DEUXIÈME TRIBU
LES COFFÉACÉES.
Fruit charnu, renfermant deux noyaux monosperracs.
CAFÉIER. — COFFEA. L. J. Rich. Rub. t. 6, f. 2.
Calice à cinq dents ; corolle tubuleuse , infundibuliforme -, tube court; limbe plane ; étamines saillantes. Baie cérasiforme, ombiliquée, contenant deux nucules à parois minces, dont les graines offrent un sillon profond sur leur face interne qui est plane.
Fleurs ordinairement axillaires.
Ci\.FÉiER d'Arabîe. Coffea arabica. L. Sp. 172. Nom vulgaire : café. Parties usitées: les graines.
Cet arbrisseau, qui en tout temps est orné de son feuillage vert et luisant , élève sa tige à une hauteur de quinze à vingt pieds. Ses rameaux portent des feuilles opposées, pétiolées, ovales, alongées, amincies en pointe à leurs deux extrémités, entières, glabres et un peu sinueuses sur les bords ; les deux stipules sont lancéolées et caduques. Les fleurs sont blanches^ presque sessiles, groupées et réunies en grand nombre à l'aisselle des feuilles supérieures. Elles sont à peu près de la grandeur de celles du jasmin d'Espague, et répandent comme elles une odeur extrêmement suave. Leur calice est turbiné, terminé par cinq petites dents égales • la corolle est presque hypocratériforme j son tube est cylindrique, plus long que le calice 3 son limbe est partagé en cinq lobes étalés, égaux et lancéolés. Les élamines, au nombre de cinq, sont saillantes hors du tube de la corolle. Les anthères sont alongées, étroites et vacillantes. L'ovaire est à deux loges, qui contiennent chacune un seul ovule ; le style est simple, grêle, terminé par un stigmate bifide Le fruit est un nuculainc de la grosseur et de la couleur d'une petite merise, renfermant deux nucules accolés par leur côté interne qui est plane, et convexes par leur côté externe. Dans chacun d'eux on trouve une graine cartilagineuse de même
BOTANIQC£.
foi me^ creusée d'un sillon longitudinal profond sur sa face plane.
Propriétés et usages. Suivant Raynal, le caféier est originaire de la haute Ethiopie, d'où il a été transporté dans l'Arabie vers la fin du quinzième siècle, tes environs de la ville de Moka, dans la province d'Yémen, paraissant être les lieux où le caféier s'est le mieux acclimaté : aussi plusieurs auteurs considèrentils cette partie des bords de la mer Rouge comme sa véritable patrie.
L'usage du café était répandu en Orient, en Perse, en Egypte, bien long -temps avant qu'il fût connu des Européens. Le sultan Sélim ayant fait la conquête de l'Egypte en 1517, fît connaître, à son retour à Constantinople, les usages de cette graine. Cependant ce ne fut guère que quarante ans après , c'est à dire vers l'année 1553 , que l'on commença à établir à Constantinople des lieux publics où l'on vendit la liqueur ou boisson préparée avec le café torréfié.
Rauwolf est le premier botaniste européen qui, dans la relation de son voyage en Orient, en 1583^ donna la description et la figure de l'arbre qui produit le café. Celles que Prosper Alpin publia en 1640, dans son Histoire des plantes d'Egypte , sont supérieures à celles de Rauwolf.
L'introduction du café en France ne remonte pas avant l'année 1644 , époque où Louis XIV, dit-on , en but pour la première fois. Mais il était alors d'un prix énorme, puisque la livre pesant se vendait jusqu'à 140 livres tournois. Cependant l'usage s'en étant répandu, le prix en baissa considérablement. Marseille fut la première ville de France où il s'établit des cafés, à l'instar de ceux qui existaient à Constantinople et en même temps en Italie et en Angleterre. Le premier café fut ouvert à Marseille en 1671, et un an après on en établit aussi à Paris.
Pendant long-temps les Vénitiens et les Génois avaient été seuls en possession de fournir l'Europe de café. Les Hollandais en transportèrent quelques pieds à Batavia et de là à Amsterdam, où ils les cultivèrent dans leurs serres-chaudes. Au commencement du siècle dernier^ un consul de France en Hollande
RUBIACÉES. 5o5
en envoya un individu ù Louis XIV. Placé au Jardin du Roi , ce caféier y prospéra et ne tarda pas à se charger de fruits qui servirent à le multiplier. A cette époque, l'usage du café étant devenu plus général et son commerce plus important, les Français essayèrent d'acclimater l'arbre qui le produit dans leurs possessions des Antilles. Un bâtiment commandé par le capitaine Declieux fut chargé d'en transporter trois pieds à la Marlinique. Pendant la traversée, qui fut longue et dangereuse, deux périrent en route, et le troisième ne dut sa conservation qu'aux soins et aux privations du capitaine, qui, pendant longtemps, partageait sa ration d'eau avec le jeune caféier. Ce fut ce seul individu qui , peu d'années après , devint la source de toutes les plantations qui s'établirent à la Martinique et dans les autres Antilles françaises. Peu de temps après, cet arbrisseau précieux fut également introduit à Cayenne et à l'île de Bourbon 3 en sorte qu'aujourd'hui la majeure partie du café qui se consomme en Europe est tirée des Antilles. Cependant celui de Moka est toujours le plus estimé et celui dont le prix est le plus élevé.
C'est la torréfaction qui communique au café la saveur suave et l'arôme délicieux qui font que tous les peuples civilisés du globe le recherchent avec autant d'avidité. Avant d'avoir subi cette opération, il est dur, et n'offre qu'une saveur herbacée qui n'a rien d'agréable. C'est au tannin et à l'huile empyreumatique qui s'y développent par l'action du feu qu'il doit ses ex-
j cellcntes qualités. L'analyse chimique a fait trouver dans le café : 1° un acide considéré par les uns comme de l'acide gallique, par les autres comme un acide spécial nommé cafique ; 2° une matière particulière, que MM. Robiquet et Pelletier ont obtenue bien pure, qui est susceptible de se cristalliser, et qui porte le nom de cajfêine ; 3° une huile empyreumatique^ etc.
! D'après les expériences de MM. Robiquet et Boutron, 500
i grammes des différentes espèces de café ont fourni en cafféine
4 les proportions suivantes ;
Grammes.
Café Marlinique 1,79
Café d'Alexandrie 1 ,26
5»6 BOTAlVIQrE.
Graoïmcs.
Café de Java 1,26
— Moka 1,26
— Cayenne 1,06
— St-Domingue 0,85
L'usage du café est aujourd'hui tellement répandu dans toutes les classes de la société, que nous nous croyons dispensé d'entrer dans aucun détail à ce sujet. L'infusion des graines de café, torréfiées et réduites en poudre, lorsqu'elle a été préparée avec soin et surtout à vaisseau clos, est une liqueur à la fois tonique et excitante, dont l'amertume est rendue agréable par un principe aromatique et suave. Elle favorise la digestion, et exerçant une action spéciale sur l'encéphale, elle excite les fonctions de cet organe , exalte les facultés intellectuelles et sensitives. Beaucoup d'hommes, livrés au travail du cabinet, ne peuvent écrire que sous l'influence du café. Aussi le décoret-on dans beaucoup d'ouvrages du nom de boisson inteUectuelle.
On fait aussi usage du café à titre de médicament, mais seulement pour les individus qui n'ont point contracté l'habitude de cette boisson. L'infusion très chargée de café est un médicament tonique, dont l'emploi a quelquefois été utile dans certaines aménorrhées, ou dans la diarrhée chronique, dépendant de causes débilitantes. Plusieurs auteurs ont constaté par l'expérience la vertu fébrifuge du café, surtout avant la torréfaction. Le docteur Grindel l'a administré avec le plus grand succès contre des fièvres intermittentes, même très rebelles, soit en poudre, à la dose d'un scrupule, répétée plusieurs fois la journée j soit en décoction, à la dose d'une once bouillie dans dix-huit onces d'eau, que l'on faisait réduire des deux tiers. Ce médecin rapporte que sur quatre vingts cas de fièvres intermittentes qu'il a traitées par ce procédé, un petit nombre seulement y ont résisté.
Le docteur Amati, dans un mémoire publié à Naples en 1823, dit avoir employé avec avantage la décoction du café cru dans le traitement des ophlhalmies chroniques. La vapeur qui se produit aussi lors de la torréfaction des grains de café a souvent
RUBIACÊES. Boj
suffi, aidée de lotions faites avec la décoction des grains crus, pour opérer la guérison d'ophthalmies très rebelles.
CEPH.ïlLIS. — CEPHMLIS. Swartz. Rich.
Fleurs réunies en capitule, entouré d'un involucre polyphylle. Calice à cinq dents; corolle infundibuliforme à cinq lobes. Baie ovoïde, peu charnue, renfermant deux nucules qui se séparent à la maturité.
Ipécacuanha annelé. Cephœlis ipecacuanha. Rich. Hist. Ipéc. p. 21. t. 1. CalUcocca ipecacuanha. Brotero.
Noms pharmaceutiques : ipecacuanha grisea sive fusca. Partie usitée :
la racine.
C'est un petit arbuste rampant ou peu élevé au dessus de la surface du sol, qui croît dans les forêts épaisses et ombragées du Brésil, On le cultive aussi dans quelques autres parties de l'Amérique méridionale. Les racines partent d'une tige souterraine rampante, horizontale -, elles sont ou fibreuses, capillaires, ou bien représentent des espèces de tubercules alongés, marqués d'impressions annulaires très rapprochées. Elles sont presque ligneuses et irrégulièrement ramifiées, ont un épiderme brun, sous lequel se trouve un parenchyme blanc, presque charnu dans l'état frais. Leur centre est occupé par un axe ligneux, filiforme. La tige, qui est d'abord souterraine, se redresse et s'élève à environ un pied. Elle est fruticuleuse, simple, obscurément quadrangulaire, légèrement pubescente dans sa partie supérieure. Les feuilles n'occupent que la partie supérieure de la tige. Au nombre de six à huit, elles sont opposées, courtement pétiolées, ovales, acuminécs, entières, rëlrécies insensiblement à leur base, latérinerves, presque glabres, longues de deux à quatre pouces. Deux stipules assez grandes, opposées, réunies à leur base, pubescenles, découpées supérieurement en cinq ou six lanières étroites, sont interposées aux fouilles. Les Heurs sont petites, blanches, et forment un petit capitule terminal, environne à sa base par un involucre
5o8 BOTAMQOE.
très grand, formé de quatre folioles pubescentes. Le calice est adhérent, à cinq dents; la corolle est infundibuliforroe; son tube est cylindrique; son limbe à cinq divisions alongées, aiguës. Cinq étamines attachées au tube de la corolle. Style simple, terminé par deux stigmates linéaires , divergens. Le fruit est un nuculaine ovoïde , noirâtre , contenant deux nucules blanchâtres.
C'est cette espèce qui fournit l'ipécacuanha le plus répandu et le plus employé en Europe. On leTdésigne sous le nom d'ipécaciianha brun ou gris. C'est celui auquel j'ai donné le nom d'iPÉCACUANHA ANNELÉ. {Hist. natur. et méd. des diff. esp. d'ipécacuanha, etc., in-4°, 1820.)
Cette espèce mérite la préférence sur toutes les autres, à cause de sa plus grande activité, qui est due à un principe particulier, désigné sous le nom à'émétine.
Caractères de la racine. L'ipécacuanha annelé présente les caractères suivans : racines alongées, de la grosseur d'une plume à écrire, irrégulièrement contournées et coudées, simples ou rameuses, offrant des petits anneaux saillans, inégaux, très rapprochés, ayant environ une ligne de hauteur, séparés par des enfoncemens moins larges; formées de deux parties, savoir : un axe ligneux, plus ou moins grêle, et une couche corticale résineuse, plus épaisse ; elles sont compactes, cassantes, lourdes; leur cassure est brunâtre et résineuse; leur saveur herbacée, un peu amère, assez âcre ; leur odeur faible, mais cependant nauséabonde, surtout celle de la poudre.
Cette racine , soumise à l'analyse, nous a donné les résultats suivans: Ém^tine, 16; cire, \,2; matière résineuse, 1,2; gomme^ 2,4; amidon, 53; matière animale, 2,4; ligneux, 12,5; acide gallique , des traces : total , 100 parties.
L'émétine, que M. Pelletier et, depuis lui, plusieurs autres chimistes sont parvenus à obtenir à l'état de pureté, est une poudre blanche, quelquefois un peu jaunâtre, inaltérable à l'air , peu soluble dans l'eau froide , assez soluble dans l'eau chaude, très soluble dans l'alcool et l'éther. Sa saveur est faiblement amère ; elle ramène au bleu un papier de tournesol rougi par un acide , se dissout dans les acides , et forme avec
RUBIA.cèïS. 5o9
eux des sels acides susceptibles de cristalliser. L'infusion de noix de galle la précipite de ses combinaisons.
RONABÉ. -^RONABEA. (1) Aublet. , Rich.
Calice à cinq dents; corolle tubuleuse , évasée , à cinq lobes dressés; élamines incluses; nuculaire globuleux , couronné par les cinq dents du calice, et se séparant à la maturité en deux nucules lisses.
Ipécacuanha strié. Ronohea emetîca Psychotria emetica. Rich. Rub. L. Suppl. p. 144. A. Rich. Hist. Ipéc. p. 27, t. 2.
Nom pharmaceutique : ipécacuanha nigra. Partie usitée : la racine.
Petit arbuste semblable en tout pour le port au précédent , croissant dans les forêts ombragées du Pérou et du royaume de la Nouvelle-Grenade , etc. La racine est une souche presque horizontale , cylindrique , de la grosseur du petit doigt, étranglée de distance en distance , offrant quelques radicules fibreuses , grêles. La tige est fruticuleuse , dressée , haute de douze à dix-huit pouces, simple, cylindrique, finement pubescente. Les feuilles sont opposées , lancéolées, aiguës , finissant insensiblement à leur base en un court pétiole. Elles sont entières, glabres en dessus, pubescentes en dessous. Deux stipules étroites , aiguës, dressées , un peu fermes et pubescentes, sont interposées aux feuilles. Les fleurs sont disposées en petites grappes axillaires et bifurquées. Le calice est adhérent : son limbe est à cinq divisions ovales , oblongues. La corolle est infundibuliforme , évasée , quinquéfide. Les cinq étamines sont incluses et attachées au tube. Le fruit est un nuculaine ovoïde, bleuâtre , renfermant deux nucules.
Cette espèce d'ipécacuanha est très rare dans le commerce , etfort peu usitée en Europe. On la désigne communément sous le nom d'ipécacuanha noir. Je lui ai donné le nom d'iPÉCA- CUAMHA STRIÉ pour la distinguer de la précédente , la coueur étant extrêmement variable dans l'un et dans l'autre.
(1) Ce genre ne diffère dos Psychotria que par ses nucaks [lisses et non striés.
5io
Caractères de la racine.
Voici quels sont ses caractères : racines cylindracdes , lef plus souvent simples, de la grosseur d'une plume à écrire , alongées , peu contournées , non rugueuses , offrant de distance en distance des espèces d'étranglemens, éloignés les uns des autres. Epiderme d'un brun foncé , formant des stries longitudinales; cassure brune, noirâtre, peu résineuse ^ odeur presque nulle; saveur fade , légèrement âcre.
Cette racine renferme à peu près les mômes matériaux immédiats que la précédente 3 mais elle contient la moitié moins d'émétine que l'ipécacuanha annelé.
La famille des Rubiacées fournit encore plusieurs autres racines qui sont désignées sous le nom d'ipécacuanha. C'est surtout auBrésil que croissent ces autres végétaux, dont les racines y sont généralement appelées poaia do canrpo. Nous allons les passer rapidement en revue.
Richardsonia scabra, Runth. Aug. St-Hil. Pl. us. Bras, t. 8. Richardiabrasiliensis , Gomesmem. sob. Ip. LisboalSOl. Cette espèce, commune au Brésil, y fournit V ipécacuanha branca ou poaia branca. C'est elle dont la racine est désignée en France sous le nom d'ipécacuanha blanc ou amylacé. Cette racine, telle qu'on l'emploie au Brésil , est de la grosseur d'une plume à écrire , cylindracée ou un peu irrégulière et sinueuse , offrant des anneaux plus saillans que ceux de l'ipécacuanha annelé , d'une couleur gris sale assez pâle, blanche intérieurement, avec un axe ligneux et une partie corticale légèrement résineuse. Sa saveur est fadasse, amylacée, un peu nauséeuse. M. Pelletier , qui en a fait l'analyse, y a trouvé une très grande proportion d'amidon, environ sept parties d'émétine, de Itf matière grasse et du ligneux.
Richardsonia rosea. St-Hil. Pl. usuell. t. 7. Richardia emé^ tica, Martius. Cette espèce , qui croît au Brésil , y est également connue sous le nom vulgaire de poaia do campo. Sa racine, à9 la grosseur d'une plume à écrire , est tortueuse , offrant u» grand nombre de fibres radicales menues. Elle est blanche au centre , d'un violet foncé à l'extérieur , ayant la saveur de l'i-
RUBIACKPS. 5ll
pécacuanha antielé. Elle paraît 6lre aussi active que cette dernière , et il serait fort à désirer que l'usage s'en répandît en Europe , puisque chaque jour le véritable ipécacuanha devient plus rare. Je ne sache point que l'analyse de cette racine ait été tentée par les chimistes.
Le genre spermacoce , qui appartient également à la famille des Rubiacées, présente plusieurs espèces dont la racine est émélique. Ainsi au Brésil on emploie celle des spermacoce poaia, Sl-Hil. Pl. us. t. 12 et sperm. ferruginea (Id. t. 13). Leur action paraît être à peu près la même que celle de la racine du cephœlis. Mais en général leur usage ne s'étend guère au delà des lieux où croissent ces espèces.
M. le prof. Martius, dans son Specimenmat. medicœ brasit p. 19 , t. 7, décrit et figure sous le nom de manettia cordifoUa une autre Rubiacée brasilienne, dont la racine est également employée comme émétique et comme purgative.
Propriétés médicales et usages de l'ipécccuanha.
C'est à Marcgrave et Pison que l'on doit la première connaissance des propriétés de i'ipécacuanha. L'espèce sur laquelle ils nous ont donné quelques détails dans leur Histoire naturelle et médicale du Brésil, est le cephœlis ipécacuanha , qui fournit I'ipécacuanha annclé. Mais le vague qui règne dans leur description a pendant long-temps empêché les botanistes de déterminer quel pouvait être le végétal indiqué par ces auteurs comme fournissant I'ipécacuanha. C'est ainsi que l'on a cru tour à tour que ce médicament était la racine d'un paris , d'un chèvre-feuille, d'une violette, etc. En 1764, le célèbre Mutis fit parvenir à Linné la description et la figure du végétal qui , au Pérou et dans le royaume de la Nouvelle-Grenade , fournit I'ipécacuanha. Linné fils la publia en 1781 , sous le nom de Psychotria emetica , et crut qu'elle était la même que celle obervée au Brésil par Marcgrave et Pison. Enfin, en 1800 , M. le rofesseur Brotero, de Coïmbre , fit connaître la plante qui au irésil fournit I'ipécacuanha apporté par la voie du commerce j 1 la nomma Callicocca ipécacuanha. Cette plante est bien la néme que celle de Marcgrave et Pison , mais ce genre calU"
5 12 BOTANIQUi:.
cocca étant le môme que le cephœlis de Swartz, j'ai nommé ce végétal cephœlis ipecacuanha. Il résylte de ces différens travaux que i'ipécacuanha que l'on recueille au Pérou et dans la Nouvelle-Grenade est fourni par un autre végétal que celui du Brésil , quoique tous deux appartiennent à la même famille. L'ipécacuanha du Brésil , que nous avons appelé Ipecacuanha ajinelé, étant une fois plus actif que celui du Pérou, qui n'existe que fort rarement dans le commerce, c'est de lui seulement que nous parlerons ici en faisant connaître les propriétés médicales de cette racine.
La première impression de la poudre d'ipécacuanha sur la membrane muqueuse de l'estomac est une action tonique, lorsque la dose que l'on a donnée n'est que de quelques grains, action qui s'étend dans une grande partie des voies digestives. Si, au contraire, la dose est plus considérable, il agit alors comme un irritant local et provoque le vomissement. C'est principalement comme émétique que l'on emploie l'ipécacuanha , soit pour produire simplement le vomissement , soit pour agir comme évacuant et dérivatif à la foiSj comme lorsqu'on l'administre dans l'angine , la pneumonie , les ophthalmies bilieuses, etc. Donnée à doses fractionnées, la poudre d'ipécacuanha ne détermine point le vomissement j mais par les contractions lentes qu'elle fait naître dans les organes digestifs , par les vomituritions qu'elle détermine , elle favorise et augmente la transpiration cutanée, et agit comme diaphorétique.
Un des caractères qui distinguent l'ipécacuanha des autres médicamens émétiques, c'est l'action tonique qu'il exerce sur les organes digestifs : aussi tous les observateurs s'accordentils à reconnaître son efficacité dans le traitement de la diarrhée et de la dysenterie chroniques. Mais il faut bien se garder d'en faire usage, lorsque cette dernière maladie est encore à l'état aigu : il en aggraverait singulièrement tous les symptômes. C'est à peu près de la même manière que ce médicament agit dans le catarrhe pulmonaire chronique et la coqueluche; on l'administre alors sous la forme de pastilles ou de sirop.
RUBIICÉES.
Enfin, des fails multiplias ont prouvé que l'ipdcacuanha était encore fort utile dans les péritonites qui se développent à la suite de raccouchcmcnt.
Quant à Vémédnc, des expériences nombreuses, faites par M. IMagendie et par nous-ni6nie, ont démontré qu'elle était le véritable principe actif de l'ipécacuanba, et qu'elle jouissait de toutes les propriétés qu'on a reconnues à ce médicament. On peut donc la lui substituer dans le plus grand nombre des cas, d'autant plus qii'elle n'a point cette odeur et cette saveur nauséeuses qui rendent ce médicament insupportable pour beaucoup de personnes. La dose de l'éraétine pour provoquer le vomissement chez un adulte est de quatre à six grains , que l'on peut augmenter ou diminuer suivant les circonstances.
L'ipécacuanba s'administre ordinairenient en poudre ; vingtcinq à trente grains partagés en trois doses et suspendus dans douze onces d'eau sucrée ou d'une infusion légère de fleurs de camomille, suffisent pour déterminer le vomissement chez un adulte. Lorsque l'on administre cette substance dans la diarrhée, les catarrhes pulmonaires chroniques, on la donne à la dose de deux à trois grains, plusieurs fois répétée dans la journée. Le sirop d'ipécacuanha est principalement destiné pour les enfans .- sa dose est d'une demi-once ù une once. Quant aux tablettes ou pastilles, on en fait une très grande consommation, surtout au déclin des rhumes. On prépare un sirop et des pastilles d'émétine qui peuvent remplacer les pastilles et le sirop d'ipécacuanha.
CHIOCOQUE. — CHIOCOCCA. L. Juss. Rich. Rub. p. 106.
Limbe du calice à cinq dents- corolle iufundibuliforme , presque campanulée, à cinq divisions étalées ; cinq étamines renfermées dans l'intérieur de la corolle j style simple, terminé par deux stigmates linéaires soudés en un seul. Fruit charnu, un peu comprimé, renfermant deux nucules lisses, alongés, comprimés, indéhiscens et monospermes. Arbustes sarmenteux, tous originaires d'Amérique , ayant les fleurs disposées en pe-. tites grappes axillaires et unilatérales.
Chiocoque en grappe. Chiococca racemosa. L. Sp. 249. Plum.
le. t. 217. f. 2.
Noms vulgaires : cflirtCff, caïnarnha,raiz pretta. Partie usitée : la racine.
Arbuste sarmenteux, ayant le port d'un jasmin. Ses rameaux et ses feuilles sont opposés. Ces dernières sont ovales, un peu acuminées ou quelquefois presque obtuses , rélrécies à leur base en un court pétiole j elles sont entières et très glabres, luisantes à leur face supérieure, longues d'environ un ou deux pouces. Les deux stipules sont courtes , acuminées et soudées ensemble par leurs côtés. Les fleurs forment de petites grappes axillaires , en général plus courtes que les feuilles , et dont les fleurs sont tournées d'un seul côté.
Cet arbuste croît aux Antilles et sur le continent de l'Amérique méridionale.
M. Martius, dans le premier numéro de son Spécimen materiœ medicce brasiliensis , p. 17, décrit et figure deux espèces nouvelles de chiococca, l'une qu'il nomme Ch. anguifuga, et l'autre Ch. densifolia. Selon ce botaniste célèbre , les Brasiliens emploient la racine de ces deux espèces dans le traitement de la morsure desserpens, et c'est à la première qu'il atlribue particulièrement la racine de càinca. D'un autre côté , j'ai reçu du Bi'ésil des échantillons du chiococca racemosa, soit du professeur iPr/J! Leandro doSacramenlo, soit du docteur Soares de Meirelles, comme y produisant la racine de cninca. Il paraîtrait dès lors que la racine désignée sous ce nom dans les diverses provinces du Brésil est indistinctement fournie par l'une de ces trois espèces.
Propriétés et usages. La racine de caïnca , telle qu'on la trouve dans le commerce , et telle que je l'ai directement reçue du Brésil , m'a présenté les caractères suivans : elle est rameuse , d'un brun rougeâtre , composée de branches cylindriques , longues de deux ou trois pieds , de la grosseur d'une plume à écrire ou beaucoup plus menues , offrant quelquefois des fibrilles radicales grêles et ramifiées ; elle est obscurément striée longitudinalement, ce qui lui donne quelque ressem-
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blance avec l'ipéca sirié ou du ï*6ro\i(Ronalfea emetica Rich.), offrant de distance en distance des espèces de petits tubercules irréguliers , qui paraissent être les restes de l'ancien chevelu , et quelques fissures transversales , qui sont le résultat de la dessiccation. Ces racines se composent d'une partie externe et corticale très mince, primitivement charnue, recouverte extérieurement d'un épiderme brun , adhérent , et qui lui-même est d'une couleur blanchâtre sale ; au dessous de celte partie charnue se trouve l'axe ligneux , qui forme presque toute la masse de la racine. Cette partie corticale , qui est comme résineuse , a une saveur assez désagréable , un peu âcre et légèrement astringente ; cette saveur disparaît entièi ement dans la partie ligneuse qui est tout à fait insipide. Au milieu des fragmens dont nous venons de tracer la description , on trouve d'autres morceaux qui sont, les uns de véritables rameaux de la tige aérienne , les autres des rameaux étalés à terre, où ils se sont enracinés en poussant des radicules de leurs nœuds. On les distingue facilement des vraies racines , en ce qu'ils présentent à leur centre un canal médullaire. La saveur de leur partie corticale est bien moins prononcée que celle des racines , en sorte que nous ne doutons pas qu'ils ne soient moins actifs.
Plusieurs chimistes ont entrepris l'analyse de cette 'îcine. M. Rodolphe Brandes [Jourii. chini. méd. 5, p. 75) y gnale l'existence d'un principe nouveau, qu'il croit fort anaJo ue à l'éméline. MM. Pelletier et Caventou y ont observé latre principes bien distincts, savoir : 1° un principe amer cristallisé, que ces chimistes considèrent comme un acide auquel ils donnent le nom de caïncique , et qui parait être le principe actif de cette racine ; 2° une matière grasse , verte , d'une odeur nauséabonde; 3° une matière colorante jaune; A" une substance colorée visqueuse.
La racine de caïnca est fort usitée au Brésil ; mais ce n'est que depuis un petit nombre d'années que ses usages ont été connus en France. M. Langsdorf , consul général de Russie à Piio de Janeiro, dans une lettre adressée à M. Bory de Saint- Yincent , et M. Martius , dans le premier numéro de son Spe-
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cim.cn inalerùe medicœ brasiîiciisis , ont les premiers appelé l'altention des médecins européens sur ce nouveau médicament. J'ai également fait connaître son mode d'action dans le Journ. de chiin. médic. (janvier 1829). Cette racine est employée dans deux circonstances différentes : 1° contre la morsure des serpens venimeux; 2° contre l'hydropisie et l'obstruction des viscères abdominaux. Lorsqu'on veut administrer la racine de caïnca comme alexipharmaque , voici la manière dont on en fait usage : on enlève la partie corticale de la racine encore fraîche , et on la broie dans une petite quantité d'eau , jusqu'à ce qu'elle ait abandonné toutes les parties solubles : on donne ensuite au malade l'eau chargée des principes actifs et encore trouble; elle est d'une saveur amère et désagréable. Ce médicament , ainsi administré , produit les effets les plus violens : ainsi, le malade jusque - là était dans un abattement extrême, pouvant à peine se bouger dans son lit ; dès qu'il a pris le médicament, des éructations fréquentes ont lieu, une agitation très grande le tourmente sans cesse , il ne peut rester dans son lit. Après plusieurs spasmes violens , un terrible vomissement se déclare , bientôt suivi de déjections alvines extrêmement abondantes; ces dernières , bien que très fatigantes , soulagent visiblement le malade; lorsqu'elles cessent , elles sont remplacées par des sueurs copieuses , qui amènent un sommeil doux et réparateur. Pendant tout le temps que durent ces différens phénomènes , on applique sur la morsure de la racine fraîche et pilée , qu'on renouvelle fréquemment ; d'autres fois on y joint quelques plantes irritantes, comme le plumbago scandensy le spilanthus brasilïensis, etc. La dose de la racine est de deux à quatre gros; on peut réitérer cette dose deux ou trois fois dans la journée.
Mais c'est principalement contre certaines hydropisies ascites, et en général contre les maladies du système lymphatique, que celte racine est employée avec le plus de succès. Elle agit comme un purgatif énergique et par une sorte d'action spéciale. Plusieurs praticiens, au Brésil, ont constaté son efficacité contre cette maladie , et les essais tentés en Europe ont confirmé cette propriété. M. 1» docteur François , surtout , a
RUBIACIÎES.
publié un grand nombre d'observations , dans lesquelles il avait employé l'extrait de caïnca avec succès contre les hydropisies. (V. Gazette méd. , 26 mars 1831.) Selon le docteur Soares de Meireilles , on emploie la racine de caïnca contre le pica , maladie à laquelle sont sujets les nègres du Brésil j c'est aussi un moyen très actif pour faciliter l'éruption des menstrues. La racine de caïnca s'administre de différentes manières : 1° en poudre à la dose de vingt à trente grains , qu'on augmente graduellement ; 2° en infusion à la dose de deux gros par pinte d'eau bouillante^ SOenextraità la dose de vingt à trente grains j en teinture alcoolique qu'on prescrit d'un à deux gros.
TROISIÈME TRIBU
JjÉS cinchoivëes.
Fruit capsulairc, déhiscent, à deux loges polyspermes.