XI. - L’EXCITABILITÉ VRAIE. — SA MESURE LA CHRONAXIE
La loi d’excitation et la chronaxie. — Les critiques adressées à la méthode courante d’électrodiagnostic, et que nous avons rappelées plus haut, comptent pour peu devant une objection de fond d’une portée autrement élevée. L’électrodiagnostic, tel que nous le pratiquons, repose sur une sorte de postulat : nom mesurons la 'propriété de tissu appelée excitabilité en valeurs d'intensité.
1. Il est à remarquer que le condensateur ne donne jamais la réact
tien galvano^
VEXCITABUJTE VRAIE ET LA C/IRONAXIE
Or, s’il est vrai que pratiquemeat la mesure de l’excitabilité par l’intensité du seuil, adoptée depuis Duchenne et Erb, nous 'rend journellement en clinique les plus grands services, cette mesure n’est-elle pas purement conventionnelle? L’excitabilité estelle réellement fonction et exclusivement fonction de l’intensité?
De plus n’est-il pas singulier d’avoir à effectuer la mesure de deux excitabilités, une excitabilité faradique et une excitabilité galvanique, pour un seul et même agent d’excitation?
En ce qui concerne la conception de l’excitabilité, la question paraît à peu près résolue par les travaux des physiologistes contemporains*. Elle ne l’est cependant que d’une façon encore insuffisante au point de vue pratique de sa mesure.
La constatation de l’inefficacité du courant faradique, c’est-àdire des ondes brèves, dans les altérations pathologiques des nerfs aurait pu davantage attirer l’attention sur l’importance du facteur durée dans les phénomènes d’excitation.
Engelmann est le premier parmi les physiologistes qui conçut nettement à la suite de ses expériences l’influencé, dans les phénomènes d’excitation, du temps de passage du courant et qui rapporta le « temps physiologique » à une propriété de tissu.
Ce n’est cependant que beaucoup plus près de nous (1891) que Hoorweg nous fit connaître la loi qui établit la relation entre les deux facteurs durée et intensité. En outre il constata avec lescon- • densateurs dont il faisait usage que pour une certaine forme de la décharge, c’est-à-dire pour une certaine durée d’excitation, l’énergie passe par un minimum. La durée correspondante fut considérée dans la suite par Waller comme une caractéristique du tissu excité.
L’étude de la loi d’excitation et de l’influence de la durée de passage du courant fut reprise par Weiss. Au lieu d’utiliser les' ondes de décharge des condensateurs (Hoorweg), Weiss opéra avec des ondes rectangulaires obtenues par la fermeture et la rupture extrêmement rapides d’un courant continu. A la suite de ses expériences il énonça la loi suivante :
L’excitation électrique, pour être suffisante, devra mettre en jeu une quantité constante d’électricité, augmentée d’une quantité variable proportionnelle à la durée de la décharge.
1. Voir on partie. ; Lapieque, Soc.de biologie, 1909, ot Reçue générale des Sciences, fév. 1911. et Laugier. Thèse de Paris, 1912.
2. Engelinaim, Beitr. z. allg. Muskel. u. Nervenphysiol. Pflüger's Arch, t. lU
Cette loi s’exprime par la formule suivante :
Q, = a-\- bi
où Û représente la quantité d’électricité mise en jeu, t le temps de passage du courant et a et 6 deux coefficients particuliers au tissu considéré.
La signification précise de ces deux coefficients resta tout d’abord incomprise. Pour Zanietowski le coefficient a représentait la quantité initiale d’électricité nécessaire pour charger la capacité constituée par les tissus; et le facteur ô, l’intensité (variable avec la résistance des tissus et des électrodes) du courant continu traversant l’organisme. Il apparut toutefois nettement que a et 6 variaient toujours dans le même sens dans toutes les expériences et que par suite leur rapport devait être sensiblement constant.
Si l’on remarque que, dans la formule de Weiss, le coefficient a est une quantité et le coefficient b une intensité (puisque bt, produit d’une intensité par un temps est une quantité), le quotient P quotient d’une quantité par une intensité, est forcément un temps. Ce temps v = ^ est donc, au même titre que a et 6, une caractéristique du tissu : c’est une constante de temps, indépendante des conditions expérimentales.
Élevée pour les muscles lents, faible pour les muscles rapides, elle varie en raison inverse de leur vitesse d'excitabilité et répond précisément au « temps physiologique » d’Engelmann. C’est la chronaxie de Lapicqiie.
En résumé, tandis que la mesure de l’excitabilité par les méthodes ordinaires d’intensité est purement arbitraire et sans substratum physiologique, celle du rapport ^ donne une constante, caractéristique de l’organe sur lequel on opère et indépendante de tout autre facteur.
Mesure de la chronaxie. — La mesure de la chronaxie a été réalisée en physiologie de plusieurs manières. Le procédé le plus simple (Lapicque) consiste à déterminer la durée d’excitation qu’exige une intensité double de celle requise pour un courant prolongé donnant le seuil L Aucun des procédés utilisés en physiologie n’a pu cependant être appliqué à l’homme.
1, Cette intensité d'un courant indéaniment prolongé donnant lo seuil a été appelée par Lapicque la rhéobaso.
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Et Ton conçoit pourtant l’importance qu’il y aurait au point de vue clinique à disposer d’une méthode simple permettant d’apprécier rapidement et facilement la vitesse d’excitabilité des nerfs et des muscles malades.
La méthode des condensateurs réglables de Cluzet décrite plus haut permet toutefois d’apprécier jusqu’à un certain point ce que l’on a appelé le « temps utile ». Ses résultats varient dans le même sens que la chronaxie et, à ce titre, on peut la considérer, non comme une méthode de mesure, mais comme un procédé indicateur.
Il en est de même du procédé des indices de vitesse (Bourguignon et Laugier) qui, lui non plus, ne donne pas une mesure de la chronaxie, mais des indications parallèles.
Le principe de la méthode de Bourguignon-Laugier consiste dans l’établissement du rapport des quantités liminaires d’électricité obtenues sur le nerf ou le muscle à l’aide de l’onde d’ouverture et de fermeture d’un même appareil d’induction.
11 résulte en effet des travaux de Mmes Lapicque et J. Weill que le rapport des quantités des deux ondes induites classent les nerfs et les muscles dans le même ordre que leur vitesse d’excitabilité.
Pratiquement, à l’aide d’une bobine capable de donner aisément les deux squils, on recherche successivement, et en redressant le courant de fermeture, l’intensité (en centimètres) des deux ondes donnant le seuil.
Un interrupteur spécial permet d’éliminer la secousse d’ouverture consécutive à la recherche de la fermeture, secousse d’ouverture pouvant, pour des seuils de fermeture très élevés, devenir extrêmement pénible pour le malade.
Si l’on a préalablement étalonné (à l’aide d’un galvanomètre balistique) les valeurs centimétriques dès engainements en quantité d’électricité, on n’a plus qu’à se rapporter à celles-ci pour trouver le rapport des quantités, cherché.
Ce rapport est constant pour un même muscle. 11 est voisin ' de 15 pour la plupart des muscles normaux. A l’état pathologique il tombe plus ou moins au-dessous de ce chiffre.
Le seul inconvénient de la méthode, c’est qu’elle se limite aux cas où l’excitabilité faradique est conservée. En d’autres termes, elle est inutilisable dans la RD complète. Il est vrai qu’en revanche elle permet de suivre de très près l’évolution
d’une RD à son début et qu’elle est applicable a tous les cas de RD partielle.
La mesure directe de la clironaxie a été tentée par Cluzet au moyen du condensateur et réalisée par Lapicque à l’aide de son chronaximètre.
Le procédé de Cluzet consiste à rechercher, parmi plusieurs capacités donnant le seuil, celle qui permet de l’obtenir avec le minimum d’énergie.
Un réducteur de potentiel pour faire varier la charge et un voltmètre pour la lecture du potentiel de charge sont intercalés dans le circuit.
On détermine alors pour un certain nombre de capacités le voltage liminaire. Après calcul de l’énergie dépensée dans chacune de ces opérations (E = CV®) le nombre le plus petit fait connaître la capacité optima G.
La mesure de la caractéristique de l’excitabilité s’obtient alors par la formule-:
caractéristique = RG
qui, comme on le voit, oblige à une mesure de résistance.
Le chronaximètre clinique de Lapicque est un rhéotome rotatif à lecture directe donnant immédiatement, en temps absolu, des passages de courant arbitrairement réglables entre le millième et le dixième de seconde.
L’appareil se compose d’un système moteur et d’un système interrupteur.
Le système moteur est actionné parla chute d’un poids P. Celui-ci entraîne une cordelette qui ellemême s’enroulant autour d’une poulie en forme d’escargot imprime à un axe mobile une vitesse croissant comme le carré des temps. Une aiguille A montée perpendiculairement sur l’axe parcourt un arc que mesure en fractions de seconde la graduation de l’appareil.
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Par un jeu de cames G et G' et de leviers cette aiguille ferme et ouvre successivement le circuit galvanique ordinaire d une table d’éleclrodiagnostic dans lequel est intercalé 1 appareil. En écartant les deux dispositifs d’ouverture et de fermeture, on limite à volonté l’écart entre les deux ondes, c est-à-dire le temps de passage du courant.
Pour se servir du chronaximètre, on cherche tout d’abord le seuil galvanique avec la clef de Gourtade ; l’appareil est armé, puis déclanché. Si la contraction ne se fait pas, c’est que le temps de passage est insuffisant. En augmentant 1 écart des contacts, il arrive un moment où la contraction s’effectue. On rapproche alors les contacts jusqu’à ce qu’elle disparaisse.
L’écart le plus faible trouvé est lu sur la graduation circonférentielle de l’appareil.
Toutefois le chiffre lu ne correspond pas à la chronaxie ellemême, car l’appareil mesure non la chronaxie, mais le « temps utile ».
Le temps utile est le temps minimum pendant lequel il faut maintenir fermée la clef d’un interrupteur pour avoir le seuil. 11 est un multiple de la chronaxie, sensiblement égal à dix fois la valeur de celle-ci.
Le temps utile pour les muscles de l’homme est environ de 0,002 à 0,003 seconde (chronaxie : 0’,2 à 0'',3), soit une faible distance entre les deux contacts.
A l’état pathologique l’arc s’allonge.
Après une lésion nerveuse, un muscle qui fournit à l’électrodiagnostic ordinaire les signes de la dégénérescence confirmée présente un temps utile de 100 millièmes de seconde (chronaxie : 10(7), et même un peu plus, soit cinquante fois plus grand que la normale.
Dans les cas de RD partielle, on trouve des chiffres intermédiaires allant pour la chronaxie de 1 ou 2 (t à 10 (t, suivant le degré de la dégénérescence.
Le chronaximètre répond'à un desideratum important en électrodiagnostic. La simplicité de sa construction et la facilité de sa manœuvre ne permettent pas de douter de son avenir. Présenté en 191S par Lapicque, il est à l’étude dans de nombreux laboratoires.
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L’ELECTRO DIAGNOSTIC