DES MUSCLES INTÉRIEURS
§ 701. Ces muscles, qu'on nomme aussi muscles ereux, muscles involontaires, et muscles des fonctions végétatives ou organiques , n'ont point de noms propres; chacun d'eux porte celui de l'organe qu'il concourt à former.
§ 702. Ces muscles sont, i° le cœur; 20 ceux qui doublent dans toute son étendue la membrane muqueuse des voies alimentaires,- ceux qui, garnissant les prolongemens urinaire et génitaux de la même membrane, forment la vessie, les vésicules spermatiques et l'utérus; ceux de son prolongement pulmonaire, qui forment les faisceaux musculaires de la trachée et des bronches. Les sphincters qui se trouvent aux orifices du conduit alimentaire et des voies urinaires et génitales, peuvent être regardés comme intermédiaires aux deux classes de muscles. Il en est presque de même , pour la texture et surtout pour les fonctions, des muscles du squelette qui servent à la digestion , à la respiration , à la génération et à l'excrétion urinaire. Il n'y a donc point de démarcation bien tranchée entre les deux classes de muscles.
§ 703. Les muscles dont il s'agit ici sont placés à l'intérieur ; les uns, situés immédiatement au-dessous du tégument interne, un autre, le cœur, situé tout-àfait profondément , et loin des deux surfaces dont il est indépendant.
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Le volume de ces muscles est très-peu considérable , comparé à celui des muscles extérieurs : tous forment des parois de canaux et de réservoirs.
§ 704. Ces muscles sont disposés en couches ou en faisceaux croisés.
Dans toute l'étendue du canal alimentaire , il y a des fibres circulaires ou annulaires, et des fibres longitudinales , formant chacune un plan distinct , et plus ou moins complet et épais.
Dans les réservoirs, ainsi qu'au cœur, les fibres, disposées en couches et en faisceaux qui se croisent obliquement, ont la forme d'anses fixées par les extrémités aux côtés de l'ouverture de l'organe. Les faisceaux de fibres dans ces organes se croisent entre eux , et s'unissent à la manière des plexus. Cette disposition est moins marquée dans le canal alimentaire , où les couches musculaires se croisent à angle droit.
La fibre musculaire des muscles intérieurs est d'un blanc grisâtre dans la plupart d'entre eux, et rouge dans le cœur seulement. Cette fibre ne diffère pas autrement de celle des muscles extérieurs. L'utérus seul offre, sous ce rapport, une différence tranchée et des caractères tout-à-fait spéciaux.
§ 705. Le tissu cellulaire des muscles intérieurs est moins abondant et plus serré que celui des autres muscles. On ne trouve de tissu fibreux ou ligamenteux que dans le cœur, où il forme des anneaux aux orifices des ventricules , des cordons ou tendons aux colonnes charnues de ces mêmes cavités, des épanouissemens aponévrotiques qui constituent en grande partie les
valvules tricuspide et bicuspide des orifices auriculoventriculaires et des cordons dans le bord des valvules semi-lunaires des orifices artériels. Bichat, qui ne parle que des cordons tendineux des colonnes charnues, avait déjà indiqué qu'il existe des différences entre eux et les tendons. Dans les autres parties on ne trouve d'analogue au tissu ligamenteux , que le tissu fibrocellulaire sous-muqueux , auquel s'attachent les fibres musculaires sous-jacentes.
Les muscles intérieurs paraissent avoir plus de vaisseaux sanguins que les autres. M. Ribes cependant dit le contraire. Les nerfs de ces muscles, peu abondans , appartiennent , la plupart , au grand sympathique; plusieurs sont fournis par le nerf pneumogastrique, et quelques-uns par d'autres nerfs de la moelle.
§ 706. L'irritabilité des muscles intérieurs présente les mêmes phénomènes. que celle des autres muscles, excepté l'agitation fibrillaire, qui n'a été observée que dans le cœur seulement.
L'irritabilité y paraît moins que dans les autres, dépendante de l'influence nerveuse.
L'irritation mécanique est beaucoup plus efficace que l'action galvanique pour y déterminer des contractions. L'irritation galvanique agit peu sur eux par l'intermède des nerfs. Cependant les nerfs cardiaques et le cœur étant compris dans un cercle galvanique, l'action persévérante de cet agent détermine des raouvemens dans l'organe.
L'irritabilité ou la susceptibilité à la contraction des muscles intérieurs, est surtout remarquable en ce
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qu'elle est naturellement excitée par des agens locaux qui agissent sur la fibre par l'intermède delà membrane qui la recouvre; d'autres fois la cause agit d'une manière sympathique : ainsi la titillation du gosier, la présence d'une bougie dans l'urètre , d'un suppositoire dans l'anus, déterminent l'action de l'estomac, de la vessie et de l'intestin. La volonté a peu d'empire sur la contractilité de ces muscles; cependant l'œsophage , le rectum, la vessie, l'estomac même, n'y sont pas tout-à-fait soustraits; il paraîtrait même que l'utérus, du moins dans les oiseaux, serait aussi quelquefois soumis- à la volonté. L'intestin grêle en est, au contraire, tout-à-fait indépendant; le cœur également. On cite cependant encore le cas d'un capitaine anglais, rapporté par Cheyne , et répété depuis par tous les physiologistes ; et celui de feu le docteur Bayle , rapporté par M. Ribes , qui pouvaient à volonté ralentir ou suspendre les mouvemens du cœur. Mais si les muscles intérieurs ne sont pas soumis à l'influence ordinaire de la volonté , les affections fortes dé l'âme et les émotions vives les influencent de la manière la plus évidente.
Haller, en admettant que la force musculaire est inhérente aux muscles, et que l'action nerveuse n'en est que l'excitant, avait été conduit à* admettre, et la plupart de ses successeurs avaient admis plus positivement encore que lui-même , que les muscles intérieurs sont indépendans de l'action nerveuse, du moins dans leurs mouvemens ordinaires et réguliers. Les expériences de Legallois ont porté ensuite à admettre une opinion diamétralement opposée. Les expériences pos-
térieures de M. Clift 1 et de M. Wilson Philip »; l'observation comparée des autres animaux, des embryons et des fœtus monstrueux, ont dû faire modifier l'une et l'autre conclusions. Les faits connus montrent , en effet , que les muscles intérieurs , indépendans de la moelle nerveuse, dans les animaux et dans les fœtus monstrueux qui n'en ont point, ainsi que dans les embryons qui n'eu ont pas encore; peu dépendans de cette moelle dans les jeunes animaux chez lesquels son influence ne date pas encore de long-temps , et dans les animaux d'un autre ordre inférieur, où l'action nerveuse n'a pas de centre unique bien déterminé , sont , au contraire , dépendans de cet organe dans l'homme adulte; sont surtout très -influencés par ses lésions , et plus encore par des lésions brusques que par des altérations lentes.
§ 707. Quand les muscles intérieurs entrent en contraction , ils entraînent quelquefois dans une action simultanée et associée, tous les muscles extérieurs qui peuvent contribuer à l'accomplissement de leur fonction : ainsi, dans la toux, l'éternument , le vomissement , la défécation , l'accouchement , etc. , un nombre plus ou moins grand de muscles du squelette agissent par association avec des muscles intérieurs.
Les muscles intérieurs n'ont point , comme les autres, de véritables antagonistes, toutes leurs fibres concourant à un but commun et unique , la dimi-
1 Philos, trans. , ann.
2 An cxper. Inq. into the laws of the vital fu ridions , etc. ; Lond., 1N11S.
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nution de capacité de la cavité qu'ils forment. Cependant on peut considérer comme tels , i° les substances étrangères qui tiennent écartées les parois des organes formés par ces muscles ; 2° les diverses parties d'un même organe creux : par exemple , les oreillettes, à l'égard des ventricules; le corps de l'utérus et de la vessie, à l'égard du col ou de, l'orifice de ces organes; 3° les deux couches musculaires du canal alimentaire dans le mouvement péristaltique ; le raccourcissement des fibres longitudinales déterminant, en poussant les matières , l'allongement des fibres annulaires. En outre, il arrive ici ce qui a lieu dans tout antagonisme; la contraction d'un muscle coïncide avec le relâchement de son antagoniste , et réciproquement; 4° enfin les muscles intérieurs trouvent des antagonistes dans les muscles extérieurs.
Ces muscles n'ont pas de point fixe déterminé : ceux qui sont annulaires se contractent sur eux-mêmes; ceux qui sont longitudinaux ont cependant pour point de ce genre les orifices du canal alimentaire ; ceux des réservoirs, comme la vessie, l'utérus , ainsi que ceux du cœur, ont encore un point fixe, mieux déterminé, dans l'orifice de ces organes.
TROISIÈME SECTION