MYRTE. — MYRTUS. L. J
Calice globuleux à cinq dents ; corolle de cinq pétales égaux et un peu concaves ; étamines nombreuses et à filamens libres ; baie globuleuse, ombiliquée à son sommet, à trois loges polyspermes.
MvRTE COMMUN. My rtus comniunis. L. Sp. 673. Blackw. t. 114.
Arbrisseau élégant, de quinze à vingt pieds de hauteur, rameux dès sa base, à feuilles toujours vertes et odorantes, opposées, presque sessiles, petites et ovales, aiguës et entières , fermes, d'un vert foncé, parsemées de petits points glanduleux, transparens^ ses fleurs sont blanches, solitaires à l'aisselle des feuilles , portées sur des pédoncules longs et grêles , dressées; leur calice, adhérent avec l'ovaire, est ovoïde, lisse et glabre ; son limbe à cinq cjents demi-ovales, aiguës. La corolle est formée de cinq pétales blancs, étalés, égaux , un peu concaves. Les étamines sont très nombreuses, ayant les filamens libres. L'ovaire, de môme forme que le calice, est à trois loges, contenant des ovules très nombreux attachés sur deux rangs à un trophosperme central ; la baie est ovoïde, presque noire, couronnée par le limbe du calice, à trois loges renfermant un grand nombre de graines réniformes, dont le bord externe est embrassé par une grande caroncule de même forme que la graine. Le myrte croît naturellement dans l'Enrope méridionale. Aux environs de Toulon et d'Hières, il forme avec l'arbousier et le laurier-rose de charmans bosquets. A Paris, on est obligé de le rentrer en orangerie pendant l'hiver.
l^ropriéiéM et usages. Toutes les parties de cet élégant arbrisseau exhalent une odeur aromatique très agréable, qui est due à riiuilc essentielle contenue dans les petites utricules trans-
600 BOTANK^UB.
parentes que l'on aperçoit dans la substance des feuilles et des autres organes. Il s'y joint également un principe légèrement astringent, surtout dans les feuilles et l'écorce, que l'on prescrivait jadis comme toniques et stimulantes dans les flux muqueux atoniques; mais aujourd'hui le myrte n'est plus considéré que comme un de nos plus jolis arbustes d'ornement.
Deux autres espèces exotiques méritent d'être menlionnées ici. L'une, myrtus caryophyllala L., originaire d'Amérique, fournit l'écorce connue dans le commerce sous les noms de cannelle giroflée, bois de girofle ou de crabe. Celte écorce est en morceaux longs d'environ deux pieds, roulés les uns dans les autres, extrêmement serrés au moyen de petites cordes; sa surface externe est unie, généralement privée de son épiderme, qui est grisâtre, brunâtre intérieurement ; sa cassure est fibreuse 3 sa saveur aromatique, piquante, entièrement analogue à celle du girofle, mais un peu plus faible.
Elle peut être employée comme aromate à la place des clous de girofle, dont elle a la saveur et les propriétés.
La seconde est le myrlus pimenta de Linné, qui croit à la Jamaïque et dans d'autres parties de l'Amérique méridionale; ses fruits, qui sont de petites baies globuleuses, ordinairement à deux loges et à deux graines, portent les noms de poivre de la Jamaïque, piment des Anglais, toute épice, etc. On nous les apporte de la Jamaïque apî ès les avoir fait sécher. Ils sont alors pisiformes, un peu ridés, brunâtres et ombiliqués à leur sommet. La partie charnue, qui s'est desséchée , est celle dans laquelle réside la saveur piquante, aromatique et agréable de ce fruit , saveur qui rappelle à la fois celle du girofle et de la cannelle. Elle est due à une huile volatile très pesante, que l'on obtient par le moyen de la distillation , et qui jouit des mêmes propriétés que l'huile de girofle. Quant aux fruits, ils sont principalement employés comme aromate.
GIROFLIER. — CARYOPHYLLVS. Tourn. L. J.
Calice alongé, infundibuliforme , à qualre dents; corolle de qualre pétales sessilcs; élamines nombi'cuses el libres; ovaire
MYRTINÉES. 6oi
uniloculaire , monosperme j style et stigmates simples; drupe sèche, couronnée par les cinq divisions calicinales.
Giroflier aromatique. Caijophyllus aromalicus. L. Sp. 735.
Blackw. 438.
Nom pharmaceutique : carj-ophylli. Nom vulgaire : clous de girojle. Partie usitée : les fleurs non épanouies.
Cet arbrisseau est un des plus élégans et un des plus beaux que voie naître le soleil brûlant de l'Inde; sa forme générale est celle d'une pyramide toujours verte et toujours ornée d'une multitude innombrable de jolies fleurs roses; ses feuilles sont opposées, obovales, acuminées , finissant insensiblement à leur base en un long pétiole canaliculé, articulé et renflé à sa partie inférieure; ces feuilles sont entières, lisses, un peu connées, à nervures latérales nombreuses , partant presqu'à angle droit de la côte moyenne ; elles ont environ quatre pouces de longueur sur deux de largeur. Les fleurs sont roses, disposées en un corymbe terminal trichotome, et comme composé de plusieurs articles; à la base de chaque pièce articulée et de chaque fleur, sont deux petites bractées squammiformes , caduques ; ces fleurs répandent une odeur aromatique des plus agréables et des plus pénétrantes, qu'elles conservent au même degré après leur parfaite dessiccation. Leur calice est infundibuliforme, rouge, rugueux, adhérent avec l'ovaire infère; le tube très alongé, étroit ; le limbe à quatre divisions épaisses, ovales, aiguës ; la corolle composée de quatre pétales arrondis, alternes avec les divisions du calice, sessiles, un peu concaves. Étamines nombreuses, insérées, ainsi que la corolle , au contour du sommet de l'ovaire ; filets très rapprochés et confluens ; anthères ovoïdes, biloculaires. Ovaire infère, alongé, uniloculaire, contenant un seul ovule. Style filiforme, court et épais, implanté au centre d'une sorte de disque épigyne, un peu concave. Stigmate petit, capitulé, simple. Le fruit est une drupe sèche, ovoïde, couronnée par les divisions du calice persistant. Le giroflier est originaire des Moluques, d'où il a ensuite été transporté dans les différentes autres parties de l'Inde, aux îles de France et de Bourbon, à Cayenne et aux Antilles.
Propriétés et usages. Toutes les parties de cet arbrisseau sont extrômement aromatiques 3 mais les boutons ou les fleurs, avant leur épanouissement, sont celles dans lesquelles cet arôme offre le plus de développement et de suavité. Ce sont ces boulons que l'on recueille avec soin, et que l'on importe en Europe sous le nom de clous de girofle ou de gérofle. Leur partie supérieure, formée par les pétales rapprochés les uns contre les autres, est beaucoup plus renflée, et forme une sorte de léle, tandis que le tube du calice et l'ovaire constituent un pédicule central. Les girofles doivent être lourds, d'un brun clair, d'une odeur aromatique agréable, d'une saveur âcre et piquante. Les plus estimés viennent des Grandes-Indes ; ceux d'Amérique et de l'île de Bourbon n'ont point une saveur aussi agréable.
M. Tromsdorff a retiré de 1000 parties de clous de girofle : huile volatile, 180; matière extraclive et astringente, 170; gomme, 130; résine, 60; fibre végétale, 280: eau, 180 parties. L'huile volatile de girofle est d'une saveur brûlante, plus pesante que l'eau : d'abord incolore, elle finit par prendre une teinte brunâtre. Elle est d^unc âcreté extraordinaire. On l'emploie soit comme parfum, soit pour cautériser les dents cariées et douloureuses ; mais son emploi, dans ce dernier cas, demande quelques précautions, pouvant hâter la carie des dents voisines. Le girofle contient encore une matière entrevue par Baget, puis étudiée par Bonaslre ; c'est une résine brillante , satinée, qui, d'après l'analyse de M. Dumas, est isomérique avec le camphre. On lui donne le nom de Caryophijlline. L'essence de girofle laisse quelquefois un stéaroptène que Persoz a nommé Eugénin. Les clous de girofle sont un des aromates les plus recherchés et les plus usités. Comme médicament, on les emploie assez rarement; cependant ils possèdent une énergie et une activité qui, dans bien des cas, pourraient être utilement mises à contribution. Ils déterminent tous les phénomènes des médicamens les plus excitans, et plusieurs praticiens les ont employés avec avantage dans des circonstances où l'économie animale avait besoin d'être éfiergiquemcnt stimulée. Le vin et l'alcool se chargent égalcaieiil dns principes actifs du girofle,
MYRTINÉKS. 000
que l'on administre aussi en poudre, mêlé avec du sucre pulvérisé. Mais ce médicament doit toujours être prescrit à des doses très modérées, afin de ne pas occasionner une irritation vive et souvent dangereuse dans les organes de la digestion ^ ainsi, cinq à six grains de la poudre, douze à vingt-quatre gouttes de la teinture alcoolique, ou une cuillerée à bouche du vin de girofle sont les doses ordinaires auxquelles on peut administrer ses préparations. Les fruits du giroflier, qui sont des baies ou drupes pr.;sque sèches, possèdent aussi une saveur et une odeur très aromatiques. On les emploie également comme aromates. Il en est de même de son écorce, que quelques auteurs pensent être celle que l'on désigne dans le commerce sous le nom de cannelle giroflée, tandis que d'autres attribuent cette écorce au inyrlus caryophyllata , dont nous avons parlé précédemment.