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LIVRE TROISIEME IOI

rées du printemps, mes camarades d'enfance et moi nous courions çà et là dans les jardins paternels, près du bois de Cypris qui ombrage ma chère La Haye, soufflant à l'envi dans nos chalumeaux, au clair de la lune, et frappant nos petits tambours de nos petites mains; si, tout enfant, vous m'avez communiqué le don poétique pour que je chantasse les forets, les fleuves, les prairies, les oiseaux; si vous m'avez posé sur le front. mes premières couronnes et si je préférai alors le pin au laurier, ditesmoi quel était son visage et son teint? Les ardeurs du soleil ont-elles incommodé sa tète sacrée? Les nuages ontils voilé la rage de la canicule et les fureurs du lion de Némée? Par quels chants, par quel liquide secourable Phébus a-t-il dompté son char enflammé? A-t-il baigné son globe de feu dans la voie lactée ou dans les flots étoiles de PEridan ? A travers quels monts, sous quels bosquets s'est dirigé le maître? Quelle brise humide et légère a caressé le vieillard et secoué de son visage la pluie de poussière qui l'inondait? En quels lieux la source que cachait auparavant la terre avare a-t-elle jailli sous ses pas? Quelles mélodies ont fait entendre, quelles danses ont conduites les nymphes de ces fontaines accourues à sa rencontre?

J'aurais été heureux de voir tout cela et de baiser les traces de mon doux maître, moi qui ne suis qu'une part infime de son illustre maison. J'aurais raconté les détails de ce voyage à mes amis enchantés, je les aurais consignés dans mes vers, si une fièvre maligne, attachée à

mes os, n'eût enchaîné mes vœux par un triste lien. Néanmoins je serais parti sans crainte avec vous, grand prince : la colère des dieux respecte les compagnons des demi-dieux.

QUATORZIÈME ÉLÉGIE

A Jean Strass.

xy^^^ffi UEL vent m'enlève Strass si précipitamment? ^ Pourquoi quitte-t-il l'Espagne à peine vue?

A Cette terre barbare, ennemie de la race latine, ne comprend-elle pas un homme qui parle éloquemment la langue d'Ausonie?

Où fuis-tu, insensé, au milieu des aquilons, quand la glace envahit la terre? Ne crains-tu pas les fleuves grossis par les neiges, et les montagnes de neige qui couvrent les Pyrénées? Ne redoutes-tu point le ciel glacé par la constellation du Capricorne, et les pluies abondantes que répandra bientôt Ganymède ?

Nymphes que vénèrent le Tage et l'Ebre au long cours, qu'adorent la Cinga et les vieilles rives de la Sègre , faites couler les fleuves à torrents devant son

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