LES POLYPES GÉLATINEUX
Ils diffèrent des précédens par leur substance molle et gélatineuse. Leur forme est cylindrique ou conique. Ils n'ont intérieurement aucune partie dure et résistante qui forme un axe.
Parmi le petit nombre de genres qui forment ce second ordre nous citerons
Les Polypes a bras ou Polypes d'eau douce ( Hydra L.). Leur corps est conique , aminci à son extrémité inférieure qui est adhérente; la bouche placée à l'extrémité opposée est environnée de tentacules. Ce sont des animaux fort petits , longs de quelques lignes , qui vivent dans nos eaux douces et dormantes.
Ils sont devenus célèbres par les expériences curieuses de Tremblei et par les résultats aussi extraordinaires que nouveaux auxquels il arriva. Nous nous contenterons d'en rappeler ici quelques uns des plus importans. Les Polypes d'eau douce paraissent être entièrement privés d'organes sexuels. Sur la surface extérieure de leur corps se développent des espèces de petits bourgeons, qui en se détachant reproduisent des individus parfaits. C'est, comme on voit, un exemple de génération gemmipare. On peut encore couper par fragmens le corps de ces animaux, et chaque portion reformera un animal complet. Si l'on coupe un tentacule , on le voit bientôt se reproduire. Le sac alimentaire des Hydres jouit d'une force de digestion extraordinaire. Ainsi on voit en peu d'instans disparaître et se fondre les animaux infusoiresou les autres matières organiques qui pénètrent dans cette cavité. Mais ce qui n'est pas moins extraordinaire, c'est que l'on peut en quelque sorte retourner l'animal comme un doigt de gant, de manière que sa surface extérieure devienne intérieure, et cette surface devenue l'estomac digérera avec la même force et la même promptitude. Qu'on juge de l'étonnement que durent causer ces expériences, lorsque Tremblei les signala il y près d'un siècle à l'attention des observateurs.
TROISIÈME ORDRE
Ce dernier ordre des Polypes renferme tous ceux qui sont réunis , agrégés de manière à former des individus composés , ayant en quelque sorte un seul corps commun , à la nutrition générale et aux mouvemens duquel chaque petit être concourt. Tous ces petits animaux sont autant de petits Polypes à bras. Ils se construisent en commun une demeure dont la forme et la consistance varient à l'infini , et qu'on désigne sous le nom de Polypier. Tantôt ces Polypiers sont durs et pierreux, tantôt ils ont la consistance de la corne et sont flexibles. Leur forme rappelle quelquefois celle du tronc d'un arbre régulièrement ramifié , comme dans les Coraux , les Gorgones , les Corallines ;
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tantôt c'est une masse pierreuse qui s'élève du fond des mers , s'accroît presqu'à l'infini , et se compose de tubes, de cellules, de porcs , de lamelles , etc. , entre lesquels sont logés les Polypes qui les ont produits, et qui en se multipliant tendent sans cesse à les accroître.
D'après la nature et la forme des Polypiers, cet ordre a été divisé en trois tribus.
lr* Tribu. Les Polypes a tuyaux.
Les Polypiers habités par ces Polypes sont des tubes ouverts à leurs extrémités et quelquefois sur les côtés , pour laisser passer la tête armée de tentacules. Ces Polypiers sont tantôt pierreux et tantôt cornés. Tels sont les genres Tubipore {Tubipora L.) , Tubulaire ( Tubularia L.) , Sertulaire {Sertularia L.).
2e Tribu. Les Polypes a cellules.
Comme dans la tribu précédente, ces Polypes sont encore très analogues aux Hydres ou Polypes gélatineux. Chacun d'eux est placé dans une cellule à parois minces calcaires ou cornées. Les cellules et les Polypes qui y sont contenus communiquent tous ensemble.
Parmi les genres de cette tribu on trouve les Cellulaires ( Cellularia L.), les Flustres [Flustra L.) , les Cellépores (Ccllepora Fabr.). On en a aussi rapproché les Corallines (Corallina L.), dont une espèce est employée en médecine. C'est la suivante :
Coralline blanche, Corallina ojficinalis L.
Part, usitée: le polypier tout entier , sous le nom de coralline officinale
ou coralline de Corse.
On a rangé celte production parmi les Polypes à polypiers , parce qu'en effet elle en offre tous les caractères , bien que cependant on n'ait point encore pu observer les animaux qui habitent le polypier. Celui-ci est rameux, calcaire, fixé par la base de sa tige sur les rochers au fond de la mer. II se compose
LES POLYPES A POLYPIlillS. 353
d'articles homogènes grêles, longs d'une ou de deux lignes, sans écorce et sans apparence de trous pour le passage des polypes. Ses articles sont renflés vers leur partie supérieure ; et par leur arrangement symétrique, ils semblent disposés comme les folioles des feuilles bipinnées. La Coralline est légère , rougeâtre quand elle est fraîche ; cependant on en trouve de brune, de verdàtre. Cette coloration paraît dépendre de la nature des corps sur lesquels elle est fixée. Mais , en se desséchant, elle prend une teinte plus ou moins blanche, une odeur d'éponge, et une saveur salée et peu agréable.
Analysée par M. Bouvier {Ann. de CIdin. , t. VIII, p. 308) , elle s'est trouvée composée des matériaux suivans :
Eau 140
Gélatine.. • • 66
Albumine 64
Carbonate de chaux 616
de magnésie 74
Sulfate de chaux 19
Muriate de soude 10
Silice 7
Phosphate de chaux 3
Oxide de fer 2
Propriétés et usages. La Coralline a été placée au nombre des médicamens authelinintiques. Mais , quoiqu'elle ait joui jadis d'une assez grande réputation, on en fait aujourd'hui fort rarement usage, parce que, en effet, elle ne parait pas très efficace. On préparait autrefois un sirop de Coralline; on la donnait aussi en poudre sous la forme de bols et d'électuaires ; mais, nous le répétons, on y a bien rarement recours dans la pratique.
3e Tribu. Les Polypes corticaux.
Leur organisation est un peu plus compliquée que celle des deux tribus précédentes, et sous ce rapport ils se rapprochent plus des Actinies, que des Hydres. Ils sont renfermés dans les alvéoles d'une matière comme gélatineuse, qui revêt à la mai- 23
nière d'une écoree un axe corné ou pierreux. On a subdivisé celle tribu en quatre familles :
1": Famille. Les Vératophytea.
Ce sont tous ceux donl l'axe, plus ou moins ramifié, offre la dureté du bois ou de la corne. Par exemple : les Antipatbes (Antipathes L.), vulgairement désignés sous le nom de Corail noir ; Les Gorgones ( Gorgonia L.) , etc.
2e Famille. Les Ktithophytett.
Le polypier est de substance calcaire , le plus souvent ramifié à la manière d'im tronc d'arbre, et ne présentant ni tubes ni cellules. Tels sont par exemple : les Madrépores, si variés dans leurs formes et dans leur volume , et qui forment quelquefois au fond des mers des masses volumineuses, qui finissent par s'élever jusqu'à la surface et y produisent des écueils. Tels sont les Isis ou Coraux, dont on emploie une espèce :
Corail rouge. Isis nobilis L. Part, usitée tout le polypier.
Tout le monde connaît cette production marine , que sa dureté , le poli brillant dont elle est susceptible , et sa belle couleur rouge , rendent très propre à la fabrication des bijoux. Le coralil a son axe calcaire très dur, branchu à la manière des arbres , sans articulations ni cellules , seulement strié longitudinalement. Dans l'état de vie, cette partie solide est revêtue d'une sorte d'écorce ebarnue , composée d'une multitude de petits Polypes , qui ont chacun huit bras dentelés , un estomac et une seule ouverture. Cette couche animée est pénétrée d'un grand nombre de granulations calcaires; et en se desséchant elle forme une croûte inégale , souvent colorée.
Le Corail se trouve dans la profondeur des mers , fixé sur les roches sous-marines. C'est surtout dans la Méditerranée que la pèche de ce polypier est un objet considérable de commerce. Mais cependant chaque jour la consommation en diminue , du moins en France , où cette substance esl.beaucoup moins recherchée.
D'après l'analyse qui en a été faite par M. Yogel [Ann. de Chimie , t. LX.XXLX , p. 113), le Corail est composé d'environ les quatre cinquièmes de son poids de carbonate calcaire ; on y trouve encore quelques autres substances , comme de la magnésie , de l'oxide rouge de fer, etc.
Propriétés et usages. Le Corail est bien peu employé en médecine. Réduit en poudre extrêmement fine , il entre dans quelques poudres dentifrices ; et c'est à peu près à cela seul que se borne aujourd'hui son usage médical.
3e Famille. Les Polypiers nageurs»
Se distinguent de tous les autres en ce qu'ils ne sont pas fixés par leur partie inférieure , mais qu'ils sont libres et flottans au milieu des eaux. Par exemple : les Pennatbles [Pentialula L.), ainsi nommées parce que leur forme générale est celle d'une plume calcaire , flottant entre deux eaux ; les Pavonaires , etc.
4e Famille. Les Alcyotiiens,
L'écorce animale ne renferme qu'une substance charnue, sans axe ni osseux ni corné.
Les Alcyons {Alcyonium L. ) ressemblent presque à des éponges coriaces et charnues , dont la forme est excessivement variée. Leur écorce est dure et présente des cellules qui contiennent les Polypes, lesquels ont huit bras dentelés. Leur organisation est celle des Actinies.
On a rapproché des Alcyons le genre des Eponges {Spongia L.).
Éponge usuelle. Spongia qfficinalis L.
Part, usitée : le polypier tout entier.
Les Éponges sont des masses d'un tissu dur et résistant , spongieux , de forme et de couleur extrêmement variées , et qui , dans l'état de vie , c'est-à-dire encore adhérentes aux rochers du fond des mers , sont recouvertes d'une couche muqueuse , que l'on considère comme animée. Les opinions les plus diverses ont été émises sur la nature de ces corps singuliers , que l'on a tour à tour considérés comme des plantes ou
comme des animaux. Aujourd'hui la plupart des naturalistes s'accordent à les ranger parmi les Zoophy tes à polypiers flexibles. Plusieurs zoologistes se sont occupés de l'histoire des Éponges , et ont cherché à éclairer leur organisation. C'est ainsi qu'Olivi, dans sa Zoologie de la mer Adriatique , a cité des observations très curieuses du pèreVio (et non Yito, comme beaucoup d'auteurs l'ont écrit) , dans lesquelles il est fait mention des mouvemens de contraction et de dilatation que la masse de l'éponge éprouve sous l'influence de certains agens. Ces mouvemens , qui avaient déjà été mentionnés par un grand nombre d'auteurs, même dans l'antiquité, sont tout à fait niés par M. Grant et par Lamouroux, à qui l'on doit une excellente histoire des polypiers flexibles. Ce naturaliste habile , enlevé par une mort prématurée à l'histoire naturelle, dont ses travaux avaient éclairé plusieurs points , dit avoir examiné un très grand nombre d'Épongés vivantes , et jamais il n'y a reconnu aucun des mouvemens de sistole et de diastole, ou de contraction et d'expansion, que plusieurs auteurs ont cru y entrevoir. Il dit même que la structure de ces corps ne se prête pas à ces mouvemens.il pense que les polypiers sur lesquels les observations du Père Vio et des autres naturalistes qui ont émis la même opinion ont été faites , n'étaient pas des Éponges , mais bien des Alcyons , Zoophytes extrêmement rapprochés des Eponges , que l'on peut confondre avec elles , et qui jouissent en effet de la faculté de se contracter , et par conséquent de se mouvoir. On voit que c'est encore un point obscur de la zoologie qui demande de nouvelles observations , avant qu'on puisse émettre une opinion bien certaine.
L'espèce dont on fait l'usage le plus fréquent est commune dans toutes les mers, mais plus spécialement dans la Méditerranée , et surtout dans les îles de l'Archipel.
Avant de se servir des Éponges , elles ont été lavées et dépouillées de la matière animale qu'elles renferment, et des petites pierres qui pénètrent dans les mailles de leur tissu. On les blanchit ensuite en les plongeant dans une dissolution légère de chlore.
Les Éponges , ainsi débarrassées des corps étrangers qu'elles contenaient , sont extrêmement légères , et jouissent à un haut
degré de la propriété de se laisser pénétrer par l'eau, qui n'exerce aucune altération sur leur tissu , qu'elle gonfle seulement d'une manière très sensible.
Propriétés et usages. Tout le monde connaît l'emploi des éponges fines dans la toilette , et c'est là leur principale utilité. Cependant on s'en sert aussi en médecine : c'est ainsi que , calcinées dans un vaisseau clos , on en forme une sorte de charbon que Ton employait autrefois, non seulement contre les scrofules , mais aussi contre le goitre. Aujourd'hui l'on peut parfaitement se rendre compte de l'action des Eponges calcinées contre ces deux affections, depuis que l'analyse chimique a démontré dans les éponges l'existence d'une certaine quantité d'iode. Or, on sait que cette dernière substance est souvent administrée avec beaucoup d'avantage contre le goitre ou les affections scrofuleuses ; mais cependant on a rarement recours aux préparations d'Épongés calcinées , aujourd'hui que les diverses préparations d'iode sont plus souvent mises en usage.
Pour l'usage chirurgical on fait subir aux Éponges différentes préparations, qui ont pour objet de les réduire au plus petit volume qu'elles puissent occuper, afin de s'en servir comme moyen de dilatation. On emploie deux procédés pour comprimer les Éponges : l'un consiste à les plonger dans de la cire en fusion , et à les exposer ensuite à une forte pression : la cire, en se figeant, les retient dans cet état de compression ; le second procédé, plus généralement usité aujourd'hui, a pour objet de comprimer les Éponges en les serrant fortement au moyen d'une ficelle dont on les entoure. Un petit fragment d'Épongé préparée, introduit dans une plaie fistuleuse, s'y gonfle, occupe un espace beaucoup plus considérable , et est fréquemment employé pour dilater certains conduits fistuleux.
Si quelques naturalistes anciens avaient eu le tort de rapporter au règne végétal tous ces polypiers flexibles et pierreux que leur forme dendroïde rapproche des végétaux , peut-être peut-on également reprocher aux zoologistes modernes d'avoir considéré toutes ces productions sans exception comme faisant partie du règne animal. Les observations de Schweigger, et surtout celles de M. Link ( voy. Mém. Acad. de Berlin ,
HP POLYPES A POLYPIEllS.
année 1831, et Jim. des se. nat. , 1834) , sont venues jeter de très grands doutes sur l'animalité de plusieurs polypiers, qui appartiennent bien plus sûrement au règne végétal.
Deux opinions ont été émises et sont encore aujourd'hui en quelque sorto en présence, sur la nature, le mode de formation et l'accroissement de la tige commune des véritables polypiers. Quelques naturalistes, en effet, regardent cette tige comme le résultat d'une sécrétion calcaire inorganique, analogue à celle qui donne lieu à la formation de la coquille dans les Mollusques. D'autres, au contraire, comme Cavolini et M. Schweigger, considèrent cette tige comme un axe organisé, vasculai're, s'encroûtant promptement de matière calcaire, qui finit par masquer cette origine organique. M. Link partage cette dernière opinion, en s'appuyant surtout d'observations nouvelles qu'il a faites sur plusieurs polypiers, et entre autres le PtfimuL/ria falcala et le Sertularia cupressina. Les tiges de ces deux espèces ont offert au célèbre professeur de Berlin des vaisseaux colorés se distribuant dans le tronc et dans les branches, et un accroissement par couches concentriques. La matière calcaire est déposée dans de véritables cellules.
Déjà M. Schweigger , dans un travail spécial ; avait distingué avf s exactitude plusieurs Algues qui avaient été confondues avec des Zoophytes. Ces productions , en effet , n'ont jamais offert de Polypes , et au contraire ont présenté des grains qui, par leur grosseur, leur forme régulière, leur position et leur isolement complet du tissu environnant, offrent tous les caractères des conceptaclcs de sporules dans les autres Algues, et par Conséquent doivent leur être assimilées.
Poiir nous borner ici seulement à ceux de ces êtres qui peu vent nous intéresser, nous dirons que, suivant le professeur Link, les Éponges et la Coralline sont des productions végétales que l'on doit rapporter a la famille des Algues , et non des polypiers flexibles.
Si l'on plonge dans de l'eau aiguisée d'aride hydroehlorique la Corrdlina offic'maU.s, toute la partie calcaire se dissout, et ta Coralline. conservant sa forme, offre une consistance gélatineuse. Par le moyen du microscope ou aperçoit qu'elle se compose de
LES 1NFUSOIRES.
petits tubes longitudinaux et transversaux remplis dp granules rougeâtres ou vides • ces granules sont les séminules , et comme la Coralline n'a jamais offert, de Polypes, on doit la regarder comme une Algue encroûtée de matière calcaire.
M. Link a trouvé des sporanges très dislinctsdans l'Eponge fiuviatile, si commune au fond des rivières (S'pongia lacusiris L., Spongilla lacusiris de Lamarck). Cette espèce est donc véritablement une Algue. L'Eponge officinale (Spongia officifialis L.), telle qu'on la retire de la mer, a une structure tellement identique avec la précédente,, qu'il est impossible d'admettre que l'une soit une production végétale, tandis que l'autre serait une production animale. Cependant il est vrai de dire que l'on n'a point encore jusqu'à présent signalé la présence des sporanges ou réceptacles des organes reproducteurs dans les Eponges marines. Néanmoins M. Link est tout porté à les ranger parmi les plantes de la famille des Algues.