‹ ElégiesChapitre 30 sur 42 · LIVRE TROl SI EMK · texte numérisé non relu

LIVRE TROl SI EMK

tes joies. Ne sois pas déconcerté par ma nouvelle parure. jeunes Romaines enroulent ainsi leurs cheveux ; le vent soulève leurs robes légères, la pourpre décore les contours de leurs joues , et leur bouche éloquente exhale mille parfums. Nous venons d'Italie; c'est ainsi que nous envoie la terre privilégiée qui reste notre seule patrie. Pleine de vénération pour les cendres muettes des anciens poètes que Rome, la cité des arts, a nourris dans son sein, elle en produit sans cesse de nouveaux et maintient les droits de ses aïeux. Témoin celui qui parcourut les routes du ciel et chanta Tordre immuable qui préside au cours des constellations, Pontan, dont tout proclame les louanges; Pontan, à qui la première j'ai enseigné dans sa jeunesse à célébrer les chaînes, les traits, les torches de l'enfant ailé. Témoin les Strozzi, ces deux astres lumineux de leur patrie : tous deux l'ornement des Muses, tous deux la gloire de Cupidon armé de l'arc, leurs noms réunis volent chez tous les peuples. Que dire de Marulle, ce fils de la Grèce, qui a marié les accents de la Doride au rhythme latin ? Que dire de Bembo, du fameux Vida, de Sannazar , et de tant d'autres dont la terre n'effacera pas le nom? Que dire de mon cher Alciat qui, entraîné loin de sa patrie et sacrifiant à une autre déesse, n'a point déserté pour cela les bosquets de celles qui dès le berceau se sont emparées de lui avec amour. Grâce à lui, la ville de Bourges, imitant sa docte nation, n'est point étrangère à notre art. »

Après avoir dit ces paroles ou d'autres semblables , la

déesse joyeuse reprit sa marche à pas inégaux. Elle disparut avec sa sœur en murmurant de mélodieux accords, et répandit dans l'air un parfum d'ambroisie. Délivré de ses noirs soucis, mon cœur bondit d'allégresse, et dès lors mes jours s'écoulèrent sans nuage.

HUITIEME ÉLÉGIE

Sur la paix de Cambrai conclue en 1529.

¥i a paix est signée entre César et le Français magnanime ; ce sont des mains féminines qui ont conclu le traité. Chantez Io, jeunes jgens; chantez Io, vieillards ; maris et femmes, bannissez les soucis. Va-t'en , cruel Mars , dans les profondes ténèbres de Pluton ; emporte loin d'ici tes querelles et tes fureurs. Retirez-vous d'ici, farouche Bellone, Discorde insensée, Colère arrogante aux joues en feu.

La Paix, tant souhaitée, descend enfin du haut des cieux. Son front calme est couronné de laurier; d'une main elle tient une branche d'olivier, et de l'autre elle verse l'abondance. Elle a pour cortège : Astrée, qui jadis, abhorrant les guerres impies du dieu sanguinaire, se ré-

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