‹ ElégiesChapitre 38 sur 42 · LIVRE TROISIEME I · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME I

pied superbe. Du fond du marbre qui les renferme, ils prient le passant d'assister par des prières populaires leurs ombres royales et de soulager par une pieuse voix leurs cendres humiliées.

Telle est la marche des événements, telle est la loi variable des siècles : le temps malveillant produit tout pour tout détruire. Mais ce qui console souvent des enlèvements cruels du destin, ce sont les lettres parlantes gravées sur les marbres antiques, ce sont les figures des grands hommes conservées par la pierre ou le bronze, qui vivent de longs jours après leur trépas, qui retracent aux générations futures un souvenir éloquent du défunt et portent sur leurs traits l'image de Pâme qui n'est plus. Arts heureux qui triomphez de la rage de l'enfer et qui ôtez quelque chose au pouvoir du destin, je vous célébrerai souvent dans mes vers et je dirai que vous êtes les rivaux des chants des Muses !

Ravi, à la fleur de l'âge, au séjour de l'Elysée, Charles1 vit néanmoins ici sur l'airain amolli. Il verra les siècles les plus reculés de la vieillesse du monde, auquel il raconte dans un chant lugubre ses hauts faits : comment de sa lance victorieuse il tailla en pièces les valeureux Anglais, ayant osé se jeter au sein des bataillons ennemis; comment, traînant ses étendards à travers les Alpes couvertes de glaces, il sema dans l'Italie la terreur et l'épouvante; mille autres choses encore que son visage

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