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LIVRE DEUXIÈME

de son visage brille le feu de la rose; nul duvet n'ombrage ses membres délicats ; c'est elle qui, la première, Ta rendu homme. Tantôt elle jure qu'elle meurt d'amour pour un autre, et que son cœur n'est pas libre pour une nouvelle flamme. Tantôt elle ne fait plus attention aux gens du commun depuis qu'elle a goûté les caresses des grands. Souvent, pâle, elle prétexte un violent mal de tète. Souvent elle marque tel jour au coin de la superstition. Souvent elle se lamente, et, simulant des transports de colère, ell& imite les fureurs de la bacchante célébrant ses mystères. Aussitôt l'amant s'éloigne la bourse vide; aussitôt paraît ce bel enfant, qui, les genoux ployés, se traîne avec de pénibles efforts. Nestor de Pylos le prendrait à coup sûr pour son aïeul : sous une forêt de sourcils hérissés s'enfoncent ses yeux chassieux et éteints, et une hernie s'échappe de ses flancs épuisés.

Cesse tes artifices; je ne les connais que trop. Tu pouvais me dire franchement : « Va-t'en, tu me déplais ; tes présents sont menus, et tu veux en amour trop de fidélité. »

Si toutefois le trépied de Phébus ne trompe pas les poètes, si un feu sacré anime leurs accents, tu seras punie un jour de ton orgueilleux dédain. Tu pleureras dans ta vieillesse les crimes de ton jeune âge, alors qu'au lieu de ta beauté une pâleur livide couvrira ton front, sillonné de larges rides, et que, d'un doigt tremblant, tirant la laine de la quenouille, tu l'enrouleras autour d'un lourd fuseau. Vénus verra en riant ces larmes d'une vieille ;

l'Amour agile applaudira en secouant son carquois; tous mes amis et moi nous nous réjouirons de ta honte.

Puissé-je voir arriver ce jour avant que je meure ! Alors, ô belle Vénus, je déposerai devant tes autels les entrailles pures d'une blanche colombe. Embrase mon cœur d'une meilleure flamme, pendant que je suis encore au printemps de la vie. Que la douce haleine du bienveillant Cupidon me ranime, et que les noirs soucis disparaissent de mon âme ! Vivent le plaisir, la gaieté, les voyages! Vivent la lyre, les coupes, les roses baignées dans le vin ! Vivent les jours sans nuage, les ténèbres sans nuit, les nuits sans ténèbres, les amours sans dot ! Vivent les luttes sans haine, les combats sans blessure, et Vénus vaincue par le sommeil du matin !

NEUVIEME ELEGIE

ôfOMMEil, frère indolent de la mort ténébreuse, et dont le seul charme consiste en de vains

fantômes, garde-toi de fermer les yeux mourants de ma maîtresse, pendant les heures si courtes de la nuit qu'elle m'a promise. C'est à moi que cette nuit appartient, Sommeil, et non à toi. Pourquoi,

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