DE LA NOIX DE GALLE
Nous avons dit précédemment que la noix de galle était une excroissance produite par la piqûre d'un insecte hyménoptère, de la famille des Pupivores , dans le sous-ordre des ïérébrans.
Les Cynips , que Geoffroy avait à tort nommés Diplolepis , forment un petit groupe que Latreille a désigné sous le nom de Gallicoles. Leur corps est court et voûté ■ leur téte est plus basse que le thorax, disposition qui les fait paraître comme bossus ; les antennes, droites et filiformes, sont ordinairement de treize à quinze articles ; les ailes supérieures, un peu plus longues que le corps, sont peu veinées, les inférieures ne le sont pas du tout ; la tarière est logée en partie ou en totalité dans une coulisse pratiquée le long du ventre. Cette tarière est filiforme, raide, pointue, roulée en spirale à son origine, creusée
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en gouttière à son extrémité libre, munie de petites dents latérales imitant celles d'un fer de flèche. C'est à l'aide de cette tarièi eque les Cynips piquent les tissus des plantes pour y introduire leurs œufs. Cette piqûre et la présence des œufs déterminent clans le point piqué un afflux considérable de liquides, d'où résultent ces excroissances connues sous les noms de galles ou de bcdêguars. C'est dans l'intérieur de ces galles que les œufs éclosent, et que les larves se nourrissent des parties intérieures de ces excroissances. Elles y subissent leurs dernières métamorphoses , et en sortent en perçant un trou , quand elles sont arrivées à leur état parfait.
Parmi les espèces de Cynips nous signalerons les suivantes : 1° Cynips de la. noix de galle , Cynips gallœ tinctoriœ L. Diplole} is gallœ tinctoriœ Geoff., Olivier (Voyages dans l'empire ottoman , pl. 15).
Cette espèce a trois ou quatre lignes de longueur; son corps, d'une couleur fauve pâle, est couvert d'un léger duvet blanchâtre et soyeux ; la partie inférieure de l'abdomen est noirâtre et brillante ; à sa partie supérieure on voit une tache d'un brun noiiàtre, très polie et luisante ; les nervures des ailes supérieures sont brunes.
Cette espèce vit en Orient sur un chêne (Querctis infectoria) et y produit les noix de galle les plus estimées. ( Voy. dans la partie botanique le genre Chêne, famille des Cupulifères.) 2° Cynips du figuier , Cynips Ficus caricœ Latr. C'est cette espèce qui dépose ses œufs dans l'intérieur du fruit des figuiers en Orient , et qui en hâte singulièrement la maturation. Les anciens se servaient en quelque sorte de ces insectes pour faire mûrir plus vite les seconds fruits des figuiers. Ils suspendaient quelques uns des premiers fruits qui contenaient ces Cynips sur les figuiers , et les insectes, en se répandant sur les autres fruits et les piquant pour y déposer leur progéniture en accéléraient la maturation. Cette opération, connue sous le nom de càprifi 'cation , est encore pratiquée dans quelques contrées de l'Orient.
3° Cynips du rosier , Cynips rosœ Latr.
Tout le inonde a eu occasion de remarquer sur les rosiers
sauvages des excroissances toutes couvertes de filamens herbacés, longs et serrés, verts ou rougeâtres, que l'on connaît sous le nom de Bédéguars. Elles sont produites par l'espèce de Cynips que Linné a nommée Cynips rosœ , et leur intérieur contient également la jeune progéniture de cette espèce.
L'Abeille ou Mouche a miel , Apis mellifica L. Part, usitées :le miel, la cire, le propolis.
Cet insecte , non moins célèbre par son industrie qu'utile par les produits qu'il donne aux arts et à l'économie domestique, appartient à la famille des Mellifères, dans la classe des insectes hyménoptères. Son corps est velu , brunâtre , avec une bande transversale grise, formée par un duvet fin et serré. Les Abeilles vivent en sociétés nombreuses, régies avec un ordre admirable, et par des lois qui ne varient point. Ces sociétés , qu'on nomme essaims , se composent de trois sortes d'individus : les mulets ou ouvrières , dont le nombre ordinaire est de quinze à vingt mille , et quelquefois môme trente mille dans une même ruche ; les mâles, que l'on appelle vulgairement bourdons ou faux-bourdons , et dont on compte environ six à huit cents ou mille dans une même société ; et enfin la femelle ou la reine , qui seule règne en despote sur le peuple qui compose l'essaim.
Ce sont les ouvrières qui sont chargées de tous les travaux de la société et de tous les soins domestiques qui peuvent en assurer l'existence et la multiplication. C'est avec la cire qu'elles construisent les habitations dans lesquelles elles vivent. D'après les observations de M. Huber fils , les demi-anneaux de 1 eur abdomen présentent chacun sur leur surface interne deux poches où la cire se sécrète, et forme des larmes qui sortent ensuite par les intervalles des anneaux. Selon le même naturaliste , la cire ne serait qu'une élaboration particulière du miel ; et le pollen que les abeilles vont recueillir sur les fleurs ne servirait qu'à leur nourriture et à celle de leurs larves.
Les ouvrières construisent avec la cire qu'elles excrètent des
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cloisons composées de cellules hexagonales , dans lesquelles sont déposés les œufs qui doivent former un nouvel essaim. Ces cloisons sont placées perpendiculairement, et composées de deux rangées opposées de cellules , qui se correspondent par leur fond. Elles sont désignées sous le nom de gâteaux , et situées parallèlement entre elles, de manière que les alvéoles soient horizontales. C'est dans ces cellules que sont déposés , dans les unes , le couvain , dans les autres , le miel ou le pollen. Parmi ces cellules , qui sont sensiblement égales entre elles . il y en a quelques unes , quelquefois de deux à quarante , plus grandes que les autres , ordinairement pendantes sur le bord des gâteaux, et qui sont destinées aux larves des femelles ou reines. Les cellules des mâles sont éparses au milieu de celles des ouvrières.
C'est avec une matière différente du miel et de la cire, qu'on nomme propolis , que les ouvrières bouchent hermétiquement, comme avec une sorte de mastic , toutes les fentes de leur demeure. Cette matière résineuse est recueillie par les abeilles sur les bourgeons, les jeunes rameaux, et même les feuilles de quelques végétaux.
« L'accouplement, dit M. Latreille (1), se fait au commencement de l'été , hors de la ruche ; et , suivant M. Huber , la femelle rentre dans son habitation, emportant avec elle, à l'extrémité de son abdomea , les parties sexuelles du mâle. Cette seule fécondation vivifie , à ce qu'on croit, les œufs qu'elle peut pondre dans le cours de deux ans , et peut-être même pendant sa vie entière. Les pontes se succèdent rapidement , et ne cessent qu'en automne. Réaumur évalue à douze mille le nombre des œufs qu'une seule femelle pond au printemps, dans l'espace de vingt jours. Guidée par son instinct, elle ne se méprend pas sur le choix des alvéoles qui leur sont propres. Cependant quelquefois , comme il n'y a pas une quantité suffisante d'alvéoles , eMe dépose plusieurs œufs dans le même. Les ouvrières en font ensuite le triage. Ceux qu'elle produit au retour de la belle saison sont tous des œufs d'ouvrières, qui éclosent au bout de
(1) Voyez Cuvicr, Règne animal, V édit. /vol. V, p.
quatre à cinq jours. Les abeilles ont soin de donner aux larves la pâtée qui leur est nécessaire, proportionnellement à leur âge. Six ou sept jours après leur naissance, elles se disposent à subir leurs métamorphoses. Enfermées dans leurs cellules par les ouvrières qui en ont bouché l'ouverture avec un couvercle bombé , elles tapissent les parois de leur demeure avec une toile de soie, se filent une coque, deviennent nymphes, et, au bout d'environ douze jours de réclusion , se dégagent et se montrent sous la forme d'abeilles. Les ouvrières nettoient aussitôt leurs loges , afin qu'elles soient propres à recevoir un nouvel œuf. Mais il n'en est pas ainsi des cellules royales; elles sont détruites, et les abeilles en reconstruisent d'autres s'il est nécessaire. Les œufs contenant des mâles sont pondus deux mois plus tard , et ceux des femelles bientôt après ceux-ci.
»> Cette succession de générations forme autant de sociétés particulières , susceptibles de fonder de nouvelles colonies , et que l'on connaît sous le nom d'essaims. Une ruche en donne quelquefois trois à quatre \ mais les dernières sont toujours faibles. »
1 0 Du MIEL , Mel album .
Le miel , d'après l'opinion la plus généralement admise, est une matière dont les abeilles recueillent les matériaux dans l'intérieur des fleurs , où elle est sécrétée par les glandes nectarifères , mais qui subit, dans l'estomac de l'insecte, une élaboration particulière. Elles le déposent dans les alvéoles de leurs gâteaux , où elles le tiennent en réserve pour servir à la nourriture des larves , et pour l'alimentation commune pendant la mauvaise saison.
Pour obtenir le miel , on prend la partie supérieure des gâteaux, et, en les plaçant sur une claie, il s'en écoule un miel très pur, liquide, le plus estimé de tous , et qu'on désigne sous le nom de miel vierge. Les gâteaux de cire sont ensuite soumis à la presse , et l'on obtient un miel moins pur , mais plus abondant.
Le miel de bonne qualité présente les caractères suivans : il est mou, blanchâtre, grenu, formant quelquefois des masses
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plus denses dans une partie plus liquide ; il est soluble en totalité dans l'eau , et susceptible de la fermentation alcoolique ; sa saveur est douce, sucrée, agréable et légèrement aromatique. 11 est composé en grande partie d'un principe sucré analogue à celui qu'on trouve dans le suc de raisin ; d'une autre sorte de sucre semblable à celui de canne, de mannite ; d'un acide, que l'on croit être l'acétique 5 d'un principe aromatique , et d'une petite quantité de cire.
g&Le miel le plus estimé en France est celui qu'on récolte dans les provinces méridionales , et qu'on connaît sous le nom de miel de Narbonne. Il est très blanc, grenu et aromatique. Le miel du Gâtinais vient ensuite , et c'est celui dont on fait la plus grande consommation , surtout pour la préparation des sirops. EnGn, dans plusieurs autres provinces de la France, en Bourgogne , en Bretagne, on récolte des miels qui sont moins blancs et moins estimés.
Le miel est souvent falsiGé par les marchands , qui y mélangent de la fécule afin de le blanchir. Mais on reconnaît facilement cette fraude , en remarquant que le miel ainsi frelaté a perdu son aspect granuleux ; et d'ailleurs la présence de la fécule peut être facilement reconnue, au moyen de la teinture d'iode , qui communique une couleur violacée à l'eau dans laquelle on a dissous une certaine quantité de ce miel.
Propriétés et usages. Le miel est très employé dans l'économie domestique. En médecine et en pharmacie , on en fait un très fréquent usage. Ainsi , on édulcore très souvent les tisanes avec celte substance sucrée. C'est avec le miel que se préparent les mellites , les oxymels et les sirops de miel. Le laudanum de Bousseau est le résultat de la fermentation simultanée de l'opium et du miel. L'onguent égyptiac est un mellite d'acétate de cuivre.
Nous avons dit précédemment que le miel était susceptible de la fermentation alcoolique. C'est par suite de cette propriété qu'on prépare l'hydromel , boisson dont font un très fréquent usage les habilans du nord de l'Europe.
Certains miels ont parfois provoqué des accidens , qui paraissent dépendre des plantes sur lesquelles ils ont été recueillis
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par les abeilles. C'est ainsi qu'on a remarqué, dans l'Amérique du nord , que le miel que les abeilles puisent sur les fleurs des kalmias cause souvent des vertiges. M. Aug. de Saint-Hilaire , pendant son voyage au Brésil , a failli périr, lui et un de ses guides , pour avoir mangé une certaine quantité de miel d'une abeille nommée lecheguana. Il fut en proie aux accidens les plus graves, et surtout à une frénésie qui ne se dissipa qu'avec peine. Cependant ce miel, analysé par M. Lassaigne , n'a présenté aucun principe qui pût rendre compte de son action délétère. On trouve la relation détaillée de cette sorte d'empoisonnement dans la cinquième livraison des Plantes remarquables du Brésil et du Paraguai, par M. de Saint-Hilaire.
2° De la cire, Cera .
C'est la matière qui forme les gâteaux des Abeilles. Quand on en a retiré le miel , on les fait fondre à une douce chaleur ; on les passe à travers une étamine , et l'on en forme des pains plus ou moins volumineux en la coulant dans des moules. Elle forme alors la cire jaune , qui doit sa couleur et l'odeur qu'elle offre à des corps étrangers qui y sont mélangés. Pour la purger, on la fait fondre et on la verse toute liquide sur un cylindre en bois mu horizontalement dans l'eau. La cire forme alors des grumeaux plus ou moins volumineux. On les recueille, on les place sur des châssis en toile , que l'on expose sur un pré, à l'action de l'air et de la lumière, en ayant soin de les arroser tous les soirs. Petit à petit elle perd sa couleur jaune , devient blanche , opaque, cassante ; et c'est dans cet état qu'on la désigne sous le nom de cire blanche ou cire vierge. Assez communément on y mélange une petite quantité de suif, pour lui rendre le liant qu'elle a perdu.
La cire bien pure présente les caractères suivans : elle est solide , blanche, cassante, n'ayant point d'odeur ni de saveur bien marquées. Elle se ramollit et devient malléable à une douce chaleur , se fond à 70 degrés. Projetée sur des charbons ardens , elle s'enflamme , brûle , et se volatilise. Elle est tout à fait insoluble dans l'eau , peu soluble dans l'alcool , qui n'en dissout qu'environ un centième de son poids , suivant M. Che-
ôô% l'KS HYMÉNOPTi'JtKS.
l'éther bouillant n'en dissout qu'un quart de son poids, et , de môme que l'alcool , il l'abandonne par refroidissement • mais elle se dissout dans les huiles volatiles.
D'après le docteur John , la cire se compose de deux principes, l'un soluble dans l'alcool , et qu'il nomme cêrine ; l'autre insoluble , appelé myricine , parce qu'il existe aussi en très grande abondance dans la cire végétale qui exsude de plusieurs espèces du genre myrica. MM. Félix Boudet et Boissenot ont publié , dans le Journal de Pharmacie (janvier 1827) , une nouvelle analyse de la cire, qui confirme l'existence des deux produits obtenus par le docteur John. La myricine, selon ces jeunes chimistes , inaltérable par les alcalis caustiques, est susceptible de se volatiliser en grande partie sans décomposition; elle se rapproche des corps gras du troisième genre , comme la cholestérine, l'éthal. La ce/me, traitée par les alcalis, fournit des acides margarique et oléique , et une matière grasse neutre , insaponiGable , dont l'existence n'avait point encore été constatée dans la cire.
Pendant fort long-temps on a cru que les Abeilles recueillaient la cire toute formée sur les végétaux. Il est vrai que certaines plantes exsudent une matière , sinon parfaitement identique , du moins jouissant de plusieurs des propriétés de la cire. C'est ainsi que plusieurs Myrica, le Ceroxylon andicolà, grand palmier découvert par M. de Humboldt, dans les Andes du Pérou ; le Benincasa cerifera , plante de la famille des Cucurbitacées, et plusieurs autres, produisent une matière qui est un mélange de cire et de quelques autres principes. On a remarqué aussi que les feuilles d'un grand nombre de végétaux sont recouvertes d'une couche mince de cire, qui leur donne un aspect blanchâtre , que les botanistes ont désigné par l'épithète de glauque. Mais aujourd'hui il est démontré par l'expérience que la cire des abeilles est une excrétion animale. Sans doute que l'abeille en puise les matériaux dans les substances végétales dont elle se nourrit. Mais c'est dans les petites poches placées entre les segmens inférieurs de son abdomen que cette matière est élaborée. Déjà depuis long-temps Bonnet et Hunter avaient reconnu que la cire était sécrétée par l'abeille ; mais c'est aux
LES HYMKNOPTHRES.
expériences ingénieuses de M. Huber, de Genève, que l'on doit la démonstration matérielle de cette vérité. 11 renferma un essaim d'abeilles dans une ruche nue , en ne leur donnant pour :oute nourriture que du miel et de l'eau. Cependant, au bout le quelques jours , elles eurent construit des rayons d'une cire extrêmement pure ; d'où il est impossible de ne pas tirer cette conséquence , qu'elles avaient formé cette matière de toutes nèces , puisqu'elles n'avaient pu aller la récolter sur les végéaux.
Propriétés et usages. L'économie domestique et la pharmacie ont une très grande consommation de cire dans ses différens ;tats. Tout le monde sait que la bougie est faite avec la cire , i laquelle on mélange une petite quantité de suif, pour la •endre moins cassante. La cire jaune entre dans la préparation le la plupart des onguens et des emplâtres. Le cérat est un élange de cire fondue et d'huile d'olives , exactement unies, a cire blanche est également employée comme médicament , oit à l'extérieur, soit à l'intérieur. Ainsi on l'applique quelqueis sur les cors qui se développent aux orteils, afin de les amollir et de les extirper plus facilement. M. Duval a recommandé de remplir de cire les dents cariées , afin d'arrêter les >rogrès de la maladie en les soustrayant à l'action de l'air. On e sert quelquefois de petites boulettes de cire pour arrêter 'hémorrhagie des vaisseaux qui pénètrent dans les os , lors de 'amputation des membres.
A l'intérieur , c'est principalement contre la dysenterie et diarrhée avec ulcération des intestins , qu'on a le plus préonisé l'emploi de la cire. Dioscoride la regardait déjà comme n remède très efficace dans ces cas. La dose est d'un scrupule à n demi-gros , donnée trois ou quatre fois dans un jour. On administre, soit seule, soit unie au savon, sous la forme de ilulesj ou bien on en prépare une sorte de cérat avec de huile d'amandes douces, et on le suspend dans une émulsion u moyen d'un jaune d'œuf. Cependant en France la cire est ieu employée à l'intérieur.
Enfin , la cire diversement colorée sert à modeler ces pièces natomiques destinées à nous représenter la structure des di-
vers organes et les altérations qu'ils peuvent éprouver, et qu'on conserve dans les collections pour la facilité de l'étude.