IV
La Physiologie du Cerveau, base de la Psychologie et de la Morale.
Pour venir en aide à l’évolution naturelle de Pâme humaine, il faut d’abord que la loi de ce phénomène nous soit connue; et pour savoir comment préserver l’équilibre nécessaire de ses fonctions, et comment le rétablir, nous devons auparavant connaître en quoi consiste cet équilibre. Bref, avant de tracer à l’âme son régime, il est indispensable de. posséder la connaissance de sa nature , d’avoir déterminé l’identité de ses facultés, leurs besoins et leur destination. Telle est la marche que les philosophes ont généralement adoptée ; mais sont-ils arrivés jusqu’au but proposé? Le chaos de leurs psychologies contradictoires, et le chaos moral bien plus affreux d’une société régie par leurs lois, disent assez que la découverte de la vérité ne se trouva point au bout de leurs efforts. Mais il 11e sert à rien de faire le procès aux morts pour des fautes qui après tout ne furent que celles de leur temps ; il sera plus fructueux de chercher à nous rendre compte de leurs erreurs.
Les Psychologistes ont été réduits, jusque dans ces derniers temps, pour pratiquer l’analyse de l’âme et construire la classification de ses facultés, à la position des premiers Anatomistes qui, privés des secours de la dissection , jugeaient de l’état des organes internes, de leur situation , de leur forme et de leur mécanisme , d apres les signes extérieurs, et souvent d’après les analogies les plus illusoires et les plus grossières. Les révé-
CONCLUSION GÉNÉRALE
lations du scalpel moderne ont montré que l’Anatomie Conjecturale était un fatras d’erreurs , un amas de conceptions monstrueuses, étrangères à la réalité des choses. La Psychologie Conjecturale s’est constituée dans les mêmes conditions, elle porte en elle le même vice, elle est destinée au même sort.
Tant que les facultés mentales n’ont pu être étudiées que dans leurs manifestations objectives offertes par les actes des individus, ou bien dans leur manifestation subjective de la conscience, on s’est trouvé en présence d’effets tellement complexes et si inextricablement enchevêtrés qu’il était à peu près impossible de suivre le fil conducteur de la génération de chacun d’eux, et de remonter sûrement jusqu’à sa cause propre et distincte.
La découverte de Gall est venue enfin porter le flambeau de la science certaine sur les voies obscures de la Psychologie. En effet, chaque faculté de l’àme ayant pour organe spécial une portion déterminée du cerveau — et nous avons prouvé tout à l’heure qu’il doit en être ainsi — et l’observation démontrant que le développement de chaque organe suit le développement de la faculté correspondante, on conçoit qu’il est relativement très-facile, par la comparaison cérébrale et mentale d’un grand nombre d’individus, d’arriver à la détermination exacte de la faculté qui correspond à chaque point de la surface du crâne , qui est la reproduction extérieure de la forme de l’encéphale. Ainsi, chaque organe cérébral représente d’une manière fixe une faculté mentale, ou un groupe naturel de facultés déterminées, tout comme le lobe optique et le lobe olfactif représentent respectivement les sens de la vue et de l’odorat. On est donc assuré que tout phénomène mental qui se rapporte à un même
organe, se rapporte également à une même faculté; et, dès lors, on n’est plus exposé, comme dans les spéculations de la psychologie conjecturale , à multiplier une cause unique par la diversité de ses effets, et à constituer en facultés isolées les caractères différents qui concourent à former la nature d’une seule, absolument comme si l’on classait en trois especes animales, la chenille, la larve et le papillon.
La Névropsychie (phrénologie) vient rectifier une multitude de méprises de ce genre dans les divers systèmes de l’àme. C’est ainsi qu’elle constate, dans la Mémoire, un attribut commun à toutes les facultés sensitives, intellectuelles, et passionnelles, au lieu d’une faculté distincte à classer parmi l’odorat, l’individualité, la raison, la justice, l’orgueil, etc., comme on l’avait généralement enseigné jusqu’à présent.
Tous les phénomènes animiques étant ainsi réunis par groupes naturels sur des organes déterminés, le rapprochement des phénomènes de chaque groupe nous permet de dégager leur caractère général , et d’arrêter la définition de la faculté dont ils sont la manifestation multiple. La Névropsychie nous conduit donc à constater l’identité des facultés radicales de l’âme, et, en outre, elle nous offre le modèle incontestable de leur véritable classification dans la distribution topographique de leurs organes cérébraux.
bref, c’est par la constitution de la Psychologie que nous devons préluder à la fixation des règles de la culture de 1 ame ; et c’est la physiologie du cerveau qui seule a pu jusqu’à présent, et qui seule paraît pouvoir fournir a la psychologie les fondements d’une science positive.
CONCLUSION GÉNÉRALE
Il est juste de constater ici que Fourier, en nous proposant une classification des facultés de l’âme entièrement nouvelle, nous présente sa conception comme un résultat mathématique obtenu par les procédés de cette algèbre transcendante et universelle des lois de la Nature, dont il s’affirme le révélateur. Toutefois, comme Fourier ne nous a point soumis ses calculs , nous ne sommes pas à même d’en vérifier la justesse, et nous ne pouvons par conséquent reconnaître un caractère scientifique à sa théorie des fonctions de l’âme, bien que nous admettions sans peine son incomparable supériorité sur toutes les psychologies enfantées par l’imagination des Philosophes.
La nécessité évidente et inéluctable d’une culture morale a conduit en tous temps à rechercher les règles de cet art dans l’analyse des passions. Nous l’avons dit, les Psychologistes se sont livrés au hasard des conjectures ; mais quelque incertains que soient les résultats d’une pareille méthode, ils ont été tenus pour vrais par ceux qui les ont obtenus, et chaque système psychologique a ainsi enfanté son système de morale.
•La Morale , méthodiquement définie, constitue la Culture des Passions , au triple point de vue de l’éducation, de l’hygiène et de la thérapeutique. Il me paraît intéressant d’offrir ici un court parallèle de ces différents systèmes de Morale, pour en soumettre les vices et les mérites respectifs au critérium des principes naturels de l’hominiculture , précédemment établis.
En présence du conflit universel des passions, et de leurs exigences en apparence contradictoires, les pie-
micrs Moralistes , privés des hauts enseignements de la Physiologie, crurent voir dans Pâme humaine un composé d’éléments essentiellement antagonistes, un composé de bien et de mal , un composé de passions bonnes et de passions mauvaises. On devine quelle marche de pareilles vues psychologiques devaient tracer à la morale : par une extravagance tout au moins aussi monstrueuse que celle d’un médecin qui, frappé des désordres causés par la bile , conclurait à la suppression du foie , comme étant un organe superflu et funeste, les Moralistes, pour remédier au désordre des passions, n’ont trouvé rien de mieux à conseiller que d’enchaîner les unes pour rendre la paix aux autres, de les comprimer le plus possible, et de les étouffer enfin, s’il se peut, ce qui est le dernier terme de la perfection. Toutes ces folies de l’ignorance philosophique sont démasquées par les découvertes des sciences naturelles modernes, et si elles en imposent encore a la multitude , c’est que des intérêts puissants se trouvent engagés à en maintenir le faux prestige.
La doctrine de Fourier est venue inaugurer l’ère de la morale scientifique. Quelle que soit la valeur intrinsèque de ses opinions de détail et de ses définitions particulières, quelle que soit la justesse de ses plans, ce que l’on peut affirmer, c’est que l’auteur de la “ Théorie de l’Unité Universelle » a établi , le premier, le véritable point de départ de la culture intégrale de l’homme , en proclamant que toutes ses facultés sont nécessairement bonnes et également légitimes; et, par cette grande initiative, il s’est placé h une supériorité incommensurable sur les plus grands moralistes anciens et modernes.
Au lieu d exiger l’abolition du foie parce que la hile
CONCLUSION GÉNÉRALE
cause la jaunisse, Fourier demande que le foie soit débarrassé des obstacles étrangers qui contrarient l’exercice régulier de ses fonctions, et le forcent à porter le trouble dans celles des organes voisins ; il demande que les passions soient placées dans un milieu normal, c’està-dire propre à favoriser leur essor harmonique , dans un milieu qui leur permette de combiner leurs forces au lieu de les tenir en lutte , et de converger toutes à la production du bonheur, œuvre finale pour laquelle elles existent uniquement et où chacune a sa tâche réservée que nulle autre qu’elle ne saurait remplir.
Toute conception de morale portant sur les données d’une conception psychologique, la morale fouriérienne doit être accueillie avec toute la réserve qu’il convient d’apporter dans l’appréciation de la psychologie dont elle est issue, et qui, comme nous l’avons déjà noté, prétend s’appuyer sur les applications d’une méthode rigoureuse, mais dont la démonstration ne fut jamais produite. J’ai été fort surpris, en lisant les écrits de certains publicistes de Y École Plialanstérienne , de la facilité avec laquelle de profonds rationalistes se sont laisse séduire par la parole du maître, au point d’accepter sans preuve , comme des vérités incontestables, les assertions les plus hardies sur les questions fondamentales et supérieures de la Science, sur la haute physiologie comparée, sur l’astronomie, sur la cosmogonie, et sur les caractères de celte Loi de l’unité et de l’analogie universelles , - — entrevue par quelques grands naturalistes qui embrasse tous les rapports particuliers dans un système de formules générales en une synthèse suprême. Les conceptions de Fourier, sans contredit, portent 1 empreinte d’un génie du plus haut titre ; mais encore est-il
imprudent de consacrer toutes les richesses d’une intelligence à exhausser le grandiose édifice de sa théorie avant de s’être assuré que ses fondements portent bien en plein sur le roc , et non sur le sable.
Son analyse des passions arrêtée, et leurs rapports naturels déterminés, Fourier a calculé, sur la base de ces données, les conditions de milieu social capables d’assurer à chaque faculté et à chaque caractère la pleine liberté de son jeu, de ménager l’exercice des affinités, de prévenir les conflits et les froissements, et, enfin, de substituer un harmonieux concert à la cacophonie actuelle des passions. Il a procédé comme un mécanicien qui, trouvant les pièces éparses d’une machine inconnue, chercherait dans l’étude individuelle et comparative des divers rouages, le secret de leur assemblage, le système de leur combinaison, en un mot, l’unité de leur mécanisme. C’est ainsi encore que les Naturalistes, ayant découvert quelques débris fossiles d’organisations antédiluviennes, savent remonter de la donnée de ces éléments à la synthèse de l’organisme tout entier, et à la reconstitution complète de l’animal; bien plus, la méthode les amène jusqu’à découvrir avec la plus merveilleuse exactitude toutes les conditions d’existence qui entourèrent la vie de chaque espèce. Ce que l’horloger fait avec les rouages épars d’une montre, ce que Cuvier a fait avec les dents des mastodontes, Fourier a tenté de le faire avec les passions humaines telles que la condition de l’iiomme actuel les soumettait à son observation : de l’organisation de l’Homme Individuel , il a cherché à déduire l’organisation de l’Homme Collectif. S’il n’a point réussi, il faudra convenir au moins que la sublime audace de son entreprise le rendait digne du succès.
CONCLUSION GÉNÉRALE
La justesse de la synthèse sociale de Fourier dépend essentiellement de la justesse de son analyse des passions. Avant de s’enquérir si ses déductions sont logiques, il faut donc s’assurer si ses prémisses sont vraies, et c’est, à mon avis , je le répète, la Névropsychie seule qui est capable de décider ce point, car elle seule possède une boussole pour se guider avec certitude dans l’exploration de l’àme humaine. Les conceptions de Fourier, essayées h cette pierre de touche, accuseront le plus souvent peut-être la pénétration intuitive de cet esprit supérieur 5 quelquefois aussi, je le crains, elles nous dénonceront des méprises comparables à celles où ne saurait manquer de tomber le plus judicieux physiologiste de Saturne ou d ’Uranus, si, envoyé sur ce globe pour faire la physiologie de notre race humaine, il mettait pied à terre dans le Valais : le goitre qui, dans ce pays, est une affection passée à l’état normal, lui apparaîtrait certainement comme un organe régulier dont il chercherait vainement, comme on pense, à découvrir la fonction naturelle. Ne pouvant la trouver, il l’inventerait peut-être. Fourier n’est-il jamais tombé dans l’erreur de voir une faculté primitive dans une excroissance passionnelle, et n’a-t-il point introduit dans les tableaux de la physiologie de l’àme des termes appartenant aux cadres de sa pathologie ou de sa tératologie? Thaïs tlie question.
La doctrine fouriéricnne présente une lacune considérable qui diminue sa valeur et affaiblit l’influence qu’elle est digne d’ailleurs d’exercer sur les esprits. « Par le jeu du mécanisme social de V Harmonie , toutes les plaies de l’cârne seront subitement cicatrisées, et sa santé, son libre épanouissement et son bonheur, à jamais
assurés. Constituons donc le régime phalansté rien ; montons au Capitole! » Tel est le dernier mot de I ouriei. Mais entre notre société et son Phalanstère s ou vie un abîme immense qu’il a eu trop de bon sens pour ne pas apercevoir, mais qu’il a eu trop d enthousiasme poui considérer : d’un bond , il a voulu franchir 1 intervalle. Mais l’Humanité rampe encore, elle ne peut voler; et ces ailes qui lui manquent , etqui lui sont indispensables pour atteindre les hauteurs de ses futures destinées, Fourier n’a rien fait pour les faire croître : sa doctrine est complètement vide , elle est même systématiquement vide, de tout palliatif immédiat pour les plaies saignantes de l’àme, de tout élixir fortifiant pour relever son courage abattu , pour lui donner la force de se redresser dans sa fange de corruption, et de marcher avec fermeté vers l’avenir glorieux qui l’attend. En se courrouçant contre les Moralistes, Fourier a outré la vérité de sa critique; dans la condamnation de doctrines assurément illusoires, et qui sans doute ont fait leur temps, il a impliqué celle de la première de toutes les puissances régénératrices; il a proscrit l’allié naturel, l’allié indispensable de sa doctrine : sous le nom à vrai dire fort compromis de la morale , il a confondu , avec le mensonge des hypocrites, le sublime pouvoir donné à l’àmc de relever une autre âme, de la fortifier, de l’ennoblir, de la retremper, de lui donner la force et le courage de rejoindre les rangs de l’Humanité militante, et de prendre sa part de fatigues et de gloire dans la guerre sainte du progrès.
Le rôle que l’Ecole Phalanstérienne a si déplorablement négligé et méconnu a été mieux compris sur l’autre continent, et il a été accepté par des hommes que leur
insigne mérite place à la hauteur de la tâche. L’Ecole
CONCLUSION GÉNÉRALE
des Phrénologistes Américains est à l’œuvre depuis dix ans, occupée à répandre dans les masses la connaissance des lois de l’éducation et de l’hygiène intégrales, telles qu’elles se dégagent de la loi des fonctions naturelles de l’homme, étudiées dans leur première source, c’est-àdire dans l’âme humaine ; occupée à mettre en jeu l’instrument psychopathique de la morale, physiologiquement comprise, pour inspirer à la nation le sentiment de la vérité sur la nature de l’homme , pour créer en elle une aspiration énergique vers le perfectionnement individuel par une culture personnelle, et vers la réalisation d’un ensemble de conditions générales propre à amener une application, à la société tout entière, des règles de l’Hominiculture.
L’école importante que nous venons de mentionner a son siège à New-York; elle possède un organe périodique intitulé : American Phrenological Journal , et, en outre, elle répand une grande quantité de livres dont la plupart, dus à la plume de MM. Fowler, sont, à mon avis, des chefs-d’œuvre d’anatomie et de physiologie morales. Je ne puis croire que l’on arrive jamais à apporter plus de pénétration, de tact et de sens pratique dans la dissection de l’âme, dans l’observation du jeu si varié de ses facultés, dans l’appréciation des effets de chaque passion, et dans la détermination rationnelle de toutes les combinaisons possibles de ces forces, et des phénomènes sociaux qui sont le résultat logique de chacune d’elles. La doctrine de Gall ne serait-elle qu’une erreur, les ouvrages dont il est ici question n’en resteraient pas moins des traités excellents d’éducation, d’hygiène et de réforme. Pour donner plus d’autorité à mon appréciation, et pour inspirer à ceux me lisent le désir
d’en vérifier par eux-mêmes la justesse, il convient peut-être de déclarer ici que les hommes dont j’exalte les travaux me sont personnellement inconnus, mes rapports avec eux n’ayant jamais été que ceux de lecteur à auteur.
Pour faire saisir l’esprit des doctrines morales de l’Ecole Phrénologique Américaine, je crois à propos de donner ici quelques extraits de l’une de ses publications les plus populaires. C’est un petit volume intitulé : La culture de soi-même, « Self ■Culture » , dont les enseignements, à l’adresse des masses, sont présentés dans une forme élémentaire, simple et toute familière, qui n’en fait que mieux ressortir leur tendance et leur caractère pratique. Le seul reproche que, pour ma part, je me sente disposé à adresser à l’Ecole de MM. Fonder, c’est qu’ils paraissent compter un peu trop sur la puissance de l’éducation isolée, et ne pas considérer assez que l’harmonie de l’homme individuel ne peut être réalisée pleinement que dans l’harmonie de l’homme collectif organisé, de même que les membres ne pourraient remplir l’objet de leur destination respective en dehors de l’organisation du système corporel, où chaque force particulière se trouve placée en rapport exact avec d’autres forces, compléments indispensables de sa fonction.
« Normalité des Fonctions.
» Toute fonction de l’homme , soit physique , soit mentale , est susceptible de deux essors, l’un naturel ou normal , et apportant par conséquent le plaisir avec lui; l’autre, contre nature, anormal, et entraînant la peine à sa suite. De l’action normale des différentes facultés
CONCLUSION GÉNÉRALE
physiques résulte la santé et toutes les jouissances qui l’accompagnent; leur exercice anormal engendre la maladie sous toutes ses formes, et toute son escorte de souffrances.
» Chaque faculté mentale est également apte à celle double manifestation : la Conscienliosité, dans son exercice normal , communique à notre âme ce profond sentiment de bien-être particulier à la conscience d’avoir bien fait, à la satisfaction de jouir de sa propre estime; son exercice faux et douloureux nous livre aux remords, et nous accable de la conviction que nous avons mal fait.
» L’Idéalité a pour fonction primitive, pour fonction naturelle, de nous inspirer le plaisir que nous ressentons devant les beautés de la Nature, celles de l’art ou du sentiment, et à nous communiquer cette délicatesse de goûts et cette élévation de l’âme qui font sa noblesse; la pénible impression de dégoût que nous fait éprouver tout ce qui est grossier ou vulgaire est l’effet de l’action contraire de celle faculté.
» L’Amour de l’Approbation , dans son application normale, se reconnaît à la satisfaction si agréable de s’entendre louer pour une belle action, pour une conduite honorable ; son rôle opposé se caractérise par la mortification et la honte attachées au reproche mérité.
» L’Adhésivité se manifeste dans son jeu régulier par celte joie sans mélange dont on s’abreuve en se voyant entouré d’amis intimes, cordiaux, sincères, de bons et de vrais amis ; elle s’exerce à faux par l’affliction des pertes ou des séparations éprouvées par l’amitié , ou par la douleur de se voir trahir par de faux amis.
» C’est laPhiloprogénitivité dans sa manifestation normale qui produit la joie des parents à voir leurs enfants
grandir, bien portants et bien doués; dans son action inverse, elle les accable de chagrin par les infirmités, par l’inconduite ou les infortunes de ces objets de leur tendresse.
5) La Combativité normale, c’est la résistance à l’oppression, c’est la décision, c’est la défense et la protection de sa personne, c’est l’énergie de caractère; l’action vicieuse de celle faculté se traduit par la colère, l’emportement, l’humeur maussade, l’aigreur, le penchant au blâme et à la médisance.
« L’Alimentivilé , dans la vérité de sa nature , c’est l’appétit pour les aliments les plus propres à l’organisation, et les plus favorables à la santé ; ses effets vicieux consistent à s’abandonner à la gourmandise, à la gloutonnerie, à l’intempérance, à chiquer le tabac [usage particulièrement répandu parmi les Américains] , à se passionner pour le thé , pour le café , etc.
» La Causalité a pour destination naturelle la recherche de la vérité, la stigmatisation de l’erreur, et l’adaptation des meilleurs moyens à des fins équitables ; pervertie , elle nous conduit à l’emploi de voies tortueuses, à l’exécution de mauvais desseins, à combattre le vrai et à soutenir le faux, enfin, à appliquer cette force à un usage malfaisant.
» L’objet normal du Langage, c’est de nous donner la facilité d’exprimer des idées justes et utiles dans une forme correcte et élégante; l’abus de cette faculté consiste à l’employer au bavardage et aux cancans, ou à faire naître de fausses opinions ou des sentiments injustes, ou bien à divulguer ce qui peut nuire.
« Des observations semblables s’appliquent à la Gaieté, au Temps, au Calcul, à la Sécrélivilé, à l’ Acquisivité ,
CONCLUSION GÉNÉRALE
et, en un mot, à toute puissance de l’âme quelle qu’elle soit. En d’autres termes, chacune des nombreuses fonctions de notre nature multiple s’exerce dans une action normale, et par conséquent agréable, toutes les fois que les lois de sa constitution sont observées, toutes les fois qu’elle est judicieusement appliquée au but pour lequel elle fut créée; au contraire, elle ne manque jamais de causer la souffrance si elle s’exerce en dehors du cercle de ses attributions primitives. L’exercice de toute faculté, dans le sens et dans la mesure de sa fonction naturelle, a pour résultat nécessaire la production du plaisir ; hors de là, son effet est toujours , et par la force des choses, de faire naître la douleur. Ainsi, une des grandes mesures à adopter tout d’abord pour arriver à ce but de perfection et de bonheur dont les conditions font ici le sujet de nos recherches , c’est d’apprendre à connaître et d’observer la loi de l’exercice normal de chacune DE nos facultés. On le voit , il n’est pas, après tout, si difficile d’être heureux, pourvu que l’on sache comment; et c’est en vue d’arriver à cette connaissance que nous allons offrir, dans ce livre, le tableau analytique de chaque faculté, en plaçant en regard, d’un côté, ses effets naturels et agréables ; de l’autre , ses effets anormaux, douloureux, vicieux — ce qui est la même chose. — Les premiers seront compris sous le titre d’ADaptation ; les autres, sous celui de perversion ou arus.
» Que l’action normale des fonctions constitue la vertu , et leur action anormale ou pervertie cause le péché , le vice, la dépravation; que, par conséquent, suivre la direction naturelle de nos facultés, c’est éviter le péché et les peines qu’il entraîne, et nous rendre vertueux, et, par conséquent, heureux, c’est là un principe en lui-
même trop considérable et trop important dans ses applications pratiques pour ne point faire ici 1 objet d un examen tout spécial, et qui n’admet pas d’ajournement. Ce principe, tout simple qu’il est, n’en révèle pas moins et les conditions fondamentales de la moralité et du bonheur, et les véritables causes du vice et de la souffrance. A tous ceux-là donc à qui la souffrance se fait sentir, et à qui le bonheur se fait désirer, d’étudier la loi du jeu normal des fonctions , et de 1 observer. On ne saurait se donner trop de peine pour imprimer cette salulaiie direction aux facultés des enfants, ou plutôt pour les maintenir dans cette voie où la Nature les a placés d abord ellemême , et fait de si grands efforts pour les retenir. »