‹ Élémens d'économie politiqueChapitre 12 sur 27 · DE CE QUI RÈGLE LA VALEUR DE LA M0NI9AIE · texte numérisé non relu

DE CE QUI RÈGLE LA VALEUR DE LA M0NI9AIE

Par valeur de la monnaie , nous entendons ici la proportion suivant laquelle on l'échange y contre d'autres articles , ou la quantité de monnaie qu'on donne en échange d'une certaine quantité d'autres choses.

Il n'est pas difficile de voir que c'est la quantité totale de la monnaie existante dans un pays qui détermine quelle portion de cette monnaie l'on devra donner en échange d'une certaine portion des denrées ou des marchandises du pays.

Supposons que toutes les marchandises d'un pays soient réunies d'un côté et toute la monnaie de l'autre ,. et qu'on échange ces deux masses l'une contre l'autre , il est évident que le dixième , le centième , ou toute autre fraction du total des marchandises, s'échangera

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contre une pareille fraction du total de la monnaie, et que cette fraction sera une quantité grande ou petite, selon que le total de la monnaie existant dans le pays est grand ou petit. Si tel était l'état des choses, il deviendrait évident que la valeur de la monnaie dépendrait tout-à-fait de sa, quantité.

On va voir que le cas est précisément le même dans l'état réel des choses. La massé totale des marchandises d'un pays ne s'échange pas d'un seul coup contre la masse totale de la monnaie. Les marchandises s'échangent par partions , souvent même par portions très-petites, et à différentes époques dans le courant de l'année. La même pièce de monnaie qui a servi aujourd'hui à un échange peut servir à un autre échange demain. Une partie de la monnaie sera employée à hn grand nombre d'échanges , une autre partie à un trcs-petît nombre , et une autre enfin , qui sera entassée , ne servira à aucun échange. Il y aura entre ces variations un taux moyen basé sur le nombre d* échanges auquel aurait été employée chaque pièce, si toutes en avaient ^péré une égale quantité. Fixons, par supposition, ce taux à tel nombre qu'il nous plaira , à dix par. exemple.

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Si chacune des pièces de monàaie qui se trouvent dans le pays a servi à dix achats, c^est comme si le nombre total des pièces avait été décuplé 9 et que chacune n^eût servi qu^à un seul achat La valeur de toutes les marchandises du pays est dans ce cas égale à dix fois la valeur de toute la monnaie, puisque chaque pièce de monnaie est égale en valeur à la quantité de marchandises contre laquelle on peut Tcchanger, et qu'elle, sert à dix échanges dans une année* -

., -Si , au lieu que chaque pièce de monnaie servît à dix échanges dans Tannée, la masse totale de la monnaie était décuplée , et ne ser^^ vait qu'à un seul échange , il est évident que toute augmentation qu'on ferait à cette masse causerait une diminution proportionnelle de valeur à chacune de ses -parties prises séparément. Comme on suppose que la masse de marchandises contre laquelle on pourrait échanger toute la monnaie demeure la même , la valeur de la masse totale de la monnaie n'est pas plus grande après qu'on en a augmenté la quantité qu'auparavant. S^ on la suppose augmentée d'un dixième, la valeur de chacune de ses parties, d'une once par exemple , doit se trouver dimi-

p£S £€HANOES. l3i

nuée d^'un dixième. Supposons qlie la masse totale monte à i,(K)0^ooo d'onces, el qu'elle augmente d'un dixième, quelle que sdit la diminution de valeur qu'éprouve un tout, elle doit êlre éprouvée proportionnellement par chacune de ses parties ; et un dixième*dc million est à un million comme un dixièuie d'once est^ une qnce.

Si la masse totale de la monnaie.ne s'élève qu'au dixième de la sotnme supposée ci-dessus, et si chacune de ses parties sert à dix achats dans une année, c'est xomme si cette masse avait été échangée dix fois contre U9 dixième du total des maixhandises ; mais si le dixième de la somme supposée., c'est-à-dire la masse totale de la monnaie, augmente dans une proportion quelconque , c'est la même chose qxie si le tout ou la sômm« supposée augmentait ilans celte proportion. Quel qu« soit donc le <iegré d'augmentation ou de diminution qw'é»prouve la m«isse totale de la monnaie , la quantité des autres choses restant la mréme, la valeur de €ett« masse totale et de chacune de ses parties éprouve réciprf)quement une dimi*nution ou une augmentation proportionnelle.

Il est évident que cette proposition est d'une

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vérité absolue. Toutes les fois que la valent* de la monnaie a éprouvé une hausse ou une baisse, la quantité de marchandises contre lesquelles on pouvait l'échanger et le mouvement de circulation étant restés les mêmes, cette variation doit avoir eu pour cause une dimi- . nution ou une augmentation proportionnelle dans la quantité de la monnaie, et ne peut être attribuée à aucune autre chose. Si la masse des marchandises diminue pendant que le total de la monnaie reste le même , c'est comme si le total de la monnaie avait augmenté , et réciproquement. Des changemens semblables sont le résultat de toute altération dans le mouvement de la circulation. Par ces mots mouvement de la circulaiion , Ton* entend le nombre d'achats faits dans un temps donné.

Toute augmentation du nombre de ces achats produit le même effet qu'une augmentation du total de la monnaie ; une diminution de ce nombre produit l'effet opposé.

SHl y a une portion du produit annuel qui n'ait pas été échangée du tout , comme ce que les producteurs consomment, ou qui ne s'échange pas contre ^e la monnaie , cette portion ^e doit pas être portée en ligne de compte ,

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parce que ce qui ne s^ échange pas contre de la monnaie est dans le même état , par rapport à la monnaie f que s'il n^exjstait pas.

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SECTION VIII

BE CE QUI RiGLE LA QUANTITE DE MONNAIE,

C'est peu d'avoir reconnu que la quantité détermine la valeur de 1^ monnaie , jusqu'à ce que nous soyons parvenus à reconnaître ce qui règle cette quantité.

On pourrait croire , au premier abord , que la quantité de monnaie dépend de la volonté des gouvernemens, qui se sont réservé le privilège de la faire , et qui peuvent en fabriquer autant qu'il leur plaît.

La fabrication de la monnaie a lieu dans deux espèces de circonstances : ou le gouvernement laisse un libre cours à l'augmentation ou à la diminution de la quantité de monnaie , ou il règle lui-même cette quantité, et la rend grande ou petite à son gré.

Lorsque le mouvement d'augmentation ou de diminution de la quantité de monnaie est

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laissé libre , le gouvernement ouvre ses hôtels de monnaie au public , et convertit les lingots en monnaie par toutes les personnes qui le demandent.

Il est évident que les individus qui possèdent âts lingots ne désireront les convertir en monnaie que lorsqu'il sera de leur intérêt de le faire , c'est-à-dire quand leurs lingots convertis en monnaie auront plus de valeur que sous leur forme primitive.

Ceci ne peut arriver que lorsque la monnaie a une valeur extraordinaire, et que la même quantité de métal monnayé s'échange contre

une plus grande quantité d'autres articles qu'à l'état de lingot.

Comme la valeur de la monnaie dépend de sa quantité , c'est lorsqu'elle est rare qu'elle a une plus grande valeur. Il est alors de l'intérêt des individus qui ont des lingots de les faire convertir en monnaie ; mais , par l'effet de chaque augmentation de la quantité de monnaie, sa valeur diminue, et à la fin l'excès de valeur du métal monnayé sur celui en lingots devient trop faible pour engager à faire con-

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vertir des lingots en monnaie. Si, à une époque quelconque , il arrive que la quantité de monnaie soit assez petite pour porter sa valeur audessous de celle du métal qui sert à la faire , l'intérêt des individus, quand le gouvernement laisse le champ libre, opère immédiatement, de mapière à rétablir Téquilibre en augmentant la quantité de monnaie.

Il est possible également que la quantité de monnaie soit assez grande pour réduire la valeur du métal qu^elle contient au-dessous de sa valeur à l'état de lingot : dans ce cas, l'intérêt des individus opère immédiatement, de manière à réduire la quantité de monnaie. Si un homme se trouve possesseur d'un nombre de pièces de monnaie contenant , par exemple , une once de métal , et si ces pièces valent moins sous cette forme que si le métal qui les compose était réduit en lingot, il a un motif direct pour les fondre et les convertir en lingot ; et ce motif continue d'agir jusqu'à ce que, par la réduction de la quantité de monnaie , la valeur du métal sous cette forme approche suffisamment, de, celle qu'il aurait à l'état de lingot pour qu'il n'y ait plus de profit à fondre la monnaie.

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Ainsi , toutes les fois que Taugmentation ou la diminution de la quantité de monnaie peut avoir lieu librement, cette quantité est réglée par la valeur du métal , puisqu'il est de Tintérêt des individus de l'augmenter ou de la diminuer, selon que la valeur du métal est plus ou moins grande sous forme de monnaie qu'à l'état de lingot. . * I

^\Mais si la quantité de monnaie est déterminée par la valeur du métal, il est nécessaire de rechercher 'ce qui règle cette valeur. C'est une question , au reste , qu'on peut considérer comnie déjà résolue. L'or et l'argent sont en réalité des marchandises , ce sont des produits qui exigent l'emploi du travail et du capital. Les frais de production sont donc ce qui règle Ip^ valeur de l'or et de l'argent , comme celle de to^is les autres produits.

Nous avons maintenant à examiner les effets que produisent les efforts du gouvernement po^r régler l'augmentation et la diminution de la quantité de monnaie , et la fixer comme * il lui plaît. Lorsqu'il s'efforce, de maintenir la quantité de monnaie au-dessous de ce qu'elle serait si les choses suivaient leur libre cours ,^^

lS8 D£S ECHANGES.

il élève la valeur du métal monnaye, et fait qu'il est de rinlcrêl de tous ceux qui le peuvent, de convertir leurs lingots en monnaie. Nous supposons que le gouvernement ne s'y prêtera pas. Il faut alors avoir recours à une fabrication clandestine , ce que le gouvernement f)eut empêcher par des punitions. D'un autre côté , si le gouvernement 'cherche à maintenir la quantité de monnaie au - dessus de ce qu'elle serait dans le cas de libre augmentation , il réduit la valeur du métal monnayé au-dessous de celle qu'il aurait à Tétat de lingot, et fait qu'il est de l'intérêt de tout le monde de fondre la monnaie; c'est ce que le gouvernement ne peut également empêcher que par un seul moyen, savoir les punitions.

Mais la crainte des punitions ne prévaudra sur l'appât du gain que lorsque ce gain est peu considérable. On sait parfaitement que, lorsque la tentation est forte , la fabrication clandestine continue en dépit de tous les efforts du gouvernement. Comme Ja fonte est un procédé plus simple que celui de la fabrication de la monnaie, et peut être pratiquée plus secrètement , on y aura recours plus souvent et avec l'espérance d'un moindre profit.

11 est donc prouvé, 1** que la quantité de monnaie est naturellement Yéglée dans tous 4es pays par la valeur, oq, en d'autres termes, par les frais et production des métaux dont elle est composée; 3» que le gouvernement peut, par des moyens artificiels, réduire la quantité . de moimaie au-dessous , mais très- peu au-dessous , de celle où elte arriverait naturellement ; 3^ qu^il peut également, mais dans une proportion encore moindre , Félever au-dessus de Ce point.

Quand le gourernement réduit la quantité de monnaie au-dessous de celle où elle arriverait naturellement, c'est-à-dire lorsqu'il élève la valeur du métal monnayé au-dessus de celle du métal en lingot , il impose en réalité un seigneuriage*. Dans l'a pratique, l'établissement de cette espèce d'impôt a lieu par une émission de pièces de monnaie qui contiennent un peu moins que la quantité de métal qu'elles sont censées contenir. En fabricant la monnaie de cette manière , le gouvernement fait un profit égal à la différence entre la valeur du métal

* Vieux mot qui désigne le droit qu'un souverain perçoit sur la fabrication des monnaies.

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monnayé et celle du mêlai en lingot. Supposons cette différence de cinq pour cent; le gouvernement achète des lingots au prix courant, et les convertit en pièces de monnaie dont la valeur excède de cinq pour cent celle des lingots. La monnaie toutefois ne conservera cette valeur que dans le cas où , comme nous Tavons vu dans la section précédente , sa quantité se trouve limitée. Pouf que la quantité d^ monnaie puisse être limitée , il est nécessaire que le seigmuriage ne soit pas assez fort pour compenser les risques de la contrefaçon , c'està-dire quHl ne doit pas excéder de beaucoup les frais de fabrication.

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SECTION IX

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