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LIVRE DEUXIEME

aimée, tout le long de la nuit ; avec moi , délicieuse amie, tout le' long du jour. Le sommeil, penché sur moi, ne me fermera jamais les yeux. Celui qui dort n'a point son amante avec lui. Ah! réveille-toi, si tu ne veux pas que j'ajoute : celle qui dort n'a point son amant avec elle. Tu ne te prêteras pas à un pareil crime, ma douce amie, et le sommeil va fuir tes beaux yeux.

Oui, de ses doigts blancs comme la neige, elle arrange ses cheveux défaits ; elle promène sa main sur ses paupières entrouvertes, et de ses lèvres frémissantes elle m'imprime un baiser comme jamais amant n'en a reçu de sa belle endormie. Tu as bien fait de dormir; te voilà plus belle encore, et une flamme plus douce s'échappe de tes yeux. Ainsi l'épouse de Tithon, après le sommeil de la nuit, fait jaillir de son visage des rayons de pourpre et d'or; ainsi Phébus brille d'un doux éclat, quand les nuages le dérobent encore à demi: telle la fille de Latone, à travers les rameaux épais d'un myrte, fait trembler de ses regards la surface de l'eau.

Maintenant, que le sommeil vienne sous la forme de Phébus à la longue chevelure , ou qu'il emprunte les traits du fils d'Atlas; à l'exemple de Jupiter, qu'il tombe en pluie d'or, ou qu'il gémisse sous le plumage d'un cygne éclatant de blancheur, Vénérilla dédaignera pour moi les cheveux d'Apollon, les joues de Mercure et sa lyre ; elle rejettera avec mépris les gouttes d'or tombées sur son sein, et, au pied de son lit, le cygne exhalera vainement une voix plaintive.

DIXIEME ÉLÉGIE

Pour les secondes noces de mon frère, Nicolas Grudius.

a belle Vénus sillonnait les flots sur sa conque dorée ; elle était accompagnée de son fils ailé qui, sa torche ardente à la main, s'ap-

prêtait à lancer ses flèches meurtrières. La

mer bouillonne de ses feux; les poissons ressentent la corruption de Tonde, et les Néréides se cachent au fond des eaux. Ils arrivèrent enfin aux bouches fameuses de l'Escaut, où l'auguste déesse arrêta sa course. Le vieux fleuve accueille avec respect la mère des Amours ; les vertes Naïades escortent leur maîtresse. Bientôt l'heureuse Anvers ouvre son port à la déesse et l'invite à entrer dans ses murs. Elle amarre sa conque à un arbre verdoyant et ses pieds divins foulent la grande cité. L'Amour, marchant derrière elle, aiguise ses flèches et bande son arc.

a Enfant », lui dit la déesse sa mère, « trempe maintenant tes traits dans un chaste poison. Il s'agit de donner à mon poëte une jeune fille charmante. Grudius, qui

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