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CHAPITRE III

Le tableau symptomatique est variable suivant la période à laquelle se présente le blessé.

Toute fracture mandibulaire passe en effet par plusieurs périodes d évolution.

Pendant un court délai, qui ne dépasse pas quelques jours, se pose, comme pour la plupart des grandes fractures, la question de la conservation de l’existence? c’est la période des, grandes complications infectieuses, de la gêne respiratoire, etc. Lorsqu’elle est terminée, commence la seconde période ; la fracture est dite alors récente: le travail de z’éparation n’a pas commencé encore, mais il se prépare; on peut évaluer à un mois au minimum, deux au maximum, la durée de ce deuxième stade. Puis commence le troisième : la fracture est dite ancienne; c’est la période vraiment active du traitement; elle ne prend fin que longtemps après la blessure, six mois ou même un an. Alors seulement s’ouvre, s’il y a lieu le stade de la pseudarthrose et de la consolidation vicieuse.

Nous ferons remarquer tout d’abord que, fréquemment, de grands délabrements de la face accompagnent la fracture du maxillaire inférieur; ces larges plaies sont naturellement exposées à toutes les complications possibles. Il résulte des discussions qui ont eu lieu aux réunions des chefs des centres de spécialités que certains blessés arrivent après avoir subi une des interventions que nous devons signaler en quelques mots pour éviter les erreurs de ce genre.

Chacun sait, notamment à la suite des recherches déjà anciennes sur les résections du maxillaire inférieur, qu'une perte de sub-

Stance étendue de la partie moyenne de l’os, ou simplement une fracture double à fragment médian, permet la chute de la langue en arrière, parce que le point d’appui des muscles est supprimé; or, il est arrivé, paraît-il, en pareil cas, que 1 on a fait des trachéotomies pour remédier à la gêne respiratoire et même à l’asphyxie menaçante; une telle conduite ne peut évidemment qu’être blâmée; il suffira soit de ramener le fragment moyen en avant, soit de saisir la langue avec une pince pour rendre facile l’accès de l’air dans les poumons; l’une et l’autre manœuvres seront complétées aisément en fixant le résultat obtenu au moyen d’un fil que l’on attachera ensuite soit aux téguments soit cà l’oreille. Il est bien évident, d’autre part, que cette intervention n'aura aucune chance de succès en cas de corps étranger, œdème de la glotte, etc.

Sébileau, qui a très vivement protesté contre ces trachéotomies dont il a montré toute la gravité, a signalé aussi que certains de ces blessés ont été gastrostomisés ; or il semble bien que l’ouverture de l’estomac ne puisse être légitimée que par 1 absence de tout matériel tel que drain, sonde de Nélaton, etc., susceptible de permettre le cathétérisme œsophagien.

Une autre pratique, qui serait assez répandue à l’avant, consiste à faire rapidement la suture des lambeaux afin d’obtenir une réparation meilleure et plus rapide. Or la tendance constante de la chirurgie a été de plus en plus nettement opposée à cette conduite, depuis le début de la guerre; tous les chirurgiens qui ont l’expérience de la chirurgie de l’avant insistent au contraire sur la nécessité formelle d’ouvrir Jargement tous les trajets, a fortiori de ne pas les fermer. Cette prescription semble plus impérative encore dans la région de la face où les plaies communiquent presque toujours avec la cavité buccale naturellement septique. 11 ne faut donc point suturer ces plaies du côté des téguments; par contre il paraît très recommandable de réparer, aussitôt que possible, les brèches du côté de la muqueuse; leur restauration n’expose, semble-t-il, à aucun danger; et elle aura l’avantage, si elle réussit, d’éliminer une cause d’infection et de rendre plus aisées les opérations plastiques ultérieures. Le seul inconvénient que l’on puisse leur reprocher est d’échouer assez fréquemment.

Si des interventions malencontreuses, comme la suture des lambeaux, peuvent faciliter les phénomènes infectieux, ceux-ci

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se produisent parfois même avec des plaies correctement traitées. Les chirurgiens qui exercent à Pavant ou dans le voisinage de Pavant insistent sur la fréquence relative des troubles septicémiques et sur leur gravité; mais ces manifestations ne paraissent redoutables que .pendant quelques, jours et sur un petit nombre de blessés ; nous croyons traduire l’impression de tous les chefs de service du territoire, qui reçoivent cependant les blessés dans un délai d’une quinzaine de jours en moyenne, en signalant la surprenante bénignité des blessures de la face, chez ceux des blessés auxquels leur état a permis de franchir les premiers échelons de l’évacuation. Sur un service qui a dépassé constamment l’effectif de 130 blessés, nous n’avons eu en dix-huit mois qu’un seul décès; encore s’agissait-il plutôt d’un dépérissement général dû aux fatigues de la campagne que d’une véritable septicémie. Nombre de nos collègues ont été plus heureux encore et n’ont pas eu un seul décès pour un effectif de blessés parfois supérieur auxnôtres. Ona remarqué du reste, depuis les débuts de la campagne, que la septicémie gangréneuse, qui s’est montrée si terriblement grave pour les blessures des membres, n’existe pas à la face.

A côté des complications infectieuses générales, il faut citer celles qui atteignent les voies respiratoires; elles étaient fréquentes autrefois, si l’on en croit les vieux classiques qui en dressent un tableau des plus sombres ; elles se verraient encore parfois dans les services de l'avant ; mais il est certain qu’elles deviennent tout à fait exceptionnelles à l’arrière.

J’en dirai autant des hémorragies secondaires, que l’on a observées à la face comme ailleurs et qui sont de toute évidence de nature septique : elles sont à redouter pendant quelques jours, créant ainsi un péril qui tire sa gravité de son instantanéité et de l'impossibilité où l’on est trop souvent de Te prévoir.

Mais, en somme, toutes ces complications sont d’origine infectieuse; elles se reucontrenl dans tous les traumatismes de la face et sont seulement un peu plus à redouter en cas de fractures des maxillaires.

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