ADAPTATION ET CULTURE
« Si l’Homme était placé dans un monde où, ainsi que dansÉden, tous ses besoins trouveraient leur satisfaction sans travail, sans effort, aussi bien dans l’ordre physique que dans l’ordre moral , celte faculté n’eut pas eu de raison d’être , car elle n’aurait eu rien à faire. Mais , loin de là, la vie de l’homme est une lutte incessante. Nous avons été mis sur cette terre « pour la cultiver et en être les gardiens» : eh! en quoi celle tâche consistet-elle donc, sinon dans une succession d’obstacles naturels à renverser et d’oppositions à vaincre? Ceux qui
CONCLUSION GÉNÉRALE
sont destitués de Combativité, assujettis à un travail manuel, n’arriveraient point à gagner leur sel, car, s’ils mettent jamais la main à quelque chose, c’est toujours en disant : « Ce n’est pas la peine d’essayer, je ne réussirai point »; et, en effet, ils n’essayent point, et aussi restent-ils impuissants et inutiles. Mais une combativité fortement développée nous fait prononcer un « Je-puiset-je-veux v qui prend toute besogne en main avec résolution et intrépidité, sans admettre que rien puisse l’ar- 1 eter, et qui pousse tout ce qu’il entreprend droit en avant, ef au pas de course, tel que la locomotive emportant un train de wagons après elle. Ainsi, qu’il s’agisse d’enlever une bûche ou de retourner une pierre, la Combativité de courir à l’obstacle , d’y appliquer la main ou l’épaule, et d’en débarrasser le chemin en un clin d’œil, et de dire ensuite : « Qu est-ce que c’est que ça? Je puis en faire bien davantage. » Une faible Combativité , au contraire, attendra, regardera, considérera, et finira par abandonner la tâche comme inexécutable. Il existe une relation étroite entre l 'organe de la Combativité et les mains; aussi ceux qui le possèdent amplement développé , quand ils frappent, sont sujets à frapper plus fort qu’ils ne le croient, par suite de la violence communiquée au coup par l’impulsion soudaine de cette faculté.
” Le monde moral présente aussi ses difficultés à surmonter. Les hommes ne sont pas des anges : pour accomplir une œuvre, pour acquérir des jouissances, nous avons à pousser nos projets en avant à travers une série continue d’obstacles, et à frayer ainsi notre voie jusqu’au bout de la carrière. Les natures placides et passives n’arriveront jamais ni à faire, ni à être quelque chose, ni à se créer aucun avantage, et resteront un fardeau, et
pour elles et pour ceux qui ont charge cl’elles. Ceux qui, dans ce monde, veulent obtenir quelque chose, doivent s’y aider, ou bien s’en passer; et ceux dont les intérêts ont besoin de protection doivent commencer par les protéger eux-mêmes, car les autres ont les mains toutes pleines de leurs propres affaires. C’est ainsi qu’un enfant poltron se laisse opprimer par ses camarades : « Je vais le dire à maman! » C’est, en pleurnichant, tout ce qu’il sait faire pour se défendre; mais avant que « maman » puisse arriver à son secours, l’agresseur est déjà loin. La puissance de cet organe nous donne cette energie déterminée qui dit en actions et qui se fait parfaitement entendre : « Tâche de ne pas empiéter sur mes droits! Souviens-toi que je ne suis point une poule mouillée ! » Son influence sur le ton de la voix, soit dans la conversation, soit chez l’orateur, atteste la vigueur qu’il est de sa nature de communiquer au caractère. Une grande combativité est en quelque sorte, pour le discours, ce qu’une forte charge de poudre est pour le boulet de canon : elle imprime à chaque mot une propulsion qui le pousse avec force hors de la bouche , et l’envoie jusqu’à l’âme de l’auditeur; elle donne Fonction et l’emphase à la parole, et lui fait produire une impression nette et durable. Une faible Combativité, au contraire, laisse les mots se traîner lentement, et tomber avec mollesse jusqu’au pied de l’orateur, et d’un discours fait une complainte.
« L’influence de celte faculté se manifeste également chez l’écrivain, comme chez l’orateur : à tous deux elle donne ce choix d’expressions rudes et tranchées qui en portent plus loin et plus sûrement. Les manières déterminées, et la hardiesse de langage, que l’on attribue
CONCLUSION GÉNÉRALE
généralement à l’orgueil, sont en grande partie un effet de la Combativité.
« Lutter pour la vérité, pousser aux réformes, exterminer les maux régnants, c’est là que se fait sentir encore l’influence de la Combativité, et la part qu’elle a dans ces actes sera facile à reconnaître d’après les analyses que nous venons de donner de plusieurs de ses applications. Sans elle, point de réformateur. Ceux chez qui elle est trop faible montrent autant de mollesse et d’impuissance dans le monde moral que dans le monde physique. Bref, quand elle est fortement développée, elle projette sur tout ce que son possesseur est, dit et fait, ce ton de hardiesse, d’audace, de résolution, de courage, lui imprime cette vigueur, cette tonicité, cette efficience, lui donne un air de défi et de détermination, ce laisse-moi-tranquille , ou bien encore ce fais-moi-place, qui imposent le respect, brisent toute opposition, et surmontent tous les obstacles.
» Une faculté aussi indispensable au succès dans la vie mériterait bien d’être cultivée ■ car, sans elle, que pouvez-vous accomplir et que pouvez-vous être? Pour la développer, exercez-la. Ne vous permettez jamais de dire : « Je ne puis pas « ; jamais ne vous tenez pour battu, pourvu que vous ayez bon droit — un point important qu’il convient d’arrêter à l’avance. Ne soyez pas si défaillant de cœur que de ne point oser tenter : prenez une décision, — judicieuse, bien entendu, — et puis allez de l’avant et avec tant de vigueur et d’intrépidité que vous enleviez tout devant vous.
w Chassez celle placidité pusillanime qui paralyse tout effort ; soyez résolus. N’allez point vous arrêter à compter tous les petits obstacles qui doivent se trouver sur votre
LA PHYSIOLOGIE DU CERVEAU, BASE DE LA MORALE. 3o3
route : emportez-les d’assaut. Parlez d’un ton libre et accentué, comme quelqu’un qui sent ce qu il dit, et veut le faire sentir aux autres. Pas d’effronterie , par exemple, mais de la fermeté. Que cette disposition d esprit vous accompagne dans tout ce que vous dites, faites, êtes.
« Ce qui convient particulièrement à la culture de cette faculté, c’est de fortifier le corps, et de donner une bonne trempe à la santé. Des instructions à cet effet sont exposées dans « Physiologie » [autre ouvrage de 1 auteur]. Tout ce qui améliore la santé ajoute de la vigueur au cerveau. Tout écbauffement du corps tend à communiquer aux Propensions un état fiévreux qui les pervertit, mais, en l’assainissant, on accroît la puissance des facultés animales, sans les vicier.
» La Combativité demande souvent à être ainsi cultivée chez les enfants et les adolescents. Quand un enfant cède à la moindre difficulté, à la moindre opposition , pleure s’il est grondé ou si on lui prescrit quelque chose , et voit des montagnes dans des taupinières ; si un jeune homme reste dans l’hésitation sur la carrière qu’il doit embrasser, et puis, la profession choisie, se croise les bras à attendre que les affaires viennent le trouver, se laisse aller au découragement, et est continuellement à se plaindre des désavantages de sa position , c’est un signe que la faculté en question a besoin d’être fortifiée. Pour cela, il ne conviendrait nullement de gourmander le sujet, de lui faire des remontrances, de lui exposer combien il a eu tort d’agir d’une certaine façon et non de telle autre; encouragez-le plutôt à l’égard de l’avenir, tenez-lc en baleine et affirmez-lui que, pour réussir, il n’a qu’à vouloir. Tant que vous ferez tout pour lui, il ne fera rien pour lui-même. Il s’agit donc de le cox-
CONCLUSION GÉNÉRALE
traindre à avoir confiance en lui-mème, et à ne compter que sur ses propres forces pour faire sa route dans la vie. Quelquefois encore il peut être bon de prendre à partie de tels caractères, pourvu que l’attaque n’aille pas jusqu’à abattre le moral de l’individu, mais seulement jusqu’à lui faire sentir l’aiguillon. Ainsi, j’ai vu bien des personnes se trouver mieux portantes pour avoir été mises en colere, et des douleurs, telles qu’une migraine, et d’autres souffrances physiques et morales, être mises tout à coup en fuite par un transport de Combativité.
3) Vaincre, tel est le rôle spécifique de cette faculté. Pour développer son action chez votre élève, offrez-lui donc quelque chose à vaincre, mais que la tâche ne soit jamais tellement difficile qu’elle puisse rebuter son courage. Vous devez l’enhardir en lui disant et lui redisant que la volonté est le sûr garant du succès »
Terminons cet article en répétant que la Culture Morale de l’Homme est la tâche la plus importante et la plus urgente qui lui soit imposée par ses intérêts, et que la Phrénologie et la Science de l’Organisation Sociale lui fourniront le plan de ce grand œuvre; ajoutons que, pour l’exécuter, un instrument d’une puissance colossale lui est offert dans cet art nouveau dont le but primitif et principal de ce livre était d’exposer les principes, et que nous avons désigné par la dénomination méthodique d’Idio-Psychopathie (voir le tableau placé à la fin de la première section de ce chapitre).
Oui, certes, notre amélioration morale est une affaire infiniment plus sérieuse que les agios de la Bourse et que toutes les spéculations industrielles et commerciales. Je parle ici en homme aussi libre pour le moins que qui que ce soit des bandelettes de la superstition et de scs
puériles terreurs, et ne reconnaissant d’autre autorité en matière d’opinion que celle de la raison et de l’expérience, que l’autorité de la science, en un mot : eh bien ! que les égoïstes et les étourdis y prennent garde! un fait nouveau s’est produit dans ces derniers temps, un fait d’observation , un fait désormais scientifique, et c’est d’après ce fait que je suis autorisé à déclarer que l’état de développement moral et de santé morale dans lequel nous sommes surpris par la mort pèse d’un poids fatal dans la balance de notre destinée dans un autre cours d’existence, et décide pour une longue période, soit notre félicité, soit notre misère. Ah! puissent mes paroles arriver jusqu’aux oi'eilles des malavisés qui s’évertuent à extirper de leur âme, comme des herbes parasites, la compassion et la justice; qui amputent leur cœur pour faire profiter leur ventre , en se disant : « Après nous le déluge! » Mais non, ce que l’on regardait comme la fin de la fin, ce n’est plus que la fin d’un très-petit commencement; et ceux qui, peu soucieux d’un avenir problématique, ont cru prendre le meilleur parti en plaçant leur vie h fonds perdu, se trouvent avoir escompté, pour un jour de jouissances médiocres et amères, des siècles d’un bonheur plus grand mille fois que leurs désirs mêmes.
Théorie de la Sensation Extra-Nerveuse et de l’Illusion.
La plupart des physiologistes et fdes physiciens se sentent outrés si, d’après les témoignages les plus authentiques, on leur affirme que certains individus jouissent de la faculté de voir à travers les corps opaques, et ki 23.
CONCLUSION GÉNÉRALE
à des distances sans proportion avec la portée de la vue s’exerçant dans les conditions ordinaires. Ils se montrent
en cela Lien peu judicieux. En effet, le célèbre Arago le leur a dit, dans l’ordre mathématique seulement, il est permis de rendre un verdict d’impossibilité; c’est-à-dire que l’on a bien le droit de nier absolument une chose parce que l’on comprend qu’elle est impossible, mais jamais par cela seul que l’on ne comprend pas comment elle pourrait être. Dans le premier cas, c’est la raison qui juge d’après les strictes lois de la logique; dans le second cas, c’est la présomption qui se révolte à la pensée que le domaine du possible puisse déborder les étroites limites de son savoir. Tel est le tort de ceux qui repoussent comme absurde l’hypothèse de la Seconde Vue , et déclarent comme non avenues et indignes d’examen les preuves offertes à l’appui de l’opinion contraire.
Si l’on considère quelles sont les lois essentielles de la Vision , on est bien obligé de reconnaître que voir à travers un carreau de verre et voir à travers une planche sont deux effets qui s’expliquent également par le même principe général, et dont on ne peut supposer les causes autrement différenciées que par une nuance toute secondaire.
Quel est le fait fondamental et caractéristique présenté par l’analyse du phénomène de la vision à travers les corps diaphanes? — Sans contredit, c’est la perméabilité de ces corps par l’agent excitateur de la vue, qui, dans ce cas, est la lumière. Si donc la lumière pouvait traverser un mur comme elle traverse le disque de nos lunettes, le mur n’intercepterait pas plus notre vue que le verre lui-même, et le phénomène ne serait ni plus ni moins merveilleux dans les deux cas. — Mais — fera-t-on
THÉORIE DE LA SENSATION EXTRA-NERVEUSE. <35 t
observer — la lumière ne change point ses habitudes , et comme ses rayons ne traversent jamais l’épaisseur d’un mur, il est inutile de recourir à une pareille supposition pour expliquer le fait , donné comme réel , de la Seconde Vue. — Sans doute, la lumière ne traverse point les objets opaques, celte supposition serait absurde; mais parmi les agents subtils qui peuplent le monde immense, encore bien qu’inexploré, de la matière impondérable, n’en est-il aucun qui jouisse de cette propriété? Oui, incontestablement; les pouvoirs du magnétisme terrestre, attestés par les mouvements de la boussole, en sont une preuve. Et si les ondes magnétiques se meuvent à travers les roches les plus dures et les plus épaisses tout aussi librement que dans le vide, il est au moins probable que celte propriété de perméativité universelle n’est pas restreinte à un seul fluide. On répliquera : — Très-bien , mais les fluides dont les rayons ne sont arrêtés par aucun obstacle ne sauraient suppléer la lumière dans son rôle d’agent optique. — Qu’en savezvous? N’ai-je point surabondamment prouvé (143) que tous les corps sont aptes dans certaines circonstances à exciter la rétine, ce qui est la seule condition essentielle de la vision? Et, dès lors, puisque les fluides supposés doivent traverser nécessairement la cornée et le cristallin, et venir frapper la rétine, n’est-il pas infiniment naturel d’admettre que celle-ci, par le développement d’une susceptibilité exceptionnelle, puisse être mise dans le cas de percevoir l’impression délicate de ces agents?
Ces considérations sommaires suffisent pour résoudre le problème radical de la théorie de la Seconde Vue, et casser en dernier ressort l’arrêt porté par les corps savants, sans débat contradictoire et sans audition du pré-
CONCLUSION GÉNÉRALE
venu, contre l’existence d’un fait physiologique auquel les annales officielles de la pathologie fournissent à elles seules une surabondance de témoignages irréfragables. Toutefois, pour arriver à rendre compte de tous les effets de la vision hyper-esthésique , ou seconde vue, il est indispensable d’admettre une application particulière de l’organe visuel, et, dans les fluides succédanés de la lumière, une combinaison de fonctions dioptriques et de fonctions catoptriques dont le mécanisme peut être facilement conçu, mais dont l’analyse est trop technique et d’ailleurs trop étendue pour pouvoir figurer dans cet écrit.
Réalité , Illusion , ce sont là deux mots qui ont joué un grand rôle dans la controverse philosophique , et dont l’importance est rajeunie de nos jours par les débats que vient soulever l’apparition récente du spiritualisme moderne.
Il importe donc d’arrêter, par une définition nette, rigoureuse et définitive de ces deux termes antinomiques, leur signification, dont le vague et l’incertitude ont rendu tant de discussions stériles.
Comme nous l’avons précédemment indiqué, et comme d’ailleurs sont unanimes à le penser tous ceux qui ont réfléchi quelque peu sur ce sujet, — Le seul être dont chacun de nous soit rigoureusement en droit d’affirmer l’existence absolue, c’est lui-même, c’est sa propre personne, pensante, c’est son âme. « Je pense, donc Je suis », telle est notre unique certitude ontologique, et tout ce que nous sommes habitués à considérer comme des vérités évidentes sur l’existence et la nature intrin-
sèque des choses qui nous entourent n’est, à la rigueur, qu’une pure supposition déduite de ce premier et singulier principe.
(Constatons en passant que les seuls Etres dont je puisse supposer l’existence par une induction rationnelle et légitime du principe de mon existence, ce sont des êtres semblables à moi-même , semblables à ma personnalité pensante, semblables à mon âme; en un mot, ce sont des âmes. Celle nouvelle considération est une corroboration très-forte des raisonnements que j’ai exposés dans un précédent article pour établir que l’essence de la matière est homogène et spirituelle.)
Toutefois, quand il serait vrai que tout ce que nous nommons les Objets ne serait pas autre chose au fond qu’un assemblage de phénomènes subjectifs, il est certain que ces phénomènes sont très-différents de ceux que nous avons l’habitude de regarder comme appartenant en propre à la sphère intime de notre âme. Ainsi, le fait seul que, parmi les phénomènes considérés, les uns nous paraissent subjectifs et les autres nous semblent objectifs, serait une raison suffisante pour les partager en deux catégories distinctes et opposées. Cette division et celte opposition — qui sont inévitables — sont donc fondées sur l’objectivité apparente de l’un de ces deux ordres de phénomènes; conséquemment, pour arriver à les observer isolément l’un et l’autre sans les confondre et à les étudier dans leurs rapports , c’est-à-dire pour pouvoir les distinguer et les comparer, il sera nécessaire de tenir pour véridique l’apparence et de continuer à considérer la Nature comme un ensemble de choses existant en dehors du Moi et se rattachant au Moi par tout un système d’échange d’actions et de réactions.
CONCLUSION GÉNÉRALE
Ainsi, ce que nous appelons objets , ce sont des phénomènes nécessairement réels, mais ils sont subjectifs ou objectifs; pour en raisonner avec plus de facilité, nous convenons de supposer le second cas de cette alternative, tout en reconnaissant l’impossibilité de la résoudre d’une manière absolue.
^ a-t-il des sensations réelles et d’autres qui ne le sont pas? Nos sens peuvent-ils nous tromper? — Il a été établi dans ce livre que toutes les sensations peuvent être également produites, soit par des agents objectifs, soit par des actions subjectives (460). On conçoit donc que cette identité d’effets puisse donner lieu , dans certains cas, à une méprise sur la nature de la cause, et c’est celte méprise qui constitue Y Illusion.
11 est à considérer en outre que des objets différents sous beaucoup de rapports, mais possédant certains caractères sensibles communs, donnent lieu, en se manifestant par ces caractères , à des sensations semblables qui peuvent, par conséquent, être rapportées à l’objet dont ils ne proviennent point, et de là une nouvelle source d’illusions.
Les Illusions des Sens peuvent donc se classer en trois grandes divisions, qui sont :
1° V. Les illusions consistant à prendre une sensation subjective pour une sensation objective. Telle est la méprise de celui qui rêve en se croyant éveillé, telles sont les hallucinations produites par la Psychopathie (vulgairement mais improprement appelée électro-biologie).
2° A. Les illusions consistant à prendre une sensation objective pour une sensation subjective. Ce sont les moins fréquentes, mais elles se présentent pourtant quelquefois; exemple : saint Thomas; et, pour nous renfermer
dans l’histoire moderne, tous ceux qui voyant, entendant, odorant, goûtant et touchant, les manifestations dites spirituelles refusent de les admettre comme vraies et préfèrent se croire dupes d’une illusion. Ils le sont en vérité, mais leur illusion bizarre résulte de ce qu’ils se considèrent illusionnés quand ils ne le sont pas.
3" >. Les illusions consistant à attribuer une sensation objective à un objet autre que celui qui l’a produite effectivement. C’est par une illusion de cet ordre que je rends le bonjour qui m’est donné par un Perroquet, en croyant répondre à une parole de politesse venant d’un homme ou d’une femme; c’est par une erreur de la même catégorie que, dans mon ignorance des lois de la réfraction, je m’étonne de voir le bâton que je plonge dans l’eau transparente se casser en deux à tous ses points en contact avec la surface du liquide.
Il est complètement faux de prétendre que nos sens nous trompent; c’est les accuser des fausses appréciations de notre intelligence : l’illusion n’a jamais d’autre cause. — Cependant, quand je suis en chemin de fer et que le train est lancé à toute vapeur, je crois voir les arbres qui bordent le chemin fuir avec rapidité dans la direction opposée. Mes yeux ne me trompent-ils donc pas dans ce cas? — Pas le moins du monde : l’impression visuelle produite par le déplacement rapide des objets relativement à celui qui les regarde, est la même soit que le déplacement ail lieu par les premiers, soit qu’il se reproduise par le second ; c’est ce que vous ne saviez pas, et c’est ainsi votre ignorance seule qui vous a trompé.
Un sauvage qui n’a jamais connu d’autre miroir que celui qui lui est offert par le cristal de la fontaine est
CONCLUSION G K N li RA LE.
introduit dans un salon et amené devant une immense glace qui couvre toute la hauteur du mur. L’homme des forêts est ému de surprise en se trouvant en face d’un des siens; il avance, l’autre avance; il étend la main, l’autre étend la sienne; il s’élance dans les bras de son frere. ... et il va se heurter contre un mur de verre! Ce sauvage s’accusera-t-il d’avoir cru voir ce qu’il ne voyait pas réellement? Ce serait à tort ; ce qu’il a vu était bien réel ; ce qui est faux, c’est l’induction qu’il a tirée de ce qu’il sentait à ce qu’il ne sentait pas, de ce qu’il voyait à ce qu’il ne pouvait toucher, à ce qu’il ne pouvait entendre. Son erreur, c’est d’avoir cru pouvoir dire : « voilà un homme » , alors qu’il avait seulement le droit de dire : « voilà l’apparence d’un homme ».
Les mêmes observations sont applicables aux illusions dues à une perversion des sens (315), pourvu que l’on tienne compte de la distinction essentielle à faire entre la faculté et l 'organe sensitifs.
Des circonstances particulières viennent donner aujourd’hui un intérêt nouveau à la théorie des Illusions : elle me parait destinée a introduire la critique scientifique, la méthode, le sang-froid et la lumière, dans la discussion du fait immense qui est venu depuis peu d’années saisir l’Humanité entière de la question à jamais palpitante de l’immortalité de l’âme et de sa destinée après la mort. Les seuls adversaires sérieux du spiritualisme sont à mon avis ceux qui, sans vouloir, comme d’autres ont essayé de le faire dans le principe, nier l’existence des impressions que des millions d’hommes
affirment ressentir journellement, cherchent à se persuader que de tels effets sont des phénomènes purement subjectifs , et produisant illusion sur ceux qui les éprouvent. Si celte explication ne vient pas résoudre la question , elle a du moins l’avantage de la placer sur un terrain qui la rend abordable à la physiologie en ménageant une li’ansition entre un ordre scientifique tout nouveau et les préjugés de la science ancienne. Il s’agit donc de savoir à laquelle des trois catégories générales d’illusions on entend rattacher celle dont seraient dupes ceux qui prétendent se mettre en rapport avec les forces physiques et morales d’un monde invisible faisant partie de tout un ordre naturel distinct de celui que les Physiciens avaient considéré seul jusqu’à ce jour, mais dont les traditions religieuses de tous les peuples avaient de tout temps fait régner la croyance parmi les hommes. Les déclarations des spiritualistes constituent incontestablement par elles-mêmes un phénomène psychologique qui mérite au plus haut degré l’attention de tous les savants; ceux-ci doivent se demander si les effets en question appartiennent à la Pathologie , à la Tératologie, ou bien s’il faut y voir les résultats nouveaux de l’exercice régulier de fonctions naturelles qui n’avaient point été constatées jusqu’à ce jour. Le sujet présente, dans tous les cas, un intérêt incontestable.
Ou les sensations accusées sont objectives, ou elles sont subjectives ; c’est le premier point à éclaircir. Mais pour ne pas faire fausse roule dans cette investigation délicate , il est indispensable d’être préalablement fixé sur les véritables limites du domaine de la sensation objective, afin de ne pas s’exposer à attribuer à la sensation subjective ce qui appartient à celle-là.
CONCLUSION GÉNÉRALE
Suivant les considérations que j’ai fait valoir dans 1 ailicle précédent, il est tres-raisonnable de supposer que nos sens puissent être excités, sous l’influence de circonstances modificatrices, par des agents avec lesquels aucun rapport ne les lie dans l’exercice ordinaire de la sensitivité. Or, il existe, nous le savons, tout un monde de forces physiques qui ne se révèlent à notre connaissance que par une voie détournée et non par une impression directe sur les sens ; tel est le Magnétisme et ce que nous appelons, un peu au hasard, les Fluides Impondérables. Maintenant, pourquoi répugnerions-nous à admettre que cette substance matérielle imperceptible à nos sens dans leur état ordinaire est susceptible d’organisation aussi bien que la matière perceptible , et qu’elle réalise toute une Nature à part, tout un système naturel avec ses trois règnes , ses classes-, ses genres et ses espèces? Nous n’avons pas la moindre raison d’affirmer que cela n’est pas, tandis que l’analogie nous conduirait plutôt à penser que cela doit être.
Ainsi, si cette Nature imperceptible existe, on ne peut la supposer absolument inaccessible à la pénétration de nos sens. Non, car les organes de la sensitivité, je crois l’avoir fait comprendre, peuvent, dans certains cas, devenir assez susceptibles pour percevoir l’impression des agents impondérables qui sont en contact avec eux.
Il faut donc se prémunir soigneusement, dans l’analyse des manifestations spirituelles , contre le danger de prendre pour une illusion subjective ce qui serait en réalité une perception hyper-esthésique (voir le tableau , page 317), c’est-à-dire une perception obtenue, par les sens de certains individus, d’objets qui sont imperceptibles pour ceux des autres; il faut se rappeler, pour ne
théorie de la sensation extra-nerveuse.
pas commettre la même faute, que l’aveugle de naissance considère la vue comme une chimère, et la lumièi e comme une illusion.
Voici un document officiel constituant la relation la plus authentique qui ait encore paru des phénomènes dont nous nous occupons en ce moment, et la plus propre aussi à faire apprécier la valeur des différentes hypothèses proposées pour les expliquer. C’est une pétition adressée au Congrès des États-Unis par quatorze mille citoyens parmi lesquels figurent plusieurs noms des plus respectés du pays :
« Mémoire présenté aux honorables membres du sénat et de la chambre des représentants des Etats-Unis assemblés en congrès.
« Les soussignés, citoyens de la république des Etats- Unis d’Amérique, demandent respectueusement à exposer à votre honorable corps que certains phénomènes physiques et intellectuels, d’origine douteuse et de tendance mystérieuse, se sont manifestés depuis peu en ce pays et dans presque toutes les parties de l’Europe. Ces phénomènes sont même devenus si multipliés dans le nord , le centre et l’ouest des Etats-Unis , qu ils préoccupent vivement l’attention publique. La nature particulière du sujet sur lequel nous désirons appeler 1 attention de votre honorable corps peut être appréciée par une analyse rapide des différents ordres de manifestations, et nous en donnons ci-dessous un résumé imparfait.
» 1° Une force occulte, s’appliquant à remuer, soulever, retenir, suspendre, et dérangeant de diverses
CONCLUSION GÉNÉRALE
autres manières la position normale (l’un grand nombre de corps pesants; le tout étant, en apparence, en directe contradiction avec les lois reconnues de la nature, et dépassant totalement les pouvoirs de compréhension de l’entendement humain, cette force se manifeste à des milliers de personnes intelligentes et raisonnables sans que les sens de l’homme aient jusqu’ici réussi à découvrir, a la satisfaction du public, les causes premières ou les causes approximatives de ces phénomènes.
» 2° Des éclairs ou clartés de différentes formes et de couleurs variées apparaissent dans des salles obscures, là où il n’existe aucune substance capable de développer une action chimique ou une illumination phosphorescente, et en l’absence de tout appareil ou instrument susceptible d’engendrer l’électricité ou de produire la combustion.
» 3° Une autre phase des phénomènes sur lesquels nous appelons l’attention de votre auguste corps consiste dans la variété des sons, qui sont maintenant extrêmement fréquents dans leur répétition , étrangement variés dans leur caractère, et plus ou moins significatifs dans leur importance. Ces bruits consistent en partie dans certains tapotements mystérieux qui paraissent indiquer la présence d’une intelligence invisible. On entend encore souvent des sons analogues à ceux qui retentissent dans les ateliers de différentes professions mécaniques, ou bien encore des bruits ressemblant aux voix stridentes des vents et des vagues déchaînés , auxquelles se mêlent les craquements de la mâture et de la coque d’un vaisseau luttant contre une violente tempête. Parfois d’éclatanles détonations se font entendre, semblables aux grondements du tonnerre ou à des décharges d’artille-
rie, et ces détonations sont accompagnées d’un mouvement oscillatoire dans les objets environnants , et quelquefois d’un tremblement ou d’une forte vibration dans la maison entière où se passent les phénomènes. Dans d’autres circonstances, des sons harmonieux viennent charmer l’oreille, tantôt comme des voix humaines, et plus souvent comme les accords de plusieurs instruments de musique : le jeu du fifre, du tambour, de la trompette, de la guitare, de la harpe et du piano. Tous ces sons ont été mystérieusement produits, soit ensemble, soit séparément, tantôt sans aucune intervention ou présence des instruments, tantôt c’étaient les instruments qui vibraient ou retentissaient d’eux-mèines, et dans tous les cas sans aucune apparence de concours humain ou d’aucun autre agent visible. Ces*phénomènes paraissent se produire, quant à ce qui a rapport à leur émission , suivant les procédés et les principes reconnus de l’acoustique. Il y a évidemment des mouvements ondulatoires dans l’air qui viennent frapper les nerfs auditifs et le siège de la sensation de l’ouïe , quoique l’origine de ces ondulations atmosphériques rie reçoive pas d’explication satisfaisante de la part des plus sévères observateurs.
» Toutes les fonctions du corps et de l’esprit humain sont souvent étrangement influencées, de manière à amener un étal du système entièrement anormal, et cela par des causes qui n’ont été ni définies d’une manière concluante, ni comprises. Le pouvoir invisible interrompt fréquemment ce que nous sommes accoutumés à regarder comme l’opération normale de nos facultés, suspendant la sensation, arrêtant le pouvoir du mouvement volontaire et la circulation des fluides animaux ,
CONCLUSION GÉNÉRALE
faisant baisser la température des membres et de portions du corps jusqu’à la froideur et à la rigidité cadavérique. Parfois la respiration a été suspendue complètement pendant des heures et des journées entières, après lesquelles les facultés de l’esprit et les fonctions du corps ont repris entièrement leur cours régulier. Il est cependant permis d’affirmer que ces phénomènes ont été suivis, dans des cas nombreux, de dérangements d’esprit permanents et de maladies incurables, et il n’est pas moins certain que beaucoup de personnes qui souffraient de défauts organiques ou de maladies invétérées et en apparence incurables, ont été subitement soulagées ou entièrement guéries par ce même agent mystérieux.
» Il n’est pas hors de propos de mentionner à ce sujet les deux hypothèses générales par lesquelles on essaie d’expliquer ces remarquables phénomènes. L’une d’elles les attribue au pouvoir et à l’intelligence des esprits des morts agissant par le moyen et à travers des éléments subtils et impondérables qui parcourent et pénètrent toutes les formes matérielles. Et il est important de faire observer que cette explication concorde avec les prétentions mises en avant par l’agent mystérieux des manifestations-lui-même. Parmi ceux qui acceptent celte hypothèse, se remarquent un grand nombre de nos concitoyens, également distingués par leur valeur morale, leur éducation, leur puissance intellectuelle, et par l’éminence de leur position sociale et de leur influence politique. D’autres, non moins distingués dans toutes les relations de la vie, rejettent cette conclusion et soutiennent l’opinion que les principes reconnus de la physique et de la métaphysique permettront aux iuvesliga-
leurs scientifiques de se rendre compte de tous les faits d’une manière satisfaisante et rationnelle.
» Quoique nous ne puissions tomber d’accord avec ces derniers sur ce sujet, et quoique nous soyons arrivés honnêtement à des conclusions fort différentes relativement aux causes probables des phénomènes ci-dessus décrits, cependant nous affirmons respectueusement à votre honorable corps que les phénomènes dont il est question existent bien réellement, et que leur origine mystérieuse, leur nature particulière, leur importante action sur les intérêts du genre humain , réclament une investigation patiente, scientifique et approfondie.
» On ne peut raisonnablement nier que les phénomènes variés dont nous parlons soient destinés à produire des résultats importants et durables, affectant d’une façon permanente la condition physique, le développement mental et le caractère moral d’une large fraction du peuple américain. Il est patent que ces pouvoirs occultes influencent les principes essentiels de la santé et de la vie, de la pensée et de l’action; et par là ils peuvent être destinés a modifier les conditions de notre existence , la foi et la philosophie de notre époque, ainsi que le gouvernement du monde.
Toutefois, considérant qu’il est essentiellement opportun et qu’il est strictement compatible avec l’esprit de nos institutions de s’adresser aux représentants du peuple pour toutes les questions que l’on présume loyalement devoir conduire à la découverte de nouveaux principes et entraîner des conséquences prodigieuses pour le genre humain, nous, vos concitoyens, demandons instamment a cire écoutés dans cette occasion.
” En vue des laits et des considérations contenues dans
CONCLUSION GÉNÉRALE
ce Mémoire, vos concitoyens pétitionnent respectueusement à votre honorable • corps , afin qu’une commission scientifique soit nommée pour procéder à l’élude complète de la question, et afin qu’un crédit soit alloué pour permettre aux membres de la commission de poursuivre leurs investigations jusqu’à leur terme. Nous croyons que les progrès de la science et les vrais intérêts du genre humain retireront un grand profit des résultats des recherches que nous provoquons, et nous avons la confiante espérance que notre prière sera approuvée et sanctionnée par les honorables chambres du congrès fédéral. »
M. John W. Edmonds , juge à la cour suprême de New- York, ancien président du sénat et l’un des- hommes les plus honorablement connus dans tout le territoire de l’Union, a publié récemment, avec la collaboration de M. Tai.lmadge, gouverneur de l’Etat de Wisconsin, et du docteur Dexter, praticien estimé de la ville de New-\ork, un ouvrage qui doit être regardé comme le manifeste officiel du mouvement spiritualiste , et comme un monument vraiment imposant de ce nouvel ordre d’idées. Ce livre est intitulé Spiritualism ; l’effet qu’il a produit en Amérique dans un court espace de temps équivaut déjà à une révolution radicale accomplie dans les opinions religieuses et philosophiques de la partie la plus éclairée de la nation. Il n’est pas permis aux penseurs de l’Europe de rester plus longtemps étrangers a la connaissance d’une œuvre aussi considérable, et qui ne tardera pas, j’ai lieu de l’espérer, à être imprimée dans toutes les langues principales du globe. Je regrette pour ma part de ne pouvoir donner ici à l’examen de la nouvelle doctrine une étendue en rapport avec 1 importance et,
ACTES PHYSIQUES DE LA VOLONTÉ SANS l’aIDE DES MEMBRES. 371
ajouterai-je, avec la majesté, d’un tel sujet; et, à cette occasion , je prie le lecteur de considérer que les articles donnés dans cette dernière partie sont à l’état de simples notes placées ici pour servir en quelque sorte d’introduction à un travail spécial que j’espère être bientôt à même de mettre sous ses yeux.
§ VI
La Volonté peut-elle accomplir de* Actes Physiques sans l’aide des Membres ?
Il a été démontré dans ce livre que la Volonté ne peut agir à distance sur un corps que par l’intermédiaire d’un troisième corps (6). En même temps, nous avons exposé comme quoi l’Electricité est , à ne considérer que les substances qui nous sont connues, la seule substance en rapport immédiat avec le principe de la volition, l’instrument premier et universel de son activité. L’électricité vitale est mise, par les conducteurs nerveux, en rapport avec les muscles qu’elle a puissance de contracter; et ceux-ci étant attachés à des leviers osseux, la volonté, par son action directe sur l’électricité vitale , parvient à mettre le corps en mouvement et à faire exécuter. par les membres les modifications mécaniques qu’elle a résolu d’opérer sur la matière environnante. Les membres sont ainsi les instruments obligés au moyen desquels notre âme agit sur les corps étrangers dans le système des l’elations ordinaires de la vie.
Cependant certains affirment que la volonté a le pouvoir d’exercer, sans le secours des membres, une action modificatrice sur les lonctions des êtres vivants, et même
CONCLUSION GÉNÉRALE
une action mécanique sur les corps inertes et graves. Cette opinion est-elle absurde, comme les savants ont eu liàle de le déclarer? Quelques rapides considérations vont nous mettre à même de répondre.
La volonté a puissance de mettre en mouvement les bras et les jambes, qui sont des corps pesants, et qui ne cessent d’être inertes que par cette impulsion qu’ils reçoivent du centre volilif. La volonté peut donc agir mécaniquement sur les corps graves; et puisqu’elle a la force de fléchir et de tendre le bras avec assez de violence pour enfoncer une porte, il semble qu’elle pourrait bien en avoir suffisamment pour rouler un caillou ou pour détruire l’équilibre d’une sonnette suspendue et parvenir à la mettre en branle. On combattra cette conclusion sans doute en objectant que la motion des bras par la volonté s’opère par l’action intermédiaire des muscles avec lesquels l’âme entre en rapport au moyen de l’électricité nerveuse, et que, pour mouvoir des corps étrangers , il faudrait que ceux-ci pussent se comporter à la manière du tissu musculaire, et, en outre, qu’ils pussent entrer en contact avec l’électricité nerveuse. Mais l’électricité nerveuse n’a-t-elle donc de propriété motile qu’à l’égard de la substance musculaire, et sou action ne peut-elle s’appliquer que par le contact immédiat des nerfs? Rien ne prouve qu’il en soit nécessairement ainsi, et, de plus, l’Histoire Naturelle nous présente des faits nombreux qui sont une preuve évidente du contraire. Pour ne citer que ceux sur lesquels aucune contestation n’est élevée, nous nous contenterons de rappeler que la Torpille frappe, renverse et tue les animaux qui entrent dans Je rayon de sa sphère électrique, sans qu’ils l’aient touchée, cl sans qu’elle ait fait usage d’aucun membre,