DES TERMINAISONS DES "VAISSEAUX
§373. Les terminaisons des vaisseaux , fines vasorum , sont les derniers ramuscules des artères et les premières radicules des veines et des vaisseaux lymphatiques. Leur connaissance est un des points de fine anatomie qui ont le plus exercé la patience des observateurs et l'imagination des éthiologistes , lesquels ont cru, avec quelque apparence de raison , y trouver le secret de la plupart des fonctions et des maladies.
S 374. Dans presque toutes les parties du corps , les terminaisons vasculaires sont des ramuscules et des radicules d'une ténuité plus que capillaire , et qu'on ne peut apercevoir qu'avec le secours du microscope. Dans quelques parties ces terminaisons, mais surtout les radicules des veines, présentent plus d'ampleur et une disposition érectile qui les rend susceptibles déprouver une expansion plus ou moins considérable. Dans quelques-unes enfin, les terminaisons des vaisseaux constituent , par leur mélange et leur commune
cation, des ganglions ou renflemens vasculaires particuliers. .
§ 37D. Les vaisseaux capillaires 1 ou microscopiques, vasa capillaria , ainsi nommés à cause de leur ténuité, sont bien plus fins encore que des cheveux , et ne peuvent être aperçus à l'œil nu; quoique les radicules des vaisseaux lymphatiques participent à cette ténuité, cependant c'est surtout des vaisseaux capillaires sanguins qu'il sera question ici.
§ 376. Les anciens, qui ignoraient l'art d'injecter lesvaisseaux, et celui de grossir les objets avec des instrumens d'optique, ne connaissaient point les vaisseaux fins. Ils croyaient qu'il y avait entre les dernières divisions des artères et les premières des veines une substance sanguine épanchée, spongieuse, appelée parenchyme par Erasistrate , haimalope par Arétée , et dont ils croyaient surtout que les viscères étaient formés. Cette opinion sur les terminaisons des vaisseaux fut adoptée presque sans division par tous les anatomistes jusqu'à l'époque de la découverte de la circulation du sang, et depuis lors par un assez grand nombre d'anatomistes encore, même jusqu'à nos jours.
Cependant les injections de Ent*, en montrant le passage direct et sans épanchement du liquide injecté des artères dans les veines; les observations microscopiques deMalpighi3 et de Leuwenhoeck 4 faites sur des
1 Prochaska, de Fasis sanguin, capill.; in Op. cit.
1 Apologia pro circulât, sanguin, in op. Leidïe, 1687.
3 De pulmonibus, Episl. II, in oper. ornn.
* Exp. et contempl. arcan. natur. detect. Epist. 65,67, etc.
*'«*4 ANATOMIE générale.
parties transparentes tlereptiles, de poissons, et même de chauves-souris, dans lesquelles on voit le sang passer directement des artères dans les veines, expériences et observations répétées depuis une multitude de fois , ont dû faire et ont fait généralement rejeter le prétendu parenchyme interposé entre les terminaisons des artères et des veines , en faisant connaître, au delà des dernières divisions visibles à l'œil nu , des divisions microscopiques établissant une communication directe entre elles.
Les injections subtiles et les observations microscopiques conduisirent bientôt à admettre , au lieu du parenchyme des anciens , que tout est vaisseau dans le corps ; opinion qui partage encore les anatomistes.
§ 377. Les vaisseaux capillaires sanguins sont les derniers ramuscules des artères et les premières Tadicules des veines, ou bien ils sont intermédiaires aux artères et aux veines, et, comme-on l'a. dit en les comparant au système de la veine-porte, étrangers ou indifférens aux unes et aux autres. C'est dans ces vaisseaux que , insensiblement et sans limite déterminée, les artères se changent en veines; ce dont on peut juger parle changement successif de volume des vaisseaux dans un sens ou dans l'autre, parle sens dans lequel se font les divisions ou les réunions successives, et, à l'extrémité des nageoires et de la queue des poissons , par la direction ■opposée du cours du sang. Cependant on a assez généralement décrit les vaisseaux capillaires comme les •dernières divisions des artères plutôt que comme les premières des veines; soit que cela soit fondé réellement et dépende de ce que les veinules, plus grandes
que les artérioles, acquièrent un volume assez considérable après un petit nombre de réunions ; ou bien de ce que les veines, presque toutes pourvues de valvules et plus difficiles à injecter que les artères , aient été moins étudiées qu'elles. Ces deux raisons ont pu contribuer à faire adopter l'idée dont il s'agit.
§ 378. Quoi qu'il en soit, les vaisseaux capillaires n'ont point tous le même volume : on peut établir sous ce rapport trois degrés entre eux, en prenant pour les plus gros ceux qui commencent à échapper à la vue simple , et pour les plus petits ceux qui n'admettent qu'un seul globule coloré du sang à la fois, et dont le diamètre intérieur, par conséquent, ne dépasse pas beaucoup celui des globules (§ 72).
Les vaisseaux capillaires les moins déliés éprouvent plusieurs divisions successives avant d'acquérir la ténuité d'un globule coloré du sang.
Ces vascules communiquent ensemble par des anastomoses très-multipliées , de manière à former de véritables réseaux.
Ils constituent par leur ensemble la partie la plus large du cercle circulatoire, la capacité du système artériel allant toujours croissant depuis son origine au cœur jusqu'aux vaisseaux capillaires , et celle du système veineux décroissant depuis les vaisseaux capillaires jusqu'au cœur.
Le cercle circulatoire étant double dans l'homme, il y a deux systèmes capillaires : l'un général, entre les terminaisons des artères aortiques et les origines des veines du corps; et l'autre pulmonaire, à la fin des vais» seaux de ce nom. On a avancé sans preuve et contre
336 A1VATOMIE GÉNÉRALE.
toute vraisemblance, que le système capillaire pulmonaire a autant de capacité et contient autant de sang que le système capillaire général.
Il y a encore deux autres petits systèmes capillaires dans l'abdomen, l'un entre les artères et les veines intestinales, et l'autre entre l'extrémité hépatique de la veine-porte et l'origine des veines sus-hépatiques.
§ 379. La texture des vaisseaux capillaiies échappe à l'observation. Ces vaisseaux ont des parois minces , molles , transparentes , invisibles à l'œil nu , peu visibles même au microscope, différant peu de la substance des organes , différant peu aussi des humeurs qu'ils charrient; ils paraissent plutôt creusés dans la substance des organes que pourvus de parois propres. Il est très-probable cependant que la membrane interne des vaisseaux, au moins, se continue sans interruption , des artères dans les veines.
On ne les distingue dans le vivant qu'à la couleur et à la direction du sang qui les parcourt, et dans le mort que par la couleur de l'injection dont on les remplit. Leur trajet constant , continu et régulier , les distingue des aréoles spongieuses et des cavités accidentelles du tissu cellulaire.
§ 38o. Quoique les parois de tous les vaisseaux soient perméables , cependant cette propriété est surtout remarquable dans les plus petits vaisseaux
Ils sont très-extensibles et très-contractiles. L'irritabilité allant croissant, et l'élasticité diminuant dans les vaisseaux à mesure qu'ils approchent de leurs terminaisons, les vaisseaux capillaires sont les plus irri-
tables'. Leur contractilité est mise en jeu, soit par des agens locaux et directs, soit par le système nerveux.
S38i. C'est dans cette partie du système vasculaire que se passent les phénomènes les plus importans de l'organisme, du moins des fonctions végétatives. L;i circulation capillaire, c'est-à-dire le passage du sang à travers les vaisseaux de ce nom , est, de toutes les parties de la circulation , celle qui , sans être indépendante de l'action du cœur, lui est le moins soumise cependant. C'est le point du cercle où le mouvement du sang est le plus lent; c'est celui où le sang, divisé en filets minces, a le plus de points de contact avec les parois des vaisseaux, et est le plus soumis à l'action nerveuse. Le sang parcourt, dans l'ordre régulier, le système capillaire, en allant directement des artères vers les veines; s'il rencontre un obstacle, de .nombreuses voies anastomotiques lui sont ouvertes, et lui permettent de suivre son trajet. Mais aussi ce système peut être le siège de congestions , d'irritations , de constrictions, qui y changent le cours ordinaire des liquides. Ainsi , la chaleur humide , appliquée pendant quelques minutes au membre inférieur d'une grenouille, détermine une dilatation des vaisseaux capillaires , un ralentissement local de la circulation , une congestion . en un mot, qui rend très-rouges les parties auparavant blanches. La même chose a lieu, par diverses causes , sur les mammifères et sur l'homme. L'application du
1 Whytt, Phjrsiological cssays, etc. Edinb. 1761.— TI. van den Bosh, ûber dos Muskelivermôgen der Haargefàsschcrt. Monast. 1786.
338 ANATOM1E GÉNÉRALE.
froid ou d'un acide affaibli produit des effets tout-àfait opposés. L'irritation mécanique ou chimique produit d'abord ce dernier effet, et plus tard, par une sorte d'attraction , un afflux concentrique des liquides qui, dans beaucoup de vaisseaux, marchent alors en sens opposé au cours naturel du sang.
Le sang devient veineux dans le système capillaire général , et dans le pulmonaire il devient artériel.
§ 382. Les vaisseaux capillaires sanguins , tels qu'ils viennent d'être décrits, ne sont point également abondans et n ont point le même volume dans toutes les parties La somme des vaisseaux de chaque partie peut être estimée par la rougeur qu'elle aquiert dans les cas de congestion ou d'inflammation, ainsi que quand elle est injectée : ce dernier moyen même est préférable. Les injections les plus parfaites qui aient été laites, sont celles de Ruysch, d'Albinus, de Lieberkuhn, de Barth, de Bleuland , de Sœmmerring et de Pro-
chaska. ,
Inspections de Ruysch, en' remplissant les plu» petits vaisseaux, donnèrent naissance à l'opinion que toute la substance solide du corps est vascu a,re. Cependant Rujseh lui-même reconnaissait qu .1 y avait, Lus le corps, de» parties plus et d'autres nioms vaseuses, et d'antres même tout-à-fait dépourvues de va,, seau,. Albinos, en examinant des parties nqec çes, fraîches e, sèches successivement, avait observe qua près les injections les plus heureuses, il reste tonjo, .^
plus ou moins de substance non injectée, suivant la „a ZI des parties : il combattit ainsi une opinion erroe n e surtout de l'examen de parties desséchées ou
DES VAISSEAUX CAPILLAIRES. 33o,
macérées, de manière à détruire ou à taire disparaître les parties non injectables.
L'examen microscopique et diverses expériences montrent également sur le vivant, qu'il y a des parties plus, et d'autres moins vasculaires : ainsi , si l'on examine au microscope le mésentère ou les membranes natatoires des pattes de la grenouille vivante, on voit que les plus petits vaisseaux capillaires, ceux d'un globule sanguin, sont séparés par des intervalles assez grands, tandis que dans la membrane muqueuse pulmonaire du même animal on ne pourrait pas faire une piqûre avec l'aiguille la plus déliée sans en intéresser plusieurs. De même on ne pourrait pas trouver, à la surface libre du derme de l'homme vivant, un point où une aiguille n'ouvrît plusieurs vaisseaux, tandis que dans les parties ligamenteuses , dans la substance nerveuse, dans le tissu cellulaire, etc. , on peut faire des divisions d'une certaine étendue sans faire sortir une goutte de sang.
Si toutes les parties solides étaient vasculaires et
uniquement vasculaires, il n'y aurait plus de différences
entre elles, tous les organes seraient homogènes, il
n'y aurait qu'un seul organe ; simplicité organique que
l'on ne trouve au contraire que dans les animaux dépourvus de vaisseaux.
§ 383. La somme des vaisseaux capillaires sanguins, et leur proportion avec la substance solide et non injectable, ne sont pas moins intéressans à considérer que leur disposition dans les diverses parties du corps.
Le tissu cellulaire n'est point injectable.
Les parties épidermiques' , cornées, pileuses, et les dents, ne le sont point du tout.
Les lobules adipeux sont entourés de réseaux vasculaires extrêmement fins.
Les cartilages n'éprouvent aucun changement par l'injection.
Lés membranes séreuses et synoviales rougissent peu par l'injection , mais l'es masses et les franges adipeuses sont entourées de très-beaux, réseaux vasculaires.
Les membranes tégumentaires sont les parties les plus vasculaires. L'injection transsude quelquefois au delà du derme dans le corps muqueux. Les vaisseaux capillaires de la peau , d'abord de la première et de la seconde grosseur, acquièrent en pénétrant dans les papilles le plus grand degré de ténuité. La peau fraîche est beaucoup plus colorée à sa face superficielle ; elle paraît également colorée partout, quand , par la dessiccation, les parties non injectables, qui cachaient les vaisseaux, ont disparu. Les follicules cutanés et muqueux sont pourvus de réseaux vasculaires très-déliés. Il en est de même des alvéoles microscopiques de la membrane muqueuse de l'estomac et de l'intestin. Les papilles de la membrane muqueuse sont pourvues, comme celles de la peau, d'une multitude de vaisseaux capillaires; il en est de même des villosités, du moins à leur extrémité adhérente. La membrane muqueuse en général est encore plus injectable que la peau, celle du poumon l'est surtout au plus haut degré. La membrane des sinus pituitaires l'est beaucoup moins que le reste. La conjonctive rougit modérément , et moins par l'injection que par l'inflammation. La membrane muqueuse des conduits excréteurs, et les glandes ellesmêmes, sont pourvues de beaucoup devai^seaux capdlaires.
Le tissu ligamenteux reçoit peu de vaisseaux sanguins , la dure-mère en reçoit un peu plus, le périoste rougit un peu par l'injection.
Les os n'ont qu'une petite quantité de vaisseaux.
Les vaisseaux capillaires des muscles sont abondans, les plus petits, tortueux, accompagnent et entourent les fibres musculaires en s'anastomosant fréquemment.
Le système nerveux est pourvu de vaisseaux capillaires plus abondans dans ses enveloppes et dans la substance grise que dans la substance médullaire. La pie-mère et le névrilème en général , différens en cela des enveloppes de plusieurs viscères, contiennent les vaisseaux jusqu'à ce que la plupart aient acquis une ténuité capillaire. La substance grise de l'encéphale et les ganglions nerveux possèdent un grand nombre de vaisseaux capillaires de tous les degrés; îa substance blanche, au contraire, soit du cerveau, soit des nerfs, ne possède guère que de très -petits vaisseaux capillaires, et dans une moindre proportion.
§ 384. Il y a donc clans les divers organes une proportion plus ou moins grande de substance non injectable.
M. Meyer1 ayant introduit dans le sang une matière colorante soir, par absorption, soit par injection , conclut de la coloration diverse des parties du corps, qu'il y a deux sortes d'organes; les uns composés pour la plus grande partie de vaisseaux capillaires :
j Mémoire sur l'absorption veineuse, etc.: indeulschcs ar- >!m<, etc., et dans le Journal complém. vol. XI.
342 A.NATOMIE GÉNÉRALE.
savoir le tissu cellulaire, les membranes séreuses, les membranes tégumentaires et le tissu fibreux ou ligamenteux; les autres , plus isolés des vaisseaux sanguins, et formés de globules ou d'une pulpe organique, savoir : les glandes , les os , les muscles et la substance nerveuse médullaire.
Cette proportion change aussi avec l'âge; au commencement, du moins dans les ovipares, le sang se montre et présente des courans avant qu'il y ait des parties solides ; bientôt les parois des vaisseaux se forment; plus l'animal est jeune et rapproché de son état fœtal, et plus est grande la proportion des vaisseaux sur les parties non injectables; à mesure qu'il avance en âge, au contraire, la proportion des parties non injectables augmente, et celle des vaisseaux capillaires diminue.
§ 385. Y a-t-il, au delà des vaisseaux capillaires sanguins du diamètre d'un globule coloré, d'autres vaisseaux plus petits, livrant passage à la partie incolore du sang? C'est une question très-difficile à résoudre.
Boerhaave, Vieussens, Ferrein, Haller, Sœmmerring, Bichat,Chaussier, et beaucoup d'anatomistes et de physiologistes modernes, admettent des vaisseaux séreux au delà des derniers vaisseaux sanguins; Bleuland croit même en avoir démontré l'existence.
D'un autre côté, Prochaska, Mascagni, Richerand , et plusieurs autres, sont d'avis qu'il n'y a point de vaisseaux de ce genre. Il faut examiner les faits et les liaisons apportés à l'appui de ces opinions.
§'386. Edm. King substitua, l'un des premiers, à l'hypothèse des anciens sur l'existence d'un parenchyme
DES VAISSEAUX C A PILLAMES. 343
dans les viscères, celle d'une structure purement vasculaire, ce qui suppose qu'il y a des vaisseaux séreux, car les derniers capillaires sanguins sont loin d'occuper ou de former la totalité des tissus.
Vieussens, et Boerhaave surtout, ont admis nonseulement un, mais plusieurs ordres de vaisseaux décroissans et incolores. Les disciples de Boerhaave , Haller, le plus célèbre d'entre eux, et la plupart des physiologistes jusqu'à ce jour, ont aussi admis des vaisseaux séreux continuation des artères au delà du point où naissent les veines sanguines. Ils se fondent sur les observations microscopiques de Leuwenhoeck, qui parle de vaisseaux admettant seulement dés globules séreux, sur les 'phénomènes de l'injection, et surtout sur ceux de l'inflammation, qui rendent plus ou moins rouges des parties naturellement blanches et transparentes.
On doit ajouter à cela que les vaisseaux capillaires rouges et injectables connus dans certains organes, sont en si petite proportion avec la substance non injectable, qu'il est difficile de concevoir que leur nutrition puisse avoir lieu sans qu'il existe des voies circulatoires plus étendues et plus multipliées que celles des vaisseaux sanguins connu§.
J. Bleuland 1 a ajouté à ces raisons une expérience anatomique, qui, si elle était répétée et constatée, fournirait l'argument le plus puissant en faveur de l'existence des vaisseaux séreux.
' Experimentum anatornicum, quo arteriolarum tyrnphaticarum existentia ptobabiliter adstruitur, institutum , descriptum, et iconc illïistratum. Lu gel. Bat. 1784. /,°.
On sait que l'injection rouge, fine et très-pénétrante, passe aisément des artères dans les veines par le système capillaire intermédiaire. On sait également que la matière colorante reste dans les vaisseaux capillaires lors même que son véhicule transsude et s'infiltre dans la substance environnante , où, faute de couleur, il est impossible de discerner aucune forme, aucune direction particulière dans les voies ou les réservoirs de l'épanchement. Bleuland imagina de combiner avec la matière colorante rouge une autre matière blanche qui, au lieu d'être pulvérulente et suspendue dans le véhicule, y était dissoute. Ayant poussé cette injection dans les artères d'une partie de l'intestin dont les veines avaient été préalablement , remplies d'une matière plus grossière et d'une autre couleur , ayant ensuite séparé la tunique péritonéale de l'intestin, il observa dans la surface externe de cettè membrane , à l'aide du microscope, outre les vaisseaux capillaires sanguins qui étaient tous remplis de matière rouge, un autre ordre de vaisseaux plus fins et blancs, naissant des plus petites artérioles rouges et tout-à-fait différens des vaisseaux que l'on remplit par l'injection ordinaire.
Mais quels seraient ces vascules blancs , microscopiques, vus une seule fois et sur une portion de membrane détachée des parties environnantes. Sont-ce des artérioles exhalantes s'ouvrant à la surface du péritoine? Sont-ce des artérioles séreuses se continuant avec des radicules séreuses des veines, et constituant un système capilïaire séreux? Sont-ce enfin des artérioles lymphatiques se continuant avec des radicules des vais-
seaux lymphatiques? Il est à peu près impossible de résoudre ces questions. Ne seraient-ce pas plutôt des trajets accidentels ?
Ceux qui depuis ont admis l'existence des vaisseaux séreux paraissent avoir ignoré ce fait le plus puissant en faveur de leur opinion. Ceux qui les ont rejetés l'ont également passé sous silence.
§ 387. L'opinion de Mascagni, de Prochaska et autres, sur la non existence de vaisseaux plus fins que ceux qui donnent passage à un seul globule coloré du sang, peut être établie, en premier lieu, sur ce que l'on voit bien ces vaisseaux à l'aide du microscope dans les animaux vivans et aucunement des vaisseaux plus petits , quoique les instrumens microscopiques donnent aux globules du sang un volume tellement grand qu'il serait encore facile de distinguer des objets beaucoup plus petits; en second lieu, sur ce que l'injection rouge, très-pénétrante , ne fait précisément découvrir que les vaisseaux que l'on aperçoit .sur le vivant; si dans ce cas les parties deviennent plus rouges, surtout après la dessiccation, cela peut tenir à la dilatation des vaisseaux et à la disparition de la substance intermédiaire; si l'inflammation rougit davantage encore les parties, c'est par la dilatation des vaisseaux existans, par la formation de vaisseaux nouveaux, et paf l'infiltration du sspg entre les vaisseaux. Quant à la blancheur ou à l'incoloration naturelle de certaines parties très-vasculaires, comme la conjonctive, elle dépend de ce que les vaisseaux capillaires y étant extrêmement fins , la couleur du sang ne peut y être aperçue.
§ 388. Il reste donc très-difficile ou impossible de ré-
^4° ANATOMIE GENEHALE.
soudre la question relative à l'existence des vaisseaux capillaires incolores ou séreux ; et, quand ce terme est employé dans cet ouvrage, c'est pour désigner des vaisseaux capillaires qui, soit qu'ils ne contiennent que le sérum du sang, soit qu'ils contiennent le sang tout entier, mais en séries d'un globule, ce qui ne permet pas d'apercevoir sa couleur, sont incolores dans l'état ordinaire. Cependant il est plus raisonnable de ne pas admettre l'existence de vaisseaux que personne n'a jamais vus.
§ 889. Dans le double cercle que' forment les voies circulatoires, la communication évidente des troncs artériels et veineux a lieu dans le cœur, et celle des troncs lymphatiques avec les troncs veineux près de cet organe, dans lesveines sous-clavières. Mais dans les parties diamétralement opposées de ce double cercle, dans les systèmes capillaires, la communication n'est plus aussi évidente. Les anciens soupçonnaient celle des artères avec les veines , mais ne la croyaient pas immédiate. La découverte de la circulation du sang, en faisant nécessairement admettre cette communication , laissait encore son mode indécis. Nous avons déjà vu que les observations microscopiques et les injections étaient d'accord pour démontrer cette communication, et même pour montrer qu'elle est immédiate.
L'inspection microscopique l'a démontrée 1 dans les parties transparentes des animaux ovipares à sang froid, dans l'œuf incubé des oiseaux, et même dans les parties transparentes des mammifères.
1 Malpighi, loc. cil. — Leuwenlioeck , loc. cit. — Spaliânzani , Expér. sur la circul. , p. a55.
L'injection l'a démontrée dans presque toutes les parties du corps de l'homme et des animaux 1 ; soit en poussant la matière par les artères , soit en la poussant parles veines dansjes parties, comme l'intestin, où les veines sont dépourvues de valvules.
Quelques anatomistes avaient même admis des communications artério-veineuses entre des vaisseaux visibles à l'œil nu et d'un certain calibre ; ainsi Cassérius en représente dans le foie, Riolan en décrit après un anévrysme guéri, LeaL Lealis en note entre les artères et les veines spermatiques. Ce sont des erreurs, c'est-à-dire des faits mal observés, combattus par Albinus et par Haller.
Les communications artério-veineuses sont toutes capillaires et microscopiques, mais il paraît que, dans les animaux à sang froid au moins, il y en a qui donnent passage à plusieurs globules colorés à la fois, et d'autres à un seul globule.
La disposition de ces voies de communication a été observée sur les animaux : elles consistent, tantôt simplement en un changement de direction ou un recourbement d'une artériole qui devient une veinule; tantôt une artère et une veine capillaire parallèles s'envoient aussi des ramuscules de communication où l'artère se change en veine; tantôt enfin, et cela est assez fréquent, plusieurs artérioles se terminent ou se con-
1 Voyez entre autres : Ruysch, Thés. anal. — Winslow, Mém. de l'acad, des se. - Haller, de Fabrica corp. humant, vol. I. — Mascagni, vas. Ijmph. , etc. pzodramo, etc. -Prochaska, lac. cit. Reissessen, de Structura nulmon.
tiraient en une seule veinule ; dans tous les cas la communication a lieu par des vaisseaux de la capacité d'un à quatre ou cinq globules colorés.
§390. Des physiologistes modernes ont récemment encore élevé des doutes sur la communication immédiate des artères avec les veines. M. Doellinger pense que les artères à leur dernière extrémité cessent d'avoir des parois, et que le sang se meut à nu dans la substance solide du corps qu'il appelle muqueuse; que là une partie du sang se convertit en substance muqueuse, et qu'une autre partie du sang continue son trajet, jointe à de la substance muqueuse sanguifiée qui entre en mouvement et pénètre dans les vaisseaux veineux et lymphatiques naissant de la substance muqueuse comme les artères s'y terminent.
M. Wilbrand va plus loin, il admet une métamorphose plus complète encore dans la circulation : suivant lui , la totalité du sang se change en organes ou en substance muqueuse et en liquides sécrétés, et les organes se fluidifiant à mesure, redeviennent, du sang veineux et de la lymphe, qui continuent la circulation,, et deviennent aussi de la matière des excrétions., nir.l'i . .:
Dans l'une de ces deux opinions, une partie, et dans l'autre, la totalité du sang se solidifie, et de même une partie ou la totalité des organes se fluidifie à chaque tour de la circulation; dans l'une comme dans l'autre, la masse solide du corps est interposée entre les terminaisons des artères et les origines des veines et des vaisseaux lymphatiques. Elles supposent toutes deux que l'inspection microscopique des animaux vivans et
l'injection sont des moyens infidèles de constater la communication artério-veineuse.
§ 391. La continuation immédiate des artères et des vaisseaux lymphatiques n'est point aussi bien démontrée que celle des veines et des artères. Beaucoup d'anatomistes cependant ont admis avec Bartholin, la continuation des vaisseaux lymphatiques avec des artérioles capillaires plus fines que celles qui laissent passer les globules colorés du sang. Haller, et la plupart des anatomistes postérieurs à lui, n'admettent point d'autres origines aux vaisseaux lymphatiques que les membranes tégumentaires , les membranes séreuses et les aréoles du tissu cellulaire. Quelques autres , au nombre desquels il faut compter Mascagni, admettant que des vaisseaux lymphatiques naissent aussi des parois des vaisseaux sanguins, admettent ainsi indirectement une communication, quoiqu'ils rejettent la continuation directe.
L'inspection sur les animaux vivans n'apprend rien touchant cette communication. Les injections passent quelquefois, souvent même, mais incolores ordinairement, des artères dans les vaisseaux lymphatiques; ce qui peut dépendre, de la transsudation dans la substance cellulaire et du passage dans les vaisseaux lymphatiques qui en naissent; du passage des aïtérioles dans les vaisseaux lymphatiques de leurs parois admis par Mascagni, tout aussi bien que d'une continuation directe et immédiate, laquelle reste donc très-douteuse.
S 392. Les vaisseaux capillaires séreux que l'on a admis au delà des capillaires sanguins, beaucoup plus par. des considérations physiologiques que d'après l'obser-
>5J0 ANATOM1E GENÉHALE.
vationanatomique, ne sont pas la seule hypothèse de ce genre. L'ahsorption et la sécrétion étant des faits certains et évidens , comme le disait déjà le père de la médecine l, on a cherché par quelles voies les matières sortaient du système vasculaire, et par quelles voies elles y entraient : sans les avoir vues , on les a décrites les unes sous le nom de vaisseaux exhalans ou sécrétoires , et les secondes sous celui de vaisseaux absorbans ou inhalans.
Les vaisseaux exhalans ont été admis par Haller, Hewson , Sœmmerring , Bichat , M. Chaussier, etc. , comme des vaisseaux très-simples, paraissant être des productions très-déliées et très-courtes, des artérioles capillaires, et répandues dans les membranes tégumentaires, les membranes séreuses et le tissu cellulaire.
D'autres anatomistes, comme Mascagni , Prochaska et M. Richerand, admettent au contraire l'opinion que c'est par des pores latéraux disposés organiquement , que se fait la sécrétion ou l'exhalation.
Hunter avait même admis que c'était par des porosités ou interstices anorganiques que la sécrétion avait lieu, tout comme la transsudation cadavérique. Hewson et Bichat ont combattu cette opinion.
Cependant les voies réelles de l'exhalation ou de la sécrétion sont tout-à-fait inconnues. Ce que l'on sait seulement, c'est que dans le vivant, des fluides sortent sous forme de vapeur de tous les points du système capillaire, et que plusieurs se manifestent sous
Epidem. lih. VI, sect. 6,
des vaisseaux capillaires. 35 1
la forme liquide, ou plus ou même moins concrète; c'est que clans le cadavre les injections fines, en passant des artères dans les veines, suintent à la surface de la peau et de la membrane muqueuse, dans les follicules muqueux et cutanés, dans les conduits excréteurs des glandes, à la surface libre des membranes séreuses et dans la substance muqueuse, aréolaire ou cellulaire qui constitue la masse solide du corps ; mais jamais, et nulle part, on n'a vu des ramuscules se détachant des réseaux capillaires et se terminant par une extrémité ouverte. Les voies de l'exhalation ou de la sécrétion sont donc inconnues. Il est très - probable que c'est à travers la substance solide et poreuse du corps, qu'elle se fait. Cependant: la sécrétion est un phénomène organique ou vital tout différent de la transsudation cadavérique, comme le démontrent les différences que présentent les diverses humeurs sécrétées et les différences de quantité de ces humeurs. Les noms des vaisseaux exhalans ou sécrétans ne peuvent donc désigner que les voies inconnues par lesquelles sortent de la circulation les molécules qui forment la matière des sécrétions intrinsèques et des sécrétions excrétoires.
§ 393. On peut dire à peu près la même chose des voies de l'absorption. Les vaisseaux absorbans, suivant l'idée qu'on s'en est faite, seraient des radicules béans par une extrémité, comme les points lacrymaux, et se continuant par l'autre, soit dans les réseaux capillaires veineux et lymphatiques, soit avec les vaisseaux lymphatiques seuls, soit avec les veines seules, dont ils seraient ainsi des origines. Or> on n'a jamais vu ces canaux, jamais du moins leurs bouches béantes.
ATSATOMIE GÉNÉRALE.
Voici, au reste, les opinions et les faits connus sur ce point de fine anatomie. Aselli a dit, en parlant des vaisseaux lactés ou chylifères : ad intestina instar hirudinum, orificia horum vasorum hiant spongiosis capitulis. Helvétius enseigne que les villosités intestinales ont des orifices spongieux. Liberkùnh parle d'une ampoule spongieuse ou celluleuse.Hewson rejette cette ampoule. Cruikshank décrit et figure vingt ou trente ouvertures, plus grandes chacune qu'un globule de sang, au sommet de chaque villosité. Sheldon fait terminer les villosités par un tissu spongieux , et paraît confondre avec elles des follicules. Mascagni n'a pu voir d'orifices au sommet des villosités. Feller et Werner décrivent une ampoule et y suivent des vaisseaux. Bleuland admet des ouverturesau sommet des villosités. Sœmmerring dit que l'on peut distinguer de six à dix orifices absorbans dans chacune d'elles. Hedwig regarde les ampoules comme spon gieuses , et représente à leur sommet, un, plusieurs ou point d'orifices. Rudolphi n'a jamais vu d'orifices, et ceux qu'on a admis lui paraissent dépendre d'illusions d'optique. En voilà assez pour conclure que les orifices que l'on a décrits n'existent pas distinctement. Il faut pourtant ajouter que quand on fait une injection très-pénétrante dans les veines intestinales, la matière, en passant dans les artères, transsude aussi à la surface libre de la membrane muqueuse. On sait, relativement à la peau, que, quand on a injecté un vaisseau lymphatique de cette membrane, si on repousse le mercure vers les racines du vaisseau, on finit, comme: Haase l'a observé, par le faire sourdre à la surface libre. Mascagni a fait, et chacun peutaisément répéter cette même
DES VAISSEAUX CAPlLtjÀtKBS; 353
expérience sur les vaisseaux lymphatiques sous-péritoneaux du foie. Enfin Carlisle dit avoir vu dans une cellule du tissu cellulaire des orifices de vaisseaux lymphatiques.
Quelque douteux et contradictoires que soient les faits, voici cependant l'opinion généralement admise, c'est que, à la surface des membranes tégumentaires et séreuses* dans les aréoles du tissu cellulaire, et, suivant Mascagni , à la surface même des vaisseaux, il y a des orifices de radicules absorbans conduisant* suivant le plus grand nombre des modernes , dans les vaisseaux lymphatiques seulement, suivant les anatomistes antérieurs à Haller et quelques modernes , dans Las veines seulement,- et suivant d'autres, dans les vaisseaux capillaires sanguins et lymphatiques tout à la fois. Prochaska ajoute à cela, parmi les voies de l'absorption, les porosités organiques des vaisseaux qui seraient ainsi, tput à la fois, les voies de l'exhalation et des voies d'inhalation. On a aussi regardé l'absorption comme un phénomène purement physique et comparable à l'attraction capillaire ou à l'imbibition, en allégant à l'appui de cette opinion l'absorption cadavérique;
La vérité est que les voies d'inhalation sont inconnues : elles paraissent être, comme celles de l'exhalation , les porosités de la substance solide et perméable du corps. Cependant l'absorption, tout comme la sécrétion, est un phénomène organique et vital tout différent de l'imbibition cadavérique , comme le démontrent le choix des substances absorbées et les modifications que présente, dans divers cas, l'activité de 1 ab-
rfflà ANATOMIE GENERALE.
sorption. Quand, dans cet ouvrage, l'expression vaisseaux absorbans est > semployée , c'est pour désigner d'un seul mot les voies inconnues par lesquelles les substances étrangères entrent, et les matières des absorptions intrinsèques rentrent dans l'appareil de la circulation.
§ 394. L'imagination ne s'est pas encore arrêtée à La création des vaisseaux exhalans et des vaisseaux inhalans, dont il vient d'être question. On a aussi imaginé des vaisseaux nutritifs.
Voici les principales opinions que l'on s'est faites à ce sujet. Boerhaave et R. Vieussens ayant admis des vaisseaux incolores et décroissans • le premier construisit de vaisseaux toutes les parties du corps, même l<js parties non injectables. Suivant le système de Boerhaave, les plus petites fibrilles élémentaires formeraien t des membranules , roulés sur elles-mêmes, pour former les plus petits vaisseaux nerveux; de ces plus petits vaisseaux résulteraient les membranes vasculeuses formant des vaisseaux plus gros, et ainsi jusqu'aux vaisseaux les plus considérables. Il établit aussi que les plus petits vaisseaux nerveux contiennent un fluide aqueux servant au sentiment, au mouvement et en même temps à la nutrition.
L'opinion de Mascagni sur la composition élémentaire et sur la nutrition des parties ne diffère pas beaucoup de celle de Boerhaave. Suivant Mascagni, les divisions des artères finissent au point où, arrivées à la ténuité d'un globule rouge du sang, elles se changent en veines. Là elles sont pourvues de porosités exhalantes, tant pour les sécrétions que pour la nutrition. Partout
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il y a des orifices de vaisseaux absorbans pour prendre et contenir les molécules nutritives. Les parties élémentaires consistent en vaisseaux absorbans ■ ceux-ci par leur réunion constituent les membranes ,les plus simples, et les plus petits vaisseaux sanguins, lesquels forment des membranes plus composées.
Dans ces deux hypothèses , tout sei'ait vasculaire , et la nutrition aurait lieu dans les vaisseaux : dans la prejnière, dans les plus fines ramifications des artérioles; dans la seconde, dans les plus fines radicules des vaisseaux absorbans. Dans l'une et dans l'autre la masse du corps serait dans les vaisseaux et véritablement dans une circulation continuelle.
L'opinion de Bichat sur les vaisseaux nutritifs et sur la nutrition, est un peu différente : suivant lui chaque molécule des organes serait pour ainsi dire placée entre deux vaisseaux béans , l'un exhalant nutritif qui l'aurait déposée, et l'autre absorbant nutritif destiné à la reprendre.
Prochaska , tout en reconnaissant la continuation directe des artères avec les veines, admet que c'est par la porosité des parois des vaisseaux et par la perméabilité générale de la substance qui forme la masse du corps, que la nutrition a lieu.
§ 395. La nutrition, quelles qu'en soient les voies immédiates, présente un double mouvement continuel de composition et de décomposition. Les animaux les plus simples inhalent et exhalent directement les matériaux de ce double phénomène; d'autres, plus composés, ont un tégument plus ou moins prolongé dans la masse du corps, y conduisant et y repre-
»O0O ANA'l'OMIE GÉNÉRAT.E.
nant Les nialières qui s'y ajoutent, et celles qui s'en séparent; d'autres, plus composés encore, ont d'autres organes, des vaisseaux , qui transportent des surfaces dans tous les points de la masse et de là 'aux surfaces les matières de l'absorption et de l'excrétion. Dans certains animaux pourvus de vaisseaux, leur nombre est tellement grand, l'homme est de ce genre, qu'ils semblent occuper et former toute la masse du corps. Mais outre les considérations ci-dessus , tirées de l'analogie, les argumens tirés de l'inspection montrent encore que les. vaisseaux ne font que parcourir la masse du corps, et ne la constituent pas. L'inspection apprend également que, quelle que soit la ténuité , la mollesse , des derniers vaisseaux capillaires , les artères et les Veines forment des canaux continus.
L'observation apprend qu'il entre dans les vaisseaux des substances nouvelles , et qu'il en sort aussi sans cesse ; mais ce double passage a lieu dans les parties les plus fines des vaisseaux, et par des voies invisibles, même avec les meilleurs instrumens d'optique; les substances elles-mêmes passent à travers ces voies à un état de division, de vapeur, insaisissable pour les sens et pour les meilleurs microscopes. Ce passage soit qu'il rait lieu du dehors au dedans ou du dedans au dehors , dans les absorptions et les sécrétions extrinsèques, soit qu'il ait lieu dans les cavités closes du corps; paraît toujours se faire par l'intermède de la substance solide et perméable du corps; c'est-à-dire de la substance dite cellulaire qui, en s'imbibant, transmet au dedans ou au dehors les molécules inhalées ou exhalées.