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VI. — ÉVOLUTION DE LA RÉACTION DE DÉGÉNÉRESCENCE

Les réactions élémentaires dont la réunion constitue la réaction de dégénérescence caraclérisent sa période d'état. Cette période est en effet précédée d’une phase d’installation, de durée plus ou moins longue suivant la nature aiguë, subaiguë ou chronique du processus pathologique qui lui a donné naissance. Elle est suivie d’autre part d’une phase terminale, d’allure variable selon que l’affection causale évolue vers la réparation ou vers l’inexcitabilité (modifications régressives ou progressives). La réaction de dégénérescence, telle que nous l’avons définie, n’est donc pas un syndrome fixe, durable, définitif, mais une manifestation transitoire, passagère.

Période initiale. — Dans les heures qui suivent la section nerveuse expérimentale, on observe sur le bout périphérique du nerf une augmentation de l’excitabilité faradique et galvanique. Cette phase d’hyperexcitabilité initiale est très brève, ne dépasse pas quelques heures (quarante-huit heures environ) et se trouve très rapidement remplacée par une diminution progressive de l’excitabilité qui aboutit vers la fin de la jiremière semaine à l’inexcitahilité absolue. En clinique, il est probable que cette hyperexcitabilité initiale existe également, mais, comme on a rarement l’occasion de pratiquer des examens très précoces, cet épisode passe généralement inaperçu et l’on constate très rapidement Vinexcitabilité du nerf. Du côté des muscles Vexcitabilité faradique décroît plus ou moins rapidement dans les heures qui suivent la section et disparaît vers la deuxième semaine.

Quant à l’excitabilité galvanique, après un stade de diminntion fort court en général, elle devient au bout de peu de temjas supé-

ZiMMERN et Perol. — Électrodiagnostic de guerre. 5

lÆS ANOM iUrCS DES REACTIONS ELECTRIQUES

Heure à la normale : il y a Injperexcitabilité galvanique, et c’est précisément celte phase d’hyperexcitabilité galvanique du muscle coïncidant avec la diminution de son excitabilité faradique qui surprit si fort les premiers (Baierlacher, Ziemssen, Erb) qui observèrent ces réactions en clinique.

La durée de la phase d’hyperexcitabilité galvanique est assez variable : très courte dans certaines circonstances, elle fait place très vite à la diminution de l’excitabilité galvanique; très longue dans d’autres cas, elle se continue au delà de la période initiale, 'et on la retrouve telle à la période de RD confirmée.

A' ce stade d’hyperexcitabilité on peut observer parfois une plus grande facilité d’apparition des ouvertures, notamment de NO (Leegard). Celte particularité rappelle ce qu’on observe sur les nerfs comprimés (réaction de Richard Geigel) mais ici, il s'agit d’une réaction propre au muscle et non au nerf. Trouver des secousses d’ouverture sur un muscle est donc, en raison de la difficulté qu’on éprouve à les faire apparaître à l’état normal, toujours un symptôme un peu suspect. VInjperexcüabiltlé des ouvertures est du reste, comme Thyperexcitabilité galvanique ellemême, la paralysie faciale a frigore exceptée, purement passagère.

En même temps que ces modifications quantitatives, apparaissent progressivement les modifications qualitatives : hyperexcitabilité longitudinale, ralentissement de la secousse, anomalie dans l’ordre des*^secousses. Cette dernière réaction toutefois est relativement tardive, et n’apparaît jamais avant le second septénaire.

Période d’état. — La période d’état est constituée par le syndrome classique que nous avons analysé dans ses éléments.

Nous n’avons pas à y revenir.

Modifications progressives. — Les modifications progressives de la RD concernent exclusivement l’excitabilité galvanique du muscle, puisque nerf et muscle restent toujours privés de leur excitabilité faradique et le nerf de son excitabilité galvanique.

Comme phénomène d’importance secondaire, on observe assez souvent un ralentissement plus marqué de la secousse : d’ordinaire aussi la prépondérance du pôle positif s’accuse.

Le phénomène essentiel est la diminution progressive de Texcitabilité galvanique du muscle. L’intensité du courant nécessaire

). Voir p. 52.

. EVOLUTION DE LA REACTION DE DEGENERESCENCE G7 pour obtenir le seuil devient de plus en plus élevée, et finalement, à une période qui peut être fort reculée par rapport au début de l'affection, plusieurs mois, un ou deux ans) l’excitabilité galvanique a disparu au niveau du point moteur.

Privé de son excitabilité au point moteur, le muscle se laisse cependant encore contracter par l’excitation à distance, et la période pendant laquelle il reste encore excitable par l’excitation longitudinale peut, elle aussi, être fort longue et se chiffrer par de longs mois.

La perte de l’excitabilité au niveau de l’extrémité inférieure du muscle ne signifie pas cependant que le muscle est devenu totalement inexcitable. On peut en effet, en localisant l’excitation galvanique à l’exemple de la faradisation localisée, retrouver des manifestations de la contractilité électrique. Ainsi par exemple, sur les extenseurs de l’avant-bras complètement privés de l’excitabilité galvanique lorsque l’électrode indifférente est dans le dos, on fera apparaître de très belles contractions lentes soit au point moteur, soit à distance, en appliquant l’électrode indifférente'à la partie inférieure du triceps brachial, au-dessus de l’olécrâne.

Ces périodes successives des modifications des réactions électriques qui viennent d’être exposées, période d’installation, de réaction de dégénérescence proprement dite, phase de DRd seule, représentent le processus évolutif de la RD complète dans son entier. Tel est, en effet, le cycle qu’elle accomplit toutes les fois que le processus anatomique aboutit aux lésions définitives de la dégénérescence wallérienne.

C’est le cas de la section nerveuse et de toutes les affections dans lesquelles l’interruption des relations avec les centres trophiques engendrent des lésions de même ordre et de même degré. Mais, ces faits, exceptés, la RD ne parcourt pas nécessairement ces différentes étapes. A n’importe quel moment elle est susceptible de s’arrêter dans son évolution, lorsque les altérations histologiques elles-mêmes cessent de progresser et que se fait la réparation.

Modifications régressives. — L’évolution régressive est caractérisée par la tendance que présentent les réactions pathologiques à se rapprocher des réactions normales.

Dans la plupart des cas ce retour des réactions vers la normale est précédé de plus ou moins loin par la réapparition de la motilité volontaire.

Dans la paralysie saturnine des extenseurs par exemple, le malade peut avoir retrouvé l’entier fonctionnement de son membre alors que l’examen électrique révèle longtemps encore l’existence de la réaction de dégénérescence.

La régression débute d’ordinaire par la réapparition de l’excitabilité du nerf. Le nerf recommence à être sensible à l’excitation galvanique puis au courant faradique et en premier lieu aux chocs isolés d'induction. En l’excitant on produit une secousse musculaire vive, tandis que l’excitation faradique du muscle est encore inefficace, et que le courant galvanique donne une secousse lente. Mais à son tour, le muscle retrouve son excitabilité faradique, faiblement tout au moins, plus faiblement que le nerf, tandis que d’autre part la contraction galvanique perd peu à peu ses caractères de lenteur et que l’excitabilité remonte au niveau du point moteur. La réaction longitudinale cesse d’être prédominante sur la réaction au point moteur, la secousse PF tend à devenir égale à NF et à lui devenir inférieure.

Cette évolution se chiffre toujours par des mois ; elle traduit toujours la réparation anatomique.

Mais il faut savoir que très longtemps après la guérison clinique complète, surtout dans les cas où la durée de l’affection a été particulièrement longue, il peut subsister un certain nombre de signes qui constituent des vestiges des désordres passés.

C’est ainsi que l’inversion reste souvent très longtemps manifeste, soit sous la forme inversion, soit sous la forme égalité polaire, que plusieurs mois, plusieurs années après la disparition de la RD, on peut encore retrouver, sur les muscles autrefois atteints, les manifestations de l’hyperexcitabilité longitudinale. Enfin ce qui persiste surtout, c’est une diminution simple de l'excitabilité sur les nerfs et les muscles, moins accusée cependant sur les nerfs qui retrouvent à peu près les valeurs normales de leur excitabilité que sur les muscles où elle peut rester plus ou moins longtemps très affaiblie, et toujours davantage pour le courant galvanique que pour le faradique.

Évolution aiguë, subaiguë et chronique de la RD. —11 est certaines affections où, franchissant rapidement ses différentes étapes, la RD arrive en quelques semaines à la phase ultime. Le processus d’évolution peut alors être considéré comme un processus aigu (poliomyélite antérieure, section nerveuse).

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