DES MEMBRANES TEGU MENT AIRES
lion muqueuse est généralement en raison inverse de la sécrétion cùtanée. L’observation a appris que le bon état de la peau coïncide avec un bon état de la membrane muqueuse , et que, par exemple , les personnes qui ont la peau très-blanche et d’une texture fine et délicate , sont très-exposées aux maladies de la peau et de la membrane muqueuse , et surtout aux flux de ces deux membranes. Elle a appris aussi que chaque partie de la peau sympathise avec toute la membrane muqueuse , et spécialement avec telle ou telle partie de cette membrane. Il existe également la relation la plus intime entre les tégumens et la masse du corps , et réciproquement ; relation que l’observation fait journellement apercevoir , que les causes morbifiques mettent continuellement enjeu, que la séméiotique observe, et dont le médecin praticien essaie de tirer parti.
§ 256. L’embryon , avons-nous déjà dit , se forme tout entier sur ces membranes : la membrane vitelîaire ou intestinale est la première partie apparente dans l’œuf; c’est par son prolongement vers l’estomac et vers l’anus que se forme l’intestin. La seconde partie apparente est l’allantoïde ou la membrane vésicale ; c’est par son extension que se forment les voies urinaires et les organes génitaux. La peau extérieure se forme ensuite : d’abord largement ouverte en avant du tronc , elle vient se clore dans la ligne médiane de 1 abdomen, et définitivement autour de l’ombilic. Dans les deux sexes il y a une différence de conformation assez grande dans la portion génito-urinaire des tégumens, et une différence de développement dans celle des conduits excréteurs de la mamelle. Il y a , en outre,
une différence d’épaisseur et de coloration dans la peau extérieure. Ces différences sont très-marquées dans les races de l’espèce humaine , et assez tranchées encore dans divers individus.
§ 257. Les altérations morbides sont très-nombreuses dans les différentes parties de la membrane tégumentaire. Les productions accidentelles cutanées et muqueuses sont assez fréquentes. Les reproductions de tégumens ou les cicatrices s’observent souvent aussi. Les vices de conformation , les altérations de texture et de fonctions, les productions accidentelles analogues ou non aux tissus sains , les transformations de tissu , etc., s’observent souvent aussi dans les tégumens; mais leur description sera mieux placée après chacune des deux membranes : U en sera de même de leurs altérations cadavériques.
§ 258. Les [tégumens accidentels doivent , au contraire , être décrits ici , parce que d’une part , leur production présente beaucoup d’analogie dans l’un et dans l’autre tégumens ; d’un autre côté parce que , dans la production d’une cicatrice extérieure, le nouveau tissu ressemble, pendant une époque de sa formation, à la membrane muqueuse , et plus tard à la peau ; et parce qu’enfin d^ns quelques cas on trouve l’apparence et la texture de la peau dans une partie, et celle de la membrane muqueuse dans une autre partie de la même productfon ; telles sont , par exemple , les membranes des fistules.
Toutes les fois que, soit par une lésion mécanique, soit par l’effet d’une cautérisation , de la gangrène ou de l’ulcération , il y a eu destruction des tégumens et
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même des parties sous-jacentes , à une profondeur plus ou moins grande , il se produit un nouveau tégument semblable , ou au moins très-analogue à celui qui a été détruit, et toujours le même , dans toute son étendue, quelle que soit la diversité des parties mises à découvert et qui doivent en être revêtues. Après des phénomènes primitifs , divers suivant la diversité des causes destructives , il s’en présente une série de secondaires toujours les mêmes : ce sont, i° la production d’une couche plastique comme celle des agglutinations ; 2° la formation de bourgeons ou granulations, et la sécrétion du pus ; 3° enfin , la cessation de cette sécrétion et l’achèvement de la cicatrice. Les phénomènes de la cicatrisation commencent par la déposition d’une couche plastique semblable à celle qui constitue les fausses membranes. Cette couche, d’abord inorganique et bientôt organisée , se couvre de petites granulations coniques , rouges , et constitue alors la membrane des bourgeons charnus ; cette membrane est cellulaire , vasculaire , très-contractile , sensible , absorbante , sécrétant du pus , très-prompte à se détruire par l’ulcération, et très-prompte à se reproduire. Cette membrane se contracte, se rétrécit continuellement, la sécrétion du pus y diminue par degrés, y cesse tout-à-fait, et alors elle se recouvre, soit d’un épiderme distinct, soit de mucus, suivant les lieux, et elle constitue un tégument nouveau très-analogue et quelquefois tout-à-fait semblable à l’ancien. Cependant cette membrane, outre quelques légèes différences anatomiques , est beaucoup
plus susceptible d’ulcération que les tégumens primitifs.
§ z5g. Il se forme dans les abcès , et surtout dans les abcès chroniques, une membrane qui circonscrit le pus et qui a beaucoup de ressemblance avec la membrane muqueuse ; elle aquiert une ressemblance plus grande encore quand l’abcès est ouvert et qu’il reste la source d’un ulcère fistuleux ; il en est de même encore dans les ulcères de ce genre qui sont entretenus par une nécrose ou par la présence d’un corps étranger ; il en est de même enfin dans les véritables fistules ou canaux accidentels qui naissent d’une cavité muqueuse naturelle. Dans tous les cas, le trajet est revêtu dans toute son étendue par une membrane fongueuse, molle, muqueuse , en un mot , découverte par Hunter dans les fistules à l’anus. A son orifice à la peau , si c’est à cette surface qu’il aboutit , le canal muqueux de la fistule est pourvu, jusqu’à une certaine profondeur, d’un épiderme distinct qui se continue avec celui de la peau.
SECONDE SECTION
§ 260. La membrane tégumentaire interne ou la membrane muqueuse a reçu ce dernier nom, d’abord dans les fosses nasales narines) , à cause du mucus
morve , pituite) qu’elle fournit. Elle constitue un tégument humide qui revêt toutesles cavités communiquant au dehors , lesquelles toutes reçoivent ou rejettent des .substances étrangères. Considérée d’abord dans chaque organe creux comme sa membrane interne particulière , et n’ayant ‘pas d’autre nom ; appelée ensuite villeuse ou fongueuse , pulpeuse , poreuse , villoso-papillaire
dans le canal alimentaire , pituitaire ou muqueuse dans le nez et dans le gosier ; les anatomistes ne tardèrent pas à y apercevoir à peu près partout des follicules, ce qui lui fit donner le nom générique de glanduleuse, et à remarquer la ressemblance du mucus nasal et intestinal avec l’humeur onctueuse de la trachée et des bronches , et même l’analogie du mucus et de l’épiderme; dès lors lidentité des diverses parties de cette membrane fut connue. Les pathologistes, et surtou? M. Pinel, l’avaient déjà remarqué en faisant l’histoire des catarrhes. Cependant aucune description générale et satisfaisante de cette membrane n’avait été donnée avant Bichat x. Depuis lui, les anatomistes et les pathologistes se sont à peu près généralement accordés à adopter ses idées sur cet objet , excepté Gordon , qui a trouvé des différences trop essentielles entre les diverses membranes muqueuses pour les comprendre dans une description commune.
§ 261. La membrane muqueuse forme un tégument interne à toutes les cavités ouvertes au dehors ; sa partie la plus importante forme un revêtement à tout le canal alimentaire, depuis la bouche jusqu’à l’anus; le reste de cette membrane constitue des prolongemens ou des appendices prolongés en cul-de-sac et plus ou moins profondément étendus et ramifiés dans la masse du corps, et aboutissant par leur embouchure, soit à la peau externe, soit à la peau interne. Elle forme ainsi* un immense tégument interne bien plus étendu que la peau.
1 Traité des membranes. Paris, an vin.
§ 245a. La membrane muqueuse présente , comme la peau , une surface adhérente et une surface libre ; la surface adhérente ou externe est en général revêtue d’une couche de tissu cellulaire fibreux particulier, auquel Ruysch et beaucoup d’autres anatomistes ont donné le nom de membrane nerveuse , que Albinus et Haller ont démontré être du tissu cellulaire, et que Bichat a nommé tissu cellulaire sous - muqueux. Ce tissu est serré , fibreux, blanc, ne contient jamais de graisse , et rarement de la sérosité infiltrée; il est parcouru par un grand nombre de divisions fines des vaisseaux et des nerfs. Plusieurs anatomistes l’ont assimilé au derme de la peau,. Quoi qu’il en soit, c’est à lui que les organes creux doivent en grande partie leur solidité. La membrane muqueuse est de plus doublée dans toute l’étendue de son canal principal et dans plusieurs de ses divisions par un plan musculaire, espèce de muscle peaucier interne ; dans quelques endroits, c’est un tissu élastique qui double les membranes muqueuses , c’est ce qu’on voit dans le canal aérien et dans les conduits excréteurs; ailleurs, un véritable tissu ligamenteux, comme le périoste des fosses nasales, des sinus, du palais, des alvéoles, double cette membrane, et en forme une membrane fibro-muqueuse.
§ 263. La surface libre de la membrane muqueuse présente des valvules , des plis et des rides formés par toute l’épaisseur de la membrane redoublée sur elle-même. Les valvules sont formées par la membrane muqueuse repliée, par le tissu sous-muqueux et par des fibres musculaires contenues dans le repli : c’est ce qui a lieu au
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pylore, à l’embouchure de l’intestin grêle dans le gros intestin , au voile du palais, à l’orifice du larynx, etc. Les plis ne contiennent dans leur épaisseur que du tissu sousmuqueux, mais ils sont constans comme les valvules et ne s’effacent jamais; tels sont les nombreux replis de l’intestin grêle, qu’on appelle valvules conniventes ; les rides, au contraire, sont des replis accidentels ou momentanés, dans lesquels la membrane muqueuse est en réserve pour des dilatations futures des organes, ou bien qui dépendent de ce que l’organe ayant été dilaté et étant revenu sur lui-même, la membrane muqueuse s’est trouvée en excès sur la membrane musculaire; telles sont les rides longitudinales de l’œsophage et de la trachée, les rides irrégulières de l’estomac quand il est contracté , les rides régulières du vagin et du col de l’utérus, etc.
§ 264* La surface libre de la membrane muqueuse présente aussi des enfoncemens ou des dépressions de divers genres et des saillies papillaires et villeuses. Mais ces divers objets, quoique très-généralement répandus dans la membrane, n’existent pourtant pas, ou du moins ne sont pas , à beaucoup près , également apparens, dans tous les points de son étendue. On trouve à la surface de la membrane des enfoncemens infondibuliformes, cellulaires ou alvéolaires; ils existent au maximum de leur développement dans le bonnet, second estomac des ruminans, que, pour cette raison , on appelle le réseau ; ils existent aussi , mais beaucoup plus petits et microscopiques , dans une grande partie des voies alimentaires, et surtout dans l’œsophage, l’estomac et le gros intestin de l’homme , où ils