir un semblable résultat, c’est celui auquel des tâtonnements nombreux ont conduit le fondateur de l’Homéopathie, et que son génie pénétrant eût déduit sans peine de la nouvelle loi révélée par les expériences « magnétoscopiques » . Ce moyen consiste, en un mot, à diviser la substance médicinale jusqu’à un degré d’atténuation qui annule ses propriétés posotétiques sans avoir le pouvoir d’amoindrir son dynamisme spécifique.
372. L’Allopathie, peu disposée à discuter de sangfroid les intérêts de la science commune avec une rivale, choquée d’ailleurs par l’audacieuse invraisemblance des aphorismes de l’Homéopathie, et ne comprenant rien,
— sans qu’il y eût, à la vérité, beaucoup de sa faute , — à la théorie de ce' que l’on a nommé très-improprement «les infiniment petits », a refusé avec obstination de prêter l’oreille aux arguments plus démonstratifs du fait matériel. Elle a donc, en conséquence, traité comme une puérile subtilité la distinction observée par l’école d’Hahnemann entre les deux modes d’action des substances pa- Ihogénéliques ; elle a persisté à se livrer à un usage confus des agents névrhérétiques et des agents anévrhéréliques ; et, accueillant avec le sourire du dédain les protestations véhémentes de son adversaire, elle continue, dans le calme de sa conscience, à servir tout à la fois, d’une main assurée, le remède et le poison, la guérison et la mort.
Le mercure et l’arsenic jouissent de la propriété d’extirper certaines affections tenaces, mais c’est seulement à titre d’agents névrhérétiques , leurs actions chimiques et mécaniques étant des plus désastreuses pour l’économie. Si l’on veut mettre à profit les vertus curatives du mercure et de l’arsenic il faut donc nécessairement mettre à part leurs propriétés névrhérétiques, et rejeter les autres comme un fétide rebut.
Le manioc, comme on sait, est une plante au venin mortel, qui renferme en même temps une substance nourricière. La Faculté déclarerait empoisonneur celui qui servirait sur nos tables cette succulente fécule sans l’avoir soigneusement dépouillée du lait vireux dont ses particules sont imprégnées ; mais quelle différence y a-t-il donc entre celui qui mêle le poison aux aliments et celui qui le mêle aux remèdes?
373. Cependant, il s’en faut bien que tout soit sage et raisonné dans l’exclusivisme systématique de l’école
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d’Hahnemann. Elle repousse indistinctement tous les moyens usités dans l’Allopathie, ou, si elle en accepte quelques-uns, c’est avec une mauvaise grâce manifeste. Il semble qu’elle redoute, comme une humiliation, de faire un emprunt à sa rivale, ou, plutôt, d’avoir quelque chose de commun avec elle, comme s’il s’agissait en ceci d’un hommage à rendre à un suzerain dont elle a prononcé la déchéance. Elle a victorieusement raison de repousser du remède l’adjonction inutile ou funeste d’agents qui lui sont étrangers, mais son erreur n’en est pas moins déplorable quand elle enveloppe dans la même proscription des agents anévrhérétiques salutaires, et frustre ainsi le malade d’un moyen de guérison, unique peut-être.
Une substance toxique a pénétré dans l’estomac ; à l’antidote chimique ou mécanique d’être appliqué surle-champ ; l’antidote névrhérélique sera utile plus tard quand il s’agira de soutenir les efforts réparateurs des facultés vitales. Le plus pressé, à celte heure, c’est de détruire l’action flagrante du mal, c’est de provoquer l’expulsion du corps corrosif en contact avec les tissus, ou d’y neutraliser sur place son activité dévorante en faisant entrer ses molécules dans une combinaison nouvelle. En pareil cas, administrer un globule quelconque à la place d’un vomitif ou d’un réactif serait tout aussi peu, judicieux que de combattre par la tisane d’orge les souffrances causées par la présence d’une épine dans le pied; car l’extraction du corps étranger serait, les Homéopathes en conviendront eux-mêmes, le seul vrai remède en celte occasion.
374. Les médicaments purement névrhérétiques , c’est-à-dire portés à ce degré d’atténuation après lequel
ils ne sont susceptibles d’aucune action mécanique ou chimique appréciable, ont néanmoins leur posologie. Ainsi, le soufre, suivant qu’il est employé à la 30° ou à la 200e dilution, produit des effets sensiblement différents. Je suis disposé à croire que l’activité exercée dans un même temps par un spécifique sur sa fibre d’élection ne peut être que celle d’une seule ou d’un trèspetit nombre de ses molécules intégrantes. On conçoit d’un autre côté que la somme d’activité de chaque molécule spécifique doive s’épuiser en s’exerçant ; mais , si cette molécule en a d’autres derrière elle dont l’activité névrhérétique ne soit pas encore entrée en exercice, elle est remplacée successivement par chacune de celles-ci à mesure qu’elles se neutralisent à leur tour. 11 en résulte que l’action d’une dose homéopathique peut se continuer d’autant plus qu’elle renferme un plus grand nombre de molécules spécifiques. Or, suivant la nature des cas de maladie, une prolongation plus ou moins grande de l’influence médicatrice est indiquée ou contre-indiquée; dès lors, il ne faut plus s’étonner qu’un spécifique à la 400e dilution guérisse une maladie qu’il aggravait à la 10e.
375. Ainsi, il est aisé de comprendre que, sans échapper à la loi singulière du dynamisme névrhérétique (369), une dose homéopathique plus forte puisse produire un plus grand effet, et cela, par la plus grande durée de son action. Mais la posologie hahnemanienne présente un autre phénomène d’autant plus embarrassant pour la théorie qu’il semble être la contradiction formelle de celui dont nous venons de rendre compte ; c’est la communication d’une vertu médicatrice à une substance inerte , par le fait de l’atténuation extrême de
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son volume; e’est l’éclosion de ses propriétés néyrhérétiques par l’extinction de scs propriétés posotétiques.
Celte allégation des Homéopathes , qui est un fait positif pour quiconque a bien voulu prendre la peine d’en vérifier l’exactitude, est, de toutes les propositions de la doctrine d’Hahnemann, celle qui a causé le plus de perplexité aux esprits sérieux franchement disposés à accueillir toute vérité démontrée, quelque nouvelle qu’elle soit. Il est néanmoins possible de se former une idée assez claire de la génération de cet effet surprenant en le comparant à d’autres faits, familiers à la science, avec lesquels il offre une analogie de caractères si étroite et si démonstrative que c’est vraiment merveille qu’on ne l’ait pas aperçue plus tôt. Or n’est-il pas vrai que tous les corps recèlent une électricité latente qui ne se manifeste en eux qu’après avoir été soumis au frottement? Secondement, n’est-il point vrai encore que cette électricité abandonne sa substance veclrice pour se porter et s’accumuler sur la substance étrangère avec laquelle cette substance veclrice entre en contact? Eb bien, si tout ceci est naturel, pourquoi donc ne serait-il pas naturel que, puisqu’il existe bien incontestablement un dynamisme médicinal dans certains corps , pareil dynamisme puisse résider à l’état latent dans tous les corps inertes? Et quoi d’absurde à ce que, parla porphyrisation de ces corps , ce dynamisme statique rompe le lien qui l’enchaîne à chaque molécule de la substance par la cohibition d’un parfait équilibre, et ne tende à s’en dégager? Qu’y a-t-il enfin de plus inconcevable que les opérations physiques dont les Electriciens nous iont connaître les lois, à ce que le dynamisme spécifique, porté à sa plus grande tension par la trituration du mé-
dicament, se décharge sur le liquide, sucre de lait ou alcool, et se transmette en entier à ce nouveau véhicule avec lequel ce médicament est actuellement amalgamé dans le mortier du pharmacien par une inlermixlion quasi-moléculaire de leurs parties?
Je conçois donc qu’un globule de sucre de lait, gros comme la tête d’une épingle, représente la concentration de l’électricité névrhérélique d’une masse de molécules de substance médicinale. Mais cette électricité névrhérélique, ce dynamisme médicinal, artificiellement communiqué à la substance de ce globule, dont il n’est point un élément constitutif, à la composition de laquelle il est naturellement étranger, ne se trouve lié à ses molécules que par un lien factice qui peut se rompre , comme il s’est formé. Le globule dissous dans l’eau pourra ainsi faire abandon à cette eau de la vertu dont il est porteur, et le liquide, envoyé dans l’estomac, la répandra à son tour dans l’économie où elle se frayera passage vers ses organes d’élection.
Il ne convient donc nullement de crier au miracle ou à l’imposture quand on nous affirme qu’un globule carbo vegetabilis à la 30e dilution, c’est-à-dire renfermant un centigramme de charbon de bois divisé 30 fois par 100, a la puissance d’exercer, sur certaines fonctions vitales, une action modificatrice très-énergique, tandis que le centigramme lui-même, administré en entier et en nature , resterait sans effet appréciable.
376. V Hydropathie est une méthode de traitement médical basée sur l’emploi d’un agent anévrbérétique unique, l’Eau. Elle ne constitue donc point à elle seule toute la Médecine Anévrbérétique, puisqu’elle fait pivo-
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ter toutes ses spéculations et toutes ses applications sur un seul des agents nombreux compris dans la catégorie de ce nom. Elle représente toutefois une branche trèsimportante de l’Anévrhérétipalhie. En mettant à contribution les actions constringenle, dissolvante et endosmique de l’eau froide appliquée sur la surface muqueuse et sur la surface cutanée, elle a la main sur un puissant levier pour soutenir l’équilibre entre les deux grands courants de l’importation et de l’exportation organiques, dont les embouchures innombrables s’ouvrent sur tous les points de ces deux grands versants du système nutritif.
Les moyens de l’Hydropathie sont d’autant plus avantageux, dans la sphère des cas qui la concernent, qu’ils agissent avec instantanéité, impriment à l’organisme tout entier une secousse pondératrice, et n’introduisent dans les organes aucun germe nosogénétique.
Le rôle de l’Hydropathie est principalement hygiénique. Les Hindous l’ont appliqué empiriquement de temps immémorial, et Pylhagore, qui importa leurs sciences et leurs coutumes parmi les Grecs, fit de l’usage des ablutions froides une règle de son institut.
377. Le Mesmérisme j renouvelé des Grecs, des Hébreux, des Égyptiens, des Chaldéens, des Hindous, et, l’on peut ajouter, de tous les peuples connus de l’Antiquité, chez lesquels ses pratiques constituaient la base du culte secret, fut recueilli, à la chute du Paganisme, par l’École d’Alexandrie , et légué par elle aux Hermélistes qui l’ont perpétué, de siècle en siècle, par une filiation d’initiés. Mesmer n’a donc point découvert, dans toute l’acception du mot, l’art auquel est attaché son nom; mais, le premier, il l’a tiré des mystérieuses té-
nèbres du sanctuaire pour l’exposer au grand jour de la discussion. A lui l’honneur d’avoir tenté, avec le zèle de la foi et l’audace du génie, de soumettre les règles aveuglément respectées d’un empirisme traditionnel aux lois rationnelles de la théorie, et de faire, d’une superstition qui asservissait les âmes, une science destinée à les affranchir.
378. Le Mesmérisme est une médecine commune à tous les peuples parce qu’elle est susceptible de se révéler à l’instinct, et que, à la différence de toute autre, chaque elre animé en porte continuellement en luira è m e la pharmacie tout entière. Le mesmériste observateur surprend a tout instant le principe de son art en jeu dans une foule d actions machinales auxquelles chacun s exerce sous 1 impulsion d’un moteur instinctif, et sans songer à s’en rendre compte. Les « profanes » se livrent à la tendresse de V embrassement et à l’amicale volupté de la poignée de mains , sans savoir quelle est l’intention de la Nature les sollicitant ainsi par un mobile caché ; pour les adeptes, ces actes ont un caractère mesmérique. La mère qui, dans le spasme du désespoir, presse dans ses bras son enfant étouffé, et qui, comme frappée tout à coup par une lueur révélatrice, applique sa bouche sur celle du mourant et semble s’efforcer d y insuffler son âme bien plutôt que son haleine , cette mère, inspirée par l’exaltation de sa douleur, a ressuscité son fils par un prodige du mesmérisme !
379. Par la nature transcendante et incomparable des forces qu’il met en œuvre, le Mesmérisme se présente tout à fait hors ligne dans la série des méthodes médicales de l’ordre physique, et y occupe véritablement ce que, dans la terminologie fouriérienne, on nomme le
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« rang pivotai ». En effet, l’agent mesniériqne, qui n’est autre que l’électricité vitale se dégageant du corps des animaux, soit par émanation spontanée, soit par expulsion rayonnante de la volonté, réunit, à tous les caractères anévrhéré tiques , toutes les attributions nevrhéreliques. En vertu de ses propriétés générales, et tel qu’il se répand de lui-même , il agit comme force anévrhérétique, et il n’en est point dont l’action soit aussi puissante et aussi étendue, car ce fluide vient s’ajouter à l’agent de la vitalité avec lequel il est homogène, et accroître en lui la puissance par laquelle tout aliment nourrit et tout remède guérit. Soumis à l’élaboration de la pensée, fl peut être imprégné à volonté de toutes les propriétés névrhérétiques distribuées aux différents corps, et, ici même, ces forces spécifiques peuvent encore être regardées comme le produit mesmérique d’une pensée fixé dans l’essence des substances, et se perpéluant avec elles comme un succédané préparé par la Nature pour devancer les efforts créateurs de l’àme humaine , et ménager son activité médicatrice.
Le Mesmérisme est ainsi le résumé quintessenciel de toutes les puissances thérapeutiques exploitées par les différentes méthodes médicales appartenant au système des impressions physiques. J’aurai bientôt occasion de revenir à l’examen de celte branche féconde en merveilles, mais encore peu développée, de l’arbre des connaissances humaines.
380. La Métallopatliie , dont je ne puis parler que d’après des renseignements incomplets, me parait consister dans une application de l’électricité névrhérétique des Métaux, par la voie du contact immédiat de ces corps
sur l'épiderme. Cette nouvelle branche médicale serait, à ce compte, la plus prochaine voisine de l’Homœopathie. Bien différente d’elle par le mode d’application de ses agents , elle lui serait identique par leur nature.
381. L ' Electropathie est l’application médicale de l’électricité inorganique. L’influence palhogénétique (263) des charges , des secousses et de V induction électriques, des courants galvaniques, et du contact des aimants, étant essentiellement anévrhérélique , autrement dit, s’exerçant sur les principes inorganiques de l’Économie, n’ayant point d’affinité spécifique pour des organes déterminés, et ne variant dans ses effets que suivant les points du corps sur lesquels se fait l’application directe de l’agent, l’Electropathie restait impuissante avec un puissant instrument dans la main , faute de savoir le manier à volonté , faute de pouvoir en diriger l’action et la circonscrire sur le siège même des maladies, quel qu il pût elre. Les savants ont eu récemment la satisfaction d apprendre que celte difficulté avait été vaincue , que ce nœud gordien avait enfin été délié. Un médecin
M. Duchenne (de Boulogne), connu depuis longtemps par des mémoires remarquables sur l’Éleclrologie Zoo-expérimentale , a publié, il y a quelques mois, un grand ouvrage sous ce titre significatif : « De l’Électrisation localisée » .
382. La Doctrine médicale de M. Raspail, qui s’est fait en peu de temps des partisans nombreux dans plusieurs pays de l’Europe Continentale, est loin d’offrir les nettes proportions d’une unité compacte, et ne présente aucun caractère de transcendante originalité, de
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primesautière innovation. Les parties ne s’y relient par aucun grand principe général, si ce n’est par celte hypothèse qui fait considérer le Parasitisme Animé comme la grosse source d’où découle le noir torrent des maladies. La conséquence thérapeutique de cette étiologie, c’est de réduire à peu près toute la matière médicale aux seuls Antivermineux. La théorie raspalienne reste donc dans le giron de l’Allopathie. Elle est peut-être la plus importante espèce de cette classe, et se caractérisé, d’une manière générale, par une tendance bien marquée au Panacéisme.
L’introduction physiologique à l’exposé des principes de cette doctrine est un brillant panorama déployant des aspects grandioses et nouveaux, et ouvrant l’horizon ça et là sur des perspectives plus surprenantes encoie pai la profondeur et l’inconnu. Mais, de ces hauteurs de la pensée, où il arrive jusqu’à Pline par la force et la magnificence du discours, et approche de Bacon et de Geoffroy Saint-Hilaire par la pénétration inventive, et par l’ampleur des conceptions , l’auteur tombe tout d un coup dans une conclusion mesquine qui désenchante e lecteur. C’est d’abord une supputation des causes de la maladie, qui ne s’élève pas au-dessus d’une énumération assez peu philosophique des agents morbides dont 1 action peut être appréciée par les procédés métriques de la Physique ou de la Chimie, et parmi lesquels on adjuge le premier rôle au dard de l’Ascaride et au suçoir de l’Acarus. Quant aux désordres dont les forces nerveuses sont susceptibles, ils n’ont point mérité l’attention du novateur, et il ne paraît point s’être douté que la perturbation de ces forces invisibles pût en occasionner une quelconque dans le jeu des fonctions vitales dont elles
constituent le grand ressort et le suprême levier. Aussi, par une conséquence logique de ces prémisses , il conclut à la négation de toute spécificité névrhéré tique , et déclare formellement que l’influence sympathique des organes les uns sur les autres, et celle des agents pathogénétiques sur les fonctions, ne peuvent s exercer que par l’action immédiate des corps, ou par la voie du mouvement moléculaire.
383. Par une bizarre anomalie, c’est un des plus grands explorateurs de ce qu’on nomme (à tort) le Monde des Infiniment Petits, un de ceux qui, armés de la lumière du microscope , ont pénétré le plus avant dans celte obscure région de la Nature, qui a choisi pour base de son système médical la négation d’un phénomène dont précisément la Physiologie Microscopique établit l’existence sur les preuves les moins contestables. Pour voir dans les Entozoaires la principale des causes de la maladie, et pour considérer les Anlhelminlhiques comme la ressource principale contre nos maux, M. Raspail a eu besoin de nier, et il a nié, le fait des créations spontanées. Mais sa dénégation ne saurait en imposer à personne en présence des faits , dont l’autorité l’emportera toujours sur celle du nom le plus illustre. Tous les physiologistes connaissent à l’aide de quels simples procédés l’on arrive à créer des espèces nouvelles d’infusoires dans des liquides dont l’ébullition préalable a détruit infailliblement tous les individus reproducteurs qui pouvaient y être contenus auparavant. Tout le monde encore a entendu citer l’expérience que voici : un morceau de chair de bœuf, après avoir cuit dans l’eau bouillante , est placé sous le récipient de la machine pneumatique ; on fait le vide , et l’air naturel qui vient
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d’êlre extrait est remplacé par un égal volume d’air artificiel préalablement élevé à une température torride. Tous les vers et tous les œufs de vers qui pouvaient exister dans la substance animale ont été détruits et décomposés par la coction ; on ne peut supposer, par la même raison, qu’il en subsiste dans le produit chimique introduit dans le bocal, et les parois de celui-ci en interceptent absolument l’entrée à tous les êtres semblables du dehors. Toutes ces précautions n’empêcheront pas néanmoins qu’au bout de quelques jours celle viande bouillie ne se trouve couverte d’une population grouillante—
384. Ces faits viennent infirmer, sous un certain rapport, le célèbre aphorisme omne animal ex ovo. Tout animal sort d’un Germe , très-certainement ; mais tout germe n’est pas tenu, pour exister, d’être renfermé dans cette matrice visible à nos yeux et pondérable à nos balances, dans cette boîte , que nous appelons un OEuf ou une Graine. Il est une infinité de germes à l’état libre , germes invisibles et impondérables , que les vagues de l’éther charrient et jettent en tous lieux, ét qui se développent partout où l’état de la matière fixe leur offre des conditions favorables d’assimilation.
385. Je crois avec l’auteur de « V Histoire de la santé et de la maladie » que les parasites animés sont les agents les plus actifs d’un très-grand nombre d’affections 5 mais je les considère , sauf les cas exceptionnels , non comme la cause originelle de la maladie, mais comme étant eux-mêmes une production consécutive d’un premier état morbide; et les médicaments aromatiques et résineux, intentionnellement dirigés contre les Helminthes et les Acares, n’atteignent le plus souvent
leur but, selon moi, que parce qu’ils suppriment, en vertu de leurs propriétés antiseptiques, la fermentation anormale des liquides organiques, véritable foyer générateur du parasitisme.
385'"', A côté des antidotes antivermineux , la pharmacie raspalienne nous présente un médicament conçu dans une autre pensée, et qui est certes une précieuse acquisition. L 'Eau Sédative est un polychreste anévrhérétique dont l’action essentielle est chimique, et a pour effet la dissolution des coagulums du sang par suite de l’absorption veineuse de ce liquide ammoniacal. L Eau Sédative peut donc éteindre la fièvre ; elle peut meme détruire l’état d’apoplexie, et ramener à la vie l’aiÿmal foudroyé par un coup de sang • mais son action ne peut arriver jusqu’à la cause éloignée de ces accidents 5. si cette cause est intérieure et implantée dans l’économie , le remède n’est plus qu’un palliatif apte seulement à dissiper les symptômes actuels qui se développent par 1 action mécanique des produits de l’altération chimique du liquide circulatoire. L’Eau Sédative n’en est pas moins une très -précieuse découverte qui fait d’autant plus honneur à son inventeur qu’elle est , non point le produit fortuit des tâtonnements aveugles d’un médicastre s’escrimant à trouver un magistère nouveau , mais le résultat assigné d’avance, par un chimiste et physiologiste de premier ordre , comme la conséquence nécessaire de ses vues propres sur la théorie de la fièvre.
386. La Kinésipathie > ou Gymnastique des Viscères , est un terme extrême de la série des méthodes anévrhérétiques. Ses applications se réduisent à imprimer aux organes certains ébranlements mécaniques calculés pour
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stimuler le mouvement circulatoire. Cette méthode possède un certain nombre d’adeptes en Angleterre, où elle a été importée par quelques praticiens suédois.
387. Cette revue rapide des principales doctrines médicales a pour but, je le rappelle, d’indiquer l’application qu’on peut leur faire de la distinction fondamentale, précédemment posée, des deux ordres d’impressions et d’agents névrhéréfiques et anévrhérétiques. Si je m’étais proposé la classification méthodique intégrale des branches connues ou inconnues qui constituent les divisions naturelles de l’Art de Guérir, et qui sont 1 eprésentées fractionnellement et en mode simpliste et exclusif par les écoles en lutte dans le champ clos de la médecine actuelle, je serais loin, sans doute, d’avoir rempli mon objet.
388. La Nature, pour protéger l’harmonie vitale contre les influences perturbatrices du dehors, et pour en effacer graduellement les effets quand ses efforts n’ont pas été assez puissanls pour les prévenir, a pris , dans 1 économie de 1 organisme, tout un ensemble de dispositions admirables , constituant un véritable système de médication préventive et curative dont les opérations s effectuent par la main seule de celte « Prévoyance » invisible qui nous a prouvé l’immensité de ses connaissances et de sa tendre sollicitude en calculant et pourvoyant, dans la constitution de chaque animal, jusqu’aux plus imperceptibles besoins de sa conservation et de son bonheur. La médecine de création et d’application humaines doit se former en étudiant les procédés de cette médecine de la Nature, et tous ses efforts doivent tendre à la rapprocher de plus en plus de la perfection du modèle.
Le progrès de l'Anatomie et de la Physiologie nous fait découvrir chaque jour, dans l’organisation de l’Homme, quelque type achevé de ces applications industrielles des lois physiques, dont nous nous croyions les premiers inventeurs, et dans lesquelles nous reconnaissons alors que nous n’étions, à notre insu, que les grossiers contrefacteurs du Grand Architecte. Nous voyant ainsi devancés et surpassés, par l’art de la Nature, dans nos plus glorieuses découvertes, il ne s’agit point de se livrer à un énervant désappointement d’amour-propre, ou de se contenter de la vaine satisfaction de s’être rencontré avec le premier de tous les maîtres. Mais plutôt demandons-nous si celui-ci n’aurait point déjà tout concu et tout réalisé, et si ces œuvres innombrables ne renferment point le plan de toutes celles que nous cherchons avec tant de peine à produire. L’art humain, pour arriver à s’enrichir de toutes les applications utiles dont sont susceptibles les propriétés de la matière, devrait donc adopter une marche plus méthodique et moins pénible ; au lieu de pêcher aux découvertes en jetant son filet au hasard dans les eaux plus ou moins troubles de l’imagination, il faudrait les chercher dans le riche filon d’investigation que la Physiologie nous a ouvert. Au lieu d’épuiser l’intelligence à imaginer des combinaisons nouvelles, il conviendrait de l’appliquer un peu à s’enquérir si ces combinaisons ne sont point réalisées déjà dans quelque machine vivante; car il est plus facile d’analyser que de composer, et de suivre un patron que de l’inventer. L’appareil locomoteur de l’Homme est reconnu pour être le chef-d’œuvre de la mécanique ; nos tendons sont des cordes dont la souplesse et la solidité, dues a une texture particulière , fatiguent l’admiration
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des cordiers ; le système optique de notre œil atteint à une perfection si savante qu’il fait tout à la fois l’espérance et le désespoir de l’opticien ; et qu’est la télégraphie électrique , — ce miracle de l’industrie , — sinon une imitation rudement imparfaite d’une autre télégraphie électrique ayant les nerfs pour fils conducteurs, le cerveau pour appareil électro-magnétique, et, pour fonction , la direction des fonctions de la vie? Tout art devrait donc s’ouvrir une mine de recherches dans l’étude de l’organisme humain, — qu’on a si justement appelé le microcosme, — pour y puiser le perfectionnement de ce qu’il possède, et le secret de ce qui lui manque, et que peut-être encore il ne soupçonne même pas. O Homme , connais-toi donc toi-même ! Or, l’examen des procédés médicaux de la Nature nous apprend qu’elle n’a épousé l’exclusivisme systématique d’aucune secte, et que, pour le plus grand bien de la santé des Etres, elle a mis à contribution les produits les plus divers de son immense laboratoire. Aux Médecin» de méditer et d’imiter ce sage exemple de la Nature.
SECTION DEUXIÈME
IMPRESSIONS MENTALES
L’action pathogénétique de l’Impression Mentale prouvée par des faits . — Toutes les farces de la Nature susceptibles de deux essors > bon et mauvais. La puissance thérapeutique de l’ Impression Mentale attestée par ses effets nosogénétiques. — Comment conquérir l Impression Mentale à la Thérapeutique ?
389. « L’air est pur autour de nous, la nourriture est saine et abondante , nous sommes nés forts et bien
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constitués ; nos mouvements cessent là où commence la fatigue ; un sommeil calme et abrité nous prépare à de nouveaux exercices, à de nouveaux mouvements; nos jeux et nos plaisirs sont imprégnés de chaleur et de lumière; nous sommes libres de faire ce qui nous plaît, nous l’obtenons sans nous nuire ; nous sommes sains , enfln, et féconds, et rien ne manque à nos fonctions, ni l’organe, ni l’aliment. Mais un mot, trois syllabes, nous arrivent à l’oreille, un geste à nos regards ; et tout à coup notre force se résout en faiblesse , nos fonctions s’arrêtent, nos organes s’épuisent, la circulation se trouble ou suspend son cours , le froid et le feu circulent dans nos veines ; et la sueur ruisselle sur nos traits que revêt la pâleur, ce résumé de tous les autres symptômes et qui les précède tous.
» Quel est donc ce démon qui agit si vite, et porte le ravage dans nos organes , avec la vélocité de l’éclair et la puissance de la foudre? C’est une idée, une simple idée, une idée sans forme, sans point de contact avec la matière, et qui est capable de pulvériser la matière. La cause de cette maladie foudroyante n’est plus le vice de l’atmosphère , le poison des aliments , l’excès du froid et de la chaleur, la pointe du poignard, l’épine qui s’insinue dans nos tissus et les taraude, le parasite qui ronge nos os et nos chairs , comme un vampire qui s’attache à notre existence ; ce n’est point enfin une cause physique : c’est une cause morale, une cause impalpable et invisible dans le mécanisme de son action. » ( Histoire de la santé et de la maladie , par Raspail.)
C’est cette cause invisible dont j’ai entrepris de faire voir les secrets ressorts, c’est ce mécanisme impalpable
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dont je veux mettre le levier tout-puissant entre les mains de l’homme intelligent et bon, en l’adjurant de l’appliquer, selon le degré de ses forces, à l’amélioration physique , intellectuelle et morale de la race humaine. En un mot, je me suis donné pour tâche de répondre à la formidable question qui se trouve posée, mais seulement posée , dans les éloquentes paroles que l'on vient de lire.
390. L’influence du moral sur le physique a été observée principalement dans ses effets désastreux. Mais il en est de cette force, ici malfaisante, comme de toutes celles qui se manifestent en nous ou en dehors de nous : ce sont des épées à deux tranchants. Susceptibles qu’elles sont de deux modes d’application en sens inverse, l’étendue de leur activité destructive est précisément l’exacte mesure de leur pouvoir réparateur. Une force nuisible n’est jamais qu’une force utile mal appliquée; tout le prouve autour de nous, et c’est là un grand enseignement dont nous devons tirer parti. Si l’impression mentale détermine, dans l’état des organes, dans l’harmonie de leurs fonctions, dans .le sort de l’existence tout entière, des révolutions si soudaines et si profondes, pourquoi ne point armer la Santé contre la Maladie de celte arme irrésistible, qui est, au pouvoir de son adversaire, un fléau exterminateur du genre humain? Le trait de la foudre n’est-il pas devenu entre nos mains l’unique frein capable de maîtriser ses fureurs? Et le feu qui ravage les domaines de l’homme et dévore jusqu’à la substance de son corps , l’homme a su en faire son auxiliaire le plus précieux, son serviteur le plus docile, et le compagnon indispensable de tous les jours de sa vie. L’impression mentale est l’agent morbifère le plus prompt, le plus insaisissable, le plus irrésistible,
IMPRESSIONS MENTALES
le nlus fatal; donc l’impression mentale est destinée à détenir l’agent héroïque de la guérison, la première e la dernière ressource de la Thérapeutique.
391. L’Art de Guérir, toujours en peine et toujours en quête de procédés, bronche depuis des siècles à ce trésor de richesses inattendues, et ne les aperçoit pas, tant est profonde l’obscurité dans laquelle il s agite La Nosogénétique Mentale et la Thérapeutique Mentale ont leur cadre indiqué dans tous les traités de medecine par la relation de faits nombreux qui s’y rapportent; mais les cadres sont restés vides, et les faits sans exp 1cation. Ainsi les auteurs constatent que l’impression mentale foudroie par l’apoplexie plus de victimes que le tonnerre ne saurait en atteindre ; et le médecin qui exerce sa profession dans les grands centres de la civilisation et de la phthisie, s’il a le don de lire les souffrances du cœur dans celles du corps, nous apprendra que ce même ange exterminateur, invisible et impalpable vampire, traîne à la mort, à travers les sentiers d’une lamentable agonie, ce que l’Humanité porte de plus jeune, de plus beau, de plus aimable et de plus aimant.
392. En regard de ces faits, que l’on se borne a enregistrer en murmurant machinalement d’inutiles doléances, on en cite d’un caractère opposé qui sont accueillis à leur tour par les exclamations d’un ébahissement imbécile qui ne sait faire mieux que s’incliner a tout propos devant — « la toute-puissance du Ciéaleui et le mystère impénétrable de ses œuvres « .
L’histoire du fils de Crésus est familière a tout le monde : étant muet, il retrouva tout à coup la parole pour arrêter le bras meurtrier prêt à frapper son père.
THÉORIE DES IMPRESSIONS
Un fait qui peut servir de pendant à ce prodige de l’amour filial, m a été raconté par un de mes élèves, un îespectable magistrat de la ville d’Ypres, qui en avait luimême été témoin. Une femme, depuis longtemps paralysée de la langue , avait triomphé soudain de son infirmité a la vue de son enfant emporté par les eaux de la rivière; elle put appeler à son secours à haute et intelligible voix. On cite un grand nombre de paralytiques ayant fui à toutes jambes, à l’approche des flammes d’un incendie, le grabat qui les retenait immobiles et cloués depuis des années.
Les annales de la médecine relatent par centaines des guérisons subites d’affections « incurables » , dont une foi te commotion morale avait suffi pour débarrasser le malade en un instant. Une des personnes qui ont fait le plus d honneur à mes leçons par leur présence , un homme dont la modestie ne m’en a point imposé sur sou grand savoir et sa rare intelligence, et qui marque d ailleurs parmi les théologiens de la cité de Genève, m’a raconté , comme un fait à sa connaissance personnelle , qu’une jeune servante fut débarrassée, dans l’espace de quelques secondes, et en moins de temps peut-être, d’un cancer quelle portait au sein; et par quoi? par... un mot! mais un mot sans doute portant en lui la vélocité et la puissance du tonnerre. Celle fille apprend que sa maîtresse vient de succomber à l’opération qu’avait motivée une affection pareille : à celte nouvelle, elle s’affaisse comme foudroyée , et tombe en cessant de donner aucun signe de vie. Merveille ! ou croyait la relever morte, et on la releva guérie : la tumeur avait totalement disparu !
Je tiens la relation suivante d’un témoin très-bono-
IMPRESSIONS MENTALES
rable, que j’ai encore là satisfaction d’avoir pour élève. Une femme du Valais devait subir, au bout de vingtquatre heures, l’ablation d’un goitre énorme. Cette effrayante perspective agit si puissamment sur son àme, que cette âme, poussée à un effort suprême, trouva la force de remplir elle-même l’office du cruel scalpel, objet de sa terreur. Quand , le lendemain , le chirurgien se présenta à l’heure convenue pour l’opération , déjà il n’y avait plus lieu : le goitre n’existait plus.
393. La réflexion modificatrice de l’Ame sur le Corps s’atteste encore par une troisième classe de phénomènes singulièrement remarquables. Je me contenterai d en faire mention. Ces taches de couleur variée, ces excroissances de forme bizarre, existant sur la peau de certains individus dès leur naissance, sont dues, suivant toutes probabilités, à la cause qui leur est assignée par l’opinion vulgaire. Les Savants, il est vrai, s’obstinent à rejeter cette opinion comme un préjugé, mais ils n’ont en cela d’autre raison qu’une répugnance exagérée à admettre ce qu’ils ne peuvent expliquer. Je me crois donc en droit de considérer V Envie ( nœvus ) comme un produit organique accidentel réalisé dans le fœtus par une impression mentale faite sur la mère.
394. Ainsi , l’àine a la puissance de ramener le corps à la santé , comme elle a la puissance de le frapper de destruction. Mais ce pouvoir, également capable de bien et de mal, quel est l’instrument de son mystérieux empire , quelle est sa loi , quel est le mécanisme de ses actes? Et, enfin, pour gagner tout entier à la cause de la santé cet auxiliaire incomparable, que faire?
THÉORIE DES IMPRESSIONS
Bref, les deux questions suivantes nous sont posées, et vont faire le sujet de deux chapitres distincts :
1° Quelle est la loi physiologique de l’Impression Mentale, c est-à-dire quelle est la nature et l’étendue de 1 influence de la pensée sur les autres opérations vitales ; et quel est le mécanisme d’organes et d’actions par l’intermédiaire duquel cette influence est exercée?
2° Quels sont les procédés artificiels à l’aide desquels il est possible de conduire l’impression mentale à la production d’un effet pathologique (263) assigné d’avance?