‹ Élémens d'économie politiqueChapitre 13 sur 27 · D£$ SIGNES REPRESENTATIFS DE LA MONNAIE · texte numérisé non relu

D£$ SIGNES REPRESENTATIFS DE LA MONNAIE

Le seul des signes représentatifs de k monnaie qui soit d^une assez grande importance pour exiger quelque explication dans cet abrégé de la science, est cette espèce d'obligation écrite (ou promesse de payer une sonîrae de monnaie ) qui a reçu le nom de papier-monnaie.

L'usage de cette espèce d'obligation , pour remplacer la monnaie , parait avoir pris naissance lors de l'invention des lettres de change , invention attribuéeftux Juifs dans les siècles de la barbarie et de la féodalité.

Lorsque deux pays, tels que l'Angleterre et la Hollande , trafiquaient l'un avec l'autre , et que l'Angleterre importait des marchandises de Hollande, et la Hollande des marchandises anglaises , une question s'élevait aussitôt , savoir comment s'effectuerait réciproquement le paiement de ces marchandises. Si l'Angle-

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terre se trouvait dans la nécessité d'envoyer de Tor et de l'argent pour payer les marchandises qu'elle avait fait venir de la Hollande , il en résultait pour elle une dépense considérable. Si la Hollande , de son côté , était obligée d'envoyer de l'or et de Vargent en Angleterre, elle éprouvait le même inconvénient. Il était évident néanmoins que, si deux individus se devaient l'un à l'autre cent livres sterling, au lieu que le premier prît la peine de compter cent livres à l'autre , et que celui-ci prît à son tour la peine de compter cent livres au premier , tout ce qu'ils avaient à faire était d'échanger leurs obligations. Le cas était le n^éme entre l'Angleterre et la Hollande. Si l'Angleterre avait un million sterling à payer à la Hollande , et une pareille somme à recevoir dé ce pays , au lieu 4'cnvoyer son argent en Hollande /elle s'en épargnait la peine et la dépense en assignant à ses créanciers hollandais la sommç qui lui était due en Hollande ; de leur côté , les marchands hollandais qui devaient de l'argent à l'Angleterre, et qui auraient eu à en supporter les frais de transport , se trouvaient très-contens de pouvoir s'épargner cette dépense, en obéissant à un ordre de payer en Hollande ce qu'ils devaient à des marchands

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en Angleterre. Un tel ordre reçut le nom de lettre de change. Le marchand anglais écrivit au marchand hollandais qui lui devait de Targent : « Payez telle ou telle somme à telle ou telle personne ; » et cela s'appela tirer sur quelqu\m. Les marchands hollandais agirent de la même manière vis-à-vis de leurs débiteurs et de leurs créanciers en Angleterre , c'est-à-dire qu'ils tirèrent sur les premiers, et invitèrent les autres à tirer sur eux. Quand il arrivait que les s{|)mmes que se devaient réciproquement les deux pays étaient égales , les paiemens se balançaient , et chaque pays soldait les marchandises qu'il avait reçues, sans avoir à supporter la dépense d'un envoi d'argent. Dans le cas où il arrivait que l'un des deux pays devait plus qu'il n'avait à recevoir, il n'avait que la différence à solder en argent, et était débarrassé de tous autres fraisi

On retira donc un avantage très-considérable de l'invention et de l'emploi des lettres de change. Une nécessité plus forte encore obligea d'y avoir recours à l'époque de leur invention , parce que la politique peu éclairée de ces temps d'ignorance prohibait l'exportation des métaux précieux, et punissait avet

la plu»grande sévërité toute infraction à cett(* loi barbare.

Les lettres de change servirent kion-seulement à payer les dettes de pays à pays^ mais encore à tenir lieu de la monnaie dans le pays où on les envoyait. Lorsqu'on tirait une lettre de change payable à une certaine époque , si le marchand h, qui elle était adressée avait une dette à payer , ou un achat à faire , sans posséder Targent nécessaire, il pftyait avec la lettre de change au lieu d'argent. Une de ces lettres passait souvent dans un grand nombre de mains, et servait à effectuer quantité de paiemens . avant d'être finalement acquittée pa,r la personne sur qui elle était tirée. Dans ce cas, elle remplissait précisément les fonctions de papier-monnaie, et ouvrait la voie à un emploi plus étendu de cet important moyen de circulation.

Aussitôt qu'il fut reconnu que l'obligation signée par un marchand de payer une somme de monnaie pouvait, d'après l'assurance que cette somme devrait être payée à jour fixe , être considérée comme ayant une valeur égale à celle de la monnaie elle-même , et qu'elle était

reçue sans difficulté dans les différentes bourses comme Ja monnaie , il en résulta un motif snffisant pour étendre Tusage de ce signe représentatif de la Ynonnaie. Les personnes qui avaient coutume de remplir les fonctions de banquier en gardant l'argent des particuliers , et en échangeant les unes contre les autres les monnaies des différens pays, furent les premières qui mirent en circulation des promesses de payer certaines sommes de monnaie , dans l'espoir qu'elles pourraient remplacer l'argent dans les opérations de commerce. Dès que Von a commencé à se servir d'un tel signe représentatif de la monnaie , il ne faut plus que la liberté et la confiance du public pour faire que l'usage du papier remplace celui des métaux précieux , et soit employé presque exclusivement comme moyen d'échange.

Il reste à rechercher quels sont les avantages qu'on retire de l'emploi de ce signe représentatif de la monnaie , et quels sont les inconvéniens auxquels il est sujet.

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SECTION X

DES AVAT9TAGES QU'OT) EETIRE DE L'oSAGE DU PAPIER- MONNAIE.

Les métaux précieux qui sont nécessaires pour remplir les fonctions de moyen d'échange s'achètent avec les produits du pays. Les produits de la terre et ceux des manufactures s'exportent^ et au lieu d'importer d'autres produits utiles à la consommation , Ton importe de l'or et de l'argent pour servir de moyen d'échange. La valeur de l'or et de l'argent, lorsqu'on les emploie seuls comme moyen d'échange , est partout en proportion avec le produit annuel dû pays ; mais cette valeur est proportionnellement plus grande dans les^ays peu avancés dans l'art des échanges. Si chaque pièce peut être censée faire cent achats dans le courant d'une année , la valeur de toute la monnaie est égale à la centième partie du produit annuel. Dans les pays où la monnaie ne passe pas rapidement de main en main , sa valeur peut être égale au dixième du produit annuel.

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Il est évident que, quelque portion que ce soit des richesses nationales qu^on emploie à fournir Tinstrument des échanges , elle est toutà*fait morte pour la production. Rien ne produit, excepte les instrumens immédiats de pro^ duction, tek que la rtourriture de l'ouvrier, les outils ou les machines avec lesquels il travaille j et les matières premières qu'il façonne. Il s'ensuit donc que si la portion des richesses nationales employée à fournir l'instrument des échanges, qu'elle soil la dixième ou la centième partie du produit annuel , pouvait être détournée de cet emploi et convertie en subsistances , en outils et en matières premières , la puissance productive du pays en recevrait un accroissement proportionné.

Si Ton considère que le produit annuel est égal non-seulement à tout le revenu net du pays , mais encore à tout le capital, excepté la portion comparativement petite qu'on nomme capital fixe ou engagé , il est facile de voir quelle immense addition l'on fait aux moyens de production en substituant aux métaux précieux un autre signe pour servir de moyen d'échange.

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Le papier, d*ailleurs, est beaucoup plus commode pour remplir ces fondions. Une somme considérable en or ou en argent est embarrassante. Lorsqu'on fait des échanges d'une grande valeur , l'opération seule de compter l'or et l'argent est fastidieuse. Par le moyen d'un billet de banque, la plus forte somme est aussitôt payée que la plus petite.

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