‹ Élémens d'histoire naturelle médicale (volume 2)Chapitre 82 sur 170 · DEUXIÈME EMBRANCHEMENT · texte numérisé non relu

DEUXIÈME EMBRANCHEMENT

Les animaux que nous avons étudiés jusqu'à présent nous ont offert une série de pièces osseuses et solides, articulées les unes avec les autres , et constituant un squelette intérieur, c'est-à-

re une sorte de charpente servant d'appui , de soutien et d'atache à toutes les autres parties du corps de l'animal. Cet organe caractéristique disparaît dans la série d'animaux qui nous restent à étudier, et qui constituent la grande division des animaux invertébrés de Lamarck.

Les Mollusques , qui comprennent les animaux connus sous les noms de coquillages , sont, comme les autres invertébrés, dépourvus de squelette. Leur corps est recouvert d'une peau contractile, à la face interne de laquelle sont attachés les muscles destinés aux mouvemens partiels de l'animal , ou à ceux par lesquels il meut son corps en totalité. Le plus souvent elle forme à la partie supérieure du corps un repli particulier, qui le recouvre en totalité ou en partie seulement et qu'on désigne sous le nom de manteau. Leur peau est quelquefois nue ; d'autres fois elle présente des incrustations calcaires, un test ou coquille de forme très variée , et qui devient un abri dans lequel l'animal peut souvent rentrer la totalité de son corps. C'est toujours dans l'épaisseur même du manteau que la coquille se forme, par suite d'une exsudation de matière calcaire qui estpropreau plus grand nombre de ces animaux. Cette coquille présente un nombre infini de variations dans sa forme, dans sa couleur, etc. Son

étude forme une branche particulière de la zoologie, à laquelle on a donné le nom de Conchyliologie. Nous présenterons tout à l'heure quelques considérations sur la structure de la coquille. Enfin , comme nous l'avons déjà dit , il y a un assez grand nombre de Mollusques dépourvus de coquilles ou nus.

Bien que les Mollusques soient de tous les animaux ceux dont les formes offrent le plus de variations, cependant on peut dire qu'en général leur corps peut être représenté par une sorte de sac charnu diversement modifié. C'est ce qu'il nous sera plus facile de "reconnaître en exposant bientôt les caractères des différens ordres de cette classe.

Le système nerveux n'offre plus une organisation aussi compliquée que dans la grande division des Vertébrés. Il consiste en des masses ganglionnaires distinctes, éparses et sans symétrie plus ou moins volumineuses , réunies entre elles par des cordons de communication , dont la supérieure , qui souvent n'est pas plus grosse que les autres, représente le cerveau. C'est de ces masses ou ganglions que partent les filets nerveux qui se distribuent dans les différentes parties du corps. Le nombre des ganglions nerveux des Mollusques est en général peu considérable. Il y en a un qui correspond à chacun des systèmes d'organes qui appartiennent aux grandes fonctions. Ainsi on en trouve un pour les organes digestifs , un autre pour ceux de la génération , un troisième pour les organes de la respiration, etc. Le plus souvent leur nombre ne dépasse guère cinq ou six. Quelquefois même il est réduit à deux , comme dans les huîtres et les autres Mollusques analogues que l'on désigne sous le nom d'Acéphales. Selon la remarque de Cuvier et de Carus , le système nerveux des Mollusques est d'une coloration plus ou moins foncée, tantôt d'un rouge vif, d'un rouge noirâtre ou d'un jaune intense.

La circulation dans les Mollusques est double. Il y a trois cœurs distincts dans un grand nombre de ces animaux , composés chacun d'un ventricule seulement , savoir, deux placés à la terminaison des deux veines caves, dont ils reçoivent le sang pour se porter à l'organe respiratoire, <H un ordinairement plus charnu, de forme ovoïde, qui transmet le sang qui

a respiré à l'aorte qui le porte dans les diverses parties du corps. Il existe fréquemment une connexion intime entre ce cœur aortique des Mollusques et les organes de la digestion. Très souvent il est placé vers la fin du canal alimentaire.

Les Mollusques sontpour la plupart destinés à vivre dansl'eau; aussi, comme les Poissons , respirent-ils généralement au moyen de branchies. Les branchies présentent des variations extrêmes dans ces animaux quant à leur forme et surtout quant à leur position. Dans un grand nombre elles ont la forme d'un organe ramifié irrégulièrement que l'on a comparé tantôt à un jeune arbre, tantôt à une feuille de fougère. D'autres fois ce sont des lames minces , simples , ou frangées , ou découpées comme les dents d'un peigne, ou enfin des espèces de houppes ou de pinceaux. Leur nombre varie et le même animal peut en porter une, deux ou quatre. Dans certains Mollusques, les branchies sont placées intérieurement, dans une cavité spéciale, située soit sur le dos, soit sur les côtés de l'animal; dans d'autres, elles sont à nu et saillantes sur l'une des parties du corps. Cependant, dans ceux qui vivent et respirent dans l'air, les organes respiratoires consistent en une cavité plus ou moins spacieuse, tapissée d'une membrane dans laquelle viennent se rendre d'innombrables vaisseaux, et où l'air arrive par une ouverture spéciale ou une simple échancrure. Cette cavité est un véritable poumon sacciforme ; c'est ce que l'on remarque par exemple dans les Limaces, les Limaçons , etc.

Les organes de la digestion se composent d'une ouverture buccale , le plus souvent sans mâchoires ou organes masticateurs, et qui s'ouvre immédiatement dans l'estomac, ou bien en est séparé par le moyen d'un œsophage. Le foie , qui est très volumineux, environne et recouvre l'estomac de toutes parts, et y verse la bile par des pores de communication, mais sans canaux biliaires. Les intestins viennent , après plusieurs circonvolutions , s'ouvrir par un anus placé à la partie inférieure du corps , ou quelquefois dans un autre point, ou sur (a tête ou sur les côtés. L'estomac des Mollusques se compose quelquefois de plusieurs cavités distinctes ou mémo entièrement séparées, et qui ont quelque analogie avec les mêmes organes chez les

Oiseaux. Dans certains Mollusques la face interne de l'estomac est garnie de piquans ou de plaques calcaires fort diverses, toujours destinées au broiement des matières alimentaires , et qui montrent l'analogie qui existe entre la membrane tapissant la face interne de l'estomac et la peau qui recouvre le corps extérieurement.

Ils sont tout k fait privés de membres. Cependant , dans un assez grand nombre, on voit à la partie inférieure du corps une sorte de disque charnu ou de plateau, sur lequel appuie le corps de l'animal, lorsqu'il rampe à la surface du sol. Dans d'autres, tels que lesSeiches et les Calmars, la tête est environnée de longs appendices ou tentacules charnus qui sont pour ces animaux non seulement des organes de tact et de préhension, mais encore de véritables organes de mouvement. Les Ptéropodes ( tels que les Clios , les Hyales ) ont les bords de leur manteau développés sous la forme d'expansions ou d'ailes , qui sont d'excellentes nageoires pour ces Mollusques vivant exclusivement dans les eaux de la mer.

Les organes de la génération sont fréquemment réunis sur le même individu; c'est-à-dire qu'ils sont réellement hermaphrodites. Il en est même dans lesquels il semble n'exister que l'organe femelle , qui est un ovaire très considérable , occupant la plus grande partie de l'abdomen , et qui communique au dehors par un oviducte s'ouvrant entre les feuillets branchiaux ; mais on n'est point encore parvenu à constater l'existence de l'organe mâle. La réunion des deux sexes sur le même individu peut présenter deux modifications principales : ou bien le même individu se suffit à lui-même, c'est-à-dire que ses œufs sont fécondés en traversant l'oviducte , et, dans ce cas , on conçoit qu'il n'y a pas d'accouplement nécessaire ni possible, comme dans les moules, les huîtres: ces animaux sont alors hermaphrodites -} ou bien, il faut le concours de deux individus pour que la fécondation puisse s'opérer. Il y a un double accouplement, et chaqu ï individu est en même temps mâle et femelle, c'est-àdire c ue tandis qu'il introduit sa verge dans l'oviducte de l'autre, il reçoit celle du second individu dans ses propres organes femelles. Tous les hélices ou limaçons présentent ce sin-*"

gulicr mode d'accouplement, que nous retrouverons encore dans quelques Annélides. Ces animaux sont androgyns.

Les organes des sens n'existent pas tous dans les Mollusques : ainsi, ils sont privés de ceux de l'audition et de l'olfaction. Mais le toucher, qui réside dans leur peau si contractile , est très délicat. Les yeux, qui manquent dans quelques uns, sont très développés dans d'autres, et offrent une organisation presque aussi compliquée que celle des animaux vertébrés. C'est ce qu'on observe dans les Seiches et les Calmars par exemple. Tantôt les yeux sont sessiles sur la tète ; tantôt ils sont portés sur un pédicule plus ou moins long et rétractile , que l'animal alonge ou raccourcit a sa volonté. Les organes du goût existent aussi chez certains Mollusques , et consistent en appendices placés au devant de la bouche.

Quelques uns des animaux de cette classe nous offrent un exemple d'animaux composés , c'est-à-dire que leur corps se compose de la réunion d'un grand nombre d'animaux agrégés soudés en un seul , tels sont les Ascidies , les Pyrosomes , etc. Ces exemples seront beaucoup plus fréquens parmi les Zoophytes.

Les Mollusques présentent deux grandes divisions. Tantôt leur tête est bien distincte des autres parties du corps ; tantôt elle est confondue et ne peut être distinguée. On nomme cephalés ceux qui sont dans le premier cas , et acéphales ceux qui sont dans le second.

D'après la disposition des organes du mouvement, on a divisé les Mollusques en six ordres, de la manière suivante :

1er ordre. Les Céphalopodes. Leur tête se distingue du reste du corps par une sorte d'étranglement; et ils offrent autour de la tête de très longs appendices en forme de bras , ou des tentacules qui leur servent à s'accrocher aux corps voisins ou d'organes de progression. Tels sont les Seiches, les Calmars, les Argonautes , etc.

2e ordre. -Les Ptéropodes , qui ont également la tête distincte du reste du corps, n'ont pas les tentacules des Céphalopodes , mais de simples appendices membraneux en forme de lames

ANIMAUX MOLLUSQUES. 2o3

ou de nageoires sur leurs parties latérales. Tels sont les ïlyi 'es, les Clios , etc.

3e ordre. Les Gastéropodes. Leur téte est également distincte, et sous leur ventre existe une sorte de disque charnu, sur lequel appuie le corps , pendant qu'il rampe sur le sol ou nage dans l'eau. Tels sont tous les Hélices, lesBulimes, etc.

4e ordre. Les Acéphales proprement dits n'ont point de téte distincte du reste du corps ,ni par un rétrécissement, ni par aucuns appendices. Ils sont nus ou conchyfères, et leur coquille se compose de deux valves. Tels sont les Moules , les Huîtres , etc.

5e ordre. Les Brachiopodes sont des Mollusques acéphales , qui sont pourvus de tentacules mobiles et charnus. Ex. : les Orbicules et les Lingules.

6e ordre. Les Cirrhipodes, mollusques acéphales, ayant des tentacules formés de pièces cornées ou calcaires et articulées , comme les Lepas.

Voici le tableau de cette classification :

Animaux mollusques.

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