LIVRE TROISIEME
SIXIEME ELEGIE
Le Printemps.
oici qu'après les pluies torrentielles et les neiges glacées, l'àpre hiver a changé de séjour; déjà il fait sentir le froid aux peuples fe/^Wvfrrfl des antipodes, et le redoutable Borée le
transporte vers des terres nouvelles. En même temps arrive avec de blanches ailes la saison la plus agréable de toutes, la saison qui a reçu l'heureux nom de Printemps et qui mérite à bon droit la première place.
Déjà, couché nonchalamment sous un arbre touffu, au sourd murmure d'un ruisseau, on aime à faire entendre des accents qui extasieront les Faunes attentifs et qui arrêteront l'eau dans son cours. On aime à réciter les vers pompeux du grand Virgile , les chants harmonieux du vieux Pindare, ou à lire le poëte qui fait retentir les terribles vengeances de César, et qui pleure la tète tranchée de son cher Pompée. On aime à connaître les leçons que donne aux jeunes filles et aux jeunes gens celui que Vénus choisit pour maître du tendre Amour, Ovide, qui eût dû mourir au sein de Rome et non être enseveli
dans la terre de Tomes. On aime à écouter la Muse badine du voluptueux Catulle , à réciter tes vers, élégant Tibulle ; à entendre raconter sa flamme le poëte amoureux qui a illustré le nom de Cynthie; à connaître tous ceux à qui les Muses aux doux accents ont enseigné l'art de bannir le chagrin.
Quel plaisir de tirer l'arc et d'envoyer au but des flèches sûres ! Quel bonheur d'errer à travers la campagne fleurie et de lancer des traits dans les plaines de l'air]
Les taureaux éclatants de blancheur sont conduits dans de nouveaux pâturages et les béliers bondissent dans des prairies nouvelles. Apollon matinal rit de la gelée de la nuit et la fond en eau. Les laboureurs quittent leur foyer et leur toit enfumé, et la troupe rustique s'étend au soleil sur le gazon. Zéphyre, de sa douce haleine, rend aux arbres les trésors que leur a ravis l'impétueux Borée. La terre, hier encore enveloppée d'un manteau de glace qui effrayait le regard, est émaillée de plantes et de fleurs, et embaume l'air de mille parfums. Le moineau, qui depuis longtemps grelottait sur son nid, se réjouit de fêter de nouvelles amours. La cigogne au long bec, ramenée par son vent, s'abat sur le toit accoutumé de son ancien hôte. L'hirondelle voyageuse revient à ses lares délaissés, et apporte la première les beaux jours. Le rossignol, longtemps silencieux pendant la froide saison, recommence ses doux accords. Et toi, étourneau babillard, qui contrefais tous les oiseaux, que de sons différents s'échappent de ton gosier ! Enfin, sous la douce