‹ Elégies parisiennesChapitre 15 sur 30 · SUR UNE TOMBE DU CIMETIERE MONTMARTRE · texte numérisé non relu

SUR UNE TOMBE DU CIMETIERE MONTMARTRE

Viens, ami, penche-toi sur cette tombe ouverte ! Aux profondeurs de l'ombre avec moi tu verras Que cet arbre si beau sous sa parure verte Plonge un tronc ténébreux et nerveux comme un bras!

Tu recules î la vie est là dans son mystère I Cet arbre en s'élevant s'est nourri de ces morts î Il a crevé la pierre et soulevé la terre Et nous voilà songeurs, presque pris de remords!

Qu'avons-nous fait, ami, qu'ont fait les autres hommes De cette chose auguste et simple qu'est la mort? Nous avons inventé des terreurs, des fantômes. Et la barque infernale et le funèbre bord !

Nous avons transporté le rêve de ce monde

Au delà du moment où nous ne rêvons plus!

Ce sont des prés, des bois, des vallons d'ombre et d'onde.

Des méchants et des bons, des damnés, des élus!

Ce sont nos tribunaux et nos fausses justices, Les péchés qui, souvent, sont notre seul i)laisir, Ce sont nos châtiments, nos hypocrites vices, l'^t la poursuite encor de l'immortel désir!

L'autre monde! l'enfer! le paradis! les anges!

Le diable et les démons! le l)onheur! le malheur!

Ah! laissons à jamais ces chimères étranges!

La mort est bien plus belle : elle est arbre, elle est fleur!

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