‹ ElégiesChapitre 8 sur 42 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

SEPTIEME ELEGIE

nsidieux Amour, plus perfide que Tonde où naquit ta mère, fallait-il donc tromper ainsi ton poëte ? Tu m'as commandé de composer ,des vers légers. Pour t'obéir, j'ai choisi un rhythme tendre ; ton arc me fournissait une ample matière qui se prêtait à la mesure du distique. A peine me suis-je mis à l'œuvre, cruel Amour, que tu me ravis ma maîtresse et que tu introduis dans mon domaine des mains étrangères !

Il part en ce moment d'une ville lointaine , ce manant qui n'invoque les saints nœuds du mariage que pour conclure un affreux hyménée. Que le pivert, que le serpent, que la corneille, ennemie du voyageur, lui barrent le chemin ! Qu'à son premier pas, il éprouve un choc de sinistre augure! Si ces présages, comme je le souhaite, ne le déconcertent point, qu'il subisse les malheurs que lui annoncèrent les dieux! Qu'écrasé sous les roues, il laisse dans la poussière son odieuse vie ; qu'une bande d'oiseaux dévorent ses entrailles ! Qu'englouti dans les flots, il devienne la pâture des monstres marins ! Ah ! que de présents n'offrirais-je pas alors au dieu des mers! Il

ne jouirait pas, le pervers, des embrassements et des baisers de ma belle; il ne recueillerait aucune joie de son crime. Ce sort terrible apprendrait aux autres à ne point profaner les amours des poètes.

Et toi, Julie, soit que tu lui cèdes tes feux, soit plutôt que ton destin t'entraîne, tu es bien malheureuse, et mes chants plaintifs déploreront qu'il te faille accompagner un mari inconnu, te mêler à une tourbe d'esclaves et te condamner, par un seul mot, à un malheur éternel. Ah! tu pouvais, ma bien-aimée, oui, tu pouvais, me dicter tes lois ; de ta bouche charmante me parler en souveraine et régner dans mes vers en maîtresse absolue. Première gloire de ma lyre, tu en aurais été le dernier honneur. Tu aurais eu ta place dans le chœur des belles qu'ont célébrées jadis des poètes chéris des dieux; à côté de celle qu'Ovide désigne sous le nom supposé de Corinne, à côté de Délie, de Némésis, de la charmante Cynthie aux tresses ondoyantes, de ta Lycoris, ô Gallus! de toutes ces beautés dont l'éclat immortel resplendit éternellement. Tes attraits méritaient aussi d'être chantés pendant de longs siècles et de ne pas être tout entiers réduits en cendres. La postérité, instruite de nos feux, eût admiré qu'une si rare beauté fut restée fidèle. Des jeunes gens en habits de fête, d'élégantes jeunes filles, initiées aux amoureux exploits, seraient venus déposer sur ta tombe des couronnes de myrtes et de violettes, et une voix se serait écriée : « Que la terre lui soit légère! »

Sans le destin qui m'arrête, sans ce funeste hymen, ma

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