I. DU SYSTÈME NERVEUX OU ORGANE DE LA SENSIBILITÉ
Les animaux , surtout ceux qui sont les plus rapprochés de l'homme par l'ensemble de leur organisation , ont la faculté d'être impressionnés par les corps extérieurs, dont ils peuvent apprécier toutes les qualités au moyen d'organes spéciaux ou d'appareils d'organes qu'on nomme les sens. Ainsi ils connaissent les odeurs par le sens de l'odorat, les saveurs par celui du goût, les sons par l'ouïe , les couleurs par la vue, et enfin les formes par le toucher. Toutes ces impressions , qui s'exercent sur des points déterminés du corps, sont néanmoins perçues par un centre commun qu'on a nommé sensorium commune. De plus, les animaux exécutent un grand nombre de mouvemens volontaires, selon leurs désirs ou pour satisfaire leurs besoins. Les organes qui président aux fonctions nutritives ou végétatives sont également doués de mouvemens indispensables à l'exécution des actes qui leur sont confiés , mais qui ne sont plus soumis à l'empire de la volonté : c'est le système nerveux qui préside à tous ces mouvemens volontaires ou involontaires, à toutes ces impressions qui nous font connaître les qualités des corps qui nous environnent. Le système nerveux , dans i. 3
l'homme, est encore le siège du phénomène le plus merveilleux de l'économie animale, de l'intelligence et de toutes ses formes. D'après ce que nous avons dit précédemment , on voit que le système nerveux, dans l'homme et les animaux supérieurs, est complexe : une partie doit servir à l'exécution des mouvemens volontaires, une autre aux mouvemens soustraits à l'influence de la volonté , une troisième à la sensibilité proprement dite , et une quatrième aux fonctions intellectuelles, etc.
Le système nerveux , examiné d'une manière générale dans la série des animaux , se présente à nous sous trois formes ou types principaux que nous allons faire connaître.
1er Type. Dans ce premier type, le système nerveux se compose du cerveau et du cervelet, de la moelle épinière, des nerfs qui en partent , et du grand sympathique. Ainsi conformé , le système nerveux existe dans tous les animaux supérieurs munis d'un squelette osseux. Ses parties centrales, c'est-à-dire le cerveau, le cervelet et la moelle épinière, sont renfermées dans un canal osseux formé par une série d'os superposés nommés vertèbres. De là , le nom de Vertébrés donné aux animaux qui ont une colonne vertébrale.
Le cerveau est la partie la plus antérieure et la plus volumineuse de l'axe cérébro-spinal. Dans l'homme, il forme un ovoïde déprimé, dont la petite extrémité est tournée en avant ; il est renfermé dans la cavité du crâne et enveloppé par trois membranes : la dure-mère, la pie-mère et l'arachnoïde. Examiné dans sa surface extérieure , il présente un grand nombre de circonvolutions séparées par des anfracluosités plus ou moins profondes ; la face supérieure est partagée par une scissure profonde en deux parties latérales , nommées hémisphères cérébraux. Ces deux hémisphères sont réunis au fond de cette grande scissure par un corps intermédiaire qu'on appelle corps calleux ou mésolobe. Va par sa face inférieure, chaque hémisphère est partagé en trois lobes , désignés sous les noms d'antérieur, moyen et postérieur. Sur la partie moyenne , en arrière de la grande scissure inter-lobaire, on voit la protubérance annulaire ou mésocéphale, puis le bulbe rachidicn.et la moelle épinière qui sort du crâne par le grand trou occipital ; au dessous
des lobes postérieurs, et en arrière de ta protubérance annulaire, se trouve le cervelet. Toutes ces parties communiquent avec le cerveau proprement dit par des prolongemens particuliers. Dans l'homme , les deux hémisphères cérébraux sont de beaucoup les parties les plus volumineuses de l'encéphale , et ils recouvrent toutes les autres en totalité. À l'intérieur de ces diverses parties existent des cavités désignées sous le nom de ventricules; et au nombre de quatre dans le cerveau de l'homme ; deux latéraux plus grands situés dans les deux hémisphères ; deux autres placés sur la ligne médiane, savoir :1e troisième au dessous du corps calleux, entre les couches optiques, et un quatrième à la base du cervelet. Ces diverses cavités communiquent toutes les unes avec les autres.
La moelle épinière, sous la forme d'un long cordon presque cylindrique, s'étend dans toute la longueur du canal vertébral, où elle est enveloppée par un prolongement des membranes du cerveau. Sur le milieu de ses faces antérieure et postérieure elle présente un sillon longitudinal, qui est l'indice des deux parties dont cet organe se compose, et que nous verrons séparées l'une de l'autre dans d'autres animaux.
Du cerveau et de la moelle épinière il natt quarante-trois paires de nerfs parfaitement symétriques. Ces nerfs se distinguent : l°en crâniens ou cérébraux, qui naissent dans la partie de l'axe cérébro-spinal située dans le crâné 3 on en compte onze paires qui se rendent particulièrement aux organes des sens et à ceux de la voix , et qui sortent de la cavité crânienne par les différons trous qu'on observe à sa base; 2° en nerfs spinaux, au nombre de trente-deux paires , naissant de la moelle épinière par des racines doubles, les unes se détachant de la partie antérieure , les autres de la partie postérieure de cet organe , se réunissent bientôt et sortent du canal vertébral par les trous inter-vertébraux.Ces nerfs se subdivisent encore en cervicaux, dorsaux, lombaires et sacrés , suivant la région à laquelle ils appartiennent : ils se rendent aux membres , et en général à tous les muscles dont les mouvemens sont sous la dépendance de la volonté.
Indépendamment de l'axe cérébro-spinal , ce premier type
du système nerveux comprend de plus un système de nerfs désigné sous le nom général de grand sympathique, et qui s'étend depuis la base du crâne jusque dans le bassin. Il forme un grand nombre de ganglions au cou, dans la poitrine et l'abdomen , d'où partent des filamens qui se rendent aux organe^ dont les mouvemens ne sont pas sous la dépendance de la volonté. Il communique avec les nerfs rachidiens par un grand nombre de filets de communication , et avec les nerfs cérébraux par une anastomose du nerf trijumeau.
Telles sont les diverses parties dont se compose le système nerveux de l'homme examiné dans son ensemble, et constituant le premier type de la disposition de ce système dans les animaux. Ainsi que nous l'avons déjà indiqué, ces diverses parties, toutes liées ensemble , ont cependant des fonctions diverses. Ainsi le cerveau est le centre commun où aboutissent toutes les sensations, et où elles sont perçues par le moi. Cette perception se fait au moyen des nerfs qui è'étendent de la partie où la sensation s'opère jusqu'au cerveau. Si la communication vient à être rompue, la sensation n'est plus perçue. Le cerveau est encore le siège de la volonté, dont les nerfs ne sont que les agens. C'est en lui encore que réside cette fonction merveilleuse de l'intelligence. Il paraît, d'après les observations de Gall, de Spurzheim et d'un grand nombre d'autres physiologistes, que les diverses parties dont se compose le cerveau président chacune aux différens actes de l'intelligence, aux passions, etc. Le cervelet, selon quelques autres, ne serait que le régulateur des mouvemens volontaires.
Nous avons dit que les nerfs spinaux naissaient de la moelle par deux ordres de racines, les unes antérieures, les autres postérieures. D'après les recherches de Charles Bell et de M. Magendie , les nerfs qui partent des parties antérieure et latérales de la moelle concourent essentiellement aux mouvemens, tandis que ceux qui tirent leur origine de la partie postérieure servent à la sensibilité dans les mêmes parties.
Ces deux portions du système nerveux, c'est-à-dire le cerveau et la moelle épinière et tous les nerfs qui en naissent , servant principalement à nous mettre en rapport avec les objets
extérieurs , ont reçu le nom de nerfs de la vie animale ou de la vie de relation. Le grand sympathique, au contraire, qui va par ses ramifications nombreuses présider aux fonctions nutritives, soustraites à l'empire de la volonté, s'appelle système nerveux de la vie organique.
Le système nerveux, tel que nous venons de le décrire succinctement, existe essentiellement conformé de la mémemanière dans tous les animaux vertébrés. Mais cependant il éprouve dans chacune des divisions de cette grande classe des modifications plus ou moins importantes. Ainsi, par exemple, le cerveau, toutes choses égales d'ailleurs, est d'autant moins volumineux que les animaux s'éloignent davantage de l'homme. Ce sont principalement les hémisphères qui diminuent d'épaisseur et de grandeur. Le nombre et la profondeur des circonvolutions ne sont pas aussi considérables dans les autres Mammifères que chez l'homme, et dans les Rongeurs, par exemple, tels que les lapins et les castors, les hémisphères cérébraux sont presque lisses, et diminuent aussi d'étendue, de manière que postérieurement ils ne recouvrent plus le cervelet, les lobes postérieurs manquant complètement.
Le cerveau des Oiseaux diffère de celui des Mammifères en ce qu'il est sans aucunes circonvolutions et qu'il se compose de six masses, toutes apparentes à l'extérieur ; savoir : les deux hémisphères, les deux couches optiques, le cervelet et la moelle alongée. Il a en commun avec les autres classes des Vertébrés ovipares , c'est-à-dire avec les Reptiles et les Poissons, certains caractères qui le distinguent du cerveau des Mammifères : 1° l'absence du corps calleux ; 2° la séparation des couches optiques des hémisphères : 3° la présence de deux ventricules nouveaux dans les couches optiques , ce qui porte à six le nombre des cavités intérieures ou ventricules.
Dans les Reptiles, le cerveau ne présente aucune circonvolution , et les couches optiques sont placées en arrière des hémisphères , qui ne les recouvrent en aucune manière. Le peu de développement des hémisphères et le volume proportionnellement plus grand des couches optiques forment le passage entre
CONSIDÉHATIOWS GÉNÉRALES
les Oiseaux et les Poissons ; le cervelet est à nu et placé en arrière des couches optiques.
Le cerveau, dans les Poissons, se compose de lobes ou tubercules placés en arrière les uns des autres , et formant comme deux cordons noueux. Les couches optiques et le cervelet, comme dans les Oiseaux, sont placés en arrière des hémisphères. Les nerfs olfactifs forment à leur base des nœuds ou renflemens en nombre variable , mais quelquefois assez volumineux pour que quelques auteurs les aient considérés comme le véritable cerveau.
La moelle épinière ne diffère , dans les autres animaux , que par le nombre des paires de nerfs qui en partent , nombre toujours en rapport avec celui des vertèbres.
2e Type. Le système nerveux consiste en deux longs cordons placés au dessous des organes de la digestion, offrant de distance en distance des renflemens ganglionnaires d'où naissent les filets nerveux. Cette disposition du système nerveux s'observe dans les Arachnides , les Insectes, les Crustacés et certains vers articulés, comme les sangsues et les lombrics, par exemple. Ces deux cordons sont ordinairement Soudés ensemble dans une étendue plus ou moins grande, et surtout par leurs renflemens ganglionaires. L'un de ces ganglions, placé à la partie supérieure , représente en quelque sorte le cerveau : il embrasse par une anse nerveuse la partie supérieure de l'œsophage , et concourt souvent à former deux petits ganglions latéraux ; il donne naissance aux deux nerfs optiques, ainsi qu'aux autres nerfs qui se rendent à la téte. Tous les nerfs qui vont aux membres ainsi qu'aux organes intérieur s partent des côtés des ganglions ; le nombre de ces ganglions varie beaucoup, selon les diverses espèces d'animaux. Quelquefois les deux cordons nerveux sont si intimement soudés , qu'ils semblent n'en former qu'un seul : c'est ce qu'on remarque dans la sangsue, par exemple. D'autres fois les ganglions sont tellement rapprochés , concentrés, que leurs filets de communication n'existent pas, et qu'ils finissent par se souder en une masse commune, irrégulièrement lobée : les crabes et autres Crustacés brachiures offrent cette disposition.
3e Type. Dans ce troisième type le système nerveux se com-
pose d'un nombre variable de ganglions épars , communiquant tous les uns avec les autres pai1 un grand nombre de filets ; cette modification appartient à toute la classe des Mollusques. Dans les seiches, les calmars et autres Céphalopodes, l'un de ces ganglions, placé à la tète, y représente le cerveau. En effet , il est placé sur une lame cartilagineuse , et les nerfs qui en partent sortent par des trous dont cette lame est percée. Les autres ganglions sont en général situés devant les organes principaux : ainsi il y en a un pour l'estomac , un autre pour les organes génitaux, un autre pour les organes de la respiration , etc. Dans les autres Mollusques , le ganglion supérieur se trouve placé au devant de l'œsophage , qu'il embrasse dans une sorte d'anneau nerveux. Dans les huîtres , les moules, et autres Mollusques Acéphales, on ne trouve que deux ganglions: l'un placé près de la bouche, l'autre dans le point opposé ; ces deux ganglions communiquent entre eux par deux longs cordons.
Enfin, selon les observations de Cuvier et de Carus, les ascidies , qui appartiennent aussi au grand embranchement des Mollusques , n'offrent souvent qu'un seul ganglion placé entre les deux ouvertures et y envoyant des rameaux qui forment un anneau autour de chacune d'elles.
Dans ces deux derniers types , le système nerveux est beaucoup plus simple : il représente en quelque sorte, par sa disposition générale , le système du grand sympathique des animaux vertébrés.
Tels sont les trois types principaux auxquels on peut rapporter les modifications du système nerveux étudié dans la série des animaux. Cependant quelques animaux des ordres inférieurs paraissent aussi avoir des traces de système nerveux , mais irrégulières. Une remarque importante à faire , c'est que dès que le système nerveux commence à se manifester, il se montre toujours sous la même forme et dans la même position : c'est d'abord une espèce de cordon ou de collier nerveux qui entoure l'origine des organes digestifs ; c'est ce que l'on voit, par exemple, dans l'ascaride lombricoïde, où M. le professeur Jule* Cloquet a trouvé la partie supérieure de l'œsophage embrassée
par une anse nerveuse , de laquelle naissent deux petits filets qui se perdent dans les tégumens. C'est aussi ce que le professeur Tiedemann a montré dans une étoile de mer (aslerias aurantiaca), où il a fait voir un anneau nerveux d'un blanc grisâtre, disposé autour de l'ouverture buccale ; de cet anneau partent quinze filets qui se rendent trois par trois dans chacune des cinq branches dont se compose le corps de cette astérie. Plusieurs autres animaux des derniers ordres présentent encore des traces évidentes de système nerveux. Cependant il est un nombre encore très considérable de ces animaux à organisation simple, dans lesquels le système nerveux semble disparaître complètement , ou du moins dans lesquels nos moyens d'investigation ne peuvent le faire discerner. Faut-il admettre que ces animaux, qui néanmoins vivent et semblent sentir, en sont totalement privés ! Ou bien doit-on, à l'exemple d'Ocken et de Carus , considérer la substance qui compose ces animaux si simples comme étant elle-même de nature nerveuse, dire que Yanimal tire son origine du nerf, et tous les systèmes anatoiniques ne font que se dégager ou se séparer de la masse nerveuse ? Cette distinction importe peu à la science, car c'est une explication , une hypothèse , et non vin fait , qui ne peut en rien avancer nos connaissances positives. Seulement nous ferons remarquer que , jusqu'à présent , nous avons vu successivement s'affaiblir et disparaître les organes des principales fonctions à mesure que nous sommes descendus aux individualités les plus simples. Ainsi, les organes de la circulation , de la respiration, de la génération même, cessent de se montrer dans les animaux des derniers ordres; ne peut- il pas en être de même du système nerveux?
§ II. LOCOMOTILITÉ.
Les organes qui concourent à cette fonction sont distingués en actifs et en passifs. Les organes actifs, ou ceux qui exécutent les mouveraens, sont les muscles ; les organes passifs sont toutes les parties dures , résistantes qui servent de points d'appui aux muscles , tels sont les os , les coquilles , les parties cornées et calcaires, les membranes, etc.
Les muscles, ainsi que nous l'avons déjà dit précédemment, sont composés de faisceaux de fibres musculaires unis par du tissu cellulaire. Ces fibres musculaires, les seules qui puissent se contracter, c'est-à-dire s'alonger et se raccourcir sous l'influence de la volonté ou de certains agens , sont assez souvent entremêlées de tissu fibreux, tantôt sous la forme de membranes aponévrotiques, tantôt sous celle de cordons plus ou moins épais nommés tendons, qui leur servent de points d'appui et de moyens d'union avec les os. On peut distinguer les muscles en ceux qui sont sous la dépendance de la volonté , et qui reçoivent leurs nerfs du système nerveux de la vie animale, c'est-à-dire du cerveau ou de la moelle épinière ; ce sont tous ceux qui servent à exécuter les mouvemens destinés à mettre l'animal en rapport avec les corps extérieurs; et en ceux qui recevant leurs nerfs du grand sympathique , se contractent sans que la volonté y ait aucune part ; tels sont le cœur, les organes digestifs et urinaires, etc. La présence des nerfs et leur communication avec le centre commun sont indispensables aux mouvemens des muscles. En effet, si l'on coupe le filet nerveux qui se rend à un de ces organes , la contraction y est anéantie en même temps que la sensibilité. Le même phénomène se présente dans tous les cas de paralysie.
Le nombre des muscles est très considérable, mais variable suivant les différens animaux. Il est en rapport avec le nombre des mouvemens simples que l'animal peut exécuter. Il y a toujours dans la mécanique animale, opposé à un muscle exécutant un certain mouvement, un autre muscle qui en opère un tout-à-fait contraire; ce dernier muscle est l'antagoniste du premier.
La couleur des muscles n'est pas la même dans tous les animaux. Elle est en général rouge dans les animaux à sang chaud, et plus ou moins pâle et incolore dans les animaux à sang froid, même ceux chez qui ce liquide est rouge, comme les Poissons et les Reptiles.
Les os sont les principaux organes passifs de la locomotion. Ils existent dans tous les animaux supérieurs, et en s'articulant les uns avec les autres ils forment un ensemble qu'on nomme
squelette. Le nombre et la forme de ces os sont très variables Les uns sont minces et plats, les autres longs et cylindracésquelques-uns sont épais et spongieux. Un réseau cellulaire composé de gélatine, dans les mailles duquel se sont déposés différens sels calcaires, et principalement du phosphate de chaux, compose tous les os. Parmi les articulations, les unes sont immobiles , ne permettant aucune sorte de mouvement • telles sont celles des os du crâne 3 les autres sont plus ou moins mobiles et se prêtent à des mouvemens plus ou moins variés plus ou moins étendus ; telles sont celles des os des membres. '
Le squelette , comme on l'a dit , est la charpente qui sert à soutenir toutes les autres parties du corps de l'animal. Il est le point d'attache de tous les muscles de la vie animale , et se trouve ainsi revêtu de toutes parts par les parties molles. Il se compose essentiellement d'un axe central formé d'un nombre variable d'os nommés vertèbres, empilés les uns sur les autres, solidement unis, mais mobiles, servant de point d'attache à tous les autres os , et qu'on appelle colonne vertébrale. Cet axe présente intérieurement une cavité sous forme de canal dans laquelle se trouve logée la partie centrale du système nerveux , c'est-à-dire le cerveau, le cervelet et la moelle épinière. Dans les différens points de son étendue, ce canal vertébral présente des trous régulièrement disposés par lesquels sortent les branches primaires des nerfs qui du centre nerveux vont se rendre aux divers organes du corps.
La colonne vertébrale, dont la tête n'est que la partie antérieure plus développée, est la portion essentielle du squelette. Sa fonction est non-seulement de servir d'organe de protection pour l'axe cérébro-spinal, mais aussi, comme nous venons de le dire, c'est sur elle que s'appuient les autres os qui forment le squelette , et qui n'en sont que des appendices latéraux. Ainsi les côtes, les os du bassin, de l'épaule et des membres ont tous leur point d'appui sur la colonne vertébrale. Il en est de même des os de la face, que l'on peut considérer comme n'étant que des appendices des vertèbres dont la réunion constitue la cavité crânienne.
Toute la série animale se partage naturellement eu deux
SUK LES ANIMAUX. 4^
«randes divisions : celle des animaux munis d'un squelette, et par conséquent d'une colonne vertébrale , ce sont les animaux Vertèbres, et celle des animaux dépourvus d'os et de colonne vertébrale, ce sont les animaux Invertébrés.
Examiné dans son ensemble, le squelette des animaux Vertébrés se compose de trois portions : 1° le tronc ; 2° la tête ; 3° les membres. Ces derniers ne sont jamais qu'au nombre de deux paires au plus dans tous les animaux Vertébrés ; c'est un caractère constant et distinctif. Mais ces membres peuvent avorter en partie ou en totalité, ainsi qu'on le voit dans la classe des Reptiles et des Poissons, dont quelques espèces ne portent quelquefois que deux membres, tandis que d'autres, comme les serpens et les cyclostomes parmi les Poissons, en sont tout à fait dépourvus. La forme des membres, la disposition et l'arrangement des os qui les composent , sont extrêmement variables dans les diverses classes d'animaux Vertébrés. Les os dont ils sont composés sont, pour les membres antérieurs, 1° le scapulum ou omoplate, sur lequel vient s'articuler l'humérus ou os du bras ; 2° la clavicule, sorte d'arc-boutant destiné à maintenir l'écartement des deux membres antérieurs. Ces deux os constituent l'épaule proprement dite ; 3° l'humérus, ou os du bras j 4° le cubitus et le radius, formant l'avant-bras; 5° une double rangée de petits os placés entre l'avant-bras et la main proprement dite, et nommés os du métacarpe ou du poignet, au nombre de huit dans l'homme et les animaux qui lui ressemblent le plus; enfin la main, composée des os du métacarpe et des phalanges. Les membres postérieurs offrent les mêmes os disposés de la même même manière, mais portant seulement des noms différens. Le bassin représente l'épaule, et se compose de trois os soudés intimement, et qu'on nomme ischion, os iliaque et pubis ; la cuisse est formée par un os unique, le fémur j puis vient la jambe, composée de deux os, le tibia et le péroné ; enfin le tarse, qui représente le carpe, formé comme lui de huit os, et enfin le métatarse et les phalanges.
Dans les animaux chez lesquels les membres servent non seulement à la sustentation et à la marche, mais à la préhension des alimens, ces os, tous articulés les uns a.vec les autres, con-
servent des mouvemens plus ou moins étendus. La clavicule est d'autant plus développée que ces mouvemens sont plus étendus et plus variés. Ainsi cet os, dont la principale fonction est d'empêcher le rapprochement en avant des deux membres antérieurs, se rencontre chez tous les animaux qui peuvent s'en servir pour porter leurs alimens à leur bouche, ou chez lesquels ces membres sont développés sous la forme d'ailes. Ainsi on la trouve non seulement chez l'homme et les singes, dont les extrémités sont terminées par des organes de préhension ou de véritables mains, mais dans certains Carnassiers, comme les chauves-souris, les insectivores, tels que les taupes, les hérissons, plusieurs Rongeurs, les écureuils, les castors, etc. Dans la plupart des autres Carnassiers , comme le chien , le chat , l'ours, etc. ; des Rongeurs, comme les lièvres , la clavicule est rudimentaire, c'est-à-dire qu'elle est perdue dans les chairs, et ne tient au sternum et àl'omoplate que par des parties fibreuses. Elle manque en totalité dans les Ruminans et les Pachydermes. Nous retrouvons, au contraire, une clavicule extrêmement développée dans les Oiseaux, dont les membres antérieurs, fort grands et exécutant les mouvemens les plus étendus, avaient besoin d'être maintenus écartés. Les deux clavicules se soudent en avant en un os unique, ayant la forme d'un V, et qu'on désigne sous le nom d'os de la fourchette.
Chez les Mammifères qui marchent à quatre pattes, les os du carpe et du tarse, au lieu d'être courts, nombreux et mobiles comme chez l'homme et les singes, s'alongent considérablement pour augmenter la longueur des membres. Mais à mesure qu'il gagnent en longueur , ils perdent eh nombre et en mobilité. Il en est de même des os du métacarpe et du métatarse. Leur nombre est en général le même que celui des doigts développés ou rudimentaires que l'animal présente , et ce nombre varie de deux à cinq. Ces os prennent souvent un très grand développement dans les Ruminans, comme le bœuf, le mouton , le cerf, etc., qui ont deux doigts. Les deux os du métacarpe et du métatarse se soudent de très bonne heure en un seul os très long, qu'on nomme os du canon. Il entre pour beaucoup dans la hauteur totale des membres de ces animaux.
Nous avons dit que la colonne vertébrale était la partie essentielle et fondamentale du squelette des animaux Vertébrés ; cela est tellement vrai que l'on trouve certains animaux cbez lesquels les différens appendices qui naissent de ses parties latérales finissent successivement par disparaître, et qu'elle reste seule pour constituer le squelette. Ainsi, dans certains Reptiles de l'ordre des Sauriens, dans les orvets, par exemple, les quatre membres ont disparu ou sont représentés par des rudimens à peine ébauchés; mais il reste encore des côtes unies en avant à un sternum. Dans les véritables serpens, le sternum n'existe plus, et les côtes sont libres et flottantes par leur extrémité inférieure. Enfin, dans certains poissons cartilagineux, les lamproies ou cyclostomes , par exemple , les côtes disparaissent à leur tour, et la colonne vertébrale reste seule pour constituer la partie solide ou la charpente osseuse de ces animaux.
Si maintenant nous jetons un coup d'œil sur la nature et la consistance des pièces qui forment le squelette, nous y observerons quelques différences. Les os, avant leur entier développement, sont d'abord à l'état gélatineux; petit à petit, ils prennent la consistance et la nature du cartilage ; enfin, quand ils sont parvenus à leur complet développement, ils se remplissent de matière calcaire, de phosphate de chaux en très grande proportion, et prennent tous les caractères que l'on reconnaît généralement aux os. Cependant il est quelques animaux chez lesquels les os, même à leur dernier degré de développement , restent à l'état de cartilage. C'est ce que l'on observe dans toute une classe de Poissons, que pour celte raison on nomme Poissons cartilagineux, ou Chondroptérygiens. Mais môme dans les Poi ssons où les os acquièrent la consistance osseuse, la proportion du dépôt calcaire est de beaucoup inférieure à celle que l'on observe dans les autres classes de Vertébrés. Les Oiseaux présentent encore une autre particularité, c'est qu'en général leurs os sont plus minces et plus fragiles, et que les cavités intérieures dont ils sont creusés sont proportionnellement plus grandes, non remplies de moelle, mais d'air.
La nature de cet ouvrage ne se prête pas à ce que nous en-
trions dans déplus grands détail! sur les variations nombreuses qu'éprouve le squelette dans la série des animaux Vertébrés. C'est dans les traités spéciaux d'anatomie comparée , et en particulier dans ceux de Cuvier, de Carus, etc., qu'il faut chercher de plus grands développemens.
Le squelette , ainsi que nous l'avons dit, manque dans toute la série des animaux Invertébrés ; cependant cette transition n'est pas tellement brusque qu'on n'y soit amené par des nuances assez marquées. Ainsi les lamproies , poissons cartilagineux, qui terminent la série des animaux Vertébrés, ont leur squelette cartilagineux, presque fibreux , réduit à une simple tige formant la colonne vertébrale. Les Mollusques céphalopodes, qui commencent la série des Invertébrés, présentent encore quelques rudimens , très imparfaits , il est vrai , d'un squelette intérieur : ainsi la pièce cartilagineuse placée au dessous du ganglion céphalique , et par les trous de laquelle sortent plusieurs des branches qui naissent de ce ganglion, nous représente un rudimeut de colonne vertébrale réduit aux parties qui forment la base du crâne.
Dans tous les animaux invertébrés c'est la peau qui tient lieu de squelette , c'est-à-dire qui donne attache aux muscles destinés à mouvoir les différentes parties du corps. La peau est alors assez souvent très résistante 5 quelquefois môme elle devient cornée , comme dans beaucoup d'insectes , ou s'imprègne de matière calcaire comme dans les Crustacés, ou bien enfin il se développe dans différens points de son étendue des plaques calcaires ou des coquilles qui deviennent des organes puissans de protection pour ces animaux. Toutes ces parties sont destinées à remplacer le squelette , c'est-à-dire à servir de soutien au corps et d'attache à ses fibres contractiles ; mais faut-il, pour cette raison , considérer la peau endurcie , ou ses plaques , ou même celles qui se développent dans l'épaisseur des organes intérieurs du canal digestif , par exemple, comme un véritable
squelette et lui] en donner le nom? Nous ne le pensons pas. Nous ne saurions donc approuver l'opinion du célèbre professeur Carus {Traité d'anatom. comparée) , qui dislingue trois sortes de squelettes : 1° le névro-squelette, ou celui dont la par-
SUR LES ANIMAUX. l^J
lie principale, la colonne vertébrale, sert d'organe de protection à la portion centrale du système nerveux : c'est le squelette proprement dit de tous les animaux Vertébrés; 2° le dcrmalosquelette, ou la peau plus ou moins endurcie ou offrant des pla-- ' ques cornées ou calcaires; 3° le splanchno-squelette , ou l'ensemble des parties résistantes dans les organes intérieurs du corps. En voulant trop forcer les analogies, on avance peu la science de l'organisation ; et de ce qu'en l'absence d'une partie uns autre la remplacera dans ses usages , il serait souvent peu philosophique d'en établir l'identité parfaite.
Les différens mouvemens de progression s'exécutent au moyen des membres. Le nombre des membres est variable suivant les différens animaux. Dans tous les animaux Vertébrés, nous avons dit qu'il n'y a que deux paires de membres; il y en a au moins trois dans les animaux articulés, comme les Insectes, ou un nombre plus considérable , comme dans les Arachnides qui en ont généralement quatre paires ; dans les Crustacés au moins cinq paires ; ou enfin les Myriapodes , qui en ont encore beaucoup plus. Dans les animaux où les membres manquent totalement , la progression se fait par un mouvement de reptation. Les membres sont diversement conformés suivant le milieu dans lequel l'animal vit habituellement, et suivant les usages particuliers auxquels ils sont destinés. Ainsi dans les Oiseaux, les chauves-souris, les membres antérieurs sont très-développés et disposés en forme de voiles , au moyen des plumes ou des membranes qui en naissent, et servent à l'animal à s'élever et à se diriger dans les airs. Chez les phoques, les lamantins, les Cétacés, et chez les Poissons, qui vivent dans l'eau , les membres ont la forme de rames que l'animal emploie pour exécuter tous ses mouvemens dans le liquide où \ Vlt ®™\ q^lques animaux apodes, c'est-à-dire dépourvus ae p.eas , la progression se fait au moyen de soies raides et courtes , que l'animal offre à sa partie " inférieure , c'est ce qm ex.ste par exemple dans plusieurs Annélides ou vers à sang rouge, et entre autres dans les lombrics ou vers de terre Lorsque toutes les parties qui composent l'extrémité du membre, et qu on nomme les doigts, sont libres et mobiles les
unes
sur les autres, ces extrémités peuvent servir non seulement à la progression, mais encore à saisir les corps afin de les déplacer. Ces extrémités portent alors le nom de mains , et leur caractère essentiel , c'est que l'un des doigts , qu'on nomme le pouce, est opposable aux autres doigts , disposition qui fait de la main un organe merveilleux, non-seulement pour saisir les plus petits objets , mais dirigée par l'intelligence ou le génie pour exécuter tous ces travaux des arts qui rendent l'homme si supérieur aux autres animaux. Une semblable conformation s'observe dans les membres antérieurs de l'homme , qui sont terminés par une main ; dans les membres antérieurs et postérieurs des singes et même dans certains Oiseaux grimpeurs, tels que les perroquets où les membres postérieurs servent à saisir les objets que l'oiseau peut ainsi porter à son bec.
Les classifications zoologiques ont singulièrement varié comme celles qui ont pour objet les végétaux. Pendant longtemps on n'a eu aucuns principes fixes pour servir de base à l'arrangement méthodique des productions naturelles , et par conséquent le nombre des classifications proposées aux diverses époques doit être très-considérable. Contentons-nous de présenter ici très-succinctement celles de Linné et de Lamarck, qui ont été successivement suivies avant que celle de Cuvier ne fût généralement adoptée.
Linné, qui a été le législateur de l'histoire naturelle dans presque toutes les branches dont celte science immense se compose , a partagé les animaux en six classes, savoir :
1° Les Mammifères ; 2° les Oiseaux ; 3° les Amphibies ou Reptiles ; 4° les Poissons ; 5° les Insectes; 6° les Vers.
Celle classification est fort imparfaite. Mais pour la juger avec justice , il faut se reporter à un siècle en arrière , c'est-àdire à l'époque où Linné l'a présentée. Les quatre premières classes sont à peu près telles qu'elles sont encore aujourd'hui admises parles naturalistes modernes. Mais les deux dernières, les Insectes et les Vers, comprenaient des animaux extrêmement différens par leur organisation, qui, à cette époque, était
encore à peine connue dans ce qu'elle a de plus apparent. Ainsi, parmi les Insectes, Linné plaçait non seulement les Insectes proprement dits, mais les Crustacés et les Arachnides. Les Vers contenaient des animaux encore plus différens , puisqu'on y trouvait avec les polypes , qui sont les animaux dont l'organisation est la plus simple, les vers intestinaux, les Annélides, et enfin toute la classe des Mollusques.
Lamarck partage les animaux en deux grandes séries : 1° les Vertébrés, qui ont un squelette intérieur composé d'une partie centrale sur laquelle presque toutes les autres sont appuyées, et qu'on nomme la colonne vertébrale ; 2° les Invertébrés, qui n'ont pas de squelette intérieur, et par conséquent pas de colonne vertébrale. Les animaux invertébrés sont ensuite divisés en apathiques et en sensibles. Les premiers sont ceux dans lesquels on n'avait point encore découvert de système nerveux ; ils comprennent 1° les Infusoires; 2° les Polypes; 3° les Tuniciers; 4° les Radiaires; 5° les Vers. Les seconds, c'est-à-dire les invertébrés sensibles, dont le système nerveux est apparent, se subdivisent en 1° Insectes; 2° Arachnides; 3° Crustacés; 4° Annélides; 5° Cirrhipèdes; 6° Mollusques. Enfin les Vertébrés , dans lesquels le système nerveux a un développement considérable, et qui sont non seulement sensibles, mais intelligens, comprennent les quatre classes déjà établies par Linné, savoir : ries Poissons; 2° les Reptiles; 3° les Oiseaux; 4° les Mammifères.
La division des animaux en Vertébrés et Invertébrés est importante. Ces animaux forment deux groupes en effet bien distincts ; mais néanmoins on ne peut pas se dissimuler que si les Vertébrés appartiennent essentiellement à un môme type d'organisation, dont ils ne sont que des modifications, que l'on peut suivre en quelque sorte pas à pas, il n'en est pas de même des Invertébrés. Tous les animaux qui sont privés d'un squelette intérieur ne constituent pas un groupe aussi uniforme que les Vertébrés. L'organisation est chez eux trop variée pour qu'on puisse la rapporter à un seul et même type. Les progrès et les découvertes de l'anatomie comparée, en nous faisant mieux connaître et dans leurs détails les plus minutieux l'organisa-
5o CLASSIFICATION DES ANIMAUX.
tion d'un grand nombre de ces animaux dont l'anatomie avait été jusqu'alors peu cultivée, ont nécessairement rendu insuffisante la classification des animaux par Lamarck.
Georges Cuvier, qui plus qu'aucun autre peut-être a contribué aux progrès de l'anatomie comparée, soit parla publication de ses nombreux mémoires, soit par celle de ses Leçons (l'anatomie comparée, a présenté dans son Règne animal une classification aujourd'hui généralement adoptée, et que nous suivrons aussi dans cet ouvrage.
Toute classification des corps de la nature, pour être bonne et philosophique, doit être fondée sur les caractères les plus constans, et dans les êtres organisés sur ceux que fournissent les organes les plus importans. Or, dans le règne animal, le système nerveux est sans contredit la source des caractères les plus constans, el qu'on doit placer en première ligne, car c'est Lui qui caractérise essentiellement les animaux, et dont la présence sert à les distinguer nettement des végétaux. Comme le système nerveux se modifie dans la série animale, et que chacune de ses grandes modifications réagit assez sur le reste de l'organisation pour entraîner avec elle une série d'autres caractères, c'est sur le système nerveux que Cuvier a fondé les divisions primaires qu'il a établies parmi les animaux. Ainsi, en parlant précédemment du système nerveux, étudié d'une manière générale, nous avons dit qu'il se présentait sous quatre formes ou quatre types principaux, savoir : 1° axe cérébrospinal très développé, offrant antérieurement des renflemens désignés sous le nom de cerveau, cervelet, moelle alongée, et terminée postérieurement par un prolongement appelé moelle épinière ; le tout contenu dans un canal osseux formé d'os ou de vertèbres empilées les unes sur les autres ; 2° système nerveux composé de renflemens ou ganglions non symétriques, dispersés sans ordre dans les diverses parties du corps, communiquant tous ensemble par des cordons qui vont de l'un à l'autre, et variant en nombre de deux à six; 3° deux cordons nerveux étendus d'une extrémité à l'autre du corps, distincts ou plus ou moins intimement soudés entre eux, présentant une série de renflemens ganglionnaires d'où partent les nerfs qui
se rendent aux différons organes; 4° enfin le système nerveux est imparfait, rudimentaire ou même nul , c'est-à-dire que nous ne sommes pas encore parvenus à le distinguer des autres parties du corps. C'est d'après ces considérations que Cuvier a partagé les animaux en quatre grandes divisions primaires qu'il nomme embranchemens, savoir :
1? Animaux vertébrés;
2^ Animaux mollusques ;
3° Animaux articulés ;
49 Animaux rayonnés ou Zoophytes.
Indiquons sommairement les caractères de ces quatre grandes divisions primordiales des animaux.
1° Les ANIMAUX VERTÉBRÉS, auxquels l'homme appartient, sont ceux dans lesquels l'organisation et toutes les fonctions sont dans un état plus parfait et plus complet. Leur caractère essentiel consiste dans la présence d'un squelette intérieur, c'est-à-dire dans une réunion de pièces osseuses, extrêmement multipliées, articulées les unes avec les autres, et dont la partie centrale forme une sorte de colonne creuse, dans la cavité de laquelle est renfermé l'axe cérébro spinal, c'est-à-dire le cerveau, le cervelet et la moelle épinière. C'est de la colonne vertébrale que partent des appendices osseux qui forment soit de grande» cavités pour contenir les organes, comme la poitrine, l'abdomen ou ventre, soit les membres, qui ne sont jamais qu'au nombre de quatre. Ce squelette osseux doit être considéré comme la charpente qui supporte le corps de l'animal; il donne un point d'appui aux muscles, qui tous s'y insèrent et le recouvrent plus ou moins complètement.
Les animaux vertébrés ont le sang rouge, le cœur musculeux, les sexes séparés sur deux individus; ils ont un foie plus ou moins volumineux, une rate, deux mâchoires transversales, et les organes des sens complets. Ils n'ont jamais que quatre membres, modifiés suivant leurs habitudes et le milieu dans lequel ils vivent.
2° Les ANIMAUX MOLLUSQUES n'ont pas de squelette intérieur. Leur peau plus ou moins contractile donne attache, par sa face interne, aux muscles du mouvement ; ils sont nus ou re-
couverts d'un test calcaire nommé coquille. Leur système nerveux se compose de plusieurs renflemens ou ganglions, éj us sans symétrie dans les diverses parties du corps, auxquels ils envoient des branches, et réunis entre eux par des filets de communication. Les organes des sens sont ordinairement moins nombreux, et quelquefois réduits au toucher et au goût, et ils respirent au moyen de branchies ou de sacs pulmonaires. Tels sont les coquillages, les moules, les huîtres, les limaçons, etc.
3° Les ANIMAUX ARTICULÉS sont ainsi nommés parce qu ; les diverses parties de leur corps, et surtout leurs membres, se composent de pièces mobiles articulées les unes avec les autres. Leur peau est molle, mais plus souvent cornée ou crustacée ; leurs membres sont au nombre de six au moins. Le système nerveux consiste en deux cordons longitudinaux, offrant de distance en distance des renflemens ganglionnaires , les organes des sens sont réduits à celui de la vue; ils respirent soit au moyen de branchies, soit par des trachées, ou tubes aériens, et leurs mâchoires sont latérales. Ici viennent se rapporter les sangsues, les insectes, les araignées, les crabes, les écrevisses.
4° On nomme ANIMAUX RAYONNES ou ZOOPHYTES, ceux dont l'organisation est la moins complète. Ainsi, en général, leur système nerveux est rudimentaire ou n'est pas distinct des autres parties du corps ■ les organes des sens sont nuls, ceux de la circulation ne sont que rudimentaires ; en un mot, l'organisation animale n'est en quelque sorte qu'ébauchée , la sensibilité presque nulle. On leur a donné le nom d'animaux rayonnés, parce que, dans un grand nombre, leur corps se compose de parties ou d'appendices disposés circulairement ou en rayonnant, autour d'un point central ; et ceux de Zoophytes , à cause de l'analogie qu'un grand nombre d'entre eux présentent avec les végétaux. C'est ici, en effet, que nous trouvons ces êtres ambigus qui semblent tenir à la fois et de l'animal et de la plante, et combler le vide qui sépare les règnes animal et végétal.
Tels sont les quatre grands embranchemens du règne animal. Chacun d'eux a ensuite été subdivisé de diverses manières , en groupes secondaires, que l'on a nommés classes , les classes ont
été partagées en ordres, les ordres en sous-ordres ou en familles : celles-ci en genres et en espèces. Nous donnerons successivement les divisions établies dans chacun de ces quatre grands embranchemens du règne animal , en traitant spécialement de chacun d'eux. Pour le moment nous nous bornerons à en donner ici un tableau général et synoptique.
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