‹ ElégiesChapitre 4 sur 42 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

beur, et, mauvais nautonier, ne quitte pas ton vaisseau dans le port. Apprends à aspirer le poison qui jaillit de ses yeux assassins, et à darder à ton tour la flamme de tes regards. Apprends à te glisser d'un pied furtif au milieu des ténèbres; à aller et venir par une route aimée; à fléchir dans l'ombre, aux sons de ta cithare , une porte rebelle; à la parer de guirlandes de fleurs et à l'égayer de tes chants, jusqu'à ce que la brise de la nuit ait apaisé tes feux et que les oiseaux entonnent leur plainte matinale. Apprends à converser par de légers signes, et à parler éloquemment d'un ton discret.

« Ovide, dont les cendres méritaient mieux que la terre de Tomes, Ovide, inspiré par moi, m'a enseigné cet art, lorsque ma mère, témoin de mes déportements, le chargea de gouverner ma bouillante jeunesse. Ses amours ont rendu célèbre le nom des Péligniens. Toi aussi, avec les Belges, tu ne seras pas sans gloire. L'épaisse nuit de la mort ne pèsera pas sur toi et tes restes ne dormiront point dans une tombe ignorée. Quand ce flambeau éteint ne jettera plus d'étincelles dans ton cœur, je le ferai luire devant tes cendres.

« Aime toujours et ne te lasse point d'aimer. La cour de Jupiter ne connaît rien de plus doux. Souvent , il est vrai, mes flèches ont irrité le maître des dieux. Un jour, il m'en souvient, il me menaça de toute sa colère et aurait brisé mon arc et mon carquois, si ma mère bienfaisante n'eût caché mes armes sous les bosquets de Paphos. Un instant après le fier monarque , me couvrant de mille

baisers, me supplia instamment de lui causer une nouvelle blessure.

« Sans l'amour, quel charme peut-on goûter sur un lit de pourpre de Tyr? à une table inondée de falerne ? sous les lambris dorés d'un palais? C'est en vain que, baigné des parfums d'Assyrie, on s'endort au bruit de mélodieux accords ou au doux murmure de l'eau. Sans l'amour tout déplaît; avec lui, on goûte sur la dure un sommeil délicieux, on respire partout les parfums d'Assyrie, et l'humble cabane efface le superbe palais.

« Garde-toi de chanter les révolutions de la terre et du ciel, les vagues mugissantes de l'empire de Téthis, ce que présagent le lever et le coucher des astres, les différentes places qu'ils occupent dans l'espace; ne célèbre point les armes victorieuses de ton César, bien qu'il soit le rejeton de ma mère. Que tes vers pleins de douceur soupirent de tendres élégies afin d'assurer le triomphe de la volupté. Alors, t'emportant dans les nues sur mes ailes d'or, je te placerai, en vue de tous, au sommet du Parnasse. Si Apollon refuse de t'y admettre et de te couronner de lauriers, tu auras une couronne de myrte sur la montagne de Cythère. »

L'Amour répéta trois fois ces chants , aux applaudissements des Parques. Vénus sourit du haut de la montagne d'Idalie. Quand son fils Peut rejointe, elle le combla de caresses sous un doux ombrage où le nard, la cannelle et la rose embaument l'air de leurs suaves parfums et où le gazon tremble au bord des ruisseaux.

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