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LIVRE DEUXIÈME

SEPTIÈME ÉLÉGIE

e coup qui nous frappe lorsque nous sommes au comble de nos vœux produit une douloureuse impression. Si la terre aride ne rend pas le dépôt qu'on lui a confié, le laboureur malheureux accuse les destins avec moins d'emportement que si la moisson jaunissante était saccagée par des pluies torrentielles. Le matelot novice, qui s'embarque pour la première fois, se débat, sans trop murmurer, contre le naufrage. Mais si, après avoir parcouru l'univers, en revoyant sa patrie, sa tète blanchie est submergée par les flots, ah! que d'imprécations il vomit contre les nymphes de la mer et contre Neptune ! Hélas ! je me plains d'avoir été trompé par un amour menteur, et ma plainte n'est pas au-dessous de ces maux.

La belle Justine embrasait mon âme; digne de la couche de Jupiter, elle était plus encore faite pour moi. Son teint avait l'éclat de la fleur blanche de Vénus nageant sur la liqueur pourprée de Bacchus. Ses yeux brillaient comme les pierres étincelantes que le noir Indien

i . Jean Second a composé cette élégie pour un Espagnol de ses amis, Gonzalve Pérès.

recueille dans les mers d'Orient. Du feu de ses regards Cupidon forgea de nouveaux traits. « Ces armes , dit-il, sont plus redoutables que les miennes. »

Le dieu avait raison. Mais comme nulle autre beauté n'était plus digne de s'enorgueillir de ma défaite, j'opposai bravement ma poitrine à ses flammes invincibles et je sentis légèrement la violence de ses coups. Tel un soldat, ivre de vin et de colère , après avoir saisi ses armes d'une main frémissante, court au-devant des épées, reçoit cent blessures, et s'en revient du champ de bataille plein de force et d'ardeur. Il essuie, au lieu de sa sueur, son sang qui ruisselle, et voit son mal avant de le sentir. Bientôt ses genoux fléchissent, il tombe par terre, et sa vie s'écoule avec son sang. L'Amour se glisse insensiblement dans tous mes membres, comme une petite étincelle allume un grand incendie.

Mes amis s'étonnaient alors de ma pâleur, de mes yeux abattus, de mes pas mal assurés. Ils riaient de mes soupirs, de mes propos vides de sens, de mes joues sans cesse mouillées de larmes. Les soucis amers ne me quittaient ni jour, ni nuit; ni Cérès, ni Bacchus n'avaient d'attrait pour moi. Les étoiles brillaient en vain au firmament obscur; Phébus agitait ses coursiers dans un ciel voilé de nuages. L'arbre était sans feuillage; la prairie, sans gazon; la source enlaidie avait terni le miroir de ses eaux. Mon corps n'était plus qu'une ombre légère; j'allais être mis au rang des trépassés.

Seule, la belle Justine, en jetant un œil caressant sur

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