PREMIER ORDRE DES REPTILES
LES CHLÉONIENS.
Les Chéloniens ou Tortues constituent le premier ordre des Reptiles. Il est extrêmement bien caractérisé par la double cuirasse qui défend leur corps supérieurement et inférieurement, et qu'on nomme la carapace et le plastron. Cette partie, ou boîte solide, dans laquelle le corps de l'animal semble être totalement renfermé, et dans laquelle il peut à volonté faire rentrer toutes sesparties naturellement saillantes au dehors, comme la tête et les membres, est formée par la colonne vertébrale, les côtes et le sternum soudés intimement, et recouvertsà leur face supérieure de plaques ou écailles plus ou moins grandes et diversement arrangées. Les côtes, au nombre de huit paires seulement, sont ici excessivement larges , sous la forme de plaques ou de ceintures osseuses, soudées entre elles par leurs bords, et unies en avant avec le sternum, qui offre un développement très considérable et forme la pièce inférieure ou le flastron. Il résulte de cette singulière disposition que le squelette est en grande partie extérieur dans ces animaux, et qu'il constitue une sorte de grande boîte, à la face interne de laquelle les muscles sont attachés. Les membres sont au nombre de quatre; les doigts sont tantôt distincts et séparés les uns des autres ; tantôt ils sont soudés, recouverts par la peau et sous la forme d'une sorte de rame comprimée. C'est ce que l'on remarque dans les espèces qui vivent constamment dans l'eau, comme les Chélonés ou tortues de mer. Les espèces qui vivent dans les fleuves et les eaux douces ont les doigts réunis au moins à leur base par une mem-
LES CUÉLONIENS.
brane. Dans celles qui vivent a terre, les doigts sont fort courts, en grande partie adhérons enlrc eux, et les pattes paraissent être comme tronquées.
Les Chéloniens ou tortues ont le cœur à deux oreillettes distinctes et très grandes, donnant dans un ventricule unique très épais, beaucoup plus large que long, et immédiatement appliqué sur la face supérieure du foie. Ce ventricule est partagé intérieurement en plusieurs cavités, souvent quatre, deux à droite el deux à gauche, qui communiquent toutes ensemble. Leurs poumons, au nombre de deux, sont extrêmement grands, et quand ils sont gonflés par l'air, ils s'étendent jusque dans la cavité abdominale qui n'est pas séparée de la thoracique par un diaphragme. Leurs mâchoires , dépourvues de dents, sont ordinairement recouvertes de pièces cornées analogues au bec des oiseaux. Aussi se nourrissent-elles essentiellement de matières végétales. Les unes sont terrestres, les autres vivent au milieu des eaux douces ou salées : différence qui en établit une dans leurs organes du mouvement. Les œufs de tortues sont revêtus d'une coque solide ; elles les déposent sur le sable , où. l'action du soleil les fait, éclore.
M. le professeur Duméril a établi parmi les tortues quatre familles , dont les caractères les plus faciles à saisir sont surtout empruntés aux organes du mouvement. Le tableau suivant présentera l'abrégé de ces caractères :
f nageoires ou rames l I. Marines ou Thalasjite». immobiles, reu- ) aplaties. f
nis en I moignons arrondis , 1 jj Terrest11es ou Chersites.
* garnis de sabots. j
ÎV lèvres charnues; j m FumALES ou PoTAMITE». trois ongles. J nues; plus de trois j iy pAI>UDINES ou Euomm. ongles. )
lrc Famille. Les Chersites ou Tortues tert*estres*
Les espèces qui appartiennent à cette première famille sont caractérisées par une carapace extrêmementbombée, des pattes courtes et comme tronquées, dont les doigts sont unis par une membrane très serrée qui ne leur permet pas de mouvemens ,
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et terminés par des ongles très forts et en forme de petits sabots. Ces tortues vivent dans les bois humides, où elles trouvent en abondance les herbes dont elles se nourrissent. Quatre genres composent cette famille , savoir : Testudo , Homopus , Pyxis et Cinyxis.
Les Tortues vraies ( Testudo L. , Duméril) sont celles dont les pattes ont cinq doigts , la carapace d'une seule pièce , le sternum non mobile antérieurement, et les pattes postérieures offrant quatre ongles seulement. Parmi les espèces de ce genre on distingue : la Tortue bordée { T. marginata ) , la Tortue grecque {T. grœca), qui vivent dans les régions méridionales de l'Europe.
2e Famille. Les JEIotiifes ou Tortue» tle marais.
Leurs doigts sont courts, réunis à leur base par une petite membrane ; leurs ongles sont au nombre de quatre ou de cinq, et leurs mâchoires cornées sont nues et non garnies de lèvres mobiles. Cette famille a beaucoup de rapport avec les Potamites, et en diffère surtout par ses mâchoires nues et le nombre des ongles qu'elle porte à chaque patte. On compte sept genres dans cette famille, parmi lesquels nous mentionnerons les deux suivans :
Ie Les Cistddes (C«««^o Fleming). Les pattes ont cinq doigts, les postérieures n'ont que quatre ongles ; le plastron est large, ovale , attaché au bouclier par un cartilage mobile devant et derrière sur une même charnière transversale et moyenne.
C'est à ce genre qu'on a rapporté la Tortue commune ou d'Europe (C. europœa Gray, Testudo orbicularis L. , T. europcea Schn.). C'est l'espèce la plus commune dans toute l'Europe. On la trouve dans le voisinage des rivières. Sa carapace est peu convexe, ovoïde, noirâtre, avec des points jaunes disposés en rayons. Il est rare qu'elle ait plus de dix à onze pouces de longueur. Elle se nourrit d'herbes, d'insectes et de vers.
Sa chair est d'un goût assez agréable : aussi la mange-t-on dans les pays où elle est commune; mais elle est en général un peu visqueuse, à cause du mucus qu'elle contient en assez grande quantité. C'est avec la chair de cette espèce que l'on
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préparait le bouillon et le sirop de tortue, dont on trouve la recette dans quelques anciens formulaires, mais que l'on prescrit bien rarement aujourd'hui.
2° Les Emydes ( Emys Dum. ) diffèrent surtout des Cistudes par leur plastron non mobile et solidement attaché à la carapace. Les espèces en sont fort nombreuses. Deux se trouvent en Europe, savoir : l'Emyde Caspienne et l'Emyde sigriz. Toutes les autres sont exotiques.
3e Famille. Les Potamites ou Tortues fluviates.
Elles sont principalement caractérisées par leur carapace recouverte d'une peau molasse ; par leurs doigts à phalanges comprimées et peu mobiles ; par trois ongles seulement à chaque patte ; par un repli extérieur de la peau environnant les mâchoires, et leurs narines placées au bout d'une sorte de petite trompe.
Cette famille ne comprend que deux genres: les Cryptopodes et les Gymnopodes, formés aux dépens du genre Trfpnyx. Les espèces, en petit nombre , vivent dans les grands fleuves, où elles nagent avec beaucoup de facilité et se nourrissent de poissons, de mollusques, de vers et d'insecte».
4e Famille. Les Thaïnssites ou Tortues ae mer.
La forme des pattes comprimées sous la forme de rames , et où les doigts, aplatis et soudés, ne sont plus susceptibles de mouvemens particuliers, distingue de suite cette dernière famille. . .
Le genre Chéloné (C/icfoma Brong.), forme presque a lui *eul cette dernière famille, renferme entre autres deux espèces intéressantes :
1* La Tortue franche (Chelonia Mydas Latr.),vulgairement Tortue de mer. C'est la plus grande des espèces de tortue. Quelques individus acquièrent une longueur de s.x à sept pieds et un poids de cinq à six cents livres. Elle est d'une couleur verte foncée, et vit par grandes troupes dans l'Océan atlanUque, se nourrissant principalement de fucus. Sa cha.r et ses
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œufs sont très bons à manger, et souvent d'un grand secours pour les navigateurs.
2° Le Caret ou Tortue à écaille (C. imbricata Schweig). C'est cette espèce dont les écailles forment la matière que nous désignons sous le nom d'écaillé, et avec laquelle on fait des peignes, des boites et d'autres petits meubles. Elle est originaire de la mer des Indes et est un peu moins grande que la Tortue franche. Sa chair n'est pas bonne à manger; mais on dit que ses œufs sont excellens.