LES ARACHNIDES
sion. La bouche offre deux modifications, elle se compose de mAchoirrs ou bien d'unsy|)hon. Dans le premier cas, on y trouve une lèvre supérieure ou labre , deux palpes simulant ou des bras ou des serres ; deux ou quatre mâchoires qui ne sont que les bases ou articles inférieurs des palpes et de la première paire de pieds; enfin une languette formée d'une ou de deux pièces.
Les organes de la circulation sont plus simples encore que dans les Crustacés. Le cœur est placé dans l'abdomen. Il est sous la forme d'un gros vaisseau charnu renflé dans sa partie supérieure et duquel naissent quelques branches assez volumineuses qui se rendent particulièrement aux organes respiratoires. Mais les vaisseaux afférens du cœur ou les veines ne sont encore que très imparfaitement connus.
Les Arachnides respirent soit par des tubes spiraux ou trachées disposées ordinairement en rayons, soit par des espèces de caviîés intérieures ou de sacs que l'on a comparés ou à des poumons ou à des branchies. Leur nombre est variable ainsi que celui d^s fentes ou stigmates par lesquelles l'air pénètre. Les ouvertures sont ordinairement placées à la face inférieure de l'abdomen.
Les organes générateurs sont fort variables. Ils sont placés sur la poitrine ou au commencement de l'abdomen. Dans les Arachnides ou araignées proprement dites, ceux des mâles occupent l'extrémité des palpes ou de la première paire de pieds, de sorte que dans ces animaux la fécondation a lieu par une suite d'altouchemens que le mâ4e exerce en approchant l'extrémité de ses palpes de la vulve de la femelle.
Le système nerveux de ces animaux est le plus communément formé de deux ganglions unis par des branches de communication et envoyant des filets aux organes environnans; d'autres fois, comme dans les scorpions, le nombre des ganglions va jusqu'à sept , disposition dont la forme alongée de l'abdomen de ces animaux rend bien compte.
Les yeux, qui sont les seuls organes des sens bien distincts, sont simples et lisses; caractère qui distingue les Arachnides des Crustacés et des Insectes. Leur nombre varie de deux à'ïppt .
LES ARACHNIDES PULMONAIRES. a5o,
et quelquefois môme davantage. Ils sont diversement groupés sur la tête où ils se montrent sous la forme de points ou de petites taches.
Plusieurs Arachnides ont la propriété de se filer un e toile. Nous expliquerons la manière dont se forment ces fil s en traitant tout à l'heure des Arachnides fileuses. La piqûre de quelques unes est suivie d'accidens souvent assez graves. Nous entrerons dans quelques détails à ce sujet en parlant des espèces qui peuvent y donner lieu.
Les Arachnides sont des animaux carnassiers qui vivent particulièrement d'insectes auxquels elles font une guerre assidue en s'aidant de pièges et d'emhuches. Quelques unes cependant vivent en parasites attachées au corps des autres animaux dont elles pompent les liquides au moyen de leur syphon. Enfin, il en est un certain nombre que l'on trouve dans les petites pustules qui caractérisent certaines maladies, comme le sarcopte qui vit dans les pustules des galeux.
On a divisé la classe des Arachnides en deux ordres , d'après la nature des organes respiratoires, savoir: 1° les Arachnides 'pulmonaires , 2° les Arachnides trachéennes.
PREMIER ORDRE
Leurs organes respiratoires sont des espèces de sacs traversés par des lames ou des cloisons ; ils ont une véritable circulation. Le nombre des fentes stigmatiques est de six à huit, et celui des yeux lisses est également de six à huit. Leur bouche est organisée comme celle des autres animaux broyeurs , c'est-àdire composée de mandibules et de mâchoires. Cet ordre a été subdivisé en deux familles, 1° les Fileuses, 2° les Pédipalpes.
Ve Famille. Les JF lieuses.
Cette famille comprend les véritables Araignées, celles auxquelles tout le monde donne ce nom. Elles ont constamment huit pieds, deux palpes de même forme et quelquefois presque de même grandeur que les pieds, terminés par un
a6o les arachnides pulmonaires.
petit crochet mobile j des chélicôres ou antennes pinces Unissant en un crochet replié en dessous, très acéré à son sommet et présentant une petite fente par laquelle s'écoule un venin qui s'insinue dans les plaies faites avec le crochet mobile. De là les accidens qui résultent de la piqù re ou de la morsure de ces animaux. Un autre caractère de ces Arachnides, c'est qu'elles ont la faculté de se fder une toile qui leur sert de piège pour prendre les petits insectes dont elles font leur nourriture. A cet effet elles ont dans l'intérieur de l'abdomen un appareil propre à la sécrétion du fluide qui en se condensant forme les filamens de la soie. Il consiste en deux petits réservoirs pyriformes , desquels partent quatre longs vaisseaux flexueux et plusieurs fois repliés sur eux-mêmes se réunissant en un tube commun très délié qui se rend aux filières placées près de l'anus. Ces filières, au nombre de quatre à six, sous la forme de papilles coniques ou cylindriques , sout percées de deux trous excessivementfins , par lesquels sort le liquide qui à sa sortie se condense en un fil extrêmement délié.
Parmi les genres nombreux de cette famille , nous mentionnerons les suivans :
1° Les Araignées (Aranea Latr.), qui tendent leurs toiles dans l'intérieur de nos habitations, ou sur les plantes et les arbres des bois ou des jardins. Deux des filières qui terminent leur abdomen sont plus longues que les autres ; leurs deux palpes sont plus courts que les pattes. L'Araignée domestique (A. domeslica L.) est le type de ce genre, qui renferme un très grand nombre d'espèces.
2° Les Mygales (Mygale Walcken.). Ce sont les plus grosses espèces de toute la famille : leurs palpes sont robustes, terminés par un crochet mobile. Les chélicères sont très fortes , et leurs crochets sont aigus et recourbés en dessous : on trouve deux sacs pulmonaires de chaque côté. L'espèce principale de ce genre est la Mygale aviculaire (M. avicularia Walc), originaire de l'Amérique méridionale, qui est d'un brun foncé, velue, et couvre, quand elle est en repos , un espace de quatre à cinq pouces et même davantage. Elle est assez forte pour se saisir des très petits oiseaux, qu'elle finit par tuer avec
son venin. Sa piqûre peut occasionner des accidens assez graves chez l'homme. Nous en avons quelques espèces en Europe : elles sont beaucoup moins grosses que les exotiques ; telle est , par exemple , la Mygale maçonne [M. cœmentaria Latr. ) , ainsi nommée parce qu'elle se construit dans la terre une demeure dont elle bouche l'entrée avec une porte mobile recouverte de ciment ou de terre.
3° Les Théridions (Theridion Walck.) forment un petit genre caractérisé par un thorax triangulaire ou cordiforme , et par quatre des yeux placés sur une partie plus élevée de la tête.
L'une des espèces de ce genre, le Théridion malmignatte (T. tredecimguttatus), a le corps noir avec treize petites taches rouges sur l'abdomen. On le trouve en Italie et dans l'île de Corse. Sa piqûre est souvent suivie de symptômes assez graves. M. le docteur Cauro, de Corse, a soutenu sur ce sujet une dissertation inaugurale à la Faculté de médecine de Paris, qui est imprimée parmi les thèses de l'année 1833, n° 128.
4° Les Lycoses (Lycosa Latr.). Leurs huit yeux sont disposés en un quadrilatère alongé ; les extérieurs ne sont pas portés sur une éminence particulière. Les espèces de ce genre sont très voraces j elles se tiennent communément à terre , et logent dans des trous ou terriers qu'elles tapissent de fils de soie. L'espèce de ce genre la plus connue est celle que l'on nomme vulgairement Tarentule ( L. tarentulà) , ainsi appelée parce qu'on l'a d'abord observée aux environs de la ville de Tarente , en Italie. Elle est longue d'environ un pouce ; de couleur brune tachetée de noir; le dessous de l'abdomen, rouge, est traversé dans son milieu par une bande noire. On a beaucoup exagéré les accidens produits par la piqûre de la Tarentule , et surtout on les a accompagnés de circonstances extraordinaires. On a donné le non de Tarentisme ou de Tarentulisme à l'ensemble des phénomènes qui sont la suite de la morsure de la Tarentule : ils consistent dans une douleur assez vive accompagnée de gonflement, et quelquefois de phlyctènes dans le voisinage de la piqûre ; assez souvent il survient quelques accidens nerveux, tels qu'un malaise général , de la faiblesse , des vertiges , des syncopes, surtout chez les sujets qui se laissent aller a la
2Ôî LES ARACHNIDES rUXMONAIHES.
crainte. Des lotions et des cataplasmes émolliens , l'application de l'eau acidulée avec du vinaigre , l'ammoniaque liquide , suffisent dans le plus grand nombre des cas pour faire disparaître ces accidens. On a dit , et Baglivi n'a pas peu contribué à répandre cette opinion dans sa dissertation spéciale sur ce sujet, que la musique et la danse étaient les meilleurs remèdes du tarentulisme. A cet effet on faisait approcher du malade quelques musiciens, qui jouaient des airs vifs et gais; le malade, entraîné par l'effet de la musique , se mettait à danser, à sauter, à tourner, jusqu'à ce qu'exténué de fatigue et couvert de sueur il tombât épuisé. Cette sueur salutaire était en effet très propre à amener la guérison de la maladie ; mais la musique n'était pas le seul moyen d'y parvenir.
On trouve une autre espèce de ce genre dans le midi de la France : c'est la Lycosa Narbonensis. Elle est un peu moins grande que celle d'Italie ; le dessous de son abdomen, très noir, est bordé de rouge.
Plusieurs autres espèces se trouvent jusqu'aux environs de Paris. Leur piqûre et celle des diverses espèces du genre Araignée peut être suivie de quelques accidens locaux ; mais ces accidens n'ont aucune gravité, et ne demandent qu'un traitement très simple : il suffit , dans le plus grand nombre des cas , de lotions faites avec de l'eau pure , ou l'application de l'alcali volatil pour les dissiper.
2e Famille. Les JPéaipaipes,
Oh les reconnaît à leurs palpes très longs, ordinairement terminés par une pince analogue à celle des Crustacés , ou par une griffe mobile ; leur abdomen est souvent composé de segmens articulés , et il manque de ces tubes saillans ou filières qui le terminent dans les Arachnides fileuses. Cette famille a pour type le genre
Scorpion (Scorpio L.). Le corps est alongé ; le céphalothorax est court, l'abdomen fort long, presque confondu avec le céphalothorax, et terminé brusquement par une partie rétrécie, plus longue que la portion supérieure, et qu'on nomme vulgairement la queue. Elle se compose de six ssgmens , dont l'info-
rieur, plus renflé et relevé, se termine par une pointe recourbée très forte, sous l'extrémité de laquelle sont deux petits trous par où s'écoule un venin contenu dans un réservoir intérieur: c'est là le dard du scorpion. Ainsi , c'est par l'extrémité de sa queue que le scorpion pique , tandis que c'est par les mandibules ou chelicères que les autres Arachnides peuvent produire le même effet. Les palpes , dans ce genre , sont très développés et terminés par une pince : le nombre des sacs pulmonaires et des stigmates est de huit. Ala base du thorax, au dessous de la naissance de la dernière paire de pattes, on trouve deux organes singuliers qui ont la forme.de peignes : on en ignore l'usage ; le nombre des dents de ces organes varie dans les diverses espèces, et peut servir assez souvent pour les caractériser.
Les scorpions vivent surtout dans les pays chauds. Quelques espèces y acquièrent même des proportions assez considérables. Ils rampent à terre dans les lieux bas et frais , se cachent sous les pierres dans les maisons inhabitées. Quand ils marchent, ils relèvent leur queue d'une manière singulière.
Le Scorpion d'Europe {S. Europœus L.) long d'environ deux pouces , de couleur brune; les pieds jaunâtres ainsi que le dernier article de la queue. Les pinces sont anguleuses et presque cordiformes. Les organes en forme de peigne, composés de neuf dents. On le trouve dans le midi de la Frapçe.
Le Scorpion roussâtre {S. Occitanus Latreille), un peu plus grand que le précédent; d'une couleur rousse; les serres plus alongées et les peignes composés de vingt-huit dents et audelà. Il vit en Espagne, en Italie, dans les provinces méridionales de la France et en Barbarie.
La piqûre de ces deux espèces est suivie de quelques accidens locaux , tels que l'inflammation de la partie, la formation de phlyetènes , quelquefois avec réaction fébrile; mais en général ces accidens ne présentent aucun danger , surtout ceux que produit le Scorpion d'Europe. Il n'en est pas de môme de la piqûre des grandes espèces , et en particulier du Scorpion d'Afrique, qui a quelquefois cinq à six pouces de longueur; leur piqûre peut donner lieu aux symptômes les plus graves. Quant à l'espèce européenne , on remédie aux effets de sa piqûre par
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l'emploi de l'alcali volatil appliqué sur la plaie et administré à l'intérieur.
DEUXIEME ORDRE
LES ARACHNIDES TRACHÉENNES.
Ici les organes respiratoires sont des tubes ou trachées partant en rayonnant de deux ouvertures stigmatiques ; les organes de la circulation ont disparn f et les yeux lisses ne sont plus qu'au nombre de deux ou de quatre au plus.
Parmi les genres assez nombreux de cet ordre se trouvent : 1° Les Faucheurs [Phasangium L.), reconnaissables à leurs pattes extrêmement longues , et qui vivent dans des trous le long des murailles.
2° Les Mites [Acarus), animaux presque tous microscopiques, qui vivent soit sur les substances végétales ou animales, soit même dans l'intérieur des tissus des animaux, et peuvent y occasioner des maladies. Telle est l'espèce que l'on connaît plus particulièrement sous le nom de Sarcopte de la gale, et qu'on trouve dans le voisinage des [pustules des personnes affectées de cette maladie.
Sarcopte de la gale (Sarcojites scàbiei Latr.). Il y a déjà plusieurs siècles que quelques médecins avaient annoncé que la gale était produite par un animal microscopique qui laboure en quelque sorte l'épiderme, et s'y creuse des galeries. Celte opinion, admise et combattue tour à tour à diverses époques, était tombée dans un discrédit presque complet, quand M. Galès annonça, il y a une vingtaine d'années, avoir retrouvé le ciron dans le liquide des pustules des galeux, et en avoir observé plus de trois cents individus. Ce médecin en donna la description et la figure. Mais malheureusement on reconnut depuis que l'animal figuré par M. Galès n'était autre chose que la mite du fromage. Aussi le nombre des incrédules alla-t-il en augmentant.
Tel était l'état des choses quand, en 1834, M. le docteur Renucci, de Corse, démontra de la manière la plus péreniptoire l'existence réelle du sarcope, non pas dans les pustules même
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de la gale, mais à leur voisinage. Depuis cette époque, tous les médecins, tous les naturalistes, ont pu voir cet animal, et les nombreux travaux dont il a été l'objet ne laissent plus aucune sorte de doute sur son existence. Aussi, quoiqu'il ait été vu il y a plusieurs siècles, pensons-nous que l'honneur de la découverte doit être attribué à M. Renucci, qui a su tirer ce point important de l'obscurité et du doute dans lesquels il avait été plongé jusqu'à lui.
Quand on examine les mains ou quelque autre partie du corps chez un individu affecté de la gale, et qui n'a pas encore été soumis à un traitement, on voit dans le voisinage des pustules des espèces de lignes ou sillons irréguliers longs d'une à quatre lignes, et dont la direction est très variable relativement à la pustule. A l'extrémité de ce sillon la plus éloignée de la pustule, on aperçoit un petit point blanc dû au soulèvement de l'épiderme. C'est là que le sarcopte se trouve caché. On l'en extrait facilement en fendant soigneusement l'épiderme avec la pointe d'une épingle ou d'une aiguille. Il offre alors les ca- : ractères suivans :
Sa grosseur est à peine celle de la tête du plus fin camion. Sa forme générale est presque globuleuse ; il est semi-transpa- ■ rent; la tête et les pattes un peu brunes. Les antérieures , au i nombre de quatre, sont terminées par une sorte de tube au i sommet duquel est un syphon évasé, tronqué à sa partie supéj rieure et mobile. Les quatre pattes postérieures sont chacune ; terminées par une longue soie. A l'extrémité postérieure de l'abi domen sont quatre soies courtes et raides. La tête, qui est fort petite, porte également quatre soiescourtes,qui ont été à tort, i selon nous, considérées comme des antennes. Ces organes manquent dans toutes les Arachnides.
Selon M. le docteur Aubé, le sarcopte est un animal noci turne, qui pendant le jour se tient en quelque sorte blotti au fond du terrier qu'il s'est creusé, tandis qu'il en sort pendant I la nuit et se livre à des excursions et à de nouveaux traAraux. Aussi est-ce à ce moment que les galeux éprouvent ces atroces démangeaisons auxquelles il est si difficile de résister.
D'autres animaux sont également sujets à la gale. Ce qui est