CHAPITRE I
ÉTIOLOGIE
Les l'i’actures du maxillaire inférieur par blessure de guerre se dislingueiit habituellement des fractures de la pratique civile par la perte de substance qu’elles comportent; elles sont ordinairement comminutives; mais il n’est pas exceptionnel d’observer dans nos services actuels des fractures sans perte de substance, se rattachant par conséquent à la variété observée généralement en temps de paix.
Un projectile atteignant le maxillaire, le fracture, mobilise des fragments plus ou moins volumineux, lesquels peuvent être emportés avec lui ou bien s’éliminent secondairement à l’état de séquestres ; tel est le cas habituel. Mais il arrive aussi que le projectile n’atteigne l’os qu’avec une faible puissance restante; celle-ci s’épuise dans le.choc; la mandibule est bien fracturée, mais il n’y a que peu ou pas d’esquilles; c’est ce que nous avons proposé d'appeler fracture par contact, par analogie avec le terme employé dans un cas semblable pour désigner certaines fractures du crâne. Dans cette variété la perte de substance n’existe ni primitivement, ni secondairement; le déplacement est généralement modéré; en somme, la blessure mise à part, rien ne distingue ces cas de ceux de la pratique civile ; or la blessure est elle-même peu importante presque toujours; la présence du projectile, shrapnell, éclat d’obus, ne l’empêche même pas de se cicatriser.
Enfin il ne faut pas oublier que les risques de la vie civile ne sont pas supprimés en temps de guerre; tous les services de spécialités reçoivent de temps à autre des hommes atteints de fracturé
ÉJ'IOLOGiE
par coup de pied de cheval, par chute, par la plaie cutanée n’existe même pas; la fractu fermée s’il n’existait une déchirure de la rauqu elle-même de si mince importance qu’elle sans aucuns soins.
éboulement, etc. Ici re serait entièrement leuse : mais celle-ci est se cicatrise, souvent
Dans un travail publié antérieurement (Presse médicale, 25 oclobre 1915), nous avons réparti les fractures complètes du maxillaire inférieur par projectiles de guerre en deux grandes catégories :
1° fractures du groupe antérieur, dont le trait occupe la ligne médiane ou son voisinage ;
2“ fractures du groupe postérieur ou latérales siégeant dans l’intervalle compris entre la ligne médiane on son voisinage d’une part et l’angle du maxillaire d’autre part.
Aujourd’hui, nous estimons nécessaire d’ajouter à ces deux grandes variétés une troisième, la fracture de la branche verticale; cette forme passe aisément inaperçue, mais il nous paraît incontestable qu’elle garde une individualité anatomique et clinique. Nous dirons aussi quelques mots des fractures de la région de l’angle, qui se rattachent à la deuxième variété, mais comportent ■ l’absence constante de dents sur le fragment postérieur. Enfin, on observe assez fréquemment des fractures à deuxiou même plusieurs traits. '
En somme, nous admettons trois types principaux de fractures mandibulaires, types répondant non seulement à une classification anatomique, mais encore possédant chacun leur physionomie clinique, pronostique et thérapeutique ;
Fractures du groupe antérieur;
Fractures du groupe postérieur ou latérales;
Fractures des branches.
Dans l’une et l’autre de ces variétés la perte de substance peut être plus ou moins étendue ; lorsqu’elle ne dépasse pas un ou deux centimètres, elle modifie peu les apparences cliniques et le pronostic de la lésion; il n’en est pas de même lorsqu’elle est large : nous étudierons séparément son rôle dans ce cas.
Ces trois formes essentielles, auxquelles il convient de joindre deux variétés secondaires (fractures de l’angle et fractures multiples), interrompent toutes les trois la continuité de Tos : mais tandis que les deux premières passent entre les deux groupes musculaires essentiels, dits muscles masticateurs, la troisième intéresse une portion de l’os incluse parmi les muscles de l’un des groupes; d’où résultent évidemment des conséquences fonctionnelles très différentes et généralement moins graves.
Enfin, à côté de ces fractures que l’on peut appeler complètes, puisqu’elles divisent l’ensemble de l’os en deux parties, il faut faire une place aux fractures partielles; nous commencerons par cette variété qui est naturellement la moins'importante.