DES MUSCLES EXTÉRIEURS
§ 708. Ces muscles sont aussi nommés muscles volontaires, muscles des fonctions animales, de la vie animale, muscles proprement dits. Ce sont eux qui forment la plus grande partie de la masse du corps.
§ 709. Ils sont très-nombreux j il y en a de trois à quatre cents, mais on a varié sur ce nombre : les uns regardent comme plusieurs muscles, ce que d'autres présentent comme des faisceaux d'un même muscle.
§ 710. Chaque muscle a un nom propre, mais cette nomenclature a beaucoup varié. Il n'y a presque pas un muscle qui n'ait reçu plus d'un nom , quelques-uns en ont reçu jusqu'à une douzaine.
La dénomination des muscles a été tirée de plusieurs considérations : on y a fait entrer l'ordre numérique , ainsi , quand plusieurs muscles appartiennent à la même partie, à la même région, au même mouvement , etc., on les a distingués par des noms de nombre , comme les radiaux , les adducteurs, les interosseux, distingués en premier, second, etc. Avant Jacques Sylvius, presque tous les muscles étaient ainsi désignés par des noms de nombre. On a fait entrer dans leur dénomination, comme surnoms, leur situation antérieure, postérieure, supérieure, inférieure, superficielle, profonde, etc. ; ou bien on les a désignés par le nom de la partie qu'ils meuvent ou de la région qu'ils occupent , comme les palpébraux , oculaires , labiaux, pectoraux, dorsaux, abdominaux, cruraux, etc. D'autres sont distingués, d'après leur étendue ou leur volume, par les épithètes de grand, petit, moyen, grêle, vaste, large, long, court, etc. D'autres ont été nommés rhomboïdes, carrés, triangulaires, scalènes, etc. , d'après la figure qu'on a cru leur trouver; ou bien on les a nommés splénius , par comparaison à fa rate ou à une compresse, soléaire, à cause de leur ressemblance avec une sole ou avec une semelle ; cer-
DES MUSCLES EXTERIEURS. 5c;3
tains muscles ont été nommés, d'après leur direction , droits , obliques , transverses , contournés ; d'après leur texture et leur composition , on les a nommés biceps , triceps , complexus , demi-aponévrotique, perforant, perforé, etc.; d'autres muscles ont été dénommés d'après leurs attaches , soit une seule , comme les ptérygoïdiens, les péroniers, les zygomatiques, etc. , soit les ideux, comme le stylohyoïdien , 'le sternohyoïdien, soit un plus grand nombre, comme le sterno - cléïdo - mastoïdien ; d'autres encore ont été nommés , d'après leurs usages , fléchisseurs , extenseurs , élévateurs, abaisseurs, pronateurs, supinateurs , etc. ; enfin , ce ne sont pas même là toutes les considérations qui ont servi de base à la nomenclature des muscles.
Presque aucune de ces considérations n'est absolument inutile à la connaissance des fonctions des muscles; toutefois les plus utiles sont, sans contredit , le mouvement lui-même, les attaches, la région occupée parle muscle, sa direction, etc. Quelque nombreuses que soient ces bases, il n'importerait pas beaucoup, si elles fournissaient toujours des noms propres , distincts et courts, ne fussent-ils même pas bien significatifs; mais presque tous les noms des muscles sont des noms composés de plusieurs des circonstances indiquées. Ainsi on trouve dans la nomenclature musculaire, les noms oblique- externe- abdominal , grand-droit-antérieur-de la tête, premier -radial- externe , droit-antérieur-de la cuisse, premier- interosseux -dorsal -de la main, etc. Cet inconvénient, joint à celui qui résulte de la multiplicité des noms différens donnés par les dii. 38
vers anatomistes au même muscle , ont engagé M. Chaussier 1 à proposer une réforme dans la langue anatomique, et surtout dans celle de la myologie. Cette réforme dans les noms des muscles consiste à donner à chacun d'eux un nom qui exprime seulement et constamment les deux points d'attache opposés , désignés communément sous les noms d'origine et d'insertion ; mais il a été impossible à l'habile auteur de ce projet de donner des noms qui ne fussent en même temps, en assez grand nombre du moins, composés de quelques autres des circonstances indiquées plus haut. M. Dumas 2 a essayé de modifier la nomenclature de M. Chaussier, en indiquant dans ses noms tous les points d'attache des muscles. M. Duméril 3 s'est aussi occupé de la réforme de la langue anatomique, en prenant pour racines de cette langue les noms grecs ou latins des os et des viscères, et en variant seulement la désinence de ces noms pour les divers autres organes et pour les régions. La désinence des muscles était ien, ainsi le nom occipito-frontien,sans y joindre le mot muscle, désigne, dans cette nomenclature, le muscle occipito-frontal. Vicq-d'Azyr avait également dirigé ses vues sur la nécessité de réformer -la langue anatomique; il n'a pas exécuté son projet. Le docteur Barclay s'est aussi occupé de cet objet , et s'est sur-
1 Exposition sommaire des muscles du corps humain ; Dijon, 1789. — Tableau des muscles de l'homme; Paris,
» Système méthodique de nomenclature et de classification des muscles du corps humain, etc. ; Montpellier, 1797» in-4°- 3 Magasin encyclopédique.
DILS MUSCLES EXTERIEUHS. 5C;5
tout attaché à donner des noms propres et précis aux différentes régions du corps. M. Schréger 1 a rassemblé la plupart des noms anatomiques employés jusqu'à lui dans une synonymie volumineuse , où l'on trouve à quelques organes presque autant de noms qu'il y a de traités d'anatomie. La crainte de contribuer à accroître une confusion qui augmente presque toutes les fois qu'il paraît un nouveau traité, doit engager les anatomistes à se servir des noms déjà usités, en choisissant entre tous le plus connu, le plus simple et le plus significatif. • •
§ 711. D'après leur situation et leur destination de mouvoir telle ou telle partie , on distingue les muscles extérieurs en ceux du squelette ou des os, en ceux du larynx, en ceux des organes des sens et de la peau; plusieurs muscles extérieurs aussi appartiennent aux orifices des voies digestives, respiratoires , génitales et urinaires , et se confondent là insensiblement avec les muscles intérieurs.
Les muscles du squelette sont situés au tronc et aux membres : aux membres ils forment des masses considérables , et sont allongés ; au tronc ils sont élargis, nombreux au dos et à l'abdomen, moins au thorax , beaucoup moins encore au crâne.
§712. Les muscles varient beaucoup en volume; les uns sont grands ou volumineux , d'autres sont moyens , d'autres petits , et d'autres très -petits.
§ 7i3. Tous les muscles , excepté le diaphragme, les
' Synonymia anatomica , auct. Chr. H. Th. Schreger ; Furihii, i8o3, in-8° , 38o pages.
ANATOMTE GENERALE.
sphincters de la bouche et de l'anus, l'arythénoïdien , et souvent le releveur de la luette, sont pairs; tous, excepté le diaphragme , sont symétriques , ou semblables des deux côtés , à la légère différence près que l'on observe ordinairement dans le volume des deux moitiés latérales du corps.
D'après leur forme on distingue encore les muscles en larges, longs et courts.
Les muscles larges appartiennent au tronc : quelques-uns s'étendent du tronc aux membres, et sont alors allongés dans cette dernière partie de leur étendue.
Les muscles longs appartiennent aux membres, et sont, en général , disposés par couches, les plus extérieurs étant les plus longs et les plus droits, les plus profonds ayant beaucoup moins de longueur, et plus d'obliquité; disposition importante à connaître dans la pratique des amputations, puisque les muscles, inégalement longs, doivent se rétracter inégalement.
Les muscles courts se rencontrent au tronc , et aux membres , près des articulations.
§ 714. La direction des muscles est celle d'une ligne qui s'étend, en passant par leur centre, de l'une à l'autre de leurs extrémités ; elle est souvent fort différente de celle de leurs fibres , et cette dernière est la plus importante à considérer. Quand toutes les fibres sont droites et parallèles entre elles , la force du muscle , égale à la somme des forces de toutes les fibres, s'exerce parallèlement à la direction de ces fibres. Mais si les fibres sont obliques entre elles, l'intensité et la direction de la force seront différentes.