‹ Élémens d'histoire naturelle médicale (volume 3)Chapitre 103 sur 187 · QUINQUINAS · texte numérisé non relu

QUINQUINAS

§ 1. Descriptions botaniques des espèces.

Le nombre des espèces qui composent le genre cinchona est assez considérable, mais il est loin d'être rigoureusement déterminé. En effet, non seulement toutes ces espèces sont exotiques, mais elles sont extrêmement rares dans les herbiers. Malgré les importantes recherches de Mutis, de Zéa, de Tafalla, de Piuiz et Pavon, de MM. de Humboldt et Bonpland^ qui ont pu examiner un grand nombre de ces espèces sur les lieux mêmes; malgré les estimables et utiles monographies de Vahl, de MM. Lambert et Laubert, etc., il règne encore une très grande obscurité sur les espèces de cinchona qui produisent toutes les écorces que nous trouvons répandues dans le commerce. C'est en vain que quelques auteurs prétendent (1), du

(I) On s'étonne de voir un homme du mérite de M. Guibourt imprimer, dans son Histoire des Drogues simples, que Mutis a trompé indignement son pays et toute l'Europe, en attribuant des noms faux et des propriétés imaginaires aux espèces de quinquina qu'il avait trouvées à la

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fond de leur cabinet, et souvent sans avoir examiné un seul échantillon de cinchona en nature, faire concorder le nom des écorces olOcinales avec celui des espèces botaniques : un pareil travail ne pourra jamais offrir un résultat vraiment ulile et vraiment certain. C'est en Amérique, sur les lieux mêmes où l'on récolle ces précieuses écorces, qu'il faut étudier simultanément les caractères botaniques de l'espèce et ceux de l'écorce qu'elle produit.

D'ailleurs, la différence de pays, d'exposition, d'âge, ne doitelie pas exercer une certaine influence sur les caractères des écorces recueillies sur une même espèce , au point môme de nous en imposer assez pour nous faire croire à tort que^ ces écorces appartiennent à des espèces botaniques différentes ? Les personnes qui, en Europe, s'occupent de ce genre de recherches ne sauraient donc y mettre trop de réserve. Aussi c'est un travail tout nouveau à entreprendre , plein d'intérêt et devant amener des résultats très importans , qu'une monographie des espèces du genre cinchona, dans laquelle on rapporterait les nombreuses écorces répandues dans le commerce aux espèces de ce genre qui les produisent. Mais, nous le répétons, c'est dans la patrie même de ces végétaux, dans les lieux où on récolte ces écorces , qu'un travail de ce genre devrait être fait. En Europe, nous ne pourrons jamais faire que des conjectures sur cet important sujet. Aussi nous ne croyons devoir présenter ici que les descriptions des espèces que la plupart des pharmacologistes s'accordent à considérer comme produisant les principales sortes officinales.

Le genre cinchona , tel qu'il avait été établi par Linné, com-

Wouvelle-Grenadc. Tout l'échafaudage des reproches adressés à ce savant, aussi mndcstc que consciencieux, repose sur un misérable échantillon d'une écorce de qualité très inférieure, que M. Guibourta trouvée étiqueltée par M. de lluniboldt comme étant le quinquina orangé de Mutis. Et c'est d'après une étiquette non écrite par l'auteur, éti(|uette qui aura pu être attachée à une écorce tout à fait différente de celle à laquelle elle était destinée , qu'on atlente avec légèreté à la réputation et surtout à la probité scientiflque d'un savant aussi reconiuiandahle que Mutis, auquel MM. de Humholdt et Bonpland, qui l'ont connu, sont plu à rendre un hooimagc public de respect ctds vénération!

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prenait des espèces qui avaient , les mies la corolle velue intérieurement, avec des élamines incluses, c'est à dire non saillantes ; et les autres la corolle glabre avec des élaniino's saillantes. MM. Persoon, de Ilumboldt et Bonpland, ont fait de chacune de ces deux divisions un genre particulier • ils ont conservé le nom de cinchona au premier et ont donné le nom à'exoslerna au second. Nous nous occuperons d'abord du genre cindiona.

Toutes les espèces du genre cinchona sont originaires de l'Amérique méridionale, et particulièrement des régions montueuses du Pérou et de la Nouvelle-Grenade, ou république de Bolivia ^ cependant M. Aug. de Saint-Hilaire , en parcourant le Brésil, y a trouvé plusieurs espèces qui appartiennent à ce genre ; mais M. De Candolle a cru devoir en faire un genre particulier qu'il a nommé Remijia, genre qui ne nous paraît pas différer essentiellement des vrais Cinchona, parce que le mode de déhiscence de la capsule dans cette tribu n offre pas un grand degré de fixité.

QUINQUINA. — CINCHONA. Fers. Rich. Rub.

Calice adhérent • limbe à cinq dents ; corolle monopétale, infundibuliforme, à cinq divisions; tube cylindracé et anguleux; cinq élamines incluses dans l'intérieur du tube ; capsule ovoïde, alongée, couronnée par les dents du calice, biloculaire, bivalve; loges renfermant plusieurs graines membraneuses sur les boî ds. Grands arbres à tige ligneuse, à fleurs disposées en panicules thyrsiformes.

Quinquina gris. Cinchona Condaniinea. Humb. et Bonpland, Pl. équin. 1, p. 33, 1. 10. C. officinalis. L. Sp. 224.

Cet arbre élégant, toujours orné de ses feuilles, a un tronc dressé^ d'environ quinze à dix-huit pieds d'élévation sur un de diamètre. Son écorce, d'oîi, par incision, découle un suc jaunâtre, amer et astringent, est crevassée, d'un gris cendré. Les rameaux sont droits et opposés, disposés d'autant plus horizontalement qu'on les observe plus bas. Ils sont obscurément

•^•^^ BOTANIQnJÎ.

quadrangulaircs , donnent altache à des feuilles opposées, glabres, ovales, lancéolées, luisantes, presque coriaces, portées sur un pétiole d'environ un pouce, latérinerves. offrant à la face inférieure une petite fossette ( ce qui forme le caractère distinctif de cette espèce), à chaque aisselle des nervures dont le bord est garni de poils , et qui renferment une humeur cristalline très astringente ; le pétiole est le plus souvent coloré en rose , ainsi que la nervure principale, et accompagné à sa base par deux stipules opposées, caduques, longues de six à huit lignes, pubescentes en dehors ; fleurs blanches ou roses, odorantes, en panicule terminale ; pédoncules cylindriques, soyeux, comme puîvérulens, le plus ordinairement trichotomesj pédicelles uniflores , bractéolés ; calice campanulé. long de quatre lignes, comme pulvérulent en dehors, à cinq dents aiguës, étroites, dressées, persistant ; corolle infundibuliforme , caduque , longue d'un pouce , couverte en dehors de poils blancs et nombreux ; tube cylindrique, alongé, ù cinq angles obtus, peu saillansj limbe étalé, à cinq divisions ovales, aiguës j les cinq étamines sont incluses, altachées au tube de la corolle^ filets courts 3 anthères linéaires , alongées, attachées par leur base à deux loges opposées ^ pollen d'un beau jaune; l'ovaire est infère, ovoïde, glabre, biloculaire , chaque loge pluriovulée ; disque épigyne offrant cinq petits tubercules ; style droit, un peu plus long que le tube de la corolle ; stigmate bifide. Le fruit est une capsule ovoïde couronnée par les dents du calice, biloculaire, se séparant de la base vers le sommet en deux coques, dont chacune s'ouvre par une suture longitudinale, par sa face interne ; chaque coque ou loge renferme un grand nombre de graines imbriquées, lenticulaires, à rebords membraneux, dentés supérieurement.

Cette espèce de cinchona croît dans les Andes péruviennes : on la trouve auprès de Loxa et d'Ayavaca, dans le royaume de la Nouvelle-Grenade.

nUBIACÉES.

Quinquina orangé. Cinchona InncifoUa. Mulis. Period. de Santa-Fé. p. 4G5. C angustifoUa. Ruiz et Pavon. suppl. quin. 21. C. limita. Lopez. C. nilida. Ruiz et Pavon. FI. pér. t. 2. p. 50. t. 191. C. lanceolata. Ruiz et Pavon. Fl. pér. t. 223. C. rosea. Ruiz et Pavon. Fl. pér. 2. p. 54. t. 199.

Noms vulgaires : quinquina orangé , quinquina naranjado de Santa-Fc.

Tronc de trente à quarante-cinq pieds de hauteur, d'un à quatre de diamètre; rameaux opposés, couverts d'une écorce brune, rougeâlre, le plus souvent fendillée transversalement. Feuilles opposées, plus rapprochées vers le sommet des rameaux, péliolées, ovales, lancéolées, aiguës, glabres, longues d'environ deux pouces. Pétioles d'un demi-pouce de longueur, un peu rudes au toucher, légèrement canaliculés en dedans. Stipules très petites, ovales, lancéolées, aiguës. Fleurs blanches ou roses, disposées en panicule trichotome, ouverte à l'extrémité des rameaux; chaque fleur est portée sur un pédicelle pubescent, à la base duquel sont deux petites bractées ovales, aiguës. Calice adhérent avec l'ovaire infère, ovoïde, pubescent; limbe à cinq dents courtes et aiguës. Corolle infundibuliforme, pubescente en dehors. Cinq étamines à peu près de la longueur du tube de la corolle ; ûlcts courts insérés vers le milieu du tube ; anthères plus longues, linéaires, alongées. Ovaire ovoïde, biloculairc, contenant plusieurs ovules dans chaque loge. Style filiforme de la longueur du tube. Stigmate bifide. Capsule longue, noirâtre, striée, biloculaire, renfermant des graines lenticulaires, à rebords membraneux et durs.

Le quinquina orangé habite les pentes escarpées des montagnes. On le trouve aux environs de Pampamarcha, Chacahuassi, Chuchera, etc.

Les trois espèces décrites et figurées dans la Flore péruvienne de MM. Ruiz et Pavon sous les noms de Cinchona nitida, C. lanceolata et C. rosea, ne sont, suivant plusieurs botanistes célèbres, que de simples variétés du Cinchona lancifolia de Mulis.

BOTANIOUB.

Quinquina, rouge. Cinchona magnifolia. Ruiz et Pav. Flor. ' péruv. 2. p. 53. t. 196. non Bonpl. Cinchona oùlongi/olia. Mulis. C. lutescens. P»uiz. Quinologie.

Nom vulgaire : quinquina rouge.

Cet arbre a le tronc droit, élevé d'environ quatre-vingts à cent pieds. Il croît très abondamment à la Nouvelle-Grenade et dans Iqs forêts de Santa-Fé de Bogota. Feuilles opposées, portées sur des pétioles d'un à deux pouces, convexes en dehors, planes en dedans, rongeâ'resj elles sont elliptiques-oblongues, glabres et luisantes supérieurement, offrant des veines souvent de couleur purpurine inférieurement , elles acquièrent quelquefois un et deux pieds de longueur, sur une lar- ■ geur d'environ six pouces. Deux stipules opposées, droites, connées à la base, obovales, caduques. Fleurs blanches très agréablement odorantes , disposées en panicule terminale , droite, longue d'environ un pied ; pédoncules et pédicelles accompagnés de bractées lancéolées, aiguës, caduques. Calice carapaniforme, petit, pourpré. Limbe quinquédenté. Corolle en entonnoir, longue d'environ un pouce. Limbe ouvert, légèrement velu en dedans, à cinq divisions oblongues, obtuses. Les cinq étamines sont de la hauteur du tube. Les capsules sont oblongues, d'un pouce et demi de longueur, obtuses au sommet, qui est couronné par le limbe du calice, atténuées à la base , légèrement striées.

Commun dans le royaume de la Nouvelle-Grenade, dans les forêts de Sauta-Fé de Bogota, et dans plusieurs parties du Pérou.

Quinquina jaune. Cinchona cordifolia. Mulis. C. pubescens. Vahl. C. officinalis. L. Syst. vég. C. ovata. Fl. péruv. et chil. 2. 1. 195. C. pallescens. Ruiz. Quinologie. C. rnicrantha. R. et P.

Tronc droit, haut d'environ vingt à vingt-cinq pieds. Ecorce gris-noirâire ; celle des branches est pubescente et plus grise. Feuilles opposées, tantôt ovales ou ovales-lancéolées, tantôt ovales-cordiformes, portées sur un pétiole ailé, long d'un à

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deux pouces, convexe en dehors, pubcsccntes en dessus, lomenleuses en dessous, violacées, ayant environ cinq pouces de long sur trois de large. Fleurs disposées en une panicule terminale; pédoncules opposés, pubescensj pédicelles bi ou trichotomes, uniflores, offrant à leur base deux petites bractées caduques. Calice ovoïde, violacé j limbe à cinq dents courtes, ovales, aiguës. Corolle infundibuliforme, tomenteuse en dehors; tube cylindracé, renflé dans son milieu ; limbe à cinq divisions ouvertes, ovales, oblongues, parsemées de poils sur leur face interne et sur leurs bords. Étamines de la hauteur du tube de la corolle, au milieu duquel elles sont insérées. Capsule cylindracée, presque fusiforme, longue d'environ un pouce. Cette espèce croît dans les provinces de Cuença et de Loxa. En 1753, M. Santisteban l'a rencontrée aux environs de Popayan, et M. Tafalla l'a observée, en 1797, à Praya-Grande.

QuiNQUiN/L BLANC. CinchoTia macrocarpa. Vahl. Act. Soc. Hafn. I. p, 20. t. 3 (excl. syn.). Cinchoiia o^'alifolia. Mutis. Hum. et Bonp. Pl. Equinox. 1. p. 65. t. 19. C. magniflora. Pavon.

Nom vulgaire : quinquina blanc de Santa-Fé.

Celte espèce, dont le tronc ne s'élève guère que de huit à douze pieds, sur six à huit pouces de diamètre, a une écorce grisâtre, crevassée longitudinalement, lisse, et d'un jaune clair intérieurement; elle donne, par incision, un suc astringent et amer de couleur jaune. Rameaux opposés, quadrangulaires, soyeux, chargés de feuilles ovales presque obtuses, luisantes en dessus, couvertes, sur leur face inférieure, d'un duvet soyeux, longues de quatre à six pouces, portées sur des pétioles d'environ un pouce, soyeux et légèrement canaliculés en dedans. Les stipules sont opposées, ovales, longues d'un pouce, caduques, pubescentes en dessous. Fleurs blanches, petites, en pan.»cules terminales à l'extrémité des jeunes rameaux, accompagnées de petites bractées linéaires, caduques; les pédoncules^ qui sont également soyeux, portent communément trois à quatre fleurs. Calice long de deux à trois lignes, faisant corps avec l'ovaire dans sa moitié inférieure, renflé, et comme campanulé dans sa moitié supérieure, qui est quinquédcnlce. Corolle hypocraléri-

forme, longue de six à huit lignes ; tube alongé, cylindrique, soyeux à l'extérieur j limbe à cinq divisions linéaires égales, couvertes de poils à leur extrémité supérieure et interne. Cinq étamines de la longueur du tube, vers la partie inférieure duquel elles sont fixées ■ filets capillaires, blancs, droits ; anthères linéaires, oblongues. Ovaire infère, couvert d'un disque vert à cinq tubercules • style droit, un peu plus long que les étamines ; stigmate bifide. Capsule d'un pouce de longueur, ovoïde, fusiforme, striée longitudinalement.

Cette espèce est originaire des Andes péruviennes. On la trouve aux environs de Cuença , dans le royaume de la Nouvelle-Grenade, à Santa-Fé de Bogota.

Nous aurions pu décrire ici un grand nombre d'autres espèces de cinckona, auxquelles plusieurs auteurs rapportent aussi quelques unes de ces sortes ou variétés du commerce ; mais nous aurions craint de sanctionner quelque erreur. Cependant nous dirons ici deux mots des espèces que[M. Auguste de Saint-Hilaire a découvertes au Brésil , parce que, bien qu'elles ne soient pas encore un objet de commerce pour les Brasiliens, ces espèces pourraient un jour suppléer à la disette qui se fait de plus en plus sentir au Pérou et dans la Colombie.

Les espèces découvertes par M. de Saint-Hilaire sont au nombre de trois, et ce savant botaniste les a décrites et figurées dans la première livraison de ses plantes usuelles des Brasiliens, sous les noms de cinckona Jerruginea, cinckona p^eUozii et cinckona Remijiana. Comme nous l'avons dit précédemment, M. De Candolle {Prodr. 4, p. 357) en a fait un genre qu'il nomme iîe/72i/ïd!. Toutes croissent dans la province des Mines, aux environs de Villa-Rica, près la Serra dos Pilohes, etc. , entre les 21 degrés 45 minutes latitude sud, et les 17 degrés 50 minutes, à la hauteur de deux à quatre mille pieds au dessus du niveau de la mer. Les habitans les désignent sous les noms de quina da Serra, quina de Reniijo. Ce dernier nom rappelle celui d'un médecin brasilien, qui le premier en a indiqué l'usage.

Par leur saveur fortement amère et astringente, ces écorces rappellent entièrement les quinquinas du Pérou. Les habilans

RtIBIACléKS. 5aS

du Brésil les emploient aux mêmes usages et clans les mêmes circonstances, et elles paraissent jouir d'une très grande efficacité. Il serait à désirer que ces espèces fussent analysées par quelques chimistes, afin qu'on s'assurât, ce qui parait du reste très probable, si elles contiennent de la quinine et de la cinchonine. Ces écorces pourraient alors être versées dans le commerce et devenir une nouvelle source d'échange pour le pays ou elles croissent.

EXOSTÈME. — EXOSTEMA. Pers. Humb. etBonpl. Pl. éq.,

p. 8. Rich. Rub. L 14.

Cinchonœ spec. L.

Limbe du calice à cinq dents ou à cinq divisions; corolle à tube long, glabre intérieurement, à cinq divisions profondes ; cinq étamines saillantes au dessus du tube, et attachées vers sa base j style et stigmate saillans. Capsule ovoïde, alongée, couronnée par les dents du calice, à deux loges polyspermes, s'ouvrant en deux valves par le dédoublement de la cloison. Les graines sont planes et membraneuses sur les bords.

Ce genre renferme les espèces de cinchona de Linné, qui ont rintérieur de la corolle glabre et les étamines saillantes. Il se compose d'un nombre d'espèces assez considérable, qui croissent principalement dans les îles du golfe du Mexique et sur le continent américain. Parmi ces espèces , nous mentionnerons ici les suivantes.

ExosTÈME DES ANTILLES. Exostema carihœa. Pers. Cinchona caribœa. L. Sp. 245.

Noms vulgaires : quinquina caraïbe ou des Antilles.

Arbrisseau à feuilles ovales, acuminées, entières, rétrécîes en pétiole à leur base, avec des stipules lancéolées, aiguës. Les fleurs sont très grandes, solitaires à l'aisselle des feuilles, portées sur de courts pédoncules. Le limbe du calice est à cinq dents ; le tube de la corolle est long d'environ un pouce et demi; les divisions du limbe, également très longues, sont roulées en dessous. Cette espèce croît dans les Antilles.

BOTANIQUH.

ExoSTÉME MULTiFLORE. Exoattina Jloribuncla. Per.s, Clnchona floribunda. Swartz. C. montana. Badier.

Noms vulgaires : quinquina piton, quinquina Ste-Lucie.

Celte espèce est plus grande que la précédente dans toutes ses parties. Ses feuilles sont ovales, lancéolées, acuminées, rétrécies en un pétiole court à leur base. Les deux stipules, soudées ensemble, forment une sorte de gaîne qui embrasse la tige et se termine par deux languettes aiguës. Les fleurs sont au moins grandes comme dans l'espèce précédente, et disposées en une cyme terminale au sommet des rameaux. Elle croît à Saint-Domingue, à la Guadeloupe, à Sainte-Lucie.

§ IL Description des écorces officinales.

Nous allons réunir dans ce chapitre les descriptions des principales espèces ou sortes d'écorces de quinquinas, qu'on observe le plus généralement dans le commerce. Nous omettrons à dessein de parler ici de quelques variétés beaucoup moins répandues, et sur lesquelles on n'a encore que des données incertaines. Nous mentionnerons ensuite, à la fin de ce paragraphe, les écorces également désignées sous le nom de quinquina , mais qui n'appartiennent pas au genre cinchona.

r Des vrais Quinquinas.

Le nombre des sortes ou variétés de quinquinas répandues dans le commerce est extrêmement considérable ; mais toutes ces écorces qui portent des noms différens appartiennent-elles réellement à des espèces botaniques distinctes? C'est ce que nous ignorons, et ce dont il est permis de douter. En effet, sur un même arbre ou sur/ différens individus d'une même espèce d'arbre, on peut i^ecueillir des fragmens d'écorces qui varieront considérablement, suivant le terrain dans lequel croîtront ces arbres, leur exposition, l'âge des rameaux sur lesquels on récollera les écorces, l'époque de l'année, etc. Il est donc fort difficile de faire coïncider rigoureusement les dénominations vulgaires des écorces , qui varient à l'infini, avec les désigna lions botaniques.

Les caractères d'après lesquels on a cherché à distinguer

RUBIA.CÉES. 527

entre elles les diverses sortes de quinquinas sont tirés principalement de la texture de ces écorces, de leur saveur, et surtout de leur couleur. C'est d'après ces caractères que les diverses sortes du commerce peuvent être rapportées à quatre chefs ou espèces principales, qui sont : les quinquinas gris, les quinquinas jaunes , les quinquinas rouges et les quinquinas blancs. Nous allons traiter successivement de chacune de ces espèces.

I. QuinQuitta» gfris. Les diverses sortes commerciales désignées sous ce nom sont généralement rapportées au Ci?ichona Condaminea de MM. de Humboldt et Bonpland , ou à quelques unes des espèces voisines qui y ont été réunies comme de simples variétés. Elles nous viennent principalement de la province de Loxa, dans la Colombie j on en tire aussi quelques sortes des diverses parties du Pérou. Selon M. de Humboldt, le Cinchona Condaminea produit les écorces les plus estimées et les plus efficaces. C'est à ces écorces que les Espagnols donnent spécialement le nom de cascarilla fina.

Les quinquinas gris sont sous la forme d'écorces roulées en tuyaux , minces , et ayant à peine une demi-ligne d'épaisseur, sur une longueur très variée. Leur surface extérieure est rugueuse , inégale , recouverte d'un épiderme crevassé transversalement et en longueur, d'une teinte grise , blanchâtre et souvent comme nacrée ou brunâtre et terne , chargé de lichens foliacés ou filamenteux des genres ParmeLia , Inibricaria et Usnea. Leur surface interne est fauve claire ou brunâtre. Leur cassure est nette dans les échantillons minces , fibreuse dans ceux qui ont une certaine épaisseur. L'odeur des quinquinas gris est très faible, du moins dans les échantillons desséchés. Leur saveur, d'abord faible , devient bientôt amère et astringente , et laisse dans la bouche , après en avoir mâché, une saveur légèrement sucrée. La poudre est d'une belle couleur fauve.

Les écorces de quinquinas gris les plus estimées sont celles qui sont minces , à cassure nette et compacte. Assez généralement les droguistes recherchent les écorces qui sont recouvertes de lichens; mais cependant la présence de ces cryptogames parasites n'est pas toujours l'indice d^une qualité supérieure , et

SaS BOTANIQUE.

il arrive fréqueramenl aussi que des quinquinas gris de premier choix sont dépourvus de lichens. Au reste, lorsque l'on veut réduire en poudre les écorces sur lesquelles existent des lichens , il faut avoir soin de les en priver^ parce que ces corps sont tout à fait inertes.

Les quinquinas gris présentent beaucoup de variétés. Ainsi , c'est à celte espèce que doivent être rapportés les quinquinas gris-brun de Loxa, les divers quinquinas de Lima, dont quelques sortes sont parfois assez épaisses, le quinquina Iluanuco, le quinquina Havanne , ou quinquina de Huaraalies , le quinquina ferrugineux , et plusieurs autres espèces commerciales. Il est très probable que ces diverses écorces n'appartiennent pas toutes au Cinchona Condaminen; mais le manque de notions bien positives à cet égard nous engage à ne rien préjuger sur celte question , qui ne peut être résolue d'une manière bien certaine que sur les lieux mêmes où l'on récolte ces écorces.

II. QmimtitMinMS Jaunesn On en dislingue trois sortes principales , le quinquina jaune du roi d'Espagne , le Calisaya ou quinquina jaune royal , et le quinquina orangé.

1° Le quinquina jaune du roi d'Espagne. On a distingué sous ce nom une sorte de quinquina très rare dans le commerce , et qu'on réservait autrefois pour la pharmacie particulière du roi d'Espagne. On le cultivait , dit-on , au Pérou , dans des parcs clos de murs et surveillés par des gardes. Sa couleur est d'un jaune orangé vif, son odeur désagréable et assez semblable à celle du tabac. Il a la plus grande analogie avec le quinquina calisaya.

2° Le quinquina jaune royal , ou Calisaija , nom d'une des provinces où on le recueille, est produit par le Cinchona cordijolia de Mulis. Il vient non seulement dans la province de Calisaya au Pérou , mais dans les provinces de Loxa , de Cuença , et même dans les environs de Popayan et de Rio-Grande. Il se présente sous deux formes principales : 1° en tuyaux de la grosseur du pouce, avec un épiderme grisâtre , fendillé et quelquefois chargé de lichens , ayant la surface interne d'un jaune clair et une à deux lignes d'épaisseur; 2° en plaques non roulées , irréguUères, dépourvues de leur épiderme, de deux à quatre

lignes d'épaisseur, et d'une texture essentiellement fibreuse et brillante. Un des caractères tranchés de cette espèce, c'est sa saveur exlrèmeiuent aniôre, sans mélange d'astringpnce , et surtout sa texture fibreuse et brillante. Sa poudre est d'un jaune pâle, et son infusion aqueuse d'un jaune cîair. C'est une excellente espèce , et l'une de celles que l'on emploie en plus grande quantité.

3° Le quinquina jaune orangé est aujourd'hui très rare dans le commerce, et il provient du Cmchona lancifoUa de Mutis, espèce qui croît également au Pérou, sur les pentes escarpées des montagnes , et dans la Colombie. Ce quinquina ressemble beaucoup au précédent, mais cependant il en diffère par quelques caractères. Son écorce est compacte , pesante , en plaques planes ou roulées , ayant l'épiderme brunâtre , fendillé , la surface interne d'un jaune de paille , la cassure également fibreuse. Sa saveur est amère et aromatique ; sa poudre et soa infusion d'un jaune fauve. On le désigne dans le commerce sous le nom de Calisaya léger.

III. Qt€i»*Quiâtas rowges. Cette espèce présente dans le commerce plusieurs variétés que l'on rapporte en général au Cinchona oblongifoUa de Mutis. On la trouve très abondamment répandue au Pérou et dans la Colombie. C'est une des espèces les plus communes dans le commerce et une de celles qui méritt-nt le plus d'être employées par les praticiens. Elle est en général sous la forme de morceaux planes ou roulés , lourds, compactes, ayant quelquefois un épiderme comme crétacé, blanchâtre , fendillé, rugueux , d'un brun rougeâlre intérieurement , à cassure compacte et comme résineuse dans la moitié externe, fibreuse dans la moitié interne. Les gros morceaux recueillis sur le tronc ou les branches principales ont leur cassure entièrement fibreuse. Sa saveur est araère et surtout astringente ; sa poudre est d'un brun rougeâtre.

Les droguistes distinguent plusieurs sortes de quinquinas rouges, qu'ils désignent sous les noms de quinquina rouge ver- Tuqueux ou non verruque.ux ^ à cause des points irréguliers et pro^minens que l'écorce présente quelquefois; quinquina louge de Santa-Fé , quinquina rouge orangé, plat, etc.

53o BOTA^iVlQUIÎ,

IV. ifuilitgMittMS ùiuHes, Ils sont fort rares dans le commerce , et on les croît produiis par le Cinchoiia ovalifolia de Mutis. Ils sont minces , roulés^ k épiderme grisâtre et verruqueux, ayant la surface interne blanchâtre, la cassure fii)reuse, une saveur amère, un peu astringente et désagréable. Celle espèce est commune au Pérou et à la Colombie j mais elle est fort rarement employée.

2' Des faux quinquinas.

Nous réunissons ici les écorces qu'on désigne sous le nom de quinquina , mais qui ne sont pas produites par le genre Cinchona, qui fournit les seuls vrais quinquinas, c'est à dire ceux qui contiennent de la quinine et de la cinchonine. Nous ne nous occuperons ici que de celles de ces fausses espèces qui appartiennent à la famille des llubiacées.

1° Quinquina caraïbe. C'est l'écorce de Vexostenia caribœa Pers., très commun dans les Antilles. Elle est recouverte d'un épiderme jaunâtre, spongieux , friable, sillonné profondément. Sa surface interne est verdâtre et fibreuse. Sa saveur est d'abord fade, mucilagineuse , légèrement sucrée, et ensuite amère et désagréable. M. Guibourt a reconnu, sur plusieurs fragraens de cette écorce, des points brillans et cristallins adhérens à l'écorce.

2° Quinquina pito7i ou de Sainte-Lucie. Ecorce de Vexosterna floriùunda Pers. Cette espèce a été mentionnée, pour la première fois, par Desportes, en 1742. Elle est commune à Saint-Domingue et dans les autres Antilles. Elle est en morceiiux roulés, d'un gris foncé à l'extérieur , avec des crevasses longitudinales ■ sa surlace interne est d'un gris terne ou noirâtre; sa texture fibreuse , son odeur nauséabonde, et sa saveur ,aniére et désagréable. D'après l'analyse qui en a été faite, elle ne contient aucune trace de quinine ni de cinchonine.

3° On désigne soi:s le nom de quinquina bicolore une autre espèce dont on ignore Torigine , mais que l'on croit produite par un exosteina. Cette écorce, assez répandue en Italie, est rare en France. On la trouve sous la forme de tubes d'une ligne d'épaisseur , sur sept à huit pouces de longueur ; elle est dure,

KUBIACiiES. 53l

compacte , non fibreuse, ayant sa surface externe lisse et d'un gris jaunâtre, l'interne d'un brun foncé j point d'odeur , mais une saveur araère et désagréable. On n'y a trouvé ni quinine ni cinchonine.

4° Le Qidna nova est l'écorce du portlandia ^randijlora , grand arbre de la famille des Rubiacées, qui croit dans les diverses contrées de l'Amérique méridionale. Sa saveur est d'abord fade , puis mucilagineuse etamère. Elle ne contient ni quinine ni cinchonine. On y trouve, d'après MM. Pelletier et Caventou : 1° une matière grasse,- 2° un acide particulier analogue aiix acides gras, nommé acide hinovique; 3" une matière résinoïde rouge ; 4° une matière tannante ; 5° une gomme; G° de l'amidon; 7" une matière jeune ; 8° une matière alcaluscente en très petite quantité ; 9° du ligneux. M. Vincklev y a découvert un principe particulier ^u'il nomme amcf kinovic ue, mais qui, d'après M. Buenher, est dentique avec la jalsepanne.

5° Au Brésil , plusieurs Rubiacérs sont désignées sous le nom de quinquina ; mais^ malgré les travaux récens de IMM. Auguste de Saint-Hilaire , Pohl et Mdrtius, il règne encore beaucoup d'obscurités sur la détermination rigoureuse de ces espèces. M. Auguste de Saint-Hitaire , dars ses Plantes usuelles des Brasiliens, a décrit, ainsi que nous l'avons dit, trois espèces nouvelles de Ciachona , sous les noms de ciiichona Felozii , C. ferr ugine/i , C, Remijif/na; les habilans les désignent sous le nom commun de qiiina do serra. Il a égaler. • eut fait connaître deux espèces à'Kxostema , sous les noms d'E*. euspidatuni et E. australe. Ainsi que nous l'avons dit dans notre travail sur les Rubiacées [Mém. soc. hist. nat. t. V ), ces deux espèces n'appartiennent pas au genre Exostema , mais bien au genre Macro cnemum.

D'un autre côté, MM Martius et Pohl ont fait connaître deux autres espèces de quinquinas brasiliens : l'une est le quinquina de Pihauhy, qui tire son nom de la province où on l'a d'abord observé. 11 y été envo} é à Lisbonne sous ce nom, vers le milieu du siècle dernier, par le gouverneur Diego de Sonza. M. Martius a reconnu que c'était un exoslema , qu'il a nou.mé Ex, Souzanuni. Son écorce est mince, roulée en tuyaux. Sod

552 BOTANIQOB.

épiderme est spongieux et d'un gris brunâtre ; sa texture est fibreuse. Elle a une saveur raucilagineuse et anière , mêlée d'un arôme agréable.

L'autre est connue sous le nom de quinquina de Rio de Janeiro. Selon le docteur Pohl , elle est produite par son Buena hexandra , ou Co-^mibuena lierandra Rich. Rub. Cetle écorce, d'un brun rougeâtre , a , selon M. Martius , là plus grande analogie avec le quinquina calisaya. Il est bien à regretter que le gouvernement brasilien , dans son intérêt , ne s'occupe pas plus ai tivemenl de la recherche des quinquinas que contiennent ses vastes forêts.

6" Enfin plusieurs autres Rubiacé s fournissent encore d'autres faux quinquinas : telles sont surtout le Coutarea hexandra, le Macrocneniuni corjmbosum, le Pinckneia pubens et plusieurs autres.

§ III. Histoire et découverte des diverses espèces de < quinquinas.

L'importance du quinquina considér<^ comme médicament, sa supériorité sur les autres substances toniques, nous ont engagé à traiter d<Tns des articles différens de l'histoire générale dts espèces , de leur analyse chimique et de leur emploi thérapeutique , et à donner à ce sujet une extension plus considérable que celle que nous avons accoi'dée aux autres médicamens dont nous avons traité dans cet ouvrage. Chacune des quatre espèces dont nous venons de faire connaître les caractères présente plusieurs variétés, qui peut-être même appartiennent quelquefois à des espèces végétales différentes. Mais celte distinction intéressant beaucoup plus les droguistes et les pharmaciens chargés de la vente des quinquinas , nous croyons ne pas devoir nous y arrêter.

Toutes li s espèces de quinquina qui sont répandues dans le commerce sont originaires du continent de l'Amérique méridionale. C'est d'abord aux environs de la ville de Loxa que les premiers pieds de quinquina ont été découverts. Mais plus tard, q iand on a mieux connu les caractères distinctifs de ces précieux végétaux , on en a rencontré dans d'autres parties de

l'Amérique, et pnrticulièrement au Pérou , dans le royaume de la Nouvelle-Grenade , et plus réceninient au Brésil.

On sVsl plu à répandre, sur la découverte des vertus f«^brifuges de l'écorce de quinquina , des fables qui ont fini par s'accrétliler. Quelques uns disent que ce fut un Indien tourmenté par les ardeurs de la fièvre qui . s'étant désaltéré avec les eaux d'un lac dans lequel plongeaient Ws branches d'arbres à quinquina qui l'entouraient, fut guéri de sa fièvre, et découvrit ainsi la merveilleuse propriété du quinquina. D'autres racontent qu'un naturel du pays guérit avec de la poudre de celte écorce un Espagnol logé chez lui. Mais M. de Humboldt, qui a loiig-lemps résidé dans les contrées où croissent les quinquinas , assure que les naturels du pays en ignorent entièrement les propriétés , et par conséquent l'usage que l'on en fait. Il est donc évident que ce ne sont pas les Indiens qui ont révélé les vertus de ce précieux médicament aux Européens.

Ce qu'il y a de plus ceria n , c'est que, vers l'année 1640, un corrégidor de Loxa en fil prendre à la comtesse del Cinchon , femme du vice roi du Pérou , et qu'il la guérit d'une fièvre intermitlenle rebt lle, dont elle était tourmentée depuis longtemps. A son retour en Espagne, la comiesse y rapftorta du quinquina, et en distribua à quelques personnes. De là le nom de poudre de la comtesse, qui lui fut d'abord donné. Mais ce ne fut guère que quelques années après que les jésuites en ayant reçu une grande quantité à la fois, en répandirent l'usage en Italie, en France , en Allemagne, et successivement dans les autres parties de l'Europe.

IVous avons déjà dit que ce fut le célèbre géomètre français La Condamine qui donna la première descj iption exacte de l'arbre qui |)roduil le quinquina. C'est aux recherches et aux travaux de Mulis , de MM. de Humboldt et Bonpland , Ruiz et Pavon, Tafalla, Zea, et de quelques autres voyageurs infatigables,-que l'on doit la connaissance des différentes espèces qui sont aujourd'hui répandues dans le commerce.

L'emploi du quinquina rencontra d'abord beaucoup d'obstacles et de détracteurs , avant d'être généralement adopté par les praticiens. Son administration resta en France un re-

mède secret jusqu'à l'année 1676, époque où Louis XIV en achi'tale secret . tia recette d'un nommé Talbot, qui avait ^^uéri avec celte poudre le Dauphin, fils du roi.

D'^puis celte ('poque , l'usage du quii.quina devint plus général en France • et s'il s'est rencontré quelques médecins qui aient élevé (ies doutes sur son efficacité , une foule d'autres en ont constaté .es merveilleux effets par un grand nombre d'expériences.

§ IV. Analyses chimiques.

Nous avo: s jugé plus convenable de réunir dans un môme article les différens travaux des chitiustes sur les écorces de quinquina, afin de ne pas être obligé à des répétitions pour chacune des espèces soumises à leur examen. Les travaux de Fourcroy, de Séguin , de Vauquelin , de Laubeit, de Reuss , de Gomes , mt tous fait coniaîlre des faits d'une haute important; , auxi uels le travail j.ius récent de MM, Pelletier et CavenLou sert de complément. Aussi insisterons-nous particulièrement sur les résultats obte lus par ces deux chimistes.

Fourcroy avait trouvé dans le quinquina une matière résinoïde particulière. Vauquelin y a, de plus , signalé l'existence d'un acide , auquel il a donné le nom d'acide (jicinicjue. Ctt habile chimiste a indiqué les moyens de reconnaître la qualité fébrifuge des quinquinas par l'emploi des réactifs chimiques , qualité qui, sauf quelques exceptions, est généralement en rapport avec l'abondance du précipité occasionné par la solution de lan dans la décoction de quinquina.

M. Reuss. professeur de chimie à Moscow , en étudiant avec soin la matière résinoïde observée par Fourcroy et Vauquelin, substance que ces chimistes avaient toujours considérée comme complexe , en retira deux principes , l'un qu'il nomma rouge cinchonique , l'autre amer cinchonique.

Une découverte plus importante est celle de M. Gomes ^ de Lisbonne , q ti a signalé dans les écorces du Pérou un principe immédiat nouveau, auquel il adonné le nom de cinchonin. Pour obtenir cette substance , on traite Texti'ait alcooli(iue de qumquina par l'eau et la potasse, qui dissolvent succossivement

KUDIACÉKS. D^^f)

tonte la partie extraclîve , et le cincliomn reste insoluble. On purifie cette sub'.lance on l'^'aporant après l'avoir fait dissoudre dans l'alcool. Elle est blanche, transpaienle , et se cristallise en aiguilles alongées.

C'est particulièrement pour obtenir ce nouveau principe bien pur , et en étudier les caractères et la nature , que MM. Pelletier et Caventou ont soumis les quinquinas à un examen approfondi. Or, les résultats de leurs recherches les ont amenés à considérer celte substance comme un nouvel alcali organique , auquel ils ont donné le nom de cinchonine. Cette découverte est d'une haute importance, puisque l'expérience à démontré depuis que la cinchonine est l'un des principes actifs et fébrifuges des écorces du Pérou.

Cet alcali est en aiguilles prismatiques très fines, pfiu solublc dans l'eau , puisqu'il exige deux mille cinq cents fois son poids d'eau bouillante pour se dissoudre. Sa saveur est amèro , mais assez lente à se développer , à cause de son peu de solubilité , tandis qu'il s'exhale par les acides qui le rendent soluble^ et le font ressembler à une forte décoction de bon quinquina. Il se dissout très facilement dans l'alcool, surtout à l'aide de la chaleur. Il en est de même de l'éiher , des huiles fixes et volatiles , qui le dissolvent cependant moins facilement , surtout à froid. Il ramène au bleu le papier de tournesol rougi par un acide. Il s'unit avec les acides et forme avec eux des sels neutres. C'est dans les écorces de quinquina gris, ou quinquina de Loxa , que MM. Pelletier et Caventou ont d'abord trouvé la cinchonine , et qu'ils en ont étudié les caractères. Voici les résultats de leur analyse de cette espèce de quinquina :

Quinquina gris :

V Cinchonine unie à l'acide kinique (kinale de cinchonîne)j 2" matière grasse verte j 3» matière colorante rouge très peu soluble ; A° matière colorante rouge soluble (tannin). 5" matière colorante jaune j 6° kinale de chaux 3 7° gomme 3 8" amidon ; 9° ligneux.

Il était important de s'assurer si la cinchonine exi.stait dans* tontes les antres espèces de quinquina. A cet effet ^ nos deuv'

536 BOTAMQOB.

chimistes se sont occupés d'abord du quinquina jaune [C. cord'ifolla Mut.), puis du quinquina rouge.

L'alcali retiré du quinquina jaune est en masse solide , non cristalline , cependant pouvant se cristalliser en houppes soyeuses, quand, apiès l'avoir dissoute dans l'alcool à 40 ou 42 degrés, on abandonne la diisolulion dans un endroit froid. Elle est poreuse, d'un blanc sale, p^u soluble dans l'eau , soluble dans l'alcool et dans l'éther sulfurique ; elle rétablit au bleu un papier de tournesol rougi par un acide ; elle s'unit aux acides . et forme avec eux des sels génf'ralemeni solubles , et qui se cristallisent plus facilement que ceux de cinchonine^ ces sels présentent aussi des différences qui les distinguent de ceux à base de cinchoniné: ces diffén uces ont engagé MM. Pelltitier et Caventou à regarder cet alcali comme tout à fait distinct de celui du quinquina gris, et en conséquence ils l'ont appelé quinine. La saveur de la quinine est très amère , et même un peu désagréable.

Ypici les substances qui entrent dans la composition du quinquina jaune.

Quinquina jaune :

1° Kinate acide de quinine; 2° rouge cinchoniquej 3" matière colorante rouge soluble (tannin); 4° matière grasse ; 5° kinate de chaux, 6° amidon; 7° matière colorante jaune ; 8° ligneux.

Le quinquina rouge a offert réunis les deux alcalis qui existent isolément dans le quinquina gris et le quinquina jaune. En effet, MM. Pelletier et Caventou sont parvenus aux résultats suivans dans l'analyse de ce quinquina.

Quinquina rouge :

1° Kinate acide de cinchoniné; 2° kinate acide de quinine; 3° kinate de chaux ; A° rouge cinchonique ; 5° matière colorante rouge soluble (tannin) ; 6° matière grasse ; 7° matière colorante jaune ; 8° amidon ; 9° ligneux.

Quelques expériences plus récentes ont fait reconnaître à MM. Pelletier et Caventou l'existence d'une petite quantité de quinine dans le quinquina gris, et de cinchoniné dans le quinquina jaune. Ainsi, il résulterait de là que les deux alcalis oi -

H(JBIA.CÉ£2>. 33^

g.iniqucs existent simultanément dans les diverses espèces de quinquinas, mais dans des proportions différentes.

Les expériences pratiques de plusieurs médecins distingués, et primitivement de MM. Cl.omei et Double, ont prouvé que los alcalis organiques qui existent dans les é< orces de quinquina en sont les principes véritablement actifs et fébrifuges ; en effet, les sels de quinine et de cinchonin^, et en parliculit r le sulfate, ont presque constamment réussi dans les cas où ces médecins y ont eu recours. Quoique MM. Pelletier et Cavenlou n'aient point pu arriver à des rapports rigoureux et proportionnels entre les principes constituans des trois espèces de quinquina, cependant ils ont remarqué que la cinchonine était en moins grande quantité dans le quinquina gris <jue la quinine dans le quinquina jaune. En effet, ils n'ont pu retirer que deux grammes de cinchonine par kilogramme de quinquina gris, tandis qu'ils ont obtenu neuf grammes de quinine d'une égale quantité de quinquina jaune. Quant au quinquina rouge de bonne qualité, il fournit une quantité beaucoup plus considérable des deux principes, puisqu'un kilogramme produit huit grammes de cinchonine et dix-sept grammes de quinine. Il résulterait de celte connaissance importante que le quinquina rouge roulé et de bonne qualité est le plus efficace, puisqu'il coniient une plus grande proportion des principes actifs.

On a aussi soumis à l'analyse les écorces des autres Rubîacées qui forment les faux quinquinas. Mais un fait très digne de remarque, c'est qu'aucun d'eux n'a présenté de traces de quinine ni de cinchonine, en sorte que la présence de ces deux bases salifiables est le caractère distiuctif des espèces du genre Cindiona.

Voici les résultats de ces analyses :

Quinquina piton {Exoslema Jloribunda).

r Principe gommeux de couleur brune; 2° principe colorant du plus beau rouge ; 3° matière cristalline jaunâtre, peu soluble d ins l'eau, dormant de l'ammoniaque à la distillation • 4° matière floconneuse jaunâtre, analogue au gluten 3 5° matière brune, extraclive, contenant des sels de potasse et de

S'J" B'JTANlQtin.

chaux 3 6° ligneux avec beaucoup de carbonate de chaux. (Fourcroy, Ann. de clum., VIFI, p. 113.)

MM. Pelletier et Cavciitou ont repris cette analyse, et n'ont trouvé ni quinine ni cinchonine.

Quinquina nova [Portlandia grandijlora).

1° Matière grasse; 2° acide particulier nommé quinoviquc ; 3° matière résinoïde rouge; 4° matière tannar.le; 5" gomme; 6° amidon; 7° matière jaune; 8^ matière alcaline en petite quantité; 9" ligneux. (Pelletier et Caventou, Journal de pharmacie, XI, p, 109.)

Quinquina bicolore.

1° Matière jaune verdâlre : 2° chlorophylle; 3" extrait amer; 4° matière résineuse; 5° un acide qui paraît être l'acide malique. (Pelletier et Petroz, Juurn. chim. méd.^ I, p. 351.)

§ V. Histoire médicale.

Le quinquina doit être placé à la tête des raédicamens toniques. En effet, il n'en existe aucun qui détermine, dans l'économie animale , des phénomènes plus marqu*^s. Lorsqu'on donne quelques grains de poudré de quinquina à un individu sain, il n'occasionne aucun changement notable; mais si cette dose est augmentée et portée à un ou deux gros répétés plusieurs fois , il se développe alors une série de phénomènes très marqués. La bouche devient sèche ; l'estomac est le siège d'une sensation de pesanteur et de géne ; bientôt la circulation devient plus abondante, la chaleur animale plus intense, la peau plus rouge; en un mot, il y a exaltation du principe de la vie et des fonctions auxquelles il préside.

C'est en vertu du changement qu'il détermine dans l'état actuel des organes, chez l'individu qui en fait usage , que l'on peut se rendre compte de l'action aotipériodiqu^- du quinquina dans les Cèvres, et eu général dans toutes les maladies intermittentes. Ce n'est point, comme on l'a dit et répété, même dans les ouvrages les plus modernes, par une action spécifique, agissant sur l'intermittence.

1" Comme tonique, le quinquina est utile dans toutes les circonstances où l'économie animale a besoin d'être excitée.

KUBrACÉES.'

Ainsi, à la suite des maladies lentes, qui ont affaibli l'excitabilité des organes, toutes les fois que les fonctions s'exécutent difficile.nent, l'usage du quinquina peut être de la plus grande utilité, «n rendant aux organes le stimulus qu'ils ont perdu. C'est ainsi qu'on le donne avec succès lorsque la digestion est lente et pénible, et que l'estomac a besoin d'être stimulé. Il en est de même dans les phlegmasies muqueuses, passées à l'état de chronicité. L'administration du quinquina est fort souvent suivie de succès dans les catarrhes pulmonaires chroniques, surtout chez les sujets débilités par l'âge ou la longueur de la maladie -, c'est particulièrement contre les diarrtiées rebelles , lorsque tous les symptômes d'irritation ont disparu , que le quinquina est d'une efficacité remarquable.

On le met encore fréquemment en usage et avec succès dans les hémorrhagies dites passwex, c'est à dire dans celles qui ne sont accompagnées ni de fièvre ni de douleur aiguës, mais, au contraire , d'un état de faiblesse et ds prostration générales.

C'est par une action analogue que cette écorce est utile dans le scorbut, les scrophules et quelques autres affections générales.

2" Comme Jébrifuge , on emploie le quinquina soit dans les fièvres continues, soit dans les fièvres périodiques. Il est rare que le quinquina soit nécessaire dans les fièvres continues simples, qui le plus souvent cèdent à des moyens hygiéniques et à une diététique bien ordonnée. C'est surtout contre les fièvres dites adynamiques et ataxiques qu'il est plus spécialement recommandé. Mais l'usage de ce médicament demande dans cette circonstance les plus grandes précautions. Ainsi, au début de ces maladies, la plénitude du pouls, la langue sèche et rouge, indiquent assez souvent un état d'irritation qu'il faut calmer par les antiphlogistiques, tandis que la prostration générale, la faiblesse des pulsations du cœur, l'affaiblissement du système musculaire, la fétidité de l'haleine et des excrétions, sont autant de signes qui indiquent l'emploi des préparations du quinquina.

Mais c'est spécialement contre les fièvres périodiques que le quinquina jouit d'une vertu que l'on peut à juste titre regarder comme spécifique.

Les fièvres intermiltenles ou rémittentes simples n'exigent que Lien rarement l'emploi de ce médicament. Le régime , la diète, quelques boissons délayantes ou amères. sufas< nt, dans le plus grand nombre de cas, pour les dissiper. Cependant on y a recours quelquefois quand ces moyens ont été insufQsans ou que la maladie se prolonge trop long- temps.

Mais c'est dans les fièvres intermiltenles pernicieuses que l'action spécifique du quinq-iina produit les effets les p!us merveilleux. Ces maladies, quelquefois si graves, que le second accès, s'il n'a point été prévenu à temps, emporte le malade , cèdent comme par enchantement à l'écorce du Pérou, quelles que soient d'ailleurs leurs causes et les formes sous lesquelles elles se présentent.

Cependant l'adminislration de ce remède demande, pour êJre suivie de succès, des précautions que nous allons indiquer , et qui sont également applicables aux fièvres inlermillenles simples, en un mot à toutes les maladies périodiques qui en réclament l'usage.

« Il est essentiel de combattre les complications qui pourraient s'opposer au succès du quinquina.

» S'il y a embarrrfS gastrique, il faut préalablement administrer un vomitif ou fair« usage des acidulés.

3) S'il existe des signes d'embarras intestinal, on doit employer un purgatif, en ayant soin de le choisir dans la classe des p'irgnlî "s toniques.

» Enfin on a recours à la saignée si la fièvre intermittente est accompagnée de symptômes inflammatoires très intenses. »

On ne doit recourir à ces différens moyens que dans le tt^mps de l'apyrexie, et le plus loin possible de l'accès qui doit se développer.

Ces précautions pr'ses, il en est encore d'autres à observer dans l'adininistration même du remède, et qui sont spécialement relatives à l'époque où l'on doit donner le quinquina, et quelle dose on doit en prescrire.

1" Jamais, dans une fièvre intermittente, on ne doit administrer le quinquina pendant l'accès, car alors il en augmenterail la violence j loin d'y remédier.

RUBIACicS. 54 f

2" Le temps le plus convenable est de sopt à huit heures avant l'accès : dans ce cas, le quinquina a le temps d'opérer son action avant l'heure ou l'accès doit se reproduire.

3° Si c'est une fièvre rémiltenle que l'on veut combattre, il faut administrer le quinquina vers le déclin du dernier accès; par ce moyen, on prévient l'exacerbation de l'accès suivant.

Doses. Elles varient suivant l'âge, la constitution du malade, la violence ou la durée de la maladie. 1° La dose moyenne pour im adulie est de quatre à six gros de la poudre; mais quelquefois on est obligé de porter celte dose à une et même à deux onces. 2° Ch^z un enfant, la dose doit être bien moins forte : un demi-gros à un gros suffit ordinairement. 3° On doit augmenter la dose chez les vieillards, les personnes affaiblies, ou suivant la gravité du mal. 4° La dose une fois déterminée, il ne faut pas la donner en une seule fois 3 il faut la partager en plusieurs prises que le malade doit prendre successivement. 5° Cependant, si la fièvre était très grave, ou que le médecin fût appelé peu de temps avant un accès qu'il croirait devoir prévenir, on devrait donner toute la dose en une seule fois. 6° La conduite à tenir est différente suivant que l'accès a été prévenu, suivant qu'il a été seulement mitigé, ou enfin suivant qu'il s'est reproduit avec la même intensité. Dans le premier cas, qui est le plus favorable et celui qui se présente le plus fréquemment, il faut, à l'époque où l'accès devrait avoir lieu, employer encore la même dose de quinquina, puis la diminuer graduellement aux temps des accès suivans. Faute d'employer ces précautions, on voit quelquefois la fièvre se reproduire.

Si l'accès n'a été que mitigé, on doit tenir la même conduite que dans le cas précédent, c'est à dire continuer à l'approche des autres accès la même dose de quinquina, que l'on pourrait même augmenter si on le jugeait nécessaire.

Eîifin, dans le c.ts où le quinquina n'a produit aucun effet sensible, il faut d'abord bien examiner si l'on n'aurait point omis quelques unes des précautions préliminaires propres à en assurer le succès j on devrait dans ce cas les remplir sans délai et ensuite administrer une nouvelle dos« de quinquina.

De toutes les préparations de quinquina . la pondre est celle

que l'expérience a le plus gi^néralement trouvée efficace pour combaltre les fièvres intermittentes. Cependant il est des individus dor t l'estomac ne peut supporter une dose aussi considérable que celle que l'on est obligé d'administrer à la fois, et qui le vomissent presque aussitôt qu'ils l'ont avalé : c'est pour prévenir ce cas fâcheux que l'on mélange quelquefois au quinquina la poudre de cannelle et m6me l'opium. Un demi-grain Qu un grain de ce dernier médicament empêche en général le vomissement.

Les autres préparations avec lesquelles on peut remplacer la poudre sont l'extrait alcoolique, le sel essentiel de Lagaraye, la teinture^ et enfin les préparations de quinine et de cinchonine. Lorsque MM. Pelletier et Cavenlou eurent découvert et isolé le principe aclif des quinquinas, c'est à dire la cinchoniofi et la quinine , plusieurs médecins s'emparèrent de ces deux nouveaux alcalis pour en étudier les effets sur l'économie animale. MM. Chomel , Double, Magendie, Yillerraé, ont publié sur ce sujet des faits trè^ intéressans , et dont les conclusions tendent toutes vers le même point, savoir, que ces deux principes possèdent entièrement les mêmes propriétés médicales que les quinquinas dont on les relire.

Cette belle découverte chimique acquit ainsi une importance bien plils grande. En effet, dès qu'il est une fois constaté que la quinine et la cinchonine possèdent les mêmes qualités que le quinquina, quels avantages ne doit pas en retirer la thérapeutique dans une foule de circonstances? Dix ou douze grains d'un sel de ces alcalis produisant le même effet que six à huit gros de quinquina, il est peu de cas où ce médicament ne puisse être facilement administré et substitué à la poudre r'e quinquina. Un autre avantage, c'est que l'on n'est point toujours sur de la qualité des écorces que l'on administre en |>oudre , et que, dans des cas très graves, on peut n'avoir insciemment à sa disposition qu'un médicament sans efficacité ; tandis que dans ces deux alcalis on est toujours certain de posséder un médicament invar. able, dont les propriétés sont constamment les mômes, surtout lorsqu'ils ont été préparés par des j)rocédés convenables.

MM. Double cl Cliomel, Magendie^ et une foale d'autros praticiens, ont fait connallre un grand nombre de faits qui constatent la vertu fébrifuge de la quinine et de la cinchoninc dans le trailement d. s fièvres inlermiltenles et rémittentes. Ces deux alcalis étant presque insolubles, tandis que leurs sels se dissolvent facilement , c'est principalement à l'état de sulfate que l'on en fait usage. La dose de sulfate de quinine varie depuis huit jusqu'à quinze grains ; il est rare que l'on soit obligé de l'augmenter. On l'administre, soit directement, dans une cuillerée de confiture ou de sirop, soit entre deux pains azymes, soit en pilules, enfin dissous dans un liquide quelconque 3 mais ce dernier procédé est bien moins préférable, à cause de l'exçessive amertume du sulfate de quinine.

On a également employé les autres sels de quinine, tels que le nitrate, l'ac-élate et le phosphate. M. le docteur Harlew, de Bonn, a observé que ce dernier sel était non seulement plus agréable, mais qu'il était moins irritant pour l'estomac ; il convient donc de lui donner la préférence dans les cas où les organes de la digestion sont plus ou moins irrités. [Journ. chim. méd. Janvier 1831 , p. 50. } ^-t> j

, Récemment j M. le docteur Cerioli(^n«. unwers. di me*dicina . Julio 1832) a pr3posé l'emploi de l'hydrocyanate ferruré de quinine dans le traitement des fièvres intermittentes. Les cas dans lesquels il a employé ce sel sont au nombre de viogt-qualre, et, dans tous, le sulfate de quinine avait échoué. Ces maladies étaient pour la plupart anciennes, et duraient, les unes depuis plusieurs mois, les autres depuis deux ou trois ans, et môme plus. Il suffit, dans les fièvres quartes de niéme que dans celles de tout autre type, d'administrer d'abord le médicament à la dose de deux, trois, quatre, ou enfin de huit grains, dont on fait, avec le rob de sureau, des pilules à prendre dans la journée. On doit toujours commencer par la dose la plus faible, deux grains, et ne l'augmenter que graduellement quand la maladie n'a pas cessé. ( Voy. Arch, génér, de Médecine. Décembre 1832, p. 565. )

M. Pointe, médecin titulaire de Lyon, a publié des observations sur un nouveau mode d'admiuistration du sulfate

de quinine ( Gazet. médic . 10 juillet 1830. ) On a reproché à celle préparation de déterminer quelquefois des inflammations plus ou moins intenses des organes digestifs , et de produire ces altérat ons désignées vulgairement sous Je nom d'obstructions des viscères abdominaux. Pour obvier à cet inconvénient, M. le docteur Pointe conçut ridé« d'administrer le sulfate de quinine par voie d'absorption. Il fait frictionner les gencives et la face interne des joues avec trois ou quatre grains de sulfate de quinine, en ayant soin que la friction dure assez long-temps ( de dix à quinze minutes ) pour que tout le médicament soit absorbé, et de ne point avaler la salive, pour qu'aucune partie du sulfate de quinine ne soit en contact avec la muqueuse de l'estomac. Cette friction se pratique avec le doigt humecté, sur lequel on place le sel. De trente observations recueillies par M. le docteur Pointe, ce praticien conclut que le sulfate de quinine ainsi administré agit av^ c autant d'efficacité que pris intérieurement, et qu'il iie détermine jamais d'effets irritans sur la muqueuse de l'estomac. Cependant deux circonstances peu ent s'opposer à l'emploi du sulfate de quinine par ce procédé, c'est l'état des gencives molles et fongueuses, et la répugnance du malade pour l'excessive amertume de ce médicament.

Tout ce que nous venons de dire sur l'emploi du quinquina dans les fièvres intermittentes et rémittentes est applicable au traitement de ces affections anomales et périodiques si variées, que l'on désigne improprement sous le nom de Jicvres larvées.

Le quinquina n'est pas seulement employé à l'intérieur ; les chirurgiens en font également usage dans le pansement et le traitement de certaines plaies et ulcères. Ainsi, on lave avec une forte décoction de celte écorce les surfaces suppurantes pâles et blafardes, afin d'y exciter une réaction utile à leur cicatrisation. D'autres fois on saupoudre cette substance sur les ulcères atoiiiques ou les plaies gangrenées qui ne sont point accompagnées d'irritation locale.

Préparations. 1° Poudre. La dose varie suivant les circonstances où l'on fait usage de ce médic-ment. Ainsi, lorsqu'on veut l'administrer simplement comme tonique, on l'ordonne à

RCfitAClifiS. S4^

U dosé à\\n scrupule a un gros, que l^oti dëlàié dans quelques cuillerées de vin, ou dans une tasse de tisane Ou de bouillon ; on peut encore l'incorporer à un sirop, et en former un élec- , tuaire que l'on partage en pilules ou en bols.

Si l'on donne le quinquina comme fébrifuge, pour arrêter le cours d'une fièvre intermittente ou rémittente, la dose doit être bien plus considérable, et varier suivant l'âge du sujet, la durée ou le danger de la maladie. Le plus souvent on en donne quatre, six gros, ou une once partagée en plusieurs prises, que le malade doit prendre sept à huit heures avant l'accès. Si cette dose ne suffit pas, on l'augmente de deux à quatre gros pour l'accès suivant, et l'on continue la même dose pendant quelques jours, afin de prévenir le retour des accès suivans, en ayant toutefois le soin de diminuer graduellement, jusqu'à ce que l'on se soit bien assuré que la fièvre a été entièrement supprimée.

Assez souvent on mélange la cascarille à la poudre de quinquina pour en augmenter l'action. Chez les sujets forts et pl6 thoriques, on ajoute fréquemment à la dose de quinquina un gros de crème de tartre ou de sel de nitre. Chez les sujets irritables, dont l'estomac supporte difficilement cette substance, on y joint quelque préparation opiacée ou le lait; dans ce dernier cas, il faut avoir soin de le faire prendre au malade aussitôt que le mélange vient d'être fait, sans quoi le quinquina communiquerait son amertume, et rendrait cette boisson fort désagréable.

2° Décoction. Elle se prépare en faisant bouillir pendant dix minutes une once de quinquina concassé dans deux livres d'eau, et en passant la liqueur avant son refroidissement. On fait usage de cette boisson , soit dans les fièvres continues , simples ou graves, soit, mais plus rarement, dans les fièvres périodiques. Cette décoction sert à préparer les injections, les lavemens dont on fait souvent usage.

3" p^in de quinquina. On le prépare, soit en faisant macérer du bon quinquina dans du vin blanc, ou mieux encore dans du vin de Bordeaux ou de Madère, soit par le procédé de Parmentier, c'est à dire en ajoutant deux onces à deux onces et demie 3. 35

deteinliire de quinquina dans deux livres de vin. Sa dose est de (Jeux à qviatre onces. C'est surtout pomme tonique, et principalement comme stomachique, que l'on prescrit l'usage dyi vin de quinquina.

4° pxtrcf,}ts de (juinqiUriff.. Qn en prépare plusieurs : i° par la décoction (]lans l'eau ; ,2° paj- la niacéfation dans l'alcool ; S° par la macération dans l'eau.

L'extrait alcoolique doit être préféré , parce que Jes principes actifs du quinquina sont plus solubles dans l'ajcool que dans l'jeau. Sa dose varie suiyajit ^es circonst^tj^ces où Vqfi en fait usjaçe. ^insi^ comme tonique, sa dose est d'jo^a scrupule j comme Jel^rifitge, on porte cette dose à un ou deux gros.

L'extrait pr.ép^ré ,en faisant évaporer lentement la macérar lion aqueuse du quinquina sur des assiettes, porte Je nom de sel essentiel de Lagaraie. Sa dose comme tonique est de vingt à vingt-quatre grains. Cette préparation est peu efficace. Ces différens extraits s'administrent soit en pilules, soit dans des potions toniques.

5° Sirop de quinquina. Cette préparation est très peu /énergique : aussi ne doit-pn la prescrire que dans l.es cas peu graves. On la fait entrer à la dose d',viie pncie dans le3 pQtions toniques.

6° Teinture alcoolique de quinquinq.. Préparation très active qui peut être employée pour confectionner le vin de quinquina; on l'ajpute aussi aux potions toniques à \^ dose de deux à trois gros.

Propriétés jnédicales et usages des plantes de la famille des

Rubiacées.

Un groupe naturel de végétaux qui nous fournit à la fois les différentes espèces ,de quinquina et d'ipécacuanha , le café , la garance et plusieurs autres produits de cette importance , m^érite de fixer l'attention du naturaliste, du médecin et du commerçant. Aussi la famille des Rubiacées doit-elle être comptée au nombre des plus intéressantes , et les espèces qu'elle renferme parmi les plus utiles du règne végétal.

Cette famille est remarquable ^par l'analogie gui existe djj^s

les plantes qui la coraposen|t , sous le rapport des projpriétfg qu'elles possèdent. Les écorces de la plupart des Èubiacées ligneuses contiennent un principe astringent amer, extrêmement abondant dans les différentes espèces de quinquina, niais qui existe aussi dans d'autres genres , quoiqu'à un degré plus faible. Ainsi , les écorces <ies espèces du genre exoslerna, celles du pordandia hexandra , du macrocnemum corymbosum , du pyncneya et de plusieurs autres végétaux exotiques, appartenant à la même famille , sont, dans plusieurs contrées du Nouveau-Monde , substituées aux véritables espèces de quinquina. Les belles analyses chimiques de MM. Pelletier et Caventou ont démontré que^ dans les écorces du Pérou, la saveur astringente dépendait du tannin et d'un acide particulier, nommé acide kinîque, tandis que l'amertume était due aux principes immédiats nouveaux que ces chimistes ont nommés quinine et cinchonine. Il était curieux de rechercher si ce principe n'existait point également dans les écorces des autres Rubiacées^ réputées fébrifuges. M. Pelletier a tenté ce nouveau travail, et il a reconnu que les écorces du portlandia hexandra, connues dans le commerce sous le nom de quinquina de Cumana , contenaient aussi de la quinine , tandis que ce principe n'a point été trouvé dans les quinquinas piton et de Sainte-Lucie , qui appartiennent au genre exostema.

La saveur astringente des Rubiacées existe également dans garance et quelques autres plantes herbacées indigènes. T^ais dans aucun végétal elle n'acquiert autant d'intensité que dans le nauclea gambeer de Hunier, qui croît aux Indes orienlales, et dont on extrait le suc extractif et solide connu sous Je nom de gomme lino. Mais ici l'astringence dépend du tannin et de l'acide gallique , qui forment presque en totalité cette substance. Aussi est-ce un des médicamens astringens les plus puissans.

La racine de beaucoup de Rubiacées fournit un principe colorant , de nuances variées : tel est le principe colorant rouge de la garance , qui se trouve aussi dans V asperula tinctoria et quelques autres espèces. "

Plusieurs genres de cette famille produisent des racines

douéés A^nM vertu ém^ilqiie î telles sont celles clti cepkœilg ipecacuanha Rich., qui donne l'ipécacuanha annelé j le -psychotria emedca L. , ou ipécacuanha simple et slrlé ; enfin les richardsonia sc.ah'a , i-osea , etc^ qui fournissent une des espèces d'ipécacuanha , connue sous le nom à! ipécacuanha blanc; plusieurs 5;7erm<5!coce, etc.

La saveur exquise , l'arôme du café, ne se retrouvent au même degré dans les graines d'aucune autre plante de la famille. Cependant quelques unes ont une grande analogie avec elle sous plus d'un rapport : telles sont , particulièrement , le psychotriaherbacea, à la Jamaïque , et dans nos climats le galiuni aparine , ou grateron , qui ont été indiqués comme les succédanés de ce précieux végétal.

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