‹ Elégies parisiennesChapitre 14 sur 30 · AUX TOMBEAUX DE LA FONTAINE ET DE MOLIÈRE AU PÈRE-LA-CHAISE · texte numérisé non relu

AUX TOMBEAUX DE LA FONTAINE ET DE MOLIÈRE AU PÈRE-LA-CHAISE

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AUX TOMBEAUX de LA FONTAINE et de MOLIÈRE AU PÈRE-LACHAISE

G vous, libres esprits dans un siècle guindé, La Fontaine et Molière, à vos tombes jumelles. Par un étroit sentier et le hasard guidé J'arrive et je m'arrête en songeant devant elles.

Dans la gloire et la mort vous êtes réunis Ainsi que dans la vie autrefois vous le fûtes î Peut-être chantez-vous ensemble dans ces nids, Frissonnez-vous avec cette herbe, à ces minutes !

Si votre âme est éparse ici tout près de moi. Et si vous m'entendez, La Fontaine et Molière, Accueillez ma louange et mon hymne de foi Gomme les anciens dieux accueillaient la prière !

C'est vous deux, fabuliste, amer comédien,

Frère du Misanthrope, insouciant bonhomme.

Qui nourrissez mon cœur d'un pain quotidien,

C'est vous deux, qu'eu ce cœur, pour mes maîtres, je nomme!

La Fontaine m'enseigne à rêver devant tout, A ne pas dédaigner l'humble bête et la plante, Il est la poésie aimable que le goût Drape divinement d'une grâce éloquente î

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Il nous découvre riiomme et ses ressorts cachés Mais, afin d'éviter l'inutile discorde, II nous montre à quels maux nous sonuues attachés Puis, avec un sourire, aux bètes, les accorde !

Molière est plus ardent, ayant bien plus souffert !

Chez lui le rire arrête ou provoque les larmes

Et sa plaisanterie est parfois comme un fer

Qui vous brûle ou résonne avec un grand bruit d'armes !

Celui-là fut marqué pour cet art souverain

Qui jette l'homme à l'homme à la clarté des lampes !

Je le vois, agitant des grelots d'une main.

Et de l'autre arrangeant le laurier sur ses teuipcs !

Vous viviez tous les deux, sans en porter le deuil, Dans un temps solennel, de majesté trompeuse, Mais vous vous échappiez aux cabarets d'Auteuil Où la Muse avec vous était nue et joyeuse !

Vous voici maintenant dans ce coin inconnu ! Vous dominez Paris et ses maisons sans nombre ! Solitaire et pensif vers vous je suis venu Au travers des cyprès de la colline sombre !

Vos deux tombes ont l'air plutôt de deux berceaux, Signes que pour toujour»», jeunes et beaux ensemble. Vous brillez sur le monde ainsi que deux flambeaux Qu'un même vent de gloire alimente et rassemble !

Près de vous, dans ce coin, souvent, je reviendrai î Notre siècle a besoin d'une pure lumière ! C'est ici, chez les morts, que je la puiserai, O vous, libres esprits, La Fontaine et Molière !

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