DEUXIÈME ORDRE DKS MAMMIFÈRES
Ce deuxième ordre des Mammifères comprend les animaux qui ont les quatre membres terminés par des mains, c'est-àdire dont le pouce est opposable et les autres doigts distincts et mobiles aussi bien aux extrémités postérieures qu'aux antérieures; à ce caractère principal s'en trouvent joints un grand nombre d'autres que nous exposerons successivement. Les Quadrumanes se divisent naturellement en deux groupes ou familles, savoir : les singes et les makis.
Les Singes sont les animaux qui , par tous les points de leur organisation, se rapprochent le plus de l'espèce humaine, dont ils sont en quelque sorte la caricature. Ainsi par leur forme générale, par la faculté qu'ils ont de se tenir debout et de marcher à deux , par la conformation de leurs mains', dont ils se servent, comme l'homme, pour saisir les corps qui les environnent, ou porter à leur bouche les alimens dont ils se nourrissent, par l'expression de leur physionomie , où se peignent avec énergie les passions qui les animent , les singes, de tout temps, ont été considérés comme les êtres qui, dans l'ordre de l'organisation et de l'intelligence, doivent marcher immédiatement après l'homme. C'est ainsi que Linné , le législateur de l'histoire naturelle, plaçait les singes dans la même classe que l'homme, et que tout récemment M. Bory de Saint-Vincent, dans son histoire naturelle de l'homme , y a réuni comme une espèce appartenant au même genre que lui les orangs-outangs, que tous les naturalistes s'accordent à considérer comme de véritables singes. Mais, ainsi que nous l'avons déjà montre précédemment, l'homme forme à lui seul son genre et son espèce. S'il est vrai , comme il est impossible de le. nier, que , par son organisation matérielle, le singe se rapproche de lui, au point de ne pouvoir en être éloigné, cependant il faut convenir aussi que l'intelligence et toutes les facultés qui en dépendent , comme la pensée, le raisonnement, le jugement, la parole, tracent une ligne de démarcation bien tranchée entre l'homme et
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tous les autres animaux. « Je l'avoue , dit Buffon , si l'on ne devait juger que par la forme , l'espèce du singe pourrait être prise pour une variété dans l'espèce humaine :lè Créateur n'a pas voulu faire pour le corps de l'homme un modèle absolument différent de celui de l'animal; il a compris sa forme, comme celle de tous les animaux, dans un plan général : mais en même temps qu'il lui a départi cette forme matérielle semblable à celle du singe , il a pénétré ce corps animal de son souffle divin. S'il eût fait la même faveur, je ne dis pas aux singes, mais à l'espèce la plus vile, à l'animal qui nous paraît le plus mal organisé, cette espèce serait bientôt devenue la rivale de l'homme ; vivifiée par l'esprit , elle eût primé sur les autres , elle eût pensé , elle eût parlé. Quelque ressemblance qu'il y ait donc entre le Hottentot et le singe , l'intervalle qui les sépare est immense , puisqu'à l'intérieur il est rempli par la pensée , et au dehors par la parole. »
Passons successivement en revue les différens points d'organisation dans les singes, en les comparant à ceux de l'homme; après quoi nous parlerons de leurs facultés morales , de leurs mœurs et de leurs habitudes considérées d'une manière générale ; par ce moyen , il sera plus facile de faire ressortir les analogies et les différences qui existent entre le singe et l'homme.
La tête du singe approche, dans certaines espèces, de la forme de celle de l'homme , mais en général elle est plus globuleuse ; la capacité du crâne , c'est-à-dire de la cavité osseuse qui renferme le cerveau , est proportionnellement très grande. A Textéiieur, dans les individus adultes, les os présentent des crêtes rugueuses très saillantes , ce qui annonce qu'elles servent à l'insertion de muscles puissans. Le système dentaire est le même que celui de l'homme, c'est-à-dire qu'il offre le même nombre et la même conformation de dents , si ce n'est que les singes originaires d'Amérique ont , en général , deux grosses molaires de plus à chaque mâchoire. Dans quelques espèces , les canines sont plus alongées, plus aiguës, ce qui annonce et plus de férocité et moins d'intelligence. Cetalongement des canines est en général lié avec la saillie en avant des deux mâ-
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choires, qui forment un museau plus ou moins alongé ou tronqué, semblable à celui du chien ; de là le nom de cynocéphales, ou singes à museau de chien, donné aux espèces qui offrent cette disposition. L'œil est conformé comme celui de l'homme , recouvert par une paupière mobile , et d'une grande délicatesse ; mais en général il est plus renfoncé dans son orbite , qui paraît plus profonde à cause de la saillie de l'arcade sourcilière , et l'ouverture des paupières est toujours plus ou moins arrondie. L'oreille est quelquefois petite et de même forme que celle de l'homme, recouverte d'une peau nue , ou bien elle est plus alongée et velue. Le nez est en général très déprimé ; le6 narines, ouvertes latéralement ou en dessous, sont séparées par une cloison très mince dans tous les singes de l'ancien continent, et par une cloison large dans les sapajous et autres singes de l'Amérique méridionale.
L'angle facial varie singulièrement, non seulement dans les diverses espèces, mais encore dans les individus d'une môme espèce, pris à des âges différens. Ainsi, d'après les recherches de MM. Cuvier et Geoffroi Saint Hilaire , il décroît depuis 63 degrés qu'il présente dans l'orang-outang , jusqu'à 30 degrés qu'il offre dans certains cynocéphales parvenus à leur état adulte. La forme de la tête paraît exercer une influence très marquée sur les habitudes , le degré d'intelligence et les mœurs. Plus la boîte osseuse du crâne, ainsi que le remarque M. Lesson (1). sera uniformément développée, plus l'intelligence sera complète , plus l'instinct sera parfait. Cette partie étant rétrécie et arrondie , il en résultera plus de pétulance, plus d'inattention, ainsi qu'on le voit dans les petites espèces. Enfin, plus le museau en s'alongeant annonce le rétrécissement de celte cavité, et par suite une diminution de l'organe encéphalique, plus l'instinct brut et grossier dominera : et les singes ainsi conformés se recouvriront des attributs massifs des animaux carnassiers, et n'apparaîtront plus avec cette intelligence, cette aimable brusquerie, qui caractérisent les autres membres de cette famille.
{1} Histoire naturel/? des mammifères, t. III, p. 181.
La face des singes est, en général, recouverte d'une peau nue ou bien moins velue que celle du reste du corps. Dans quelques espèces, les joues sont peintes des couleurs les plus vives. Ainsi le mandrill se fait remarquer par les couleurs bleue et rouge dont sont enluminées ses joues , sillonnées par des rides longitudinales.
La bouche est généralement très grande et les lèvres plus ou moins épaisses. Certains singes portent en dedans de leur bouche des espèces de poches musculeuses et très dilatables , qu'on nomme abajoues , et dans lesquelles ils amassent les alimens qu'ils recueillent lorsqu'ils vont marauder dans les jardins et les cultures, et qu'ils craignent d'être surpris.
Les pieds, ainsi que nous l'avons dit précédemment, sont organisés comme les mains, c'est-à-dire que tous les doigts sont distincts et mobiles, et que le pouce peut facilement être opposé aux autres doigts pour saisir les plus petits objets. Cependant le pouce est proportionnellement plus court que dans l'espèce humaine ; du reste , tous les doigts sont recouverts d'un ongle mince et plat, et à la face intérieure des mains et des pieds la peau est complètement nue. La proportion des quatre membres n'est pas la même dans toutes les espèces. Quelquefois ils sont à peu près égaux , d'autres fois les antérieurs sont plus courts , ou bien le contraire peut avoir lieu , comme dans les orangs et surtout les gibbons, qui ont les membres antérieurs tellement longs, que, l'animal étant debout, ils descendent jusqu'à terre. Ces différences dans la longueur des membres exercent une influence marquée sur la marche et la station, ainsi que nous le verrons tout à l'heure.
Presque toutes les parties du corps sont recouvertes de poils plus ou moins longs et touffus , à l'exception de la face , des mains et des pieds, et quelquefois de la partie antérieure de la poitrine et de l'abdomen , qui , dans certaines espèces , sont plus ou moins complètement nues. Plusieurs offrent, dans la région des fesses, des places plus ou moins étendues , entièrement dénudées, nommées callosilés, et que recouvre une peau épaisse , qui souvent prend une teinte violacée ou rougeâtre plus ou moins intense , surtout aux époques du rut. Ces callo-
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sités, qui sont en quelque sorte des organes de tact dont l'animal fait usage lorsqu'il est assis sur les branches des arbres , existent dans tous les singes de l'ancien monde, et manquent complètement dans tous ceux du nouveau continent.
Les femelles, dans les singes, sont sujettes à l'écoulement menstruel ; elles ne mettent au monde qu'un seul petit; ce n'est que dans des cas très rares et exceptionnels qu'elles en ont deux à la fois. Le temps de la gestation n'est pas encore parfaitement connu. Cependant, dans les grandes espèces, il est d'environ sept mois. Quand le petit singe naît , il est plus développé que l'enfant à la même époque. Ses membres sont mieux formés , ont plus de force, il peut déjà marcher. Sa mère le tient dans ses bras et l'allaite pendant plusieurs mois.
Les organes intérieurs du corps ont une structure presque en tous points semblable à celle de l'homme. Le cerveau , sauf quelques légères modifications, le cœur, le poumon, l'estomac, les organes générateurs, ont une analogie frappante avec ceux de l'espèce humaine.
La plupart des singes ont la faculté de se tenir debout sur leurs membres postérieurs ; plusieurs même peuvent marcher dans cette position à la manière de l'homme, comme les orangs et les gibbons. Mais néanmoins ils ne peuvent être réellement considérés comme bipèdes. Et d'abord leurs pieds n'appuient pas sur le sol par toute leur surface inférieure. Leurs doigts et leur pouce sont toujours fléchis et recourbés en dessous, et ce n'est que sur leur bord externe que les pieds sont posés sur la terre. Dans les espèces qui se tiennent plus habituellement dans celte position , ils la quittent très fréquemment pour s'aider en même temps des membres antérieurs. Mais la position qui paraît vraiment naturelle pour les singes, c'est celle de se tenir sur les arbres et d'y grimper de branche en branche ; leurs quatre extrémités également prenantes sont merveilleusement propres à saisir les branches et à y trouver un point d'appui aussi ferme que solide. Aussi, autant un singe à terre a-t-il l'air dépaysé et embarrassé, autant il déploie de force, d'agilité et d'adresse, quand il se trouve sur un arbre. On le voit alors non •eulement grimper avec promptitude jusqu'au faîte des arbres le*
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plus élevés, mais s'élancer en franchissant souventdetrèsgrandes distances, et se dérober ainsi à la recherche du chasseur. Plusieurs des espèces américaines sont pourvues d'une queue très longue, dont ils se servent comme d'un doigt ou d'un membre supplémentaire pour grimper et se soutenir. Cette queue jouit de la propriété de pouvoir s'enrouler autour des corps voisins et avec une force assez grande pour soutenir tout le poids du corps. Il n'est pas rare de les voir quelquefois se pendre accrochés par la queue , et sembler prendre une sorte de plaisir à se balancer dans cette position. Mais la queue des singes ne jouit pas toujours de cette propriété d'être prenante. Ce n'est, ainsi que nous l'avons dit, que dans les espèces américaines qu'existe cette propriété , qui ne leur est pas commune à toutes. Au contraire, aucune espèce de l'ancien monde ne la possède , et cet organe , quelquefois très court , finit par disparaître dans les orangs et les gibbons , qui en sont tout à fait dépourvus.
Les singes sont , après l'homme , les animaux dont le cerveau est le plus volumineux. Ce sont aussi ceux auxquels on attribue généralement l'intelligence la plus grande. Mais on s'est plu à leur reconnaître , peut-être gratuitement, un instinct supérieur à celui des autres animaux. Le chien , l'éléphant nous paraissent lui être de beaucoup supérieurs par le degré de leur intelligence, que l'éducation développe et accroît, tandis qu'elle n'exerce aucune influence sur les singes. Tout chez eux n'est qu'imitation : non pas cette imitation raisonnée, qui prouve toujours une intelligence plus ou moins développée , mais cet instinct machinal et automatique , qui est un simple résultat d'une disposition des parties en rapport avec certains actes qu'ils sont aptes à reproduire. « A l'égard de l'imitation , dit Buffon, qui paraît être le caractère le plus marqué, l'attribut le plus frappant de l'espèce du singe, et que le vulgaire lui accorde conime un talent unique, il faut, avant de décider, examiner si cette imitation est libre ou forcée. Le singe nous imite-t-il parce qu'il le veut , ou bien parce que , sans le vouloir, il le peut? J'en appelle volontiers sur cela à tous ceux qui ont observé cet animal sans prévention, et je suis convaincu qu'ils diront avec moi qu'il n'y a rien de libre , rien de volontaire
dans celte imitation,- le singe, ayant des bras et des mains, s'en sert comme nous, mais sans songer à nous; la similitude des membres et des organes produit nécessairement des mouvemens et quelquefois des suites de mouvemens qui ressemblent aux nôtres; étant conformé comme l'homme , le singe ne peut que se mouvoir comme lui; mais se mouvoir de même , n'est pas agir pour imiter. Qu'on donne à deux corps bruts la même impulsion; qu'on construise deux pendules, deux machines pareilles, elles se mouvront de môme, et l'on aurait tort de dire que ces corps sont bruts ou que ces machines ne se meuvent ainsi que pour s'imiter. Il en est de même du singe relativement au corps de l'homme; ce sont deux machines construites, organisées de même, qui par nécessité de nature se meuvent à très peu près de la même façon : néanmoins parité n'est pas imitation ; l'une gît dans la mat ère, et l'autre n'existe que par l'esprit: l'imitation suppose le dessein d'imiter; le singe est incapable de former ce dessein , qui demande une suite de pensées , et par celte raison l'homme peut , s'il le veut, imiter le singe , et le singe ne peut pas même vouloir imiter l'homme. »
La mobilité de leurs sensations est excessive. Tous les objets les frappent et attirent leur attention, que bientôt d'autres objets détournent pour ne jamais les fixer long-temps. Ils n'ont ni la mémoire du cœur, comme le chien et l'éléphant qui savent g5auacher à leurs bienfaiteurs; ni même celle de l'esprit, car ils oublient tout, si ce n'est les mauvais traitemens dont ils savent conserver rancune pendant fort long temps. Ce n'est que par l'emploi de la force, et surtout des coups rudement appliqués, qu'on peut les dresser à certains exercices, dans lesquels ils finissent par développer une adresse extraordinaire. Qui ne s'est arrêté dans les villes devant ces singes qu'on a habitués à danser en mesure sur la corde , à marcher au pas ou à faire l'exercice! Mais ce n'est jamais que le fouet à la main et par la crainte toujours présente du châtiment que leur instituteur obtient d'eux la manifestation de ces talens factices. Les singes, dans l'état de domesticité , sont en général criards , médians . indociles, malpropres. Ils ont un malin plaisir à casser, à briser.
à déchirer tout ce qui leur tombe sous la main. Ils mangent avec une sorte de voracité tout ce qu'on leur présente. Cependant quelques petites espèces se font remarquer par leur gentillesse, leur pétulance, leur étourderie, et la grâce aussi bien que la variété de leurs mouvemens.
Dans l'état sauvage, les singes vivent dans les bois, où ils se nourrissent de fruits ou de graines. Très souvent ils s'approchent furtivement des habitations ou des jardins, et y exercent de très grands dégâts. Ils se réunissent toujours en sociétés souvent très nombreuses, et paraissent en quelque sorte reconnaître l'autorité des plus âgés, qui se font obéir des plus jeunes, auxquels on les voit quelquefois infliger des punitions corporelles. Quand ils vont à la maraude , ils placent toujours des sentinelles en observation ; à la moindre apparence de danger, un cri qu'ils font entendre les en avertit, et on les voit fuir avec une rapidité extraordinaire. Dans ces momens de danger, les femelles se chargent de leurs petits, qu'elles portent sur leur dos ou qu'elles tiennent embrassés. Jamais elles ne les abandonnent, même lorsqu'elles sont blessées, et tant qu'il leur reste assez de force pour les soustraire au danger. L'attachement maternel est en quelque sorte le seul bon sentiment qui existe chez les singes ; mais aussi nul autre animal ne le possède à un plus haut degré.
Il l'emporte chez eux sur le sentiment, d'ailleurs si puissant, de la conservation personnelle. Il n'est pas de danger que la femelle d'un singe n'affronte pour sauver son petit. Aussi cet attachement maternel est-il payé d'un tendre retour. Lorsqu'on tue une mère portant son petit et qu'elle tombe, celui-ci ne l'abandonne jamais. Il pousse des cris, des gémissemens, qui souvent ont produit une impression bien pénible sur ceux qui étaient cause et spectateurs de celte scène. C'est même par ce moyen cruel, c'est-à-dire en tuant les mères, que les Sauvages se procurent de jeunes singes pour les élever en domesticité. Nous emprunterons à M. Alfred Duvaucel le récit d'un trait touchant d'amour maternel dans l'espèce du singe.
« Je suis entré, dit-il (Journ. Jsiat., mars et avril 1824) , à Gouptipara à peu près comme Pythagore à Bénarés , lui pour
chercher des hommes, moi pour trouver des hétes , ce qui est généralement plus facile. J'ai vu des arbres couverts de houllmann à longue queue {simia entellus) , qui se sont mis à fuir en poussant des cris affreux. Les Indous, en voyant mon fusil , ont deviné, aussi bien que les singes, le sujet de ma visite , et douze d'entre eux sont venus au devant de moi , pour m'apprendre le danger que je courrais en tirant sur des animaux qui n'étaient rien moins que des princes métamorphosés. J'avais bien envie de ne pas écouter les avocats de ces macaques; cependant, à moitié convaincu, j'allais passer outre, lorsque je rencontrai sur ma route une princesse si séduisante, que je ne pus résister au désir de la considérer de plus près ; je lui lâchai un coup de fusil , et je fus alors témoin d'un trait vraiment touchant : la pauvre bête, qui portait un jeune singe sur son dos, fut atteinte près du cœur ; elle sentit qu'elle était mortellement blessée, et réunissant toutes ses forces, elle saisit son petit , l'accrocha à une branche , et tomba morte à mes pieds. Un trait si maternel m'a fait plus d'impression que tous les discours des Brames ; et le plaisir d'avoir un bel animal n'a pu l'emporter cette fois sur le regret d'avoir tué un être qui semblait tenir à la vie par ce qui rend le plus respectable. »
Les singes ne se rencontrent guère que dans les contrées les plus chaudes du globe, et particulièrement dans les régions intertropicales du nouveau et de l'ancien monde. A l'exception d'une seule espèce (le magot) qui vit encore sur le rocher de Gibraltar, tous les autres singes habitent des contrées plus ou moins éloignées. Néanmoins , dans l'hémisphère austral , ils s'éloignent encore plus des tropiques que dans l'hémisphère boréal, puisqu'on trouve des singes au cap de Bonne-Espérance et au Paraguay, c'est-à-dire par environ 35 à 38 degrés de latitude sud, tandis que dans l'hémisphère boréal ils n'atteignent, et encore par une sorte d'exception, que le 27e degré nord. C'est surtout dans les pays où la chaleur est très intense , et qui sont couverts de vastes et épaisses forêts . qu'on voit les singes se multiplier. En général, ils ne peuvent vivre dans les pays très élèvés , dont la température est sujette à de trop grandes et à de trop brusques variations. Une observation digne
d'être notée, c'est que plusieurs pays très vastes , et qui réunissent toutes les conditions nécessaires pour la propagation des singes, en sont totalement dépourvus. Ainsi on n'en rencontre aucune espèce ni à Madagascar, ni à la Nouvelle-Hollande , ni à la Nouvelle-Guinée , ni enfin dans aucune des îles de la mer du sud.
Le nombre des espèces de singes qu'on connaît aujourd'hui est très considérable ; ils forment plusieurs genres distincts, qui se groupent naturellement en deux tribus, savoir :
lre Tribu. Les Singes de l'ancien continent , qui ont les narines ouvertes en dessous et séparées par un cloison mince ; cinq molaires -de chaque côté à chaque mâchoire ; les yeux dirigés en avant, et des callosités aux fesses. Us comprennent :
1° Les Orangs (Pithecus Cuv.) , qui se rapprochent le plus de l'homme par l'ensemble de leur organisation. Leur station est souvent bipède, leurs bras très longs. Ils n'ont ni queue, ni abajoues , ni callosités aux fesses. On en connaît deux espèces : l'Orang-outang ( simia satyrus L. ), originaire des grandes îles de la Sonde, et le Chimpansé [Troglodytes niger Geof.), qui vit au Congo.
2° Les Gibbons {Hylobates III.) ont les bras fort longs , des callosités aux fesses, mais ni queue ni abajoues.
3° Les Guenons ( Cercopithecus L. ) forment un genre très nombreux en espèces remarquables par leur longue queue , leurs fesses calleuses et leurs abajoues. Le callitriche ( simia sabœaL.), qui est de grandeur moyenne et de couleur verdàtre. est unedes espèces qu'on voit le plus souvent en domesticité.
4° Les Semnopithèques {Scmnopithecus Cuv.) tiennent le milieu entre les Guenons et les Gibbons. Us ont les longs bras de ces derniers, paraissent manquer d'abajoues , mais ont des callosités et une queue fort longue.
5° Les Macaques ( Macacus Lacép. ) ont des callosités et des abajoues, les membres courts et trapus , un museau saillant et une queue pendante.
6° Les Magots (Magus) ne diffèrent des Macaques que par l'absence de queue.
7° Les Cynocéphales ( Cynocephalus.) sont surtout remarqua-
bles par l'alongement de leur museau. Ce sont des singes très sauvages et très féroces , que rien ne peut dompter.
2e Tribu. Les Singes du nouveau continent , qui ont les narines latérales séparées l'une de l'autre par une cloison épaisse ; six dents molaires de chaque côté à chaque mâchoire ; les yeux dirigés obliquement; point de callosités aux fesses. Ils comprennent trois grands genres que l'on peut encore subdiviser, et qui sont :
1° Les Sapajous ( Ceèus), dont la queue est longue et prenante.
2° Les Sakis {Pithecid), dont la queue n'est pas prenante.
3° Les Ouistitis (Jacchus) n'ont pas la queue prenante, n'ont que vingt dents machelières comme les singes de l'ancien continent; ils n'ont ni abajoues ni callosités. Leurs ongles sont comprimés et pointus, excepté ceux des pouces de derrière. Ce sont de jolis petits animaux, gracieux et fort doux.
Les Makis, qui forment la seconde famille des Quadrumanes, s'éloignent davantage , par l'ensemble de leur organisation , du type de l'homme , pour se rapprocher davantage de celui des Carnassiers, et surtout des Carnassiers insectivores. Le pouce est encore opposable aux extrémités postérieures comme aux antérieures; mais aux mains postérieures le premier doigt est armé d'un ongle pointu et relevé, tandis que tous les autres ongles sont planes. Le nombre des incisives n'est plus constamment de quatre, comme dans l'homme et les singes; on en compte fréquemment six. Les molaires offrent à leur face supérieure des tubercules proéminens et aigus. Leur queue est en général plus ou moins longue. Leur poil est laineux et touffu.
Les Makis sont tous originaires des contrées chaudes de l'ancien continent. Ils comprennent :
1° Les Makis ( Lemur) proprement dits, qui tous vivent dans la grande île de Madagascar, où ils remplacent les singes;
2° Les Indris {Indris), également de Madagascar ;
3° Les Loris ( Loris) ou singes paresseux des Indes orientales;
4° Les Galagos {Galago) d'Afrique ;
6° Et les Tarsiers {Tarsius) des Moluques.
Quoique les animaux qui appartiennent à l'ordre des Quadrumanes ne nous offrent rien d'intéressant sous le rapport médical, nous avons cru cependant devoir entrer dans quelques détails sur leur organisation, à cause de ses rapports avec celle de l'homme.