LIVRE PREMIER
PREMIÈRE ÉLÉGIE
u'un autre ensanglante les Muses au milieu des terribles batailles, qu'il multiplie les blessures affreuses et les massacres, que ses vers ruissellent d'un sang deux fois répandu !
Hélas! pour moi c'est déjà trop [d'avoir succombé une fois. Je veux chanter l'enfant ailé qui, conduit par son auguste mère, fait pleuvoir de sa main délicate des traits vainqueurs. »
l8 ÉLÉGIES
Ainsi parlais-j e lorsque l'Enfant aux ailes rayonnantes m'apparut, armé de sa torche, de son carquois et de ses dards. Je crus le voir aiguiser sur la pierre ses flèches étincelantes. A l'instant mon visage alarmé se couvrit de pâleur.
« Cesse, m'écriai-je, d'effrayer par ce fer ton poëte, qui depuis longtemps aspire à marcher sous ton étendard, qui veut, d'une voix harmonieuse, proclamer, au sein de sa patrie, ta puissance irrésistible et les vastes royaumes qui t'adorent toi et ta mère née de l'écume des flots. Il t'est tout dévoué; ah! ne frappe pas un des tiens. »
L'enfant, sans s'émouvoir, saisit vivement son arc. « Tiens, dit-il, voilà de quoi fournir une longue et riche matière à tes chants. Célèbre maintenant la vigueur d'un bras que tu connais, et apprends ce que peuvent les charmes d'une belle maîtresse. »
A peine avait-il prononcé ces mots que l'arc résonna, et je sentis avec le trait le dieu pénétrer dans mes veines.