‹ ElégiesChapitre 3 sur 42 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

DEUXIEME ELEGIE

E naissais; les Parques, tournant leurs fuseaux rapides , filaient mes nouveaux destins I lorsque l'Enfant de Cythère aux ailes d'or s'approcha d'elles et leur dit : c Cet enfant m'appartient; je lui prédirai sa destinée; éloignez-vous de son berceau sacré ; sa vie et sa mort dépendront de moi. » En même temps il ajuste son arc et s'apprête, en cas de désobéissance, à décocher ses traits acérés. Les Parques obéissent respectueusement. Alors l'enfant, caressant de sa petite main le fil redoutable, sourit et s'écria : « Vaillant Alcide, regarde-moi, et ne rougis plus de ton antique affront. )) Puis il murmura tout bas des mots inarticulés, semblables au bruissement du zéphyr à travers le feuillage des arbres. Je ne les entendis pas, il est vrai; ma nourrice, dit-on, les entendit et en resta longtemps glacée d'épouvante.

(( Cher petit, né sous un ciel inconnu, toi, notre amour et celui des dieux, cher enfant, qui dois bientôt servir sous nos drapeaux, écoute les leçons qui te guideront dans ma milice. Dès que tu auras atteint le printemps de la vie, empresse-toi de subir l'aimable joug

d'une maîtresse. Tu en rencontreras une qui, digne de la couche des dieux, te préférera aux brillantes faveurs des immortels. Elle te préférera à tous les trésors que l'Inde retire de la mer Rouge, à tous les parfums que l'Arabe recueille dans ses champs privilégiés. Plus chère à tes yeux que l'or et les diamants des rois, ton génie élèvera son nom jusqu'aux astres. Elle puisera pour toi dans une urne d'argent l'onde de Castalie, et sa main charmante te la présentera. Tu seras souvent étonné de me voir, à l'aide de ses yeux pétillants, lancer dans ton cœur des flammes secrètes et décocher sourdement des dards meurtriers, avec la promptitude de la foudre vengeresse dont la route est inconnue.

« Pauvre enfant, quoi ! tes yeux se gonflent de larmes, tu trembles et ton visage se couvre de pâleur. Ah! enfant trop cher, réserve tes sanglots pour un autre temps. Tu auras un jour des sujets de larmes aussi nombreux qu'aux premiers aquilons de l'automne, les feuilles tombées qui jaunissent sous les arbres le sol attristé; aussi nombreux que dans tout l'éclat du printemps, les fleurs qui, détachées par le zéphyr, blanchissent les riants jardins. Mais le courage. dans les revers et la résignation triomphent de tous les obstacles.

(( Ta maîtresse vaincue reposera dans tes bras sa tête assoupie , et sa main languissante entourera ton cou chéri. Elle te prodiguera, pendant des nuits entières, ses baisers et les caresses plus tendres qui succèdent aux baisers. Persévère donc patiemment dans un agréable la-

Page 1