‹ Élémens d'histoire naturelle médicale (volume 3)Chapitre 10 sur 187 · TROISIÈME FAMILLE · texte numérisé non relu

TROISIÈME FAMILLE

LICHÉNÉES. ~ LICHENEM (1).

Les lichens se présentent sous la forme de croûtes membraneuses, simples ou lobées^ de feuilles, de liges plus ou moins rameuses, quelquefois d'une simple poussière. Leur consistance est ordinairement sèche et coriace; leur couleur varie beaucoup. Les or/janes reproducteurs ( sporules , gongyles) sont renfermés dans des réceptacles en forme d'écusson ou de tubercules, situés sur la face supérieure ou sur les bords de ceux qui sont aplatis, ou à l'extrémité des ramifications, dans ceux qui sont dendroïdes, c'est à dire ramifiés à la manière des arbres. Ces plantes végètent soit sur le tronc des arbres , soit sur les murs, les rochers, ^ou même sur la terre. En général , leur durée n'est pas bien déterminée; ils vivent ordinairement plus d'une année. Les différens genres de celte famille sont désignés dans les ouvrages de Linnœus sous le nom générique de lichen. M, de Jussieu avait placé ce genre parmi les algues; mais aujourd'hui que l'organisation de ces plantes est beaucoup mieux connue, on a trouvé des caractères suffisans pour partager le genre lichen de Linnœus en un grand nombre de genres qui constituent une famille tout à fait distincte. Parmi toutes les espèces de cette famille , il n'en existe qu'une seule qui soit pour nous d'un grand intérêt , et dont nous allons donner la description : c'est le lichen d' Islande.

Lichen d'Islande. Cetrai^ia islandica, Achar., Lichenog. univ., p. 512. Lichen islandicus. L. Phjscia islandica. DC. Fl. fr.

Nom pharmaceutique : lichen islandicus. Partie usitée : toute la plante.

Ce lichen est foliacé, d'une consistance sèche et comme cartilagineuse, formant des touffes serrées, composées de plusieurs ramifications dressées et entrelacées. Il est d'un rouge foncé à

(1) Les ouvrages principaux à consulter sur cette famille sont ceux 1» D'Aciiarius, Lickcnagraphiu unii'ersalis, \Q-^, 1810.

— Synopsis lic/ieuograpitiœ, iu-8.

2" B'Koffmann, Enumcratio licJieniim, in-4, etc., etc.

LICHENiiES. 09

sa base, d'un gris blanchâtre à la parlie'supérieure ; sa hauteur est de trois à quatre pouces. Il offre quelquefois des cils sur les bords de ses découpures. Les fructifications sont des espèces d'écussons situés obliquement sur le bord des feuilles, et d'une couleur pourpre foncée. Il croît sur la terre, les rochers des montagnes, dans les Vosges, les Alpes, en Islande, dans l'Amérique septentrionale, etc.

Propriétés et usages. Depuis une vingtaine d'années, l'usage de ce médicament s'est singulièrement répandu. Le lichen d'Islande a une saveur légèrement amère, qui disparaît en partie lorsqu'on l'a mis préalablement macérer dans l'eau. Il contient 20 à 25 p. 100 d'une substance coagulable, analogue à la gélatine, suivant quelques uns, et à la gomme, selon d'autres chimistes. C'est cette substance qui le rend fort nourrissant, et qui le fait servir d'aliment en Islande. Les habitans de cette lie , après l'avoir privé en partie de son amertume par des lavages répétés, le réduisent en farine, et en forment des espèces de pâtes ou de bouillies, en le faisant cuire avec du lait. Mais on conçoit que l'amertume qui reste opiniâlrémcnt dans ces préparations de lichen ne doit pas leur donner un goût très agréa^ ble. MM. Westring et Berzélius ont donc cherché à les en priver entièrement, et ils y ont réussi par le procédé suivant : sur 500 grammes de lichen moulu, on verse 12 kilogrammes d'une solution aqueuse de 32 grammes d'un sous-carbonate alcalin ; on abandonii'i le mélange à lui-même pendant vingt-quatre heures, on décante, on fait macérer de nouveau dans de l'eau pendant le même espace de temps, et l'on fait sécher. ( Jnn. de chimie, t. 90, p. 31G.) On obtient par ce procédé simple une pâte entièrement privée d'amertume et très nourrissante.

Voici l'analyse que M. Berzélius a faite de ce lichen :

Sirop ' . . ,

Bitarti ale de potasse

ïarlralc et phosphate de chaux.

Principe amer

Cire verte

Gomme. . . .

40 BOTANIQUBi

Matière colorante extractive 7,0

Fécule de lichen 44,6

Matière insoluble amilacée ' , . . 36,6

Acide gallique, des traces

{/énn. chim. t. 90. 277.) M. John s'est également occupé de rechercher les principes eonstituans de ce lichen, et pour ce chimiste la fécule est de l'inuline.

On emploie ce médicament dans les différentes affections de la poitrine , dans les catarrhes chroniques, l'hémoptysie, etc. -, en général , il calme la toux et facilite l'expectoration. Il peut également être avantageux dans la dysenterie, dans la diarrhée chronique, etc. C'est principalement en décoction qu'on l'administre. On fait bouillir deux onces de lichen dans trois livres d'eau, que l'on fait réduire d'un tiers. On peut couper celte boisson avec moitié de lait de vache. On prépare encore des tablettes, une pâte, une gelée de lichen d'Isîande : on a même fait un chocolat au lichen 3 en un mot, ce médicament peut être pris sous toutes les formes.

Le lichen d'Islande est, de toutes les plantes de cette famille, la seule qui soit encore fréquemment usitée; quelques autres espèces, autrefois fort en vogue, sont aujourd'hui tombées dans l'oubli. Nous allons les mentionner ici ^ parce qu'au défaut du lichen d'Islandeelles pourraient être employéesàsa place. Tels sont:

1° Le lichen pulmonaire, ou la pulmonaire de chêne {Lichen pulmonarius. L. Loharia pulmonaria^ DC. Fl. fr. Slicta pulmonaria. Ach. Lich. univ. p. 449), qui croît sur le tronc des vieux arbres, et forme des expansions cartilagineuses, lobées, relevi^es de lignes saillantes qui s'entrecroisent; sa couleur est roussâtre : il est commun en France; sa saveur est encore plus amère que celle du lichen d'Islande, et suivant Gmelin, dans le nord de l'Europe on l'emploie quelquefois comme le houblon dans la préparation de la bière. Débarrassé de cette saveur amère, il jouit des mêmes propriétés que ce dernier, mais cependant il est moins usité. Il faisait autrefois partie du sirop de mou de veau.

LICHÉîfÉBS. 4*

2° Le lichen aphtUeux [L. aphthosus. L. Peltigera aphthosa. DC. FI. fr.),qui se trouve sur la terre sous forme d'expansions d'un vert grisâtre en dessus, blanchâti-e en dessous. Ses fructifications sont dei scutelles arrondies , brunâtres, qui se développent au sommet des lobes.

3° Lo lichen pyxidé [L. pyxidalus. lu. Bcemyces pyxidatus , Ach.), qui a la forme de petits entonnoirs alongés, quelquefois superposés les uns sur les autres.

Ces différentes espèces , et plusieurs autres , ont quelque analogie dans leur mode d'action avec le lichen d'Islande x mais elles sont un peu âcres et astringentes , et contiennent moins de principe mucilagineux. Cependant, en les lavant et les laissant macérer dans l'eau bouillante, on pourrait les priver de leurs principes âcres et astringens , et remplacer par eux l'usage du lichen d'Islande.

Quelques lichens fournissent un principe colorant , et on en fait usage dans les arts ; tels sont : 1° YOrseille , qui donne une couleur violette ou purpurine fort employée dans l'art de la teinture. Ce lichen porte le nom de Roccella tincton'a, DC. Fl. fr. Il croît abondamment sur les côtes des îles Canaries et même de la France. Pour obtenir la matière tinctoriale, on réduit le lichen en poudre grossière , et on le met macérer dans de l'urine et de la chaux ou de la soude, jusqu'à ce que le principe colorant soit bien prononcé. On obtient alors une pâte , que l'on fait sécher.

On désigne sous le nom d'orseille de terre une autre pâte tinctoriale qui paraît avoir pour base principale le Fariolaria dealbata. M. Piobiquet s'est occupé de l'analyse de ce lichen { V. Journ. chim. mèd. , v, p. 324 ) , et y a trouvé entre autres principes une matière sucrée particulière , qui jouit de la propriété de prendre une belle teinte rouge par l'ammoniaque , phénomène qui explique ce qui se passe lors de la formation de l'orseille; cet habile chimiste propose de nommer ce principe o reine.

Enfin, en Auvergne, on retire du Lecanora parella , Achar, par un procédé analogue "a celui employé pour l'orseille , une

autre matière colorante connue sous les noms de Parelle ou Orseille d'Auvergne,

QU\TRIÈ51E FAMILLE.

FOUGÈRES. - FILICES.

Les fougères sont des plantes ordinairement herbacées , à tiges souterraines , rampantes et vivaces , que l'on regarde communément comme les racines. Dans certaines espèces exotiques qui croissent sous les tropiques, celte tige devient ligneuse et assez semblable à celle des palmiers ; elle s'élève à une hauteur plus ou moins considérable. Leurs feuilles sont alternes , roulées en volute ou en crosse avant leur entier développement; elles sont simples , pinnatifides et décomposées : les organes de la fructification occupent lâ face inférieure des feuilles , ou constituent des espèces de grappes ou d'épis terminaux : ces organes consistent dans des sporanges, sortes de petites capsules arrondies, uniloculaires, polyspermes, s'ouvrantd'une manière variée , sessiles ou pidicellées, tantôt nues ,épa.rses ou réunies en épis ou en grappes, tantôt rassemblées sous les bords repliés des feuilles ou sous les écailles , et constituant les sores. Elles offrent quelquefois une sorte d'anneau élastique qui favorise leur déhiscencc , et contiennent les sporules ou organes reproducteurs, très petites, nombreuses, arrondies ou anguleuses. Quant aux sores , ils sont tantôt orbiculaires et attachés par leur centre , tantôt réuiformes et fixés par leur échancrure , tantôt alongés et sous la forme de lignes longitudinales ou transversales. Dans certains genres , c'est le bord même des feuilles qui se roule en dessous pour recouvrir les sporanges, tantôt d'une manière continue, tantôt interrompu de distance en distance. Hedwig considère les capsules comme des fleurs femelles, tandis qu'il appelle fleurs mâles de petits filamens renflés qu'on observe sur les nervures des frondes avant leur déroulement.

FOUGERES.

POLYVOBE. — POLYPODWM. Swartz.

Sporanges nues , sans écailles ni sores , réunies en groupes arrondis, sans anneaux.

PoLYPODE COMMUN. Pofypodium vulgarc. L. Sp. 1554. Bull.

Nom pharmaceutique : polypodium. Nom vulgaire : /jo/j;jcrf« de chêne.

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