I. — DÉFINITION
L’électrodiagnostic peut être défini l’ensemble des méthodes susceptibles d’éclairer la clinique par le niode de réaction de l’organisme aux différentes formes du courant électrique.
En fait, le mot électrodiagnostic éveille plus particulièrement l’idée d’un procédé d’exploration,- basé sur les réponses des nerfs moteurs et des muscles à l’excitant électrique. Faire un électrodiagnostic signifie en effet, dans l’acception courante, rechercher si, chez un malade atteint d’une affection du système neuro-musculaire, les réactions électriques des nerfs moteurs et des muscles diffèrent des réactions physiologiques normales, et, dans l’affirmative, examiner de quelle nature en sont les modifications.
Ce n’est pas cependant dans le seul domaine des nerfs ihoteurs que f exploration électritjue apporte à la clinique un utile moyen d’information. Les nerfs sensitifs et les nerfs sensoriels peuvent, eux aussi, dans les affections qui les atteignent directement ou indirectement, présenter des modifications d’excitabilité qu’il y aura parfois intérêt à rechercher. Il en est de même de certains phénomènes réflexes, tels que le phénomène appelé vertige voltaïque, dont les anomalies sont susceptibles de révéler des troubles, même légers, des appareils qui les commandent.
ZiMMERN et Perol. — Éleotrodiagnostio de guerre. 1
la technique de VÈLECTRODIAGNOSnC
L’iastrumentatioa nécessaire à rélectrodiagnoslic doit comprendre :
1° Un appareil faradique,
2“ Un appareil galvanique,
3“ Des électrodes pour l’application de ces courants et des lits conducteurs.
Au lieu d’un appareil faradique et d’un appareil galvanique, certains électrologistes préfèrent utiliser des condensateurs à capacité variable.
Instrumentation faradique. — Nous supposerons connues la théorie et la structure des bobines d’induction médicales avec
Fig. 1. — Appareil faradique à chariot.
leurs bobines primaire et secondaire, leur interrupteur, leur condensateur, etc. . , ■ . /C JN
Les plus répandus sont les appareils dits « a chariot » (ug. 1), dans lesquels le secondaire vient s’engainer plus ou moins sur la bobine primaire. Certains de ces appareils sont destinés a rester fixes sur la table d’électrodiagnostic, d’autres sont d un modèle
transportable. On les alimente avec deux éléments d’accumulateurs, deux ou trois piles au chlorhydrate d’ammoniaque ou deux piles sèches.
Il serait désirable pour uniformiser les résultats des examens électriques que tous les appareils faradiques fussent alimentés par un courant d’un voltage fixe (4 volts par exemple). De même, il devrait y avoir entente entre les constructeurs pour que chacune des deux bobines secondaires qu’ils ont coutume de livrer (gros fil et fil fin) ait toujours même résistance ohmique^. Il est bon que l’interrupteur permette l’emploi aussi bien du courant tétanisant que des ondes isolées. L’un des types d’appareils les plus appréciés à ce point de vue est l’interrupteur à levier qui peut donner toutes les fréquences entre 50 et 3 000 par minute.
On augmente l’intensité du courant faradique en enfonçant plus ou moins la bobine induite sur la bobine inductrice et l’on considère comme suffisant pour les besoins de la clinique sa mesure en centimètres d’écartement des deux bobines^.
Instrumentation galvanique. — Si l’on dispose du courant continu d’un secteur d’éclairage, il suffit d’un réducteur de potentiel pour obtenir aux bornes de sortie de celui-ci le courant d’utilisation nécessaire.
Au lieu d’un réducteur de potentiel pour graduer le courant, on utilise parfois un rhéostat.
Les rhéostats sont du type solide ou du type « à liquide ». Ils s’intercalent dans le circuit d’utilisation à la manière d’une résistance additionnelle variable à volonté. De même qu’avec le réducteur de potentiel, la graduation du courant se fait d’une manière insensible.
Les distributions urbaines d’électricité, produisant l’énergie électrique par des dynamos à courant continu, fournissent èn réalité un courant ondulé qui pratiquement a la valeur et les propriétés du courant continu. En général la fréquence de ces ondulations est assez grande et leur hauteur assez petite pour n’exercer aucune influence appréciable dans l’excitation des nerfs
10 ohms pour la bobine à gros fil, de 500 à 1 000 ohms pour la bobine à fil fin.
2. Les appareils susceptibles de mesurer le courant faradique on unités électriques ne sont pas encore entrés dans la pratique : c’est là un fait regrettable puisque, en raison de la diversité dès appareils. les résultats obtenus par deux
el des muscles. Toutefois il est toujours préférable de disposer d’une source de courant continu rigoureusement pure et constante. La source la plus parfaite à cet égard est une batterie, d'accumulateurs (30 à 40 éléments).
La surveillance à laquelle obligent les accumulateurs, la nécessité de les recharger leur font parfois préférer une batterie de piles. Celles-ci seront d’assez grande capacité pour qu’on soit assuré d’un débit suffisant. Les éléments les plus appréciés sont
les piles du type Leclanché sans vase poreux, au chlorure d’ammonium ou au chlorure de zinc.
Tous les dispo¬
sitifs ci-dessus ne permettent pas le transport. Aussi les constructeurs ontils créé des batteries de piles transportables, dont les modèles les plus courants ont comme
Fig. 2. Batterie galvanique transportable. liquide excitateur
le bisulfate de mercure (fig. 2). Avec
32 ou 40 éléments on peut être assuré d'obtenir une intensité suffisante pour tous les besoins courants de l’électrodiagnostic. ,
Les batteries .transportables sont pour la plupart munies d’un dispositif de graduation assez défectueux, le collecteur d'éléments. Une manette collectrice en passant sur une série.de plots introduit successivement dans le circuit la série .des éléments. Le passage d’un plot au suivant fait monter brusquement la force électromotrice de la valeur du voltage de l’élément correspondant : il y a là un inconvénient pour la recherche des modifications quantitatives de l’excitabilité, inconvénient que l’on peut toutefois aisément corriger par l’adjonction d’un rhéostat supplémentaire.
On mesure l’intensité du courant continu à l’aide du milliampèremètre.’Pour être d’une lecture pratique, celui-ci devra être
apériodique, c’est-à-dive tel que l’aiguille indicatrice se fixe immédiatement dans la position qu’elle doit occuper sans osciller périodiquement.
État permanent et états variables. Clef simple et double clef. — On distingue en courant continu Véiat permanent du courant et les états variables. On dit que le courant passe à l’état permanent lorsque son intensité ne varie pas en fonction du temps. Par états variables de fermeture et d’ouverture on entend les périodes d’établissement et de suppression du courant et plus particulièrement d’établissement et de suppression brusques (fig. 3).
Les états variables de fermeture et d’ouverture dits encore ondes de fermeture et d’ouverture provoquent, pour une intensité suffi-
£ fat permanent
Fig. 3. — État permanent du courant constant et états fariables de fermeture
santé, des secousses musculaires. Pour produire ces secousses d’une manière commode, on dispose sur le circuit d’utilisation un interrupteur tel qu’une clef de Morse (clef des transmetteurs télégraphiques) dite encore clef simple. En appuyant sur la clef, le circuit se trouve brusquement établi ; en abandonnant la clef à la force élastique de son ressort, le courant se trouve brusquement rompu.
Le dispositif interrupteur se trouve parfois fixé sur le manche de l’électrode exploratrice (manches interrupteurs).
Pour faciliter les renversements de polarité aux électrodes on peut intercaler sur le circuit, avant la clef de Morse, un renverseur de courant. Mais le dispositif de renversement et d’interruption du courant se trouve réalisé simultanément et de façon extrêmement pratique dans la « double clef ».
L'interrupteur-renverseur de Courtade, dit encore clef de Courtade (fig. 4), se compose d’une double clef dont chacune peut entrer en contact avec deux plots, l’un antérieur, l’autre po.stérieur.
Les plots antérieurs représentent l’extrémité bifurquée de l’un des fils conducteurs venant de la pile, les plots postérieurs l’extrémité bifurquée du 01 partant de l’autre pôle.
Du pivot des clefs se détachent, d’autre part, les fils destinés au malade.
La position des clefs dans la figure 3 est la position de repos. On voit
que, lorsque ces clefs sont toutes deux levées, aucun conrant ne passe. Mais, si on abaisse la clef A, son extrémité postérieure abandonne le plot postérieur tandis que son extrémité antérieure vient frapper le plot anté¬
rieur ; on produit ainsi une fermeture. En suivant sur la figure les communications filaires, on remarque que le pôle négatif de la pile se trouve ainsi en connexion avec l’électrode active : on aura donc fait une fermeture négative (lig. 6). Quand cessera le contact en A, c’est-à-dire quand on laissera la clef A revenir à sa position de repos, le circuit sera rompu, et i’on aura ainsi effectué une ouverture négative.
Si maintenant on abaisse la clef B, on fait de nouveau une fermeture, mais le pôle négatif de la pile se trouvant de ce fait relié à l’électrode indifférente, l’électrode active sera devenue positive.
Cet instrument, par le simple jeu des deux clefs, permet donc et
d’intervertir la polarité des électrodes, et de pratiquer des ouvertures et des fermetures. Sa commodité en rend l’usage presque indispensable pour l’exploration galvanique.
Dans la batterie galvanique transportable que l’un de nous a fait construire (fig. 2), le dispositif de la double clef se trouve tout monté à côté des appareils de graduation et de mesure.
L’organisme se comporte vis-à-vis du courant continu comme un électrolyte, et par suite se trouve soumis aux lois de la polarisation électrolytique. En d’autres termes le passage du courant continu développe à travers l’organisme une force électromotrice de polarisation, de sens inverse à celle du courant générateur. L’intensité de ce courant peut atteindre dans certaines conditions des valeurs telles que les résultats de l’exploration électrique peuvent s’en ressentir. Ainsi il est facile de se rendre compte d’après le schéma de la clef de Courtade qu’au moment de l’ouverture (relâchement de la clef) (fig. 5), le courant de polarisation, né pendant toute la durée de la fermeture, se ferme, en court circuit à travers la clef. C’est là un avantage au point de vue^ de la fermeture suivante du courant explorateur, mais au moment de l’ouverture, la fermeture du courant de polarisation superpose ses effets à ceux de l’ouverture du courant explorateur. Le galvanomètre enregistrant la somme algébrique des intensités des deux courants superposés, il en résulte que, dans la recherche du seuil d’ouverture, l’intensité lue ne sera pas l’intensité réelle nécessaire à l’obtention de ce seuil.
La double clef est donc un procédé défectueux pour l’étude des ou ver-
tures : on lui préférera une clef simple qui ne ferme pas le courant de polarisation à l’ouverture du courant explorateur (Bourguignon)!, par contre l’écoulement du courant de polarisation à travers la double clef dans l’intervalle de deux fermetures du courant explorateur débarrasse celles-ci de tout courant excitateur parasite. Comme, en électrodiagnostic clinique, on se contente le plus souvent de la recherche des secousses de fermeture, on voit que la double clef permettra toujours d’obtenir celles-ci à l’état de pureté.
Dans les installations fixes, les divers appareils nécessaires à l’électrodiagnostic sont d’ordinaire montés sur une planche murale ou une table. Ces tables d'électrodiagnostic sont disposées de manière à ce que le courant faradique et le courant galvanique accèdent aux mêmes bornes d’utilisation, sqps qu’on ait besoin de détacher les fils. Cette commutation de courant s’effectue par une manette à deux directions, appelée commutateur de Watteville.
Enfin un métronome interrupteur permet de pratiquer des interruptions rythmées et des renversements de courant, remplaçant ainsi, si on le désire, la manœuvre des doigts sur la clef de Courtade. Certaines tables d’électrodiagnostic, plus compliquées, portent encore des instruments divers, voltmètres, condensateurs, etc.
Électrodes. — L’application du courant pour l’exploration des nerfs moteurs et des muscles se fait à l'aide d'électrodes spon-
Fig. 7. — Électrodes plates.
gieuses. On distingue des électrodes plates et des électrodes en forme de bouton. Les premières (fig. 7) sont constituées par une lame métallique malléable, que les constructeurs livrent encore trop souvent enveloppée dans une peau de chamois, et qu’il est plus propre de recouvrir d’un tissu dé- coton hydrophile tissé. Les élèc-
1..En maintenant l’une des deux clefs abaissée d'une façon permanente, la clef
VmsrRUMEWTATION NECESSAUŒ »
trodes plates constituent dans la technique de l’électrodiagnostic l’électrode dite indifférente^ ainsi appelée parce qu’elle n’a d’autre destination que de fermer le circuit sUr le malade et que l’on peut par conséquent la fixer en un point quelconque, indifférent, de la surface du tégument. 11 est d’usage de l’appliquer sur le milieu du dos ou de la poitrine et on l’y fixera à l'aide d’un lien élastique, après l’avoir convenablement imbibée d’eau
• tiède.
Les électrodes en forme de bouton, dites encore tampons (flg. 8), sont constituées par une extrémité conductrice en charbon enveloppée de peau de chamois ou de tissu hydrophile, et portée à l’extrémité d’un manche droit ou courbe.
Employées pour localiser l’excitation sur les nerfs ou les muscles, elles représentent en électrodiagnostic l'électrode active^ l’électrode exploratrice, l’électrode différenciée.
On proportionnera toujours les dimensions de l’électrode
• exploratrice à l’organe exploré.
Pour des muscles volumineux, on se servira d’électrodes à grand diamètre (2 à 3 cm. de diam.), pour de petits muscles on emploiera des électrodes à petite surface (5 à 8 mm. de diam.) ou de,forme olivaire.
L’électrode exploratrice introduit le courant dans l’organisme sous' la même intensité que l’électrode indifférente, mais sur une surface d’entrée beaucoup plus réduite. Le rapport entre l'intensité et la surface est ce que l’on appelle la densité du courant. La densité est donc d’autant plus grande que l’électrode est plus petite.
Dans certains cas, notamment avec le courant faradique, il est indiqué de localiser le courant sur un nerf ou un muscle. Pour
l’application de cette méthode « bipolaire », on utilisera de préférence deux petits tampons olivaires tenus dans la même main.
L’exploration de la sensibilité cutanée à l’aide du courant faradique se pratique parfois avec des électrodes spongieuses, mais on
a plus souvent recours à des électrodes métalliques, telles que le pinceau de Duchenne (fig. 9)
Fig. 9. — Pinceau de Duchenne. sorte de petit balai Constitué par une houppe de fils de laiton.
Le pinceau de Duchenne ne permet l’exploration qu’en monopolaire. Or, dans les cas d’anesthésie complète ou d’hypoesthésie marquée, les courants intenses que l’on sera amené à employer agiront simultanément sur les nerfs et les muscles, et cela d’autant plus que l’exploration portera plus près des points moteurs. Les contractions ainsi provoquées gêneront alors considérablement
Fig. 10. — Râteau de Tripier.
la recherche de la sensibilité. Aussi y a-t-il avantage à recourir à la méthode bipolaire qu’on réalisera à l’aide d’une électrode métallique bipolaire quelconque à laquelle on rattachera les deux, conducteurs venus de la bobine de tension. C’est sur ce principe qu’est construit le râteau de Tripier (fig. 10), sorte de raquette portant deux séries de pointes mousses en laiton, respectivement en relation avec chaque pôle de la bobine.
Les condensateurs. — L’emploi du condensateur en électrodiagnostic a été chaudement défendu en .\utriche par Zanietovvski, en France par Doumer et par Cluzet. Mais jugée trop complexe par les calculs qu’elle nécessite, la méthode a été à peu près systématiquement laissée à l’écart par la majorité des électrnthérapeutes. Il n’est cependant pas impossible que, grâce à une orientation nouvelle de l’électro-, diagnostic, elle ne vienne prendre place à côté des méthodes cou-
Pour des motifs que nous exposerons plus loin, certains auteurs ont proposé d’utiliser en électrodiagnostic la méthode des condensateurs à charge variable. Dans cette méthode, un certain nombre de capacités sont chargées à un voltage croissant et l’on cherche pour un condensateur
donné le voltage le plus faible capable de faire apparaître le seuil de la
■contraction musculaire.
Mais au lieu de chercher à obtenir la secousse minima par des variations du potentiel de décharge d’un condensateur déterminé, on peut chercher à l’obtenir sous potentiel constant et sur une série de condensateurs de capacités croissantes. C’est là le principe de la méthode, dite des condensateurs à capacité variable, et dont l’usage encore limité, peut être cependant appelé à se généraliser.
On sait que la durée de décharge d’un condensateur est proportionnelle à sa capacité C Avec une série de condensateurs de capacités croissantes, et chargés au même potentiel, on aura donc la possibilité d’appliquer au nerf et au muscle des décharges qui différeront entre ’ elles par la variation de l’élément durée.
Le condensateur à capacité variable de Gluzet (flg. 11) est constitué par une série de condensateurs plans ayant pour capacités respectives 0,005, 0,01, 0,02, 0,02,
1,3, 5, microfarads.
Le dessus de la boite qui les contient porte un système de leviers
densateur ou de les associer en nombre p; - jj Condonsateur à capacité variable, variable. On dispose
ainsi d’une échelle .
de capacités allant de 0,005 mierofarad à 10 microfarads.
A l’aide d’une prise de courant l’appareil se branche sur une source de courant continu (de préférence le secteur 110 volts). Une clef de Morse à deux directions permet successivement la charge à la source et la décharge dans le circuit d’utilisation. Enfin on peut encore intercaler dans celui-ci une série de résistances (1 000, 2 000, 5 000 ohms). Le courant arrive au malade par des électrodes ordinaires (électrode indifférente et électrode active) ; un inverseur permet d’en changer a volonté le sigQe. L’appareil ne porte aucun instrument de mesure. Gelui-ci n’aurait du reste aucune utilité, puisque la détermination de la capacité qui donne le seuil (capacité liminaire) nous fixe sur rélément principa de la recherche, la durée d’excitation. Cette capacité liminaire est pour les nerfs et les muscles normaux très voisine de 0,02 microfarad.
Mais à l’état pathologique elle devient insuffisante. Par le jeu des leviers on introduit alors progressivement des capacités de plus en plus élevées jusqu’à ce qu’on obtienne la secousse minima.
. Parfois, notamment lorsque le muscle réagit au courant galvanique par üne secousse très lente, la capacité de 10 microfarads n’amène aucune contraction. Il faut alors introduire dans le circuit de décharge l’une de ses résistances intercalaires.