ANALYSE APPLIQUÉE DU MÉCANISME DE L’IMPRESSION MENTALE
esprits trop peu soucieux de la science pour se donner la peine d’en faire une étude sérieuse. En outre, je réserve entièrement pour une instruction verbale et personnelle l’exposition des règles purement pratiques de l’art des impressions mentales, la présence d’un homme expert étant indispensable pour diriger les commençants au début de leur expérimentation.
Quelle est l’énonciation excitatrice de la Crédivité, c’est-à-dire quel est le moyen secret à l’aide duquel on peut poser un doigt souverain sur le suprême ressort qui met en jeu toutes les fonctions de la vie ? Telle est donc la question dont nous ne voulons point donner, mais dont nous voulons laisser deviner, la réponse. L’analogie y mène tout droit; il suffit de suivre la direction de ses jalons. Les voici :
475. Chacune des passions dites sociales a son signe excitateur vocal. Quel est celui de Sympathie? — C’est la relation d’un épisode de souffrances. — Et l’excitateur vocal d’Encourageabililé ? — Ce mot indique assez son corrélatif Encouragement. — Quel est celui qu’indique Obédivité? — Il est clair que c’est le Commandement. — Et, enfin, quel est l’excitateur vocal de Crédivité? — La sagacité du lecteur n’a qu’un pas à faire pour le nommer. Bornons-nous ici à le désigner par la lettre A. Soit donc «A» le signe convenu entre nous pour désigner l’excitateur vocal de la faculté passionnelle « Crédivité ».
476. Pour obtenir, par l’emploi de l’excitateur A, cette production régulière et à volonté de modifications vitales que l’on obtient ordinairement au moyen d’agents matériels, auxquels les Physiologistes en attribuent gé-
néralement le monopole, autrement dit, pour parvenir a remplacer, par des forces invisibles, impalpables, et n’ayant de point de contact qu’avec l’entendement, — la lumière, les vibrations sonores de l’air, les substances sapides, les substances odorantes, et la résistance tactile des corps; le séné et la rhubarbe, l’ipécacuanha , l’opium, le camphre, la thériaque, le chloroforme, etc., dans leurs actions physiologiques respectives, évidemment il est indispensable que l’individu destiné à subir une influence aussi inouïe se trouve placé actuellement dans des conditions toutes particulières , auxquelles la plupart d’entre nous sont, sans contredit, étrangers dans leur état habituel. En un mot, la première condition à remplir pour que A puisse déterminer une impression aussi profonde sur l’organisation d’une personne, c’est que cette personne soit impressionnable.
477. Mais en quoi consiste 1’ « impressionnabilité » ? On entend parler à tout moment de gens qui sont impressionnables, et de gens qui ne sont^rts impressionnables. Toutefois, la science, que je sache, n’avait pas, jusque dans ces derniers temps, approfondi la signification physiologique de ces deux états opposés, que le monde, en tout cas, ne connaît que par leurs manifestations extérieures, et nullement dans leurs causes organiques. Je vais donner sur cet intéressant sujet une explication dont la pfemière idée est venue, je crois, du Dr Dods. Je ne me flatte pas, toutefois, de m’y montrer aussi rigoureusement démonstratif que je crois l’avoir été dans l’enchaînement des précédentes propositions, car, pour prouver sans réplique ce que je vais avancer, il faudrait commencer par établir l’existence de certaines fonctions nerveuses non encore constatées par la Physio-
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logie, el ce serait me jeter dans une digression qui ferait totalement perdre à ce livre les proportions réduites que je suis tenu de lui conserver. Néanmoins, tout en reconnaissant une certaine insuffisance de preuves dans l’explication que je vais exposer, je n’en donne pas moins celle-ci comme une esquisse grossière mais vraie de la solution proposée.
§ iv.
Tempérament Actif et Tempérament Passif.
478. Toutes les fonctions de la vie animale se réduisent à deux sortes d’opérations : — Subir l’influence du monde extérieur et l’influencer à notre tour, — c’est-àdire recevoir l’impression et la donner. Ces deux attributions générales de la nature de l’àme constituent deux capacités distinctes dans elle, celle de vouloir et d’agir; celle de sentir et de subir. Elles sont administrées l’une et l’autre par le système nerveux céphalo-rachidien, et chacune par un ordre distinct de fibres , comme nous avons déjà eu occasion de le constater.
Les nerfs, nous le savons encore, ne jouent dans les actions nerveuses d’autre rôle que celui de conducteurs de l’électricité vitale (43). Celle-ci est le véritable organe, l’organe essentiel et immédiat des diverses facultés de l’âme. La différence des facultés qu’elle dessert entraîne naturellement pareille différence dans les modes respectifs de son action. Dans les nerfs de la Passivité, elle se meut de la périphérie et des extrémités du corps au centre cérébral, son mouvement est centripète. Dans les nerfs de l’Activité, elle se meut du centre cérébral,
tempérament actif et tempérament passif. -J i le long et jusqu’à l’extrémité subcutanée des membres;
son mouvement est centrifuge.
479. Placée sous l’influence de la matière , c’est de l’électricité vitale seule que l’àme reçoit l’atteinte immédiate de cette influence. On comprend donc que l’état de l’organe électrique d’une faculté de l’âme puisse et doive peser sur l’exercice de celle faculté. Ainsi, de la facilité plus ou moins grande que l’électricité vitale rencontrera à se mouvoir dans les nerfs de la vie de relation résultera sans doute la manifestation plus ou moins prononcée de la puissance active ou passive du centre animal.
480. Pour se former une idee nette des conséquences générales que peut entraîner pour les rapports entre ces deux ordres de fonctions l’altération des rapports de puissance existant entre leurs organes électriques , il convient de se représenter le fonctionnement respectif de ces organes sous la forme la plus saisissable qu’il nous soit permis de lui supposer. Que les mouvements de l’électricité vitale s’effectuent par ondulations ou par émission , nous pouvons adopter ce dernier principe sans que les explications auxquelles il va servir de base ne puissent s’appuyer également sur le système opposé. Ainsi, en optant entre deux hypothèses rivales, c’est entre deux moyens de démonstration , bons tous deux , mais plus ou moins commodes, que je fais mon choix, et non deux principes opposés sur le mérite absolu desquels je me prononce. J’adopte l’une des deux hypothèses de préférence uniquement parce qu’elle me présente sous une forme plus palpable le phénomène que j’ai à analyser, et me rend ainsi la tâche plus facile.
Supposons donc que l’électricité nerveuse coule
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comme un torrent suivant la direction centripète ou centrifuge propre à chaque différente fibre. Les Nerfs de la Sensation nous représenteront à ce compte un système de courants convergents qui, de tous les points de la surface du corps, se précipitent dans le cerveau, et les Neifs de la Volonté, un autre système de courants divergents s’échappant du cerveau pour s’élancer vers les extrémités du corps. L’électricité nerveuse de la vie de relation nous offre ainsi la figure de deux systèmes de courants contraires ayant respectivement dans le cerveau leur point d’arrivée ou leur point de départ, leur réservoir commun ou leur commune source.
481. Ces deux ordres de courants coexistent nécessairement dans 1 organisation de tout individu , mais rien ne prouve qu’ils présentent une pondération identique chez tout le monde. Les divers appareils, vasculaire, musculaire, osseux, etc., ne peuvent non plus exister isolément dans l’organisation d’aucun homme, mais les physiologistes savent d’un autre côté que ces appareils divers ont un développement relatif bien différent d’un homme à 1 autre, car de là la vai’iélé des « tempéraments « . La circulation artérielle et la circulation veineuse sont certes inséparables, mais chez les uns la première a plus d’activité que la seconde, et, chez d’autres, l’inverse a lieu. N’est-il pas naturel dès lors de supposer que les rapports de développement et d’activité puissent varier, suivant les- tempéraments, entre le système des courants nerveux de la passivité et le syslèpie des courants nerveux de l’activité, tout comme varient entre eux, d’un sujet à un autre, les systèmes vasculaire, nerveux, osseux, etc. ? On se rendra sans peine à celte conclusion, qui a toutes les probabilités pour elle.
PRODUCTIOM ARTIFICIELLE DE l’ÉTAT PASSIF.
482. Maintenant, quelle sera la conséquence fonctionnelle de la prédominance d’un système de courants sur l’autre? Sans doute, il en résultera la prédominance de l’ordre de facultés que représente le premier sur l’ordre de facultés administré parle second (478). Si la Circulation Passive l’emporte sur la Circulation Active , c’est aussi la Passivité qui l’emportera sur l’Activité, et celle-ci, à son tour, aura le dessus quand ses courants seront les plus forts.
483. Nous appellerons passif le sujet dont le tempérament nerveux appartient au premier de ces deux types de prépondérance, de même que nous disons « sanguin» celui dans la constitution duquel le système sanguin est prépondérant; sera actif, au contraire, celui dont le tempérament est caractérisé par la prédominance des courants centrifuges sur les courants centripètes.
484. Le tempérament actif doit, en raison même de sa définition, communiquer plus de puissance à produire l’impression qu’à la subir; avec le tempérament passif, l’individu est plus apte à la recevoir qu’à la donner. Dans le premier cas, on sera principalement « impressif» ; on sera surtout « impressfè/e » dans le second.
Production Artificielle de 1 État Passif.
485. Des considérations qui précèdent, chacun a déjà tiré cette conséquence toute naturelle , que le tempérament passif est le seul sur lequel on puisse spéculer pour les applications de l’impression mémorative. Il y aurait à ce compte, ce semble, une portion de l’Huma-
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nité qui serait apte à jouir des avantages de la Thérapeutique Mentale; une autre, et la plus nombreuse peut-être , serait victime d’une partialité de la Nature. Cependant il n’en est pas ainsi; la théorie de l’Impressibilité , en nous éclairant sur la cause de cette disposition physiologique , nous fait entrevoir en même temps les moyens artificiels à l’aide desquels il sera possible de la faire naître partout où elle n’existe pas naturellement, et qui, en un mot, nous permettront de développer un état passif chez toute personne douée d’un tempérament actif.
486. Souvenons-nous que l’Etat Actif, c’est la prépondérance actuelle des courants centrifuges sur les courants centripètes, et que l’Etat Passif consiste dans l’interversion de ce rapport. C’est donc à cette interversion qu’il faut viser pour réaliser un état passif factice; et un tel résultat peut s’obtenir, on le comprend, soit en favorisant l’essor des courants centripètes, soit en enrayant celui des courants centrifuges.
487. Cette dernière voie a été jugée la plus praticable, et c’est la seule à ma connaissance que les praticiens dits « Electro-biologistes» aient suivie jusqu’à présent.
Les Mystiques de l’Orient, qui nous ont devancés d’une foule de milliers d’années, et nous dépassent encore, dans la connaissance empirique d’un art dont il était réservé à la science occidentale de donner l’initiation théorique, ont à peu près exclusivement recours, pour réaliser l’état passif, à une concentration soutenue de la pensée, qu’ils cherchent à se rendre plus aisée en attachant leurs regards immobiles, pendant un long espace de temps, et avec une attention toute religieuse, sur un point fixe pris sur la surface de leur corps ou sur