DES PROFITS DE CAPITAL
Lorsqu'il est bien ëtabli que la totalité du produit annuel est distribuée en loyers de terre, saliaires de travail et profits de capital , et quand on a déterminé ce qui règle les portions à prélever pour loyers et ptur salaii^es , la question ^ est également résolue à Tégard des profits de capital ; car il est évident que tout ce qui reste est compris sous cette dénomination.
De ce qui a déjà été expliqué relativement au loyer , il paraît que c'est quelque chose de tout-à-fait étranger à ce qu'on peut considérer comme l'indemnité due aux opérations productives du capital et du travail. Aussitôt qu'il est nécessaire d'appliquer le capital à un terrain d'une qualité inférieure, ou à la même terre avec un produit moindre ; tout ce qui excède ce dernier produit est comme s'il n'existait pas ,. par rapport au capitaliste et à l'ouvrier. Tout ce que la terre rend au delà pourrait être anéanti au moment même où il est pro-
duit,sans altërer la portion qui revient à chacune de;,ce$ deux claies de producteurs. Dès qu^une nouvelle portion de capital doit être employée avec un produit moindre y c'est la même chose que si les facultés productives de tout le capital employé à cultiver la terre étaient réduites au même taux, qu^il n^y eût pas de différence entre les produits donnés par une pièce de terre ou une portion de capital , et une autre pièce de terre ou une autre portion de capital^ mais qu^une somme de produits égale à ce que les premières portions de capital donnaient ordinairement en ptu$ , tombât du ciel , comme par miracle , sur les possesseurs de la terre qui les rend. La portion des produits qui, sous la dénomination de loyer, revient au propriétaire foncier, et qui excède la )u3t« indemnité de 1^ sçtnme de capital et de trs^vail appliquée à la terre, est, dans 1^ fait, le résultat d'un acci^ dent. Supposons que toute la terre cultivée » dans le pays , fût de la même qualité et rendît la même quotité de produits pour chaque porr tion de capital , à l'exception d'un seul acre , que nous supposerons produire six fois au*tant que les autres; ce qui, dans ce ca&, serait produit par chacun des autres acres^ pourrait justement être regardé comme Yivr
demnit^ due au travail et au capital employés à leur culture , et le total de cette indemnité. Les cinq autres portions égales , produites par Vacre en question , ne seraient pas regardées, comme faisant partie de Tindemnité due ^fx travail et au capital, mais ^omme le produit accidentel d^une vertu particulière à ce mor* ceau de terre. Mais ce qui est vrai pour un seul €u:re ^ est également vrai pour un nombre d^o- ^65 quelconque, dès -qu'il arrive un événement qui diminue le produit obtenu avec une certaine portion de capital , et engage tous les propriétaires de capitaux à réduire leurs ren* trées au taux de ce produit diminué.
Il est donc pleinement visible que tout ce qu*il est permis de considérer comme le pror duit de la double action du capital et du tra*vail, consiste en ce que rend la portion de capital employée sans payer de loyer, et qui mesure la quotité de produits qui doivent rester après Je prélèvement du loyer, pour indemnité de toutes les autres portions de travail et de capital employé à cultiver. la terre. Tout ce qu'on peut considérer comme le produit réel du travail et du capital , reste donc pour être partagé entre l'ouvrier et le capita-»
liste , après que le loyer ^ été prélevé. Il sait de là qu^en recherchant ce qui règle les salaires et les profits ^ le loyer peut être laissé tout-4-fait hors de la question. Le loyer est Ijeffet et non la cause de la diminution du produit que les capitalistes et les ouvriers ont à partager entre eux.
liorsque quelque chose doit être partagé entre deux personnes, il est très-évident que ce qui règle la part de Tune règle aussi la part de Pautre , car ce qui est ôté à l'une , l'autre le reçoit ; par conséquent tout ce qui augmente la portion de Tune diminue celle de l'autre , el vice versa. Nous pourrions donc , à ce qu'il semble, dire avec une égale raison que les salaires déterminent les profits , ou que les profits déterminent les salaires , et prendre à volonté le taux des uns ou des autres pour régulateur.
Toutefois, comme nous avons vu que la proportion entre les parts respectives du capitaliste et de l'ouvrier, dépend de celle qui existe entre la population et la masse des capitaux , et que la première a une tendance à s'accroître plus rapidement que l'autre^ le
principe actif du changement est du côté de la population , et fournit un motif pour considérer rétat de la population, et par consé* quent le taux des salaires comme régulateur.
D'après cela , comme les profits du capital dépendent de la part que ses possesseurs reçoivent du produit combiné du travail et du capital , ces profits dépendent des salaires ; ils haussent quand ceux * ci baissent , et réciproquement.
On peut dire cependant que les profits du capital dépendent non-seulement de la part que .reçoivent les possesseurs sur ce qu'on divise , mais aussi de la valeur totale du dividende. Les profits dépendent donc de deux choses , de la part qui revient au capitaliste du produit combiné du capital et du travail, et aussi de la quantité totale de ce produit.
Pour . nous expliquer clairement sur ce point , nous devons écarter une certj^ine ambiguïté inhérente au mot profits. Par profits on peut entendre la quantité de produits ; par exemple , le nombre àe quariers de grain
OU àyards * de drap que le capitaliste reçoit comme indemnité d^une certaine quaiittté de subsistances , de matières brutes et d'outils qu^il a fournis ; ou bien le mot profits peut , . ainsi que cela a lieu très-communément, né pas se rapporter aux produits eux-mêmes , mais à leur valeur relative. C'est dans ce dernier sens que nous l'employons quand nous parlons du taux des profits, ou quand njous disons <)uê les profits sont de tant pour cent. Quand nous nous exprimons ainsi, nous voulons dire tout simplement que la valeur de la portion des produits qui revient au capitaliste est dans tel rapport avec la valeur dé toutes les choses employées comme capital pour opérer la production. Quand nous disons , par exemple , que les profits sont de dix pour cent, nous disons que la part des produits qui revient au capitaliste pourrait s'échanger contre le dixième de toutes, les choses employées comme capital pour opérer la production. •
Maintenant on ne peutplus mettre en doute, si nous, employons le mot profits dans le pre-
* Vyard^ mesure de 3 pîeds anglais, est égale agi centi- Bièlres. ( tfote du traducteur* )
BE LA BISTRIBUTIOÎI. '79
mier sens , comme indiquant simplement une portion de produits^ que la même quantité de * subsistances , par exemple, et d^instruméns ara^toires employés comme capital , rendra un plus Çrand nombre de quarters de blé , pour chaque part du produit, soit une moitié, un tiers ou toute autre portion qui revient au capitaliste, quand le produit total est considérable , que quand il est faible. Dans ce sens , les profits dépendent donc de deux choses; de la masse des produits, supposant toujours le loyer prélevé , et du taux des salaires ; mais si nous employons le mot profits dans le sens ordinaire, pour désigner un rapport de valeurs , il est aisé de voir qu'alors les profit-s dépendent tout-à-fait du taux des salaires.
Quand la même quantité de travail et de ca^ pital est employée à la production de deux objets , ils peuvent s'échanger Tun contre l'autre ; ou , en d'autres termes , la valeur échangeable de l'un est égale à celle de l'autre. C'est la même chose que si nous disions que , lorsque deux produits ont exigé les mêmes dépenses, ils peuvent s'échanger l'un contre l'autre. Quelle est en effet la raison pour laquelle la moitié d'un produit est égale en valeur à l'autre
8o î DE liA DISTRIBUTION.
moitié , si ce n'est qu'une égale quantité ^e travail et de capital a été nécessaire pour produire l'une et l'autre ? *
Jj2l valeur des produits est donc déterminéepar la quantité de capital et de travail nécessaire à leur production. Si la même portion de capital et de travail qui a antérieurement opéré la production d'une certaine «quantité d'un produit quelconque , devient capable, au moyen de quelque découverte, d'en produire le double , ce double n'a pas plus de valeur que la quantité primitive; la valeur de chaque once, ou aune du produit en question baisse dt^ moitié. L'inverse est également vrai : quand, par exemple, la même quantité de travail et de capital appliquée à la terre donne un produit moindre qu'auparavant, la valeur de ce produit diminué reste aussi grande que celle du produit' plus fort obtenu primitivement. Mais si la va- , leur de ce qui se partage en salaires et profits de
* On a Jugé à propos d^antîciper ici on peu jsur ce qui est contenu dans le chapitre où les causes qui règlent la valeur échangeable des produits sont expliquées tout au long. On renvoie le lecteur à ce chapitre pour obtenir de plus amples détails.
( Note de t auteur. ) .
BE £iA DISTRIBUTION. ' ' Si
capital reste la même , il est évident que la valeur de la portion qui forme les profit de «capital dépend toufc-à-fait de celle qui constitue les salaires. Le taux des profits , ou la proportion entre la valeur de ce que reçoit le capitaliste et celle du capital , dépend donc tout-à-fait du taiix des^alaire^
La diminution des profits du capital employé à la culture de la terre , provenant de la nécessité de cultiver des portions de terrains moins fertiles , ou d'appliquer successivement de nouvelles portions de capital au même terrain , diminue les profits du capital appliqué aux manufactures et à toute autre espèce d^industrie.
Nous avons vu que la diminution des profits 4ti capital appliqué à ragriculture est. inévitable ; tnais le taux des profits pour un capital employé d^une manière quelconque, deit fixer celui des profils pour les capitaux employés de toute autre manière. Personne ne voudrait continuer d'appliquer son capital à râgri<;ulture^ si en lui donnant un autre eqiploi , A pouvait obtenir <le plus grands avantagés. Tous les profits de . quelque genre que ce soit doivent donc des-
8tt ' ' DE LA DISTRIBUTION.
cendré au niveau de ceux de l'agriculture. Il reste à expliquer par quels degrés on arrive à ce résultat.
Quand il survient une demande pour une certaine quantité additionnelle de blé qui ne peut être produite qu'en cultivant des terres d^ui^ qualité inférieure , ou en appliquant de nouvelles portions de capital aux mêmes terres avec des profits moindres , les cultivateurs hésitent , comme de raison , à employer leur capital d'une manière moins productive qu -auparavant , la demande de blé augmente alors sans une augmentation proportionnelle dans la production de cette denrée. Par une conséquence naturelle , la valeur échangeable du blé hausse 9 et quand elle s'est élevée jusqu'à un certain degré, le cultivateur peut , en produisant du blé en moindre quantité qu'auparavant, tirer de son capital jd'aussi grands profits que les autres possesseurs de capitaux.
Par ce moyien , ses profits ne se maintiennent pas à l^ur taux primitif , mais tous les autres profits descendent à celui auquel les siens sont tombés. Par l'augmentation de la valeur du blé les frais de travoiil se trouvent augmentés. Une
certaine quantité de choses nécessaires à la vie doit être consommée par Touvrier, qu'elles coulent plus ou moins. Lorsqu'elles coûtetit^plus qu'elles ne coûtaient auparavant , son travail coûte davantage, bien que la quantité de subr sistances et d'autres choses -qu'il consomme reste précisément la même. Ses salaires peuvent donc être regardés comme ayant faÉussé quoique l'indemnité réelle -de son travail n'ait pas augmenté.
Par cette altération dans les frais de production et dans la valeur du blé ^ tous les capitalistes sont foi:cés de donner de plûs^forts salaires à leur» ouvriers; leurs prc^ts, comme nous venons de le voir, se trouvent donc réduits. Le fermier aussi est obligé , pour la même raison , de donner des salaires plus forts , c'està-dire qu'en partageant le produit du travail et du capital qu'il emploie, il est obligé de donner une plus forte part à ses ouvriers ; ses profits sont par conséquent réduits de la même manière et en même proportion que ceux des autres capitalistes. La valeur de ses produits a augmenté, mais seulement assez pour compenser les désavantages qu'il a éprouvés. La quan- . tité de produits rendue par son capital a di-
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minuë ; celle rendue par le capital des antre» n^a pas prouve de diminution. La valeur de ses produits hausse tout juste assez pour com* penser la diminution qu^il a éprouvée sur leur quantité . et qui lui est particulière ; mais la diminution de profits résultant de la hausse des salaires, il la partage avec tous les autres capitalistes, n n^ ^ aucun accroissement de valeur pour compenser cette augmentation de dépenses.
On voit ainsi qu^à mesure que la population s^accroît , et qu^on se trouve dans la nécessité d'appliquer les capitaux à la culture de terres de moins en moins fertiles > les profits de ces capitaux diminuent graduellement.