III. — LES RÉACTIONS NORMALES DES NERFS MOTEURS ET DES MUSCLES
La notion de seuil. — Tous les modes d’excitation électrique tels que courant faradique, décharges statiques, décharges de condensateurs, états variables de fermeture et d’ouverture du courant galvanique sont susceptibles, appliqués à un muscle sain ou à son nerf moteur, de produire une contraction musculaire, c’est-à-dire le passage du muscle de l’état de repos à l’état d’activité.
Toutefois pour que les effets de l’excitation se réalisent, l’agent d’excitation doit atteindre une valeur déterminée, au-dessous de laquelle il reste inefficace. Cette limite inférieure est le seuil de l’excitation, et la réponse contractile qu’elle provoque est la contraction minima.
Pour toutes les valeurs supérieures, la contraction se fait, et avec d’autant plus d’énergie que l’intensité du courant excitateur sera elle-même plus élevée. Il en est ainsi jusqu’à une limite supérieure dite contraction maxima dont l’énergie ne saurait plus être accrue par une augmentation d’intensité. Le moment où ce maximum est atteint est difficile à évaluer, tandis que la valeur de l’excitant, au moment du passage de l’excitation insuffisante à l’excitation efficace, se prête à une détermination bepcoup plus aisée et beaucoup plus rigoureuse. C’est ce qui a fait adopter en pratique le seuil comme une sorte de mesure de l’excitabilité.
Excitabilité et conductibilité. — Le nerf moteur ne détermine la contraction du muscle qu’à la condition de transmettre l’excitation jusqu’à son extrémité. Cette propriété du nerf qui assure la propagation de l’excitation de proche en proche, la conductibilité, est entièrement distincte de l’excitabilité. La physiologie élémentaire démontre l’indépendance de ces deux propriétés du
LES RÉACTIONS DES NERFS MOTEURS ET DES MUSCLES 13 nerf par plusieurs expériences. La plus classique est l’expérience de Grunhagen.
On prépare une patte galvanoscopique, et l’on fait passer le nerf dans nn tube où circule un courant d’acide carbonique. On constate alors qu’en excitant le nerf dans son passage à travers le tube, le muscle ne répond pas. Par contre, l’excitation en amont donne une contraction musculaire, la conductibilité est donc conservée, ün phénomène inverse se produit cependant lorsqu’on soumet le nerf non plus à l’action de l’acide carbonique, mais à l’action de vapeurs d’alcool ou d’éther. C’est alors la conductibilité qui disparaît la première.
En électKodiagnostic on peut observer de même l’indépendance de l’excitabilité et de la conductibilité.
C’est ainsi qu’Erb a le premier mis en évidence que dans la paralysie radiale commune, par compression momentanée, l’excitation du nerf au-dessus du siège de la compression (dans Faisselle ou au point d’Erb) est impuissante à produire la contraction des extenseurs de l’avant-bras, tandis qu’elle devient efficace lorsque l’électrode est appliquée au-dessous du point comprimé. Dans ce ■cas, le nerf radial, tout en ayant conservé son excitabilité, a perdu le pouvoir de conduire les incitations volontaires et de transmettre l’excitation électrique. Inversement lorsqu’un nerf, privé de ses fonctions motrices et de son excitabilité électrique, commence à recouvrer celles-ci, le premier phénomène en date est d’ordinaire le retour de la motilité volontaire, puis le nerf devient excitable au-dessus de la lésion, et ce n’est que'plus tard qu’il recouvre son excitabilité au-dessous d’elle. Il y a donc ici encore dissociation entre l’excitabilité et la conductibilité.
ün attribue d’ordinaire ces deux propriétés différentes du nerf, la conductibilité et l’excitabilité, à deux éléments différents du tube nerveux. Au cylindre-axe serait dévolue la fonction conductibilité, la conductibilité volontaire comme la conductibilité électrique; tandis que la fonction irritabilité devrait être rapportée à la gaine de myéline : c’est par la myéline que se transmettrait l’excitation électrique.
Or, dans les lésions des nerfs, les altérations de la myéline précèdent, semble-t-il, celles du cylindre-axe.
De même le cylindre-axe doit vraisemblablement retrouver son intégrité anatomique avant la myéline, puisque lorsqu’un nerf se régénère, il retrouve son aptitude à conduire les incitations volontaires, avant d'avoir retrouvé son excitabilité.